Souvenirs critiques du système Éducatif d'Etat

Partie 1 : Du primaire au secondaire



2020







Yann Clouet





Introduction


Ce petit livre a été réalisé par nécessité. Je ressentais le besoin de partager tout le mal-être qu'un système étatique a pu me faire ressentir. Plus que cela, j'avais, par cet écrit, l'humble projet de faire prendre conscience aux mineur·es de leur condition. Bien que ne prétendant pas savoir mieux qu'elleux ce qu'iels ressentent, je suis encore suffisamment jeune pour me souvenir et suffisamment formé pour mettre des mots sur ces sentiments. Chose que j'aurais aimé pouvoir faire alors enfant.


Je ne prétends avoir été de celleux qui ont le plus souffert : d'un famille dite de "classe moyenne" (mère infirmière, père instituteur) en banlieue de province, je n'ai pas manqué d'affection et d'amour par ma famille. Mon éducation a été juste et sans arme, ni haine, ni violence. On m'a tout simplement appris à avoir le cœur sur la main, ce pourquoi je ne remercierai jamais assez ma famille. Le établissements scolaires que j'ai fréquentés n'étaient pas des endroits moins fréquentable que n'importe quel établissement moyen sous-financé de province, où la peinture s'effrite et les tables et chaises sont toutes bancales.


Toutefois, si dans des conditions "optimales" j'ai pu ressentir ce mal-être et finir par avoir les conclusions que j'ai dans ce texte, il n'y a pas a réfléchir longtemps pour comprendre quelle doit être l'indignation d'élèves ayant eu les pires conditions : classes à plus de 40, bâtiments amiantés, enseignant·es débutant·es envoyés au casse-pipe en Zone d’Éducation Prioritaire...


Ce livret est donc destiné aux élèves, quelque soit leur degré d'enfance, à partir du moment où ils sont capables de lire et suffisamment matures pour appréhender des questions politiques. J'ai la conviction que cela concerne plus de personnes et un public plus jeune que l’État veut bien nous laisser imaginer.


Ce projet est aussi l'occasion pour moi de militer contre l'infantilisation, que je défini comme le report sur les adultes, du mépris que l'on a pour les enfants (voir note 23 pour une définition plus précise). En effet, le système éducatif d'Etat, comme nous le verrons, a pour mission principale d'instaurer dans les nouvelles générations des réflexes de domination propres au système étatique. L’État méprises ses travailleureuses au même titre qu'il méprises leurs enfants. D'une certaine manière, les enfants aussi sont "infantilisé" (pourrait-on dire "adultisé", c'est-à-dire objet du mépris initialement prévu pour les adultes) de bout en bout par le système étatique.


La conviction suivant a guidé notre écriture : on ne devient pas adulte en étant infantilisé. Il y a évidemment, des comportements différents à avoir avec du fait des particularités de l'âge, personne ne l'a jamais nié. Mais ces particularités se trouvent à chaque époque de la vie : le nourrisson ne pourra pas du tout être traité de la même manière qu'un enfant de 14 ans, de même qu'un adulte de 19 ans ne fera pas l'objet du même égard que les personne de 50 ans etc. Ceci n'est que bon sens.


Pour ce "bon" sens ne pourrait être étendu à chaque tranche de l'enfance ? A 15 ans, on est déjà un peu plus mur qu'a 11 ans, pour est-ce le même modèle scolaire (en l'occurrence, le collège), le même fonctionnement, pour ces deux tranche d'âge ?


Pourquoi ne pas donner aux enfants des droits progressivement, au fur et à mesure que la société gagne confiance en les conséquences de son action éducative sur elleux ?


Nous verrons plus bas des explications claires, mais sans gâcher la surprise nous pourrons déjà prévenir que la ci-présente brochure va comprendre ce qui ne va pas dans dans le système éducatif d'Etat et dans l’État en soi. Car on ne peut constater des problèmes dans ce système sans chercher à comprendre son lien avec sa maison mère.


Quelques précisions pour faciliter la lecture


A propos le pluralité de la francophonie, nous l'avons prise en considération en précisant, lorsque cela semblait nécessaire pour les lecteurices non-français·es à quoi correpondent les classifications (6ème = première année de collège après l'école primaire, lorsque l'élève a entre 10 et 12 ans, etc).


Divers "points" considérés comme importants seront mis en avant à l'aide d'un "onglet". Contrairement aux apparences, et les lecteurices seront assez malin·es pour le comprendre, il ne s'agit pas d'affirmations gratuites mais de synthèse de ma pensée, de conclusion à la suite de ce qui sera dit. Cela permettra de donner la portée "critique" des souvenirs. Ces points seront la plupart du temps explicités juste après, ou tout au long du récit.


L'emploi du vouvoiement a été préféré au tutoiement, bien que destiné à un public jeune, tout simplement par respect et cohérence : aux vues des conclusions de ce texte, il serait étrange de vouloir considérer les élèves comme méritant respect et de les tutoyer comme pour leur rappeler leur condition d'enfant dans une société profondément adulte. Ceci ne me fait pas oublier les difficultés que peuvent rencontrer des lycéen·nes, voire collègien·nes, face à un texte contenant de nombreuses abstractions et mot peu courants. Pour cela, continuons les explications.


La première personne du pluriel est une marque de politesse pour ne pas que l'auteureuse ne répète pas les "je" et semble pas ne parler que d'elleux-même. Parfois, nous employons tout de même le singulier, particulièrement lorsque les faits et/ou idées évoqué·es sont tout à fait personnelles, afin de ne risquer en rien d'engager les lecteurices.


Nous n'avons pas limité l'emploi de termes peu courant, déjà par respect des lecteurices, nous sommes persuadé que vous pourrez comprendre sans peine les mots et phrases de ce texte comme n'importe quelle personne disposant de dictionnaire (en ligne ou papier, quelle différence ?). De toute façon, les mots les plus rares font l'objet de notes en bas de page, ou d'explication entre parenthèses, afin de rendre plus lisibles les passage "ardus", même pour les adultes. Nous n'avons aucun doute que vous pouvez lire ce texte et le comprendre, nous avons confiance en l'intelligence des nouvelles générations. Notre manque de confiance ce porte plutôt sur l'endoctrinement étatique dont celles-ci font l'objet, nous y reviendrons tout au long du texte.


Au départ, le projet était de rédiger de simples mémoires, comme une autobiographie de cette période précise de ma vie. Mais cela n'aurait eu d'intérêt que pour mon ego. La satisfaction de ce dernier n'aurait rien donné d'intéressant pour personne. Au fur et à mesure de l'écriture de ce texte, je me suis rendu compte du sentiment d'injustice qui m'animait tout au long de cette époque et des causes de celle-ci. J'ai donc jugé nécessaire d'en faire un texte plus politique, non pas au sens partisan/électoraliste, mais avec un projet de société assumé. La conclusion explicite ces points plus politiques de la critique de l'école.


Le texte est disposé en quatre chapitres, qui représente autant de grandes structures de l'éducation d'Etat. Le passage d'un chapitre à l'autre est justifié par l'arrivé de nouvelles choses à décrire. Chaque chapitre contient des sujets d'indignations spécifiques. Cela supposes de nouvelles formes de violences et de nouveaux sujets d'indignation mais n'enlève en rien les anciennes violences et sujets d'indignation. Bien au contraire, nous cherchons à prouver ici la continuité du système étatique en question. Il faut donc garder en tête que les violences de la maternelle continuent à l'école primaire, puis au collège etc sans pour autant avoir la même forme, les différentes violences se surajoutent les unes les autres afin d'atteindre son point culminant à la fin du lycée et de ses "épreuves" ultimes.


Ce texte n'est pas une apologie de la haine de l'école et de l'intellectualisme comme des politicards d'extrême-droite le fond parfois. Bien au contraire, nous pensons que la critique du système éducatif d'Etat (c'est-à-dire de la gestion étatique de l'éducation et non pas l'école tout court) est nécessaire quand on aspire à une société intelligente. Nous avons volontairement évité de lire d'autres textes d'intellectuels sur l'éducation avant de produire ces souvenirs critiques ; afin de démontrer, par les ressentis personnels, ce que l'enfance peut subir au sein de ces établissements et comment ces ressentis se traduisent dans la vie adulte. La documentation est venue après le premier jet, afin de vérifier que mes ressentis étaient bien ceux provoqués par l''éducation d'Etat et non par une quelconque "crise" comme on aime appeler les moments de révolte de la classe juvénile.


Effectivement, j'ai pu trouver un écho à mes conclusion dans un texte de Ivan Illich, intitulé "La société sans école". Bien que datant des années 1970 et souffrant donc d'un retard de 50 ans, les structures d'éducation étatiques de l'époque présentent de nombreuses similitudes avec celles d'aujourd'hui. De plus je partage son indignation vis-à-vis de la catastrophe que représente l'éducation étatique : tant d'enfants se font bourrer le crâne de telle idiotie inutile alors que tant de choses sont possible ! Toutefois, je ne ferais aucunement référence aux penseureuses du sujet, pour les raisons évoquées plus haut.


Dans une perspective mon intellectualiste mais plus "sentimentale", il m'arrive de plus en plus de glisser dans une conversation mes conclusions sur le sujet, entre ami·es, en famille, entre militant·es etc. Et il se trouve que dans la quasi-majorité des cas les personnes les approuvent, parfois même le font avant que je lance le sujet ! C'est qu'il y a une réelle volonté d'en parler et de se révolter. Malheureusement, il manque une traduction politique de cette volonté. En effet, il n'y a que chez des miltant·es, pourtant ce considérant révolutionnaires, que mes thèses ont été rejetées voire moquées. Ce qui est étrange quand on pense à l'importance de l'éducation dans un projet de révolution sociale. Pas de révolution sociale sans révolution pédagogique ! C'est ce que pensaient de nombreuseux révolutionnaires depuis des siècles. Pourquoi certain·es ont-ielles arrêtés ? Nous ne rentrerons pas dans ce débat qui dépasse de loin le but de ce texte. Toutefois mon étonnement mérite d'être souligné et je profite de ces souvenirs pour lancer un appel aux révolutionnaires à s'emparer de ce sujet primordial pour la révolution.


Nous employons le terme "contradictoire" plutôt que contraire pour mettre en avant l'idée de répulsion que ce terme contient. En effet, lorsque nous disons l’État est contradictoire à X, nous affirmons que l’État rentre en conflit actif avec X, qu'il lutte contre X. Le termes "élève" se réfère à toute personne dans le système éducatif d'Etat, enfant, ado, ou adulte. Les enseignant·es pour adultes distinguent ce terme de celui d'"apprenant·e", mais nous n'auront pas à l'employé dans ce texte.


Un tout dernier point concerne quelques notion peu étudiées par des élèves avant la terminale (et encore, s'ielles sont chanceuseux) : l’État, l'anarchie. Il est évident que le mot "Etat" n'est pas abordé par l'éducation d'Etat, si ce n'est brièvement par quelques professeur·es dans le meilleur des cas. L'Etat, dans ce texte s'envisage d'un point de vue anarchiste, soit le contraire du langage courant. Pour résumer brièvement, l’État est l'ensemble de la bureaucratie (administrations, ministères, centres de finance, chambres de commerce etc) qui impose sa gestion de la vie commune. Dans notre cas, l’État de France gère les services publiques (dont l'éducation nationale, son système éducatif) et l'organisation de la République, c'est-à-dire de la vie publique ; de la politique, qui décide quoi etc. D'un point anarchiste, l'Etat est un ennemi. En effet, l'anarchisme considère que toute structure de pouvoir arbitraire, si ce n'est tout pouvoir en soi, est contraire (nous préférons ici "contradictoire", mais peu importe le mot) à la démocratie. A ce titre, nous prévenons franchement que nous partons avec l'a priori anarchiste (ou pour synonyme, "libertaire") que l’État est notre ennemi. Chose que j'avais encore du mal à penser pas à l'époque, mais que nous pouvons maintenant affirmer, aux lumières des témoignages et réflexions de ce texte.


En espérant que ce texte apportera réflexion chez des élèves de tout âges et horizons. Ma plus grand fierté serait que ce livret en suscite d'autres qui compléterons et rendront plus précise et actuelle les descriptions du système éducatif d'Etat. N'étant plus moi-même dans l'éducation nationale depuis plus de 5 ans, je n'en ai plus des souvenirs si précis. Même si ce livre amorce un débat par des adultes non-élèves, ce sera déjà un petit pas pour la condition des élèves, et une petite fierté personnelle que je me garderais bien de partager par pudeur.






Bonne lecture !


Maternelle


Le premier souvenir du genre de ceux que l'on va traiter ici remonte à la maternelle. Les détails ne me sont plus tout à fait connus tout à fait, mais j'en ai retenu le principal.

J'étais très tôt un élève turbulent. Mais le système éducatif d'Etat su me modeler à son image rapidement. Le "format" de la maternelle impliquait trop de contraintes. La rencontre avec les pairs m'a été bien entendue bénéfique. Cela ne contrebalance pas pour autant la discipline que l'on m'imposait. C'est dès le plus jeune âge que l'on nous fait marcher "en rang, deux par deux", que l'on nous apprend à nous taire (chose impossible, quand on y pense, lorsqu'on est une vingtaine, voire une trentaine, d'enfants en bas âge dans la même pièce). Les suites du système éducatif d'Etat ne fait que rajouter des subtilités et complexifier l'ordre que l'on cherche à y faire régner.


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Le système éducatif d'Etat est contradictoire à l'épanouissement (de l'enfance)


Pour revenir à l'exemple de cette période, il me faut la contextualiser un maximum, malgré ma mémoire floue de l'époque, pour ne pas faire de tort à qui que ce soit.

Nous avions déjà des cahiers personnels. Ceux-ci avaient pour but évident de nous préparer à ce qui suivra en primaire. Comme nous verrons au fur et à mesure des souvenirs,


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le système éducatif ne fait que préparer les gens aux systèmes étatiques qui suivront


La maternelle prépare à la primaire, la primaire au collège etc. D'ailleurs ce que nous "apprenions" dans ces classes ne justifiait en rien une discipline rigoureuse. Alphabet, nombres de 1 à 10, jours de la semaine, etc. Nous l'aurions pu apprendre, d'une manière ou d'une autre, en famille, entre ami·es. De toute façon


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Le système éducatif d'Etat ne sert pas l'instruction ni l'éducation


Nous le verrons, tout le savoir que nous ingurgitons en cours est inutile et/ou finira par être oublié. Je me souviens encore avoir des difficultés à retenir les jours de la semaine et les mois de l'année après la maternelle.


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Le cadre qui régit et justifie le système éducatif d'Etat répond à des logiques "internes"


Il est vain de chercher l'utilité en dehors de l'école de ce qui est enseigné à l'école, car cette dernière n'a pas vocation à aider les personne dans leur vie, mais seulement à les "préparer" à un "avenir" régit par les mêmes normes (travail, politique etc).


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Le système éducatif d'Etat n'a vocation qu'à se se servir lui-même


Mais nous en reparlerons plus loin, revenons à nos cahiers. Dans ce cahier, il fallait noter ce que l'enseignant dictait. Je me souviens avoir eu le sentiment, après coup, de mériter la punition. Sans doute était-ce le cas. Mais peu importe car ce qui me fit réfléchir si tôt au système éducatif se trouvait dans "l'exposé des motifs", dit à voix très haute, pour plus d'humiliation. Il y avait, encore une fois sans doute des raisons très sérieuses, mais également, je m'en souviendrais toujours, en dernier motif, comme la cerise sur le clou du spectacle qui fit déborder l'eau de mémé avant la peau de l'ours : "et en plus, tu as dessiné des étoiles sur ton cahier !" Mes pauvres étoiles... elles étaient trois, dessinées dans un coin d'une page du cahier de sorte à ne pas gêner l'écriture. Probablement produites à un moment où je me sentais bien dans cette institution et où je souhaitais exprimer ce bien-être et donc où je voulais conjuguer les deux.


Quelle naïveté à 4 ans ! Évidemment, ceci me fit comprendre rapidement, à la lumière de ce qui se produisit par la suite, que


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Le système éducatif d'Etat est contradictoire au bien-être


mais que toute représentation de celui-ci est haïe, traquée, réprimée par ce système s'il y a le moindre mélange des deux. Il faut, très tôt, le plus tôt possible, mettre dans la tête des gens qu'iels ne sont pas là pour s'amuser, que ça ne va pas être une partie de plaisir mais qu'il faudra s'y résigner.


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Le système éducatif d'Etat est contradictoire au bonheur


Mais pas seulement, il s'agit d'un problème lié au système étatique lui-même. Et nous le verrons au fur et à mesure du récit.


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L'Etat est contradictoire au bonheur


Ceci, pour les enfants, les ados comme pour les adultes ; élèves, parents ou enseignant·es. L'emprise du système éducatif d'Etat est aveugle, pas de distinction, toute personne ayant un lien, direct ou non, avec le système éducatif fini par en subir ses tares les plus malsaines.

Le "maître" me l'a bien inculqué, car je n'ai plus jamais dessiné sur mes cahiers depuis. Ni dans les marges ni sur aucun papier relatif, de près ou de loin, au système éducatif d'Etat. Mieux encore, et c'est là que je devins un "bon élève", je commençât à réprimer mes manifestations de mon bien-être. D'abord en contexte scolaire, puis petit à petit, aussi dans la vie privée.


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Les tares du système éducatif d'Etat empiète sur la vie privée


Et ceci est paradoxal, car il n'a que faire, comme dit plus haut, de cette vie privée. En réalité, ce qui l'intéresse, c'est de s'y immiscer le plus possible pour conformer les gens.

Encore aujourd'hui il m'arrive d'entendre des reproches de ne pas être très expressif. Même si cela est un trait de caractère purement personnel, on ne peut pas dire que l'école mais aidé à m'en débarrasser et à devenir un "extraverti".

Mes camarades de classe semblent avoir été en avance sur moi pour cet apprentissage car leur réaction ne se firent pas attendre. A la fin de l'exposé des motif, et seulement à cette fin étoilée, réagirent-t-iels par des exclamations d'étonnement. J'avais transgressé ce qu'iels n'envisageaient que du domaine de l'interdit. Je ne saurai jamais s'iels ont commencé à réfléchir à la contradiction irréconciliable entre leurs bien-être et les institutions dans laquelle iels se trouvent depuis tout·es petit·es et jusqu'à la mort.


Je n'avais pas les mots et les idées que j'ai maintenant, mais c'est à partir de là que j'ai commencé ma construction intellectuelle et petit à petit, sans m'en rendre compte, mes désirs d'émancipation. Ce dernier mot n'est jamais prononcé dans le système éducatif d'Etat, de tout le parcours scolaire d'une personnes humaine, il est impossible de l'entendre, donc de le penser dans le cadre de celui-ci. Ainsi je ne pu le mettre sur mes pensée qu'en me renseignant par moi-même sur la philosophie et particulièrement sur Marx (et donc de la notion d'aliénation), une vingtaine d'année plus tard, une fois un peu séparé du système. Une fois libéré de cette prison, de ce formatage.


Primaire


Si la maternelle ne me semble pas avoir été violente dans mes souvenirs, c'est à la primaire que le système étatique d'éducation apporte son lot de violence : notes, "bons points", punitions humiliantes etc. Ces rajouts sont introduits aux enfants à l'école et se poursuivront tout au long de la vie.


Le système de notation est une violence de base de tout système étatique et/ou capitaliste. Le classement à outrance, jusqu'aux personnes-mêmes, de tout ce qui existe. On n'hésite pas à quantifier la valeur des enfants, iels seront continuellement jugé·es et classé·es jusqu'à leur mort, lorsqu'iels n'auront plus d'intérêt pour la société capitaliste. La mort échappe encore au classement de nos jours, semble-t-il.

C'est à partir du primaire que l'on commence à "rationaliser" la gestion des individus. Comparés à des chiffres, il n'y aucunement possibilité d'exprimer et développer sa personnalité à l'école.


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Le système éducatif d'Etat est contradictoire à la personnalité (des individus) et son développement


La violence s'exerce ici plutôt par comparaison. Telle note élevée va être valorisée par telle note basse. On donne bien une valeur chiffrée aux enfants.Comme on les appellera à se "vendre" sur le marché (du travail). Les notes et mentions donnent de la valeur au "dossier" de chaque personne. L'individu n'a plus lieu d'être, il peut disposer, il n'y a plus, il n'est plus, qu'un ensemble de chiffres et d'appréciations par des autorités "supérieures". De la même manière qu'un CV suffit à certaines entreprises à évaluer l'intérêt d'un·e postulant·e.

Avoir eu un père enseignant m'a permis très tôt d'apprendre que les noteureuses sont également noté·es. Mais les noteureuses des noteureuses ne sont pas noté, la hiérarchie leur permet la toute puissance, l'autorité suprême. Tout dans le système éducatif d'Etat est sous le joug administratif de l'Etat, ce qui est logique : un organe étatique ne peut que se conformer à celui-ci. Les enseignant·es ne sont que les derniers intermédiaires exécutant·es entre les écolier·es, ou les "apprenant·es" et la machine administrative. A l'image des écolier·es, les enseignant·es sont classé·es, infantilisé·es au maximum, jouissent d'un prestige relatif à l'ancienneté etc. Nous reviendrons sur le rôle ambiguë des enseignant·es plus loin. En attendant, on peut déjà comprendre que, de part sa froideur, l'universalité de ses victimes, son goût de la paperasse


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Le système éducatif d'Etat exerce une violence administrative.


Cela est dû au fait que le système éducatif d'Etat est avant tout un système d'Etat, bien plus qu'un système d'éducation, donc de gestion administrative. L'université est le moment où le pouvoir administratif est le plus fort, mais nous en discuterons à une autre occasion. La gestion s'exerce sans surprise de haut en bas. Les "bénéficiaires" sont alors les personnes les plus touchées par cette violence et ayant le moins de recours et défense face à elle. Dans tous les cas


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Le système éducatif d'Etat est basé sur la violence.


Et il n'y aucun moyen d'y échapper. Il n'y a rien de surprenant à ce que les enseignant·es, jusqu'à encore récemment, pouvaient infliger des punitions corporelles aux apprenant·es. C'est d'ailleurs très significatif : si la société a pu tolérer ça aussi longtemps, c'est qu'elle considérait cela comme allant de soit. Les punitions sont les révélatrices les plus flagrantes de l'inscription de la violence d'Etat au sein de son système d'éducation.


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La violence d'Etat se répand à tous ses organes.


La violence est toujours présente au sein des écoles, collèges, lycées et même universités. Elle s'exerce de manière plus subtile aujourd'hui. Dans le fond, mettre 4 sur 20 (si ce n'est le fait de mettre une note, tout court) n'est pas moins violent que de donner un coup de règle sur les doigts. L'humiliation est d'autant plus forte qu'elle est personnelle. L'enfant reçoit la note en aparté, ou parfois, pire, est déclarée en classe publiquement.

Parfois, l'enseignant·e se permet le plaisir jubilatoire d'annoncer publiquement la valeur de chacun·e. Comme une humiliation collective, mais toutefois individualisée... Je me souviens, au lycée, avoir reçu ma deuxième note de mathématiques de première avec ce commentaire de l'enseignante : "j'ai été plutôt content de vous, vous m'avez surprise", la note, 8 sur 20... Dans tous les cas, après avoir reçu la note, la personne doit cogiter, élaborer une "stratégie" même : si la note été basse, il faut faire mieux la prochaine fois, sinon, il faut continuer comme ça. La note rappelle aux étudiant·es qu'il faut se conformer et qu'on les observe toujours. Au final, l'année du bac, je ne regardais même plus mes notes. Je regardait l'enseignant·e dans les yeux en prenant ma copie et la mettait dans mon cahier sans la regarder. J'avais compris que ces notes et les commentaires infantilisants du genre "tant que tu ne travailleras pas tu n'auras pas la moyenne" écrit sur la copie-même ne me faisait pas de bien.


S'il n'y avait que les notes comme pratique violente dans l'éducation étatique, à la rigueur ça pourrait aller. Or, tout un panel de violence est mis en place contre les "apprenant·es". On a bien évidemment la violence institutionnelle et administrative matérialisée par la notation et la froideur du traitement des personnes mais aussi une violence hiérarchique, qui découle de la première mais plus spécifique, avec un rapport de domination constante prof-élève, ou simplement enfant-adulte.On trouve aussi ce qu'on pourrait appeler une violence organisationnelle, lorsque l'on demande par exemple à une trentaine d'enfants ou d'adolescent·es de rester aligné·es, et de rester silencieuseux la majeure partie de la journée...


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Dans le système éducatif d'Etat, chaque personne est à son échelle un agent d'une volonté qui la dépasse, celle de l'Etat


Que ce soit le personnel enseignant et les surveillants, comme on le verra plus bas, ou les apprenant·es. Même les enfants répondent à cette volonté en assimilant la servilité et en intériorisant les violences subies comme allant de soi. Bien entendu, c'est insidieux, personne, ou presque, ne le fait consciemment. En ce sens


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Le système éducatif d'Etat est un endoctrinement


Mes seuls souvenirs d'une époque où je ne me sentais pas trop mal dans le système éducatif d'Etat datent du CP (La première année de primaire vers 6 ans. Intitulée "classe préparatoire", car, comme toutes les classes, elle ne "prépare" qu'à la classe suivante. Encore que celle-ci a quelques bienfaits comme on parle tout de suite). Plusieurs facteurs expliquent cet engouement relatif (plus l'année passait, plus je voulais que ça se finisse) : La naïveté de l'âge, je découvrait cet univers, on m'en parlait en bien, ça ne pouvait qu'être une bonne expérience. La bonne foi de l'enseignant, il était en effet plutôt agréable et bien, par exemple il ne voulait pas qu'on l'appelle "maître", ce qui ne fut pas le cas de tout·es les enseignant·es que j'ai croisé·es. L'utilité sociale de l'enseignement en début d'année, en effet, le fameux "enseignement de base", "lire-écrire-compter" (pourquoi pas parler et écouter ?), donne accès à de nouvelles couches de la société écrite.

L'on ne nous apprend par contre aucunement à parler, de qui amènerait à pousser les enfants à réclamer des droits à la paroles plus étendus, par exemple. L'écriture échappe moins que l'oral à la formalisation de son exercice : on doit écrire ce qu'on nous demande aux endroits où nous demande quand on nous le demande ; c'est pourquoi l'exercice de la parole est strictement limité dans le cadre scolaire, ou plutôt dans le cadre étatique. Ce qui révèle bien le caractère simplement "préparatoire" aux différentes tâches qui incomberont aux différent·es futur·es travailleureuses.

Bien évidemment, la naïveté et ses illusion s'estompe rapidement, dès les premières années achevées. C'est dû, entre autre, au fait que l'enseignement devient de moins en moins "pratique" au fil du temps. Mais aussi au fait que la routine s'installe : mêmes horaires, même habitudes ,mêmes enseignements etc. Alors qu'en "classe préparatoire" on nous donnait des outils minimum d'intégration à la société, cette démarche d'inclusion (qui n'est pas tant une démarche consciente qu'une conséquence heureuse de l'enseignement) commence à s'effacer dès la "classe élémentaire 1" (CE1), l'année suivante. Il y a bien quelques tentatives de l'Etat pour faire de nous de "bons citoyens", comme des bases stéréotypées, et à la lecture douteuse, de l'histoire de France (d'une France idéalisée, au demeurant, par exemple les supposé·es ancêtres Gaulois·es des Français·es...). Mais ce n'est aucunement dans une perspective d'émancipation des individus. L'esprit critique n'est jamais enseigné, ni même simplement évoqué, de tout le parcours scolaire (situation qui devrait vous rappeler, la notion d'émancipation évoquée plus haut).


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Le système éducatif d'Etat est contradictoire au développement de l'esprit critique et de l'autonomie


La posture dominatrice de l'enseignant·e face aux élèves (assis, en rang, face à l'enseignant·e debout, ellui, possédant le droit suprême à la parole. Encore que quelques-uns de ces points soient parfois heureusement transgressés) inscrit dans le contexte même de l'école l'autorité suprême du/de la "Maître·sse".


Parenthèse terminologique : Le terme instaure dès le plus jeune âge la violence étatique dans l'école. Il implique une situation de domination, d'obéissance, d'infériorité. Les enfants apprennent à subir cette violence et la reproduire. Il s'agit d'un enseignement de plus pour "intégrer" les enfants dans la société. Les préparer à ce qui les attend pour le restant de leur vie. Si, dès le collège, les enseignant·es ne se font plus appeler "maître·sse", la situation reste la même, jusqu'à la fin de l'université. Ce statut de l'enseignant·e face aux enseigné·es est fondamental dans le système éducatif d'Etat. Il fonde à la fois l'autorité et la hiérarchie et justifie toutes les autres violences. Ainsi, il est à la base de l'endoctrinement éducatif d'Etat. Supprimer ce statut, c'est mettre en cause tout le système. Sans maître·sse, les élèves auraient leur mot à dire sur ce qu'on leur enseigne, l'endoctrinement serait hors de propos et l'esprit critique pourrait plus facilement se développer, une entrave majeure en moins.


Dès le primaire, donc, l'enseignement s'avère être un endoctrinement au bénéfice de l’État. Cet endoctrinement s'exerce par la violence, principalement celle des chiffres. L'esprit critique est inexistant et l'infime proportion de savoir "pratique" enseigné n'est montré que dans une perspective d'"intégration", c'est-à-dire d'une volonté de rendre conforme les individus à des rôles qui leur sont insidieusement assignés. Cela nous mène à un point révélateur de par le silence qui l'entoure : l'absence totale de démocratie à l'école, et d'ailleurs les simulacres de bouffonneries qui apparaissent dès la fin de la primaire ne relèvent en rien le niveau, bien au contraire. Rien de surprenant :


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Un Etat, donc une société gérée froidement et administrativement (désolé du pléonasme), fondé sur la violence et consistant à l'endoctrinement pur et simple de la jeunesse sera forcément anti-démocratique


Cela montre bien pourquoi l'enseignement est sujet à tant de débats politiques et est si souvent submergé d'idéologie. Il est la base même du fonctionnement de l'Etat, ou de la société. Sans cet outil majeur de propagande, la bourgeoisie serait dépassée par la critique populaire.


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Mettre fin au système éducatif d'Etat serait un bon gigantesque pour la démocratie


Les premières parodies de démocratie que j'ai pu observer dans le système éducatif d'Etat est assez floue. Il y avait la traditionnelle "élection des délégué·es" qui consiste en une préparation future aux élections étatiques. Tout y est pour ne pas la prendre au sérieux : L'absence de projet, de débat concernant ces derniers, d'idées, l'inutilité de la fonction, surtout. En effet, la "représentation au conseil de classe" n'est de toute façon pas écoutée, et lorsqu'elle s'exprime, il s'agit d'un avis subjectif d'un camarade de classe. Les rares retours que j'ai pu entendre de ces fameux conseils de classe prêtaient au ridicule. Une déléguée (avec qui je m'entendais bien, fait rare) m'a même dit "on ne savait pas dire si tu es dans le camp des gentils ou des méchants". Il s'agissait de l'année de quatrième (Troisième année de collège, vers 13 ou 14 ans. Je prends un peu d'avance).

Immanquablement, je me sentais mal dans ma peau et éprouvais de plus en plus de difficultés à me conformer au système. Ce dérisoire manichéisme était d'autant plus choquant, même pour le pré-adolescent que j'étais alors, que ma camarade a trouvé utile de préciser "on a mis 5 minutes à parler de toi, c'est énorme". Même la démocratie fantoche rationalise sa propre mise en scène. Cette division en camp est très intéressante. Elle révèle qu'il y a, d'un côté, le système éducatif d'Etat, et, de l'autre, la liberté des enfants et des personnes en général.

Les choses ne s'arrangent pas avec le temps. L'université ne fait que reproduire machinalement ces jeux politiciens puérils. Les agents de la fac ont l'air juste plus désabusés que celleux des autres établissement. La complexité de l'inutile et délétère appareil bureaucratique atteint son paroxysme dans des immeubles de la fac entièrement dédié aux métiers de papier. C'est ici que la bureaucratie, outil d'asservissement étatique, y est la mieux représentée dans le système éducatif d'Etat. La présence de "syndicats" étudiants n'y ajoute qu'une malaisante sensation de farce.

Mais le cas de l'université mériterait un ouvrage à part tant il est complexe est révélateur du fonctionnement de l'Etat du fait de son mimétisme à celui-ci.


S'il y a des violences que l'on a tou·te·s subies, ressenties, dès la primaire, c'est inévitablement l'ennui, la frustration, le manque se sommeil, le mal de dos, des épaules et des cervicales...


Parenthèse terminologique : Il s'agit bien de violence. Le dictionnaire que l'on m'a offert en primaire, justement, défini ce mot ainsi : « Caractère de ce qui se manifeste, se produit ou produit ses effets avec force intense, extrême, brutale » (Petit Larousse Illustré, 2003, p1068). Tout ce dont je parle ici sont des formes de violences. Celles-ci sont même reconnues comme telles par les agents du système. Je me souviens très distinctement une CPE, le premier jour de seconde (première année de lycée, vers 15 ans), nous faire l'injonction de nous "faire violence" en parlant de la difficulté que l'on pourrait éventuellement avoir (que l'on aura irrémédiablement), à 15 ans, à se lever vers 6h du matin tous les jours de la semaine pendant 9 mois, après une journée de 8h dans les conditions que l'on verra plus bas. C'est peut-être la seule fois où j'entendis un·e agent de l'Etat nous demander d'agir de manière autonome. La violence est si intériorisée que notre seul rôle se résume à la subir.


Nous allons faire maintenant une liste, bien évidemment non exhaustive, des violences que l'on rencontre dans un parcours scolaire classique (primaire, collège, lycée). Toutes les violences, une fois déployées par le système, se reproduisent dans les classes qui suivent. Nous procéderons toujours par ordre chronologique toutefois, afin de bien évaluer l'évolution de ces violences.



Le manque de Sommeil


En primaire, le manque de sommeil ne pose pas encore de graves problèmes (en tout cas, c'est ce que j'ai ressenti personnellement, certaines personnes l'auront vécu autrement). Les choses se corseront au collège, où la physiologie des élèves augmenterons leurs besoin en sommeil, sans que les journées de travail ne diminuent, bien au contraire.

Toutefois, on remarque une nouvelle fois comment le conditionnement à des comportement surréalistes (se lever à la même heure tous les jours de la semaine) servent la perpétuation du système éducatif d'Etat, et ensuite de l'Etat lui-même : apprendre, dès la primaire, lorsque le corps le peut sans trop de souci, à se lever avant le soleil tous les jours pour avoir à suivre ce rythme toute la scolarité, puis le restant de la vie.


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Le système éducatif d'Etat conditionne ses sujets et agents à sa propre perpétuation ainsi qu'à la perpétuation du système étatique tout court


Le rangement exagéré


La maternelle fit office d'introduction à cette violence mais celle-ci peut pleinement s'exprimer dès le CP. Elle est simple mais rudement efficace : faire s'aligner les enfants en rang, comme des soldats. Tel un sergent, l'enseignant·e passe dans les rangs pour vérifier qu'aucun·e personne ne contrevient à cette règle. Puis l'on peut enfin (sans enthousiasme, cela va de soi) rentrer dans l'école, toujours en rang, jusqu'à la classe où l'on trouve un rangement bien particulier : En lignes au parallélisme parfait, assis·es face au tableau, la plupart du temps également face à l'enseignant·e et son sacro-saint bureau.

L'inspection des bureaux des élèves rappelle celle des lits dans une caserne. Selon les degrés de conformisme de l'enseignant·e, on peut se retrouver à attendre, bien aligné·es et debout, que chaque emplacement eut été observé, que chaque feuille dépassant soit replacée de sorte à être elle-même bien alignée avec le reste des cahiers, que le rangement convienne à l'enseignant·e. Nombreux étaient les reproches faits à notre façon de ranger la paperasse sous les bureaux : pas les classeurs au-dessus, pas de feuille "volante", pas de stylos etc. Alors que rien de tout cela ne dérangeait d'aucune manière l'apprentissage supposé de l'école (lire-écrire-compter, les fractions, l'histoire médiévale...). Tout simplement parce que


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Ce que le système éducatif d'Etat enseigne, c'est le conformisme.


C'est aussi pour cela que les piercing, les tenues un peu "gothiques", les crêtes iroquoises etc sont interdites dans les établissements scolaires, notamment au collège et lycée.

Finalement, l'enseignement militaire commence au rangement stupidement rigoureux. Il manque le garde-à-vous, le pas cadencé, le clairon, le lever de drapeau et l'hymne national pour rendre véritablement explicite le fait que


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Le système éducatif d'Etat fait également office de préparation militaire, sinon disciplinaire


C'est d'ailleurs un héritage direct de la troisième République : développer la ferveur patriotique dans le cœur des enfants. Les objectifs ont changés, alors la préparation, initialement pour le service militaire, s'est déportée vers le conformisme étatique classique. Mais il n'est pas douteux de faire une telle affirmation, à bien regarder l'histoire du pays. Non pas que l'on y enseignerait encore l'"art" de la guerre et du meurtre (pardon pour ce deuxième pléonasme), mais la servilité et le patriotisme. Qualité essentielle à la fabrication de bons soldats qui, s'iels ne prendront pas les armes, auront au moins suffisamment intériorisé la servilité pour ne pas entraver la marche de la réaction lors d'une situation de guerre.

La volonté, à chaque quinquennat renouvelée, de ressortir les vieux outils de propagande de la République bourgeoise (drapeau et marseillaise dans les écoles par exemple) révèle si bien cet objectif inavoué de faire de nous tou·te·s de bon·ne·s soldats de la République, soldats "économiques", agents des intérêts capitalistes de l'Etat.


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Le sujet devient agent lorsqu'il a suffisamment intégré la servilité pour être prêt à l'inculquer à autrui


Le rangement est l'allégorie de la froideur du système éducatif d'Etat. Nous ne somme plus qu'une masse d'individus atomisés (dirait Arendt), classés et mis en concurrence de fait, en tant que sujet économique, donc être "rationnel" etc.


La sonnerie


Cette violence aurait pu être légitimement placée en première chronologiquement car il s'agit du premier acte du système éducatif d'Etat que l'on a à subir dans la journée et dans la vie : Le réveil et la sonnerie de l'établissement. La première chose que l'on entend de l'école, même maternelle, est une sonnerie stridente. La première chose qui se transpose de l'école à la vie privée est le réveil.

Le fait qu'il y ait besoin d'un réveil prouve l'absurdité du système. On admet, en réglant notre réveil que le système éducatif d'Etat n'est pas adapté à nos besoins en sommeil. Cette violence physique comme symbolique est banalisée. On la reproduit régulièrement, périodiquement même, indépendamment des besoins des sujets et agents du système.

Au-delà de la violence, voyons brièvement l'utilité pratique. Nombre de cours ont été coupés par une sonnerie, même s'il intéressant tous ses protagonistes (chose extrêmement rare). Il faut arrêter le cours, il faut partir, il faut changer de sujet. De la même manière que les enseignant·es disposent d'un calendrier très serré pour faire ingurgiter un nombre toujours plus grand de choses, les élèves apprennent à être réglé·es comme les pendules de leur école. L'inutilité pratique vient donc rajouter une couche de violence par-dessus les violences symboliques et physiques.


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Comme dans tout organe d'Etat, dans le système éducatif d'Etat, ce sont les sujets et agents qui doivent se plier à l'outil et non l'inverse


Iels doivent donc suivre un rythme inhumain, dans tous les sens du terme. Les machines - ici, la sonnerie - ne sont pas programmées pour convenir à un besoin. Ce sont, au contraire, les humaine·es qui doivent subvenir aux besoins machinistes et étatistes.


Bien évidemment, la sonnerie n'est jamais agréable. Il s'agit toujours d'une cloche brutalement cognée ou d'une imitation synthétique, c'est-à-dire que même lorsque cela est possible, on ne rend pas le son moins désagréable, preuve de plus, s'il en fallait, que la technologie, aux mains de l'Etat, asservi les hommes et femmes, et non l'inverse : la technologie au service de ses créateurices.[1]


Ceci nous rappelle que, malgré d'appréciables progrès depuis 1968,


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La violence du système éducatif d'Etat s'exercera toujours, au moins en partie, physiquement


Cette violence physique atteint sa quintessence lorsqu'elle se matérialise dans la forme suivante.


L'ennui


Il s'agit effectivement d'une violence. Les cours sur l'apprentissage de la lecture, le calcul mental etc sont passionnants du fait qu'ils sont une marche vers l'intégration sociale, comme dit plus haut. En revanche, la grande majorité des disciplines enseignées étaient assommantes. Cela est autant dû à la discipline par comparaison aux préoccupations des enfants/adolescent·es, qu'à la manière de l'enseigner. La géométrie par exemple n'est pas forcément ennuyeuse en soi, il y des moments dans la vie où l'on peut se passionner pour elle. Mais elle est enseignée comme une science d'une ridicule abstraction, détachée des réalités des enseigné·es. Ce qui rend la géométrie ennuyante "socialement". Cela peut bien entendu varier d'un·e enseignant·e à l'autre mais il s'agit avant tout du fonctionnement de l'enseignement, basé sur un dogmatisme, par définition a-critique, à sens unique. C'est-à-dire que l'élève doit ingurgiter mais ne pas questionner, "c'est comme ça et puis c'est tout", sans aucune forme d'esprit critique.

Le rôle des enseignant·es est assez complexe et sera décrit plus loin, après un développement à travers les périodes.

L'ennui est une chose horrible, douloureuse même, parfois jusqu'à le ressentir physiquement : fatigue, perte de l'attention, maux de tête, courbatures etc.

Chercher à rendre un cours sur 20 amusant ne changera rien aux 19 autres. L'école est ennuyeuse, le collège est ennuyeux, ainsi va de même pour le lycée et l'université. Tout simplement car


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Le système éducatif d'Etat, comme tout organe d'Etat, ne peut être amusant. Il est irrémédiablement ennuyeux. L'Etat est ennui


On ne peut lutter contre l'ennui dans le système éducatif d'Etat. Ni lutter contre l'Etat sans chercher à stopper l'ennui.


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Lutter contre l'ennui, c'est lutter contre le système éducatif d'Etat et vice versa

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Lutter contre l'ennui, c'est lutter contre l'Etat et vice-versa


Comme dira Jules Vallès, alors jeune sympathisant "quarante-huitard", futur communard : « Si pour être révolutionnaire il faut s'embêter d'abord, je donne ma démission. Je me suis déjà assez embêté chez mes parents ». On ne peut vouloir changer radicalement les choses sans que ce soit une partie de plaisir. Sinon, autant rester conforme est donc confortable. L'inconfort d'un avenir peu conforme peut faire peur mais ne peut pas être un plaisir une fois mis en pratique les idées révolutionnaires.

Mais je proposerais une formule plus adaptée au sujet de l'enfance. Pour moi, une enfance ennuyée n'est pas acceptable. On ne peut, on ne doit pas, proposer aux enfants que de l'ennui et de la fatigue. La société qui respecte ses enfants doit leur donner une vie passionnante, sinon elle perdra la passion de la vie en société, si ce n'est de la vie tout court. On peut résumer ainsi :


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Le système éducatif d'Etat est impropre à la vie d'enfant


Donc,


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Défendre l'enfance impose de lutter contre le système éducatif d'Etat, contre l'Etat, et vice-versa


L'ennui impacte aussi le moral. Le sentiment que le temps ralenti, l'impression que l'on n'en sortira jamais, que l'on s'est levé (difficilement, voire douloureusement, pour les périodes suivantes) pour rien. Un sentiment d'injustice commence doucement à poindre après quelques années années à attendre une sonnerie désagréable comme un salut...

Mais ce sentiment est traité comme "naturel", inévitable, voire nécessaire. On m'a justifié plusieurs fois que l'ennui serait bon pour la créativité, puisqu'il forçerait à trouver une activité/occupation. Sauf qu'


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A l'école, comme dans toute structure d'Etat, il est obligatoire de s'ennuyer


Trouver une activité pendant l'ennui (le cours) étant formellement interdit, on trouvait des moyens de s'occuper en douce et sans risquer de rester plus longtemps (la fameuse "heure de colle") : faire tourner son stylo autour du pouce, regarder dehors pour s'imaginer ce que font les gens qui passent dans la rue, compter le nombre de fois que le professeur dit "effectivement" (il a dépassé les 100 par heure lors d'un cours, j'étais fier de lui), même des batailles navales étaient organisées entre un voisin de table et moi.


Comme la plupart des violences d'Etat que l'on trouve à l'école, il s'agit de préparer les enfants à ce qui leur attend. J'ai toujours du mal à supporter l'ennui, du fait qu'il me rappelle ces années de violences, mais aussi du fait que ce n'est pas un état naturel de l'être humain. Ce symptôme est d'ailleurs une preuve de l'incapacité de l'éducation d'Etat à calibrer sa population sur des comportements contraires aux conditions de vie digne d'êtres humain.


L'incarcération


Parenthèse terminologique : Il s'agit effectivement d'incarcération. Le petit Larousse illustré de 2003 donne comme définition à l'article "incarcérer" (p537) : « Mettre en prison ; écrouer, emprisonner ». Il ne s'agit pas de dire que l'école fonctionne exactement comme une prison, mais bien plutôt d'attirer l'attention sur le fait que l'école n'est pas libre, au sens où l'on ne peut pas en sortir ou en rentrer comme on veut. Bien évidemment que dans le système éducatif d'Etat on est traités avec moins de violences que dans les prisons et que l'on doit en sortir tous les soirs. Mais toujours est-il que notre vie, nos journées, sont emprisonnées dans les établissements du système éducatif d'Etat.


Toujours à l'encontre de la dignité humaine, et donc en échouant forcément à paraître naturel (bien que la pratique soit bien intériorisée depuis des générations, des siècles), L'Etat enferme ses enfant, tout à la fois symboliquement et physiquement. Comme déjà dit plus haut, les enseigné·es sont enfermé·es dans des tableaux, des cases, des boîtes desquelles iels ne pourront que difficilement sortir durant toute leur vie. D'avoir eu telle moyenne remarquable, positivement ou non, à telle matière sera inscrit dans l'ADN de l'éduqué·e (son dossier) pour toujours, du moins aux yeux des instances administratives se prononçant sur son avenir. La personne souffrant le système éducatif d'Etat se trouve ainsi enferrée dans la classe supposée des gens supposément bons ou mauvais à telle matière. Cette classification inextricable décide de l'avenir de toute la société en les assignant d'office à des castes : l'élite, celle maîtrisant les sciences naturelles et les mathématiques, destinée à devenir ingénieure et rentrer dans la classe moyenne supérieure, voire la petite bourgeoisie (à supposer que les termes ne soient pas synonymes) et les autres destiné·es au chômage ou aux métiers subalternes.


Un peu comme notre société sexiste assigne à la naissance des genres qui déterminent la place future dans la société ; l'école assigne très tôt aux enfants leurs futurs rôles dans la société à partir de critères arbitraires et injustes (avoir été scolarisé·e dans tel quartier, avoir des parents riches etc).


L'enfermement symbolique se prolonge dans l'enfermement physique, dès la maternelle et la primaire. Si l'on peut comprendre qu'une famille ne soit pas rassurée à l'idée de laisser son bébé circuler librement hors de la cours, la question des clôtures (dans ma ville, très similaires à celles de la prison) peut commencer à se poser en primaire. Sans compter le fait que la maternelle, comme la garderie (avant le primaire, 93% des familles mettent leurs bébés dans des établissements pour les garder le temps qu'elles travaillent) ou même la primaire, au début du moins, sont surtout pratiques pour laisser aux parents la possibilité de travailler le jour. Il n'est à en juger que par les problèmes que causes les grèves d'instituteurices et de professeur·es. Les interrogations ne concernent pas le savoir qui ne sera pas diffusé, mais bien plutôt le moyen de prendre en charge ses propres enfants alors que l'on travaille. Il faut savoir qu'à la primaire, vers la fin, on a entre 10 et 11 ans, pour une école primaire qui se trouve donc probablement dans le quartier de résidence des familles (si l'on a de la chance), il ne devrait pas être problématique de laisser à la plupart des enfants la possibilité de rentrer chez elleux quand ielles le désirent. Évidemment, les risques de violences à l'égard des enfants, sur le chemin entre l'école et l'habitat, effraient légitimement les parents. Il faut savoir cependant que le problème de l'agression des enfants en dehors de l'école ne concerne pas tant l'école que la société tout entière. Car ne pas pouvoir assurer la sécurité d'enfants sans en arriver à les confiner est une faute grave, une preuve d'échec. Les problèmes de la pédophilie, du viol, de l'agression sexuelle sont à traiter en société par l'éducation justement, non en s'enfermant par peur. Les statistiques ensuite nous montrent que la plupart des agressions sexuelles se font par des connaissances de la victime[2], ce qui met en avant le fait que si l'école devait protéger les enfants de leurs parents, elle ne répondrait même pas à ce devoir, car elle livrerait les victimes à leurs bourreaux tous les soirs. L'école n'est donc pas carcéral par sécurité pour les enfants mais juste par volonté de les garder le temps que leurs parents soient productif pour le système capitaliste.


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Le système éducatif d'Etat, comme tout organe d'Etat, est un outil au service du capitalisme

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Lutter contre le système éducatif d'Etat, c'est luter contre l'Etat, c'est lutter contre le capitalisme ; et réciproquement


Des enfants bien éduqué·es ne devraient pas avoir besoin d'être entouré·es de lugubres grilles pour éviter de fâcheux incidents de route ou de mauvaises rencontres[3]. Une question devrait se poser : pourquoi ne demande-t-on pas aux éduqué·es leur avis ? Deux types de réponses peuvent alors être proposées. Le première, infantilisante, sera le réflexe habituel de tout capitaliste et/ou étatiste : les personnes concernées ne sont pas assez informées pour décider par elle-même. Mais cela s'accompagne d'un appel à la bêtise : les enfants, puis les préadolescent·es, puis les adolescent·es et enfin les majeur·es, ne seraient pas assez mûr·es pour résonner sur leurs conditions. Une deuxième réponse, un chouilla plus matérialiste, propose que, premièrement,


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Le système éducatif d'Etat se moque de l'avis des personnes qu'il éduque. Comme tout système d'Etat qui se moque des personnes concernées par son service.


et aussi parce que la réponse serait unanime, et tout le monde le sait : les enfants n'aiment pas l'école. Si l'on aime tou·t·es, quel que soit l'âge, acquérir des outils d'inclusion sociale, le système éducatif d'Etat en lui-même est repoussant aux yeux des éduqué·es. Enfin, instaurer un brin de démocratie, d'autogestion, soyons fouolles, remettrait fatalement en cause tout le système étatique dans son ensemble et dans son principe-même. De plus, former des enfants à s'autogérer, ça suppose avoir plus tard des adultes avec un esprit critique et une expérience de la démocratie directe, ce qui n'est pas bon pour l'Etat et le capitalisme.


Rendons-nous à l'évidence : On force les enfants à passer leurs plus tendres années dans de lugubres bâtiments encerclés de barrières encore moins accueillantes ; le tout, sans se préoccuper de leurs avis, leurs intérêts personnels, leurs bonheurs, leurs vécus... Ce qui pousse à les inscrire dans ces établissement du malheur, c'est la puissance du système capitalisme : si l'on n'a pas suivi le chemin tout tracé du système éducatif d'Etat, on ne sera pas inclus·e dans le "marché du travail", on ne pourra pas "se vendre". C'est tout le drame de prendre conscience de sa condition : avoir un drame sous les yeux et ne pouvoir rien y faire, devoir subir ce drame...


Le système éducatif d'Etat n'est pourtant pas l'unique modèle de socialisation possible. Il suffit de se retrouver entre ami·es (même s'ielles sont rencontré·es au travail, à l'école etc, mais ça n'invalide pas le propos) pour comprendre comment fonctionne les relations sociales, s'y habituer automatiquement et développer une individualité qui évoluera immanquablement au fil du temps, des rencontres et des contradictions de la vie. L'engagement associatif et/ou militant est aussi un modèle exemplaire de socialisation non-étatique : on s'organise en dehors des circuits de l'Etat (à part si l'on milite pour un parti au pouvoir actuellement, ou pour une organisation franchement étatiste, qui ne fera que reproduire les mécanismes d'Etat), on rencontre divers personnes, divers points de vues, on apprend des comportements, à vivre en collectivité etc.


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Le système éducatif d'Etat n'est donc pas nécessaire à la socialisation de l'individu


Et, de toute façon, l'on peut développer des appétences à la vie en collectivité tout en ayant du temps à consacrer à sa famille, ses ami·es, ses enfants, ses emmerdes etc et même sans être enfermé dans un bureau ou école qui nous ennuie. La manière dont nous nous sommes habitué·es aux organes de l'Etat au point de les trouver indispensables relève du génie. Alors que, comme montré 10 lignes plus haut, le système éducatif d'Etat n'est pas le seul moyen de s'intégrer à la société, et fort heureusement les autres moyens sont encore actifs, malgré tout, en parallèle de celui-ci. Il faut dire que si les syndicats étaient interdits, les associations mises sous tutelle de l'Etat etc, ça commencerait à se voir...


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Le système éducatif d'Etat, puisque modèle d'incarcération, puisqu'appareil d'Etat, est un système de contrôle social plutôt que de formation ou d'intégration comme on l'entend parfois


Du moins, ce n'est pas dans les préoccupations de l'Etat que de transmettre aux gens à un savoir rationnel neutre et désintéressé. Le but est bien de s'assurer de la fidélité des enseigné·es. Pour preuves supplémentaires, réfléchissons aux contacts que la société et l'école ont entre elles. Eh bien, il serait normal de ne pas en trouver, car il n'y en a pas.


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Le système éducatif d'Etat, par définition (c'est-à-dire, puisqu'incarcération) est un univers fermé sur lui-même


Cela rejoint nos observations sur la perpétuation du système étatique. Le système n'a vocation qu'à sa propre perpétuation et n'a, par conséquent, pas besoin du monde extérieur.


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Le système éducatif d'Etat, comme l’État, se suffit à lui-même


Attention, il ne s'agit pas de nier le travail effectué par les nombreuses et nombreux travailleureuses fonctionnaires dans le système éducatif, bien au contraire. Je dis plutôt là que le travail effectué dans le système éducatif d'Etat ne concerne que le système éducatif d'Etat. Le propre travail du système éducatif d'Etat suffit a l'objectif de tout système étatique, c'est-à-dire le perpétuation de ses institutions. Au risque de se répéter, cela vaut le coup de bien être clair sur nos dires.


Nous traiterons des autres formes de violences, apparaissant dans d'autres institutions (collèges et lycées principalement) plus bas. Pour l'instant examinons plutôt les mascarades auxquelles s'emploie le système éducatif d'Etat dès la primaire.


Le Savoir


Si l'école et ses successeurs ne sont pas un outil d'intégration comme le prétendent ses défenseurs, on admettra communément que l'on y apprend des choses. Sans trop avoir une idée précise de ce que l'on peut bien y apprendre au juste. Mais cela va de soit : à l'école on y enseigne des matières diverses et variées telles que l'histoire, les mathématiques, les langues etc.

Plutôt que de chercher à savoir tout ce qui est enseigné à l'école, nous nous intéressons plutôt ici à ce qui ne peut être enseigné ailleurs, dans le but de voir à quoi l'enseignement d'Etat se destine.


A chaque nomination d'un gouvernement, le/la ministre de l'"éducation" annonce triomphalement que son objectif est qu'après la première année de primaire, on sache "lire, écrire, compter". Autant dire qu'iel n'a aucun projet. Car il faut être plutôt mal lotit pour ne pas savoir ces notions de bases après les 6 premières années de la vie. Même si cela arrive encore[4] et c'est évidemment tout à fait regrettable. L'école n'est de toute façon pas absolument nécessaire à l'acquisition de ce savoir de base, du moment que l'on s'occupe convenablement de l'enfant afin de lui permettre un épanouissement digne.

Si le but est d'être effectivement "intégrable" à la société, alors cette dernière, si elle est un minimum humaine, comprendra que pas tous les enfants de 5-6 ans sachent encore lire, écrire et compter parfaitement. Cela peut évidemment être inquiétant pour les familles mais dans une société digne, qui transmet une éducation digne aux enfants, cela ne devrait pas trop poser de problème. En vrai, il ne s'agit pas vraiment de cela, en tout cas pas complètement, on y reviendra plus bas.

Enfin, si l'on apprenait que cela à l'école primaire (ainsi que les bases de l'histoire, la géographie et des arts), nous ne verrions pas bien l'intérêt de la faire durer 5 ans (pour les non-redoublant·es).

Au-delà des mathématiques élémentaires et de la langue unique[5], le contenu de l'"enseignement" proposé (ou plutôt imposé) à l'école jusqu'au lycée est un ensemble indigeste de faits à connaître "par cœur" ; c'est-à-dire bêtement, dans l'optique d'une récitation quelle que soit le moment de la vie, chose d'ailleurs impossible, les années et les préoccupations passant (récitez-moi un poème appris en primaire pour voir... si vous y arrivez sans être encore en primaire,c'est inquiétant pour votre développement inntellectuel). Pour vous rendre compte, imaginez devoir réciter tout ce que vous avez appris durant vos 12 dernières années, et bien c'est cela que l'on exige théoriquement aux enfants de 5 à 17 ans. Cette impossibilité est de toute façon constamment remise en évidence chaque année, lorsqu'un·e enseignant·e mobilise le savoir normalement appris l'année passée mais se trouve obligé·e de faire un rappel avant de pouvoir continuer le cours. Ce qu'il y a d'assez ironique, c'est que les "rappels" sont parfois involontaires, je ne compte plus le nombre de fois où l'on a travaillé sur l’œuvre de Rimbaud du collège au Lycée, ou le nombre de fois où l'on a lu Jaques d'Amour de Zola, ou n'importe quelle œuvre des écrivains français du 19ème siècle en général...

Ce savoir encyclopédique est distribué dans un enchaînement incohérent entre les matières ainsi qu'au sein d'une même matière. On passe de la guerre "de cent ans", au demeurant très complexe politiquement, inutile et ennuyeuse pour les enfants, à l'accord de l'auxiliaire, également d'une complexité ridicule de part son arbitraire[6] ; et ce, le même jour. Mais au sein d'une même matière on va avoir, dans une même année, des choses qui n'ont rien à voir : l'Egypte ancienne, l'empire Ottoman, les guerres de religions etc, la seule année de cinquième par exemple (deuxième année de collège, entre 12 et 13 ans).

On fait nos premiers calculs à fractions, puis, quelques heures plus tard, on nous enseigne le crawl à la piscine...

Le savoir est éparpillé, réduit à une accumulation de fait à avoir en sa possession pour les ressortir lorsqu'on le demande. C'est pour cela que lorsqu'on demande "à quoi ça va me servir dans la vie ?", aucune réponse satisfaisante ne vient. Il s'agit juste de pouvoir se conformer aux savoirs de l'Etat pour répondre à des examens de l'Etat. C'est aussi pour cela que l'on demande "à quoi ça va me servir dans la vie : les premiers enseignements donnés sont des vecteurs d'intégration sociale, donc plus qu'utile : indispensable. Or les choses changent avec le temps, habitué·es à des choses "utiles", on finit par remarquer que quelque chose "cloche".


Certes,


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L'éducation d'Etat est incohérente par rapport à la société


Mais, plus surprenant lorsque l'on n'est pas disposé·e à voir les absurdités de l'étatisme,


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Elle est incohérente avec elle-même. Autrement dit, elle n'a pas de cohérence


Nous n'avons pas le temps, ni la motivation (car peut l'utilité), pour une analyse fine de chaque matière. Nous nous contenterons de parler ici de l'Histoire, matière la plus idéologiquement chargée à l'école primaire.

L'Histoire de France. Voilà en peu de mots ce que l'on "apprend" à l'école. Un "roman national" à la gloire d'une nation supposée, idéalisée (La "France" existait-elle à l'époque de Charlemagne ?), ou d'une République fantasmée (où De Gaulle et Robespierre son mélangés avec d'autres figures "républicaines", quoi que cela veuille dire après avoir autant fait d'amalgames stupides).

Vous me voyez venir, je vais donc le dire : l'Histoire est enseignée à l'école d'Etat comme outil de propagande en faveur d'une République jacobine. Ceci est révélateur d'un problème plus large :


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Le système éducatif d'Etat est un outil de propagande en faveur du système capitaliste et de l’État lui-même


De toute façon, de quelle Histoire s'agit-il ? Celle des puissant·es (surtout des hommes, à chaque fois blancs), de la noblesse et de la bourgeoisie. Au sein du système éducatif d'Etat JAMAIS, je le dis avec une pleine certitude, JAMAIS, je n'ai entendu parlé de la Commune de Paris, ou des révoltes des canuts, ou des grèves de 1936, ou des trois glorieuses, ou des révolution de 1848 etc. En tout cas, si ce genre d'événement est évoqué, il l'est sous un angle bourgeois, mais en aucun cas d'un point de vue du prolétariat. J'ai pu prendre conscience de l'existence de ce que l'on pourrait appeler un "mouvement ouvrier" que bien après avoir quitté l'éducation nationale.

Bien évidemment, il ne s'agit pas là d'un travail universitaire. Je ne pense pas que les professeur·es d'université soient très d'accord avec la manière dont l'Etat demande[7] de développer des sujets pourtant étudiés très sérieusement par des scientifiques méthodiques.

Au final, cette Histoire peut s'apprendre, de manière plus qualitative ailleurs que dans les écoles d'Etat. Le fait que je connaisse, ne serait-ce que l'existence d'un mouvement ouvrier prouve que l'Etat échoue à être le seul narrateur de l'Histoire, chose de toute façon impossible hors des pires autocraties totalitaires.


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L'éducation d'Etat est donc dispensable à l'accumulation de savoir

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L'enjeu de l'éducation d'Etat est donc celui de la sélection, par la bourgeoisie, du savoir à disposition de la population


Un peu plus réjouissant, cela dit,


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Le système étatique échoue là-aussi dans sa volonté d'hégémonie épistémique[8]


Le cas de la langue est un autre exemple emblématique. Elle n'est jamais vue d'un point de vue linguistique/descriptif mais essentiellement prescriptif. C'est-à-dire qu'il va, dans les fameux "fondamentaux", accentuer le marquage social et se couper des réalités depuis longtemps décrites par la science. Il s'agit, là aussi, d'un outil que l'on donne afin de se conformer au système étatique, en aucune manière il ne va s'agir d'une occasion de développer son esprit critique.


De toute façon,


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Le système éducatif d'Etat, tout comme l’État et le capitalisme en général[9], ne prend compte de la science que lorsqu'elle peut le renforcer ses croyances, aller dans son sens, servir ses intérêts, augmenter la ferveur à son égard

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Militer pour la démocratisation de la science, c'est militer contre le pouvoir (aussi) du système éducatif d'Etat, donc de l'Etat, donc du capitalisme


Il y a bien quelques progrès un peu significatifs et individuels d'enseignant·es mais ils sont limités et ne changerons malheureusement pas l'institution dans son ensemble. Car ces belles institution basées sur les recherches scientifiques (ou non, d'ailleurs) ne seront mises en place nationalement que lorsque l'Etat y trouvera un intérêt.


La Démocratie


Un point sur la démocratie scolaire s'impose. Il est souvent argué que l'école apprend le "vivre-ensemble". Cela est vrai dans la mesure où l'on considère que le "vivre-ensemble" signifie être obéissant à l'égard d'une institution carcérale hiérarchisée et ne pas avoir son mot à dire là-dessus. En effet, l'avis des enfants (car il s'agit ici d'elleux) n'est jamais demandé, sinon pris au sérieux. Vous répondrez sans doute qu'il est normal de traiter ainsi des enfants. A ceci, je répondrais "oui ! ... Si on veut leur apprendre à ne pas exprimer d'opinion contraire à l'ordre établi, à ne pas développer d'esprit critique et à ne pas avoir la moindre idée de ce que bien être la démocratie !" Je ne sais pour vous, mais je refuse de formater une jeunesse a-critique et irresponsable. Nous devons mieux à nos enfants, aux générations qui écrirons l'Histoire, iels valent mieux que ça. C'est justement en les prenant au sérieux, même progressivement, que nos enfants gagneront le sens des responsabilités et se feront une idée de ce que peut bien être la démocratie : se forger une opinion, argumenter/débattre, délibérer, formuler, voter, avoir des responsabilités... C'est le genre de chose que l'on ne peut apprendre par soi-même dans un isoloir. Et ne parlons pas des élections de délégués de classe, qui résument la démocratie à élire un·e ami·e qui n'aura aucun pouvoir car pas pris au sérieux dans une institution de toute façon digne des pires mascarades : le "conseil de classe".


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Le système éducatif d'Etat n'a rien de démocratique


Et ce, dans son ensemble, que ce soit dans sa pitoyable tentative de faire rendre normal le régime plébiscitaire ou dans le fonctionnement du travail au sein des établissements et des administrations. Car, aucun organe d'Etat ne peut être démocratique, tout simplement parce qu'aucun État n'est démocratique. Il s'agit d'une classe administrative qui règne sur une population par la force.

Si seulement nous développions l'esprit critique dans les écoles, nous verrions un parallèle avec l'élection de délégué·es syndicaux pas écoutés car infantilisé·es par les employeureuses ; nous comprendrions le conditionnement nous amenant à confondre démocratie et "représentation" qui ne représente personne et n'a aucun pouvoir. Également, le principe même du fonctionnement de la démocratie scolaire n'est jamais remise en question. Ce qui fait qu'il n'y a aucun débat de fond, aucune possibilité légale de changer quoi que ce soit. Comme les règles de grammaire stupidement compliquées et sexistes "c'est comme ça" et pas autrement.

Au final, l'élection de délégué de classe fonctionne surtout comme un marqueur social de plus. La personne élue pourra frimer, se sentir populaire le temps des jours suivant le vote.

Rien de tout ceci ne change au collège ou au lycée. Quant à l'université, la complexité de l'appareil bureaucratique stérile ne doit pas faire d'illusion sur la continuité de l'infantilisation et de l'absence de démocratie. Un système étatique reste étatique, quoi qu'il arrive.


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L'Etat restera toujours fidèle à lui-même


Cette absence de démocratie rejoint le problème de l'incarcération. En effet, que ce soit en démocratie, ou sur les horaires de cours, l'élève n'a pas le choix. La possibilité même de trouver une alternative est soigneusement écartée. En tout cas, tout est fait pour que l'on ne puisse même pas imaginer être ailleurs, faire autre chose de sa vie.

Encore une fois, cette entreprise a ses limites car on ne compte plus les personnes "séchant" les cours. Dès le collège, la pratique devient courante. J'ai même pu assister à une "évasion", visiblement planifiée, de l'établissement : Un garçon fait le guet pendant qu'un autre escalade le mur, à l'abri des regards, à un endroit où se trouve une benne de l'autre côté. Il lança son sac par-dessus le mur, puis grimpa ce dernier jusqu'à la liberté. Les stratagèmes pour ne pas aller en cours sont nombreux et parfois impressionnants d'ingéniosité. Le stratagème le plus impressionnant fut cette étrange substance qu'une camarade de classe présentait fièrement, dans un petit tube transparent. Cette chose, selon elle, avait la propriété de la rendre malade suffisamment longtemps pour être envoyée chez elle le jour-même, mais pendant un temps assez court pour profiter de la journée une fois rentrée à la maison.


C'est une technique d'évasion.


Ces comportements devraient nous alerter sur tout un ensemble de choses qui ne vont pas, parmi lesquelles :


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Le système éducatif d'Etat enferme des enfants


Du moins s'y sentent-iels suffisamment à l'étroit pour s'y comporter comme leurs héroï·nes de leur série d'évasion préférée (La série Prison Break était très populaire lorsque j'étais au collège). Le vocabulaire, le langage, des enseigné·es est celui de personnes encourant des peines de prison : « Combien il te reste à tirer ? », « ça fait combien de temps que t'es là ? », « hâte de sortir de cette prison »... (citations véridiques).


Il n'est pas normal de se sentir emprisonné lorsqu'on est enfant.


Il n'est pas normal de forcer des enfants à subir des choses qu'elles détestent faire ; quelle que ce soit cette chose. On peut arguer qu'il est nécessaire de passer par là, la détestation d'un travail obligatoire, pour apprendre la vie en société. Si vous ne voyez pas l'horreur de cette affirmation, c'est que vous avez été suffisamment endoctriné par ce système étatique pour le trouver normal et ne plus être capable de le remettre en question.


Non, il n'est pas nécessaire de souffrir pour apprendre la vie en société.


Des enfants qui apprennent à banaliser la souffrance et l'associer à la réussite ont toutes les chances de produire une société fondée sur la souffrance. Les modèles scolaire sud-coréens et japonais en sont les parfaits exemples.


Des enfants qui souffrent n'apprennent rien d'autre qu'à encaisser la souffrance. Cela nous ramène au point qui lie le système éducatif d'Etat et la société étatique tout entière : l’État "prépare" (endoctrine) ses ouailles dès le plus jeune âge afin de reproduire son système de domination. La souffrance et son encaissement fondent notre société. Combien de fois ai-je entendu "il faut souffrir pour être beau" lorsque j'étais à l'école primaire ?


Enfin, chose plus grave et inquiétant : comment comprendre à des enfants qui ont appris à encaisser la souffrance forcée et la considérer comme nécessaire la notion de consentement ? Les revendications féministes se portent toujours sur l'éducation au consentement dès le plus jeun âge. Sans être naïf sur la capacité de l’État à détourner l'éducation à son avantage, il est clair que cela résoudrait évidemment nombre de problème sexistes basés sur l'absence de consentement justement... La chose que je craint et que l’État saura enseigner une telle chose aux enfants (et encore, sous le pression des féministes) en l'éloignant le plus possible des conséquences logiques sur le système éducatif d'Etat et l’État tout court.


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L’État n'a que faire du consentement, il impose


De même que la situation de nombre de travailleureuses est anormale : être forcé·e de travailler des années durant pour un système étatique ingrat. Sans l'avoir lu (en toute honnêté) je me sens alors humblement proche des revendications du Droit à la paresse de Lafargue, écrit en 1880.

Et les critiques sur l'obéissance des enfants nécessaire pour éviter les "caprices" rejoignent celles sur la droit à la paresse qui infantilisent les personnes (voir introduction sur l'infantilisation).


Il devrait être au contraire normal de ne pas aller là où l'on se sent mal, ne pas faire ce que l'on déteste et, lorsque l'on n'est plus assez motivé·e pour travailler, faire une pause, au grès des envies et besoins.


Comme dit plus haut, tout ceci n'est pas contradictoire au fait que l'on doive bénéficier d'une éducation digne, bien au contraire. Une éducation digne ne rend pas malheureux des enfants et est suivie avec enthousiasme, car les besoins et désirs de ces dernier·es sont alors pris en compte dans le processus de production du programme. De même pour l'organisation du travail, qui prend en compte les revendications des travailleureuses, réuni·es en syndicats ou pas. Ainsi que les parents d'élèves, qui seront tenus au courant de l'avancée de l'éducation de leurs enfants, comme rassurés et soutenus en cas de difficulté.


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Lutter pour les droits des enfants passe par la lutte pour une révolution pédagogique


Les rôles du système carcéral sont reproduits aussi par le personnel des établissements : les "pions" gardiens, les "CPE" sergents/officiers, le/la proviseur·e et son adjoint·e directeurices, les secrétaires-appareil bureaucratique etc. Sauf que personne ne peut faire l'avocat de l'enfant, hormis les parents de toute façon pas inclus dans ce système, et qui ne pourront jamais sortir leurs enfants de son enfermement. Seul le directeur le peut, et c'est souvent une catastrophe pour la famille, tant


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Le système éducatif d'Etat s'est rendu indispensable dans la société capitalistes

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il est d'office indispensable à un système étatique


Cet outil indispensable à la perpétuation du capitalisme n'a pas eu d'autres choix que de se rendre indispensable à la vie sociale des familles, tant il est difficile de trouver la moindre raison d'accepter ses violences. Indispensable pour la reconnaissance sociale (comme lorsqu'on dit avoir "payé sa dette" à la société en subissant jusqu'au bout une peine de prison), cette même reconnaissance sociale dépendante des critères bourgeois de "réussite sociale". D'ailleurs, le fait de devoir montrer son carnet (équivalent de la pièce d'identité, à montrer comme lors d'un contrôle de police, lorsque l'on est suspecté de commettre une infraction au règlement intérieur de l'établissement) pour sortir mais pas pour rentrer est assez révélateur de biens de choses. Faciliter l'entrée dans le système, mais réguler la sortie par la plus stricte bureaucratie[10].

Pour dissiper tout malentendu, et comme nous allons devoir arriver au collège, il est indispensable de parler du rôle des enseignant·es.


Collège


Les enseignant·es


Nombreuses et nombreux sont les enseignant·es de bonne foi, qui s'efforcent de ne pas produire de violence, d'humiliation, de développer l'esprit critique, de démocratiser (rêverions-nous en disant "politiser" ?), à leur échelle, l'école et le collège. Je respecte profondément ce métier pour la simple raison que de nombreux membres de ma famille font, ou ont fait, partie du "corps enseignant". Il ne s'agit pas de dénigrer un corps de métier qui fait du mieux qu'il peut pour les élèves, malgré le manque de moyen affligeant. Les mobilisations exemplaires contre la dernière réforme débile du gouvernement (la réforme du BAC de 2019) prouve que ce métier ne manque pas de personnes de bonne volonté, militantes pour de bonnes conditions de travail etc.

Toutefois, le respect que l'on doit à notre famille, à un corps de métier, ne doit pas nous empêcher de faire des constats. Constats qui, de toute façon, n'accablent ici personne en particulier. Il serait en effet déplacé de mettre sur le dos de personnes précises des problèmes généraux d'ordre institutionnels, chroniques.

Il est un constat que l'on peut tou·te·s faire : quelque soi la volonté de la personne, quelle que soit l'institution, il n'est pas possible de changer cette dernière "de l'intérieur". Cela est d'autant plus vrai lorsque ladite institution est ancienne et fortement verrouillée par l'ordre établi du fait de son importance dans la perpétuation de cet ordre. D'ailleurs, il est paradoxal de vouloir "changer de l'intérieur" une institution car, cela signifie à la fois que l'on reconnaît l'inutilité de l'institution (sinon, pas besoin de la "changer") et son efficacité (sinon, pourquoi penser pouvoir la "changer" ?, pourquoi imaginer important de la "changer" ?).

Dans le cas de l'enseignement, quelle que soit la volonté, la force, avec laquelle l'enseignant·e voudra rendre la vie des enfants (et de la population en général, pas de raison que les seul·es enfants puissent bénéficier d'une éducation publique) meilleure, le système restera profondément hiérarchique, violent, et l'on ne peut s'empêcher de reproduire la violence dans un système ne comprenant que ce langage.

Enfin, un enfant croise au grand minimum 15 enseignant·es différent·es de la CP au BAC (et encore, en supposant que des professeur·es fassent plusieurs cours et plusieurs années...) Les qualités humaines d'un·e enseignant·e n'empêcheront pas de subir la violence des 14 autres.

Il est aussi très important de surligner le fait que le personnel enseignant lui aussi subit la violence institutionnelle. Les travailleureuses, de l'école au lycée, comme tout travailleureuse, aussi sont noté·es[11], infantilisé·es, n'ont pas leur mot à dire dans un système à la hiérarchie quasi-militaire.

Il ne s'agit donc pas tant de défense de la cause juvénile en affaiblissant celle d'un corps de métier, mais bien plutôt, dans une perspective révolutionnaire de lutte de classe (dans les deux sens du terme, cette fois ; les enfants formant un ensemble de classes sociales), de faire la critique d'une institution conservatrice (pour éviter les euphémismes, nous dirons "réactionnaire"), et d'appeler les élèves, ancien·nes élèves, enseignant·es et ex-enseignant·es, famille etc, tout le monde en bref à converger vers une révolution qui donnera un sens à nos vies.

Même si la problématique des "apprenant·es" est bien particulière et peu comparable à celle des travailleureuses, on peut remarquer la convergence d'intérêts, ayant tou·te·s été pris·e dans ce système, qui prendra à nouveau nos enfants, entre les "apprenants" et les enseignant·es ; ainsi que la société toute entière, tant l'enseignement concerne un projet de société global.


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Révolutionner le système éducatif n'est, ne peut être, qu'une partie d'un projet de révolution sociale


Après m'être rendu compte que mon enfance et adolescence ont été sacrifiées sur l'autel de l'Etat, je n'ai plus peur d'écrire des choses pouvant paraît odieuses à nos restes de pensées bourgeoises[12]. On m'a privé de l'épanouissement de mes plus belles et tendres années, et on continue de me priver de mes années autrement (chômage, pression sociale...)[13]. et près de 100 000 bambin·es (la population moyenne d'une tranche d'âge) se retrouvent dans ce système infernal chaque année. Comment ne pas être révolté·e ?

A l'arrivée au collège, la figure des enseignant·es évolue, les hiérarchies se complexifient pour atteindre la forme finale que revêtira toutes les institutions que l'enfant aura à côtoyer au long de sa vie (services publique d'Etat, formations, entreprises etc avec leur directions, secrétariats, cadres etc). D'un·e "Maître·sse" ayant seule figure d'autorité dans la classe qu'iel suivra toute l'année sur toutes les matières et même en accompagnement social, on arrive à une situation où une dizaine de professeur·es vont se partager les enseignements et autres fonctions (bureaucratie, discipline, assistance sociale, etc). Ces "profs" vont voir leurs élèves quelques heures par semaines, sinon une heure toutes les deux semaines[14].

Quelque soit la situation, cette figure reste une figure d'autorité hors de toute critique, de toute remise en question. Du moins par les élèves, car comme vu plus haut, les supérieurs hiérarchiques ne se privent pas de cette critique, pour en faire un outil de conformisme acerbe et injuste. L'institution tout entière est injuste, de part ses objectifs mais aussi part son fonctionnement interne. Fonctionnement injuste car hiérarchique, "de haut en bas".


La critique de l'enseignement, n'est évidemment pas celle du "on se fait chier, ce cours est nul" mais bien plutôt, dans la perspective d'une société toute entière tournée sur le respect mutuel, une invitation au débat et à la construction sociale du savoir (le fameux "socio-constructivisme", pour parler vulgairement).



L'autorité


On pourrait sortir le refrain sur 1968 et sa "révolution". 50 ans plus tard, on ne peut toujours pas contester l'autorité des enseignant·es et encore moins remettre en cause la hiérarchie scolaire. Si les violences physiques ont cessé (encore heureux !), les humiliations publiques continuent. Si l'on peut poser des questions sur le cours à l'enseignant·e (encore heureux !), on ne peut contester sa supériorité de "maître·sse". Le terme lui-même n'a aucune place dans une relation sociale saine (sauf dans le cas d'une relation de domination librement consentie, mais cela ne concerne en aucun cas des enfants...), encore moins lorsque des enfants sont impliqué·es. Ce terme sous-entend une absence de liberté : un·e maître·sse, des serviteurices. Dans un pays où le travail des enfants est interdit, on leur fait faire leurs "devoirs". Comme s'il avait une dette à payer, une peine à purger, l'enfant doit résoudre le problème abstrait qu'on lui donne. Le vocabulaire cache-misère n'est parfois même pas utilisé et l'on arrive à reprocher à des élèves de ne pas assez travailler. On fait ainsi une idéalisation d'un travail coupé de toute réalité et de toute démocratie. Le travail capitaliste en sommes diront certain·es. Le travail tout court diront d'autres. Les conclusions restent les mêmes.

Ce travail, l'enfant à l'obligation de l'effectuer, sous peine d'aggravation de sa condition scolaire. Pire, sur le long terme, sa peine pourrait être allongée !

L'autorité indiscutable des enseignantes est corrélée à l'absence de démocratie scolaire. On pourrait imaginer en l'autogestion la fin du modèle "35 élèves, 1 enseignant·e". Reste encore à élaborer une autogestion spécifique aux particularité de l'enseignement. Un enseignement performatif : la pratique de l'autogestion enseigne l'autogestion.

A entendra sûrement à ce moment parler des classes dites "difficiles" qui rendent la vie difficile aux employé·es de l'éducation nationale. Le fait que l'on soit choqué de l'absence d'autorité réelle de l'enseignant·es montre bien l'excès d'autorité souhaité que l'on impute à ces figures étatiques (bien souvent malgré elles, voir plus haut).

On pourrait rapidement répondre à cette critique commune qui assimile l'absence d'autorité au chaos et le manque de discipline/rigueur/organisation que c'est justement cet excès d'autorité, cet enfermement, qui produit de telles réactions/comportements/situations qui ne devraient pas avoir lieu (ou rarement pour pouvoir les (auto)-critiquer librement[15] par la suite). C'est l'ordre hiérarchique qui rend dispensables l'esprit critique, la rigueur, la méthode... Puisque dans un tel système politique, l'enfant n'apprend pas à dépasser ses limites réflexives, on ne l'accompagne pas non plus vers cette voie par la dialectique (au sens socratique : dépassement des contradictions par la confrontation des idées).


Dans le Manuel indocile des sciences sociales (paru en 2019), on peut lire le témoignage d'une ancienne employée d'un abattoir de cochons. Elle y relate que le manque d'espace et le stress pousse les porcelets à se mordre entre eux...

Voyez en ces enfants "turbulents" (en fait, ici "turbulent" veut dire "pas encore tout à fait formaté") des personnes enfermées de force à 35 dans une pièce prévue pour 28, avec la pression constante de la note (nous y reviendrons de suite) et vous avez des porcelets qui se mordent la queue ! Qu'il n'y ai pas encore eu d'incident grave relève du miracle (songeons aux USA, où la vente facilitée d'armes à feu complique d'autant plus les choses...). Ou plutôt, il y en a régulièrement, de moins grave heureusement qu'une tuerie de masse. Les pages faits divers des journaux regorgent de "dérapages en classe".

Sauf que ces porcelets-ci font juste le bazar dans la salle de classe. Un·e professeur·e intentionné·e jusqu'au bout avec une conscience de classe ferait le bazar avec elleux. Ou au moins, cherchera à leur faire faire quelque chose de créatif[16] à partir de ce besoin de liberté. C'est-à-dire essayer d'échapper un tant soit peu au blocage de l'autonomie créative de l'enfant par le système éducatif d'Etat.


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Toutes le luttes sociales, écolos, féministes, pour les droits de l'enfant etc sont liées. Par une chose fondamentale, la confrontation à "l'ordre établi", ce terme est ringard... à l'autorité imposée... celui-ci un peu moche et imprécis... A l’État. Bingo !


Quand le bazar est mis en classe, ce n'est pas tant l'autorité de l'enseignant·e qui est remis en cause que l'entièreté du système scolaire et sa violence carcérale, à travers la figure de l'enseignant·e, ou pas, consciemment ou non(ce serait l'échec de l’État : une conscience de classe dans son outil principal de propagande !). Le terme même de bazar est une autre manière de dire que l'ordre imposé est renversé, momentanément.

Combien de fois ai-je rêvé (vécu en rêve) d'une "mutinerie" en classe, où l'on chassait les enseignant·es et CPE de la salle, où l'on mettait en place notre propre organisation autonome, où l'on se sentait joyeuseux de vivre ! Libre !

Seulement, je mis quelques années avant d'apercevoir la profondeur de ces rêves. L'autorité s'exerce cependant plus fortement à travers les chiffres et algorithmes que par les enseignant·es désemparé·es et la plupart sincères (bien que ne pouvant/voulant pas être clairement des allié·es, ce qui mettrait en jeux leur gagne-pain).


Les notes


Comme déjà traité plus haut, les notes sont une violence à base de chiffre, classant les enfants, le plus tôt possible, soit parmi les futur·es ingénieur·es soit parmi les futur·es chômeureuses.


Au collège commence l'obsession folle des statistiques, avec son lot de moyennes, de courbes, de colonnes surlignées qui ne veulent plus rien dire.[17] Et pour ajouter de "l'humain" à tout ce gloubi-boulga de numéros réduisant l'enfant à un ensemble de données statistiques, on trouve des "commentaires" (une par matière et par semestre, comme en note 17, à peu près 50 mots différents par an). Ces quelques mots correspondent au sentiment que l'enseignant·e se fait de l'élève. Si les notes ne sont décidées que dans le domicile des enseignant·es respectif·ves, les "appréciations générales"[18] correspondent à une délibération collective des professeur·es, au sujet de l'élève, mais en se passant de sa présence. Seul·e un·e délégué·e de classe pourra faire office de présence, iel pourra placer son petit commentaire assorti, mais à condition que ce dernier soit conforme au système. Par exemple, en quatrième, la déléguée me dit avec stupéfaction qu'on avait discuté de mon "cas", pendant 5 minutes, comme s'il avait s'agit d'un chiffre élevé. Ce qui me stupéfiait à mon tour, mais pour la raison inverse, c'était que l'on pusse délibérer moins de 5 minutes sur le sort de toutes ces personnes, très jeunes en plus, sans même avoir leurs présences. Mais ce qu'elle me dit après fut révélateur du fonctionnement de ce système et sa volonté de conformer/formater/calibrer les enfants à celui-ci : "On ne sait pas si t'es dans la camp des gentils ou des méchants".

Cela révèle également la complicité entre le·la délégué·e de classe, qui va devenir un·e acteurice du conseil du classe, un de ses produit, donc reproduire les comportements attendus par le système éducatif d'Etat. Ce n'est pas de la "délégation". A aucun moment on donne un "mandat" aux prétendu·es délégué·es, mais, au contraire, on se sert du vote et de sa conception erronée pour justifier des commentaires et des décisions dures (l'avenir de l'élève) par une prétendue démocratie. C'est un calque des élections en France, où l'on va avoir des "représentant·es" qui ne représentent qu'elleux-même et qui vont reproduire les comportements "raisonnables" dans le système capitaliste. Il n'y a rien de démocratique, ni même de "syndical" là-dedans.


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Le système de notation, au risque de se répéter, est un système violent, autoritaire et inefficace/inapte, contradictoire à l'enseignement


Les sciences sociales montrent que l'école favorise la sélection et la reproduction sociale, les personnes riches, à fort "capital culturel" (c'est-à-dire avec un entourage rempli de références culturelles majeures) ayant statistiquement (là-encore) les meilleures notes. Puis, ces dernières auront les meilleures chances d'aller dans des écoles huppées. Puis, elles auront alors plus de chance de ne pas avoir de problème pour trouver un travail bien rémunéré où l'on travaille dans de bonnes conditions.


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Le système éducatif d'Etat est contradictoire à l'enseignement


Tout simplement parce que c'est le cadet de ses soucis, au contraire, elle veut éviter que les masses apprenantes réussissent à s'éduquer par elles-mêmes. L’État cherche avant tout à formater les nouvelles générations à son système autoritaire, les habituer à l'injustice et la violence de son monde comme une chose allant de soi, à intérioriser.


Au final, les notes hiérarchisent les personnes, leur donne une "valeur" intrinsèque, les essentialisent.


L'inconfort fait partie des violences subies et à intérioriser par les élèves. Pour des exemples très concrets, parlons du stress lié à


L'obsession du temps


Chaque minute compte. On le comprend vite dès l'école où l'on court parfois avec son parent pour ne pas être en retard. Mais dès le collège ça se gâte, car les cours sont alors divisés heure par heure. Il faut parfois traverser tout l'établissement pour assister au cours suivant. Passons sur la stupidité de faire ingurgiter en une heure une matière puis l'heure d'après une matière qui n'a rien à voir et ainsi de suite jusqu'à atteindre parfois 7 matières différentes par jour ! Concentrons-nous plutôt sur le temps. Une "législation" a court dans chaque établissement. La plupart du temps, si retard il y a, il faut faire remplir un "billet de retard" au bureau des CPE, souvent éloigné des salles de cours, puis revenir présenter son billet comme passe-droit. Nouvelle stupidité. Car l'on fait perdre du temps à l'élève.

En réalité, ce n'est pas tant le retard en soi qui est sanctionné mais plutôt le non-conformisme au chronométrage, et la non-surveillances des personnes qui ont à charge l'élève (car à ce niveau-là non plus, l'émancipation n'est jamais encouragée). Au final, la sanction n'est pas tant le billet que l'humiliation de devoir faire un aller-retour pour un bout de papier, sous le regard de la classe entière. On y apprend aussi l'amour du papier inhérent à tout système bureaucratique, tout en découvrant ce qu'il en coûte de ne pas être en conformité avec les attentes d'un système qui nous dépasse. D'ailleurs


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Le système éducatif d'Etat est inhumain, car l’État n'est pas humain


J'en veux pour preuve la gestion littéralement algorithmique des emploi du temps. Ce sont des machines qui décident du temps que l'on va avoir pour manger (on y viendra plus bas), de si on va voir le soleil en rentrant chez soi, de si on a une pause dans la journée, hormis la séance d'ingurgitation de nutriment (je vous jure qu'on y vient)... Au lycée, nos emplois du temps dépassaient largement les 35 heures par semaine, en comptant les devoirs maisons.

Les humains n'ont que faire de leurs enfants, de la génération qui leur succéderont, alors les machines feront l'affaire, semble-t-il.


Lycée


La nourriture (je vous l'avait dis)


Comme dit plus haut, il y a un écart entre la théorie et la réalité concernant la nourriture. Ma première expérience de la cantine me le fit comprendre. Il s'agissait d'un jour de visite du collège en tant que CM2 (la classe juste avant le collège). Nous étions accompagné·es par un·e camarade de sixième (première année du collège). Au moment du déjeuner, nous attendions devant les préfabriqués faisant alors office de cantine (ce qui ne changea pas durant toute ma scolarité dans l'établissement en question). Comme dit le jour-même, nous étions en rang comme il faut, mais l'attente était longue. Une surveillante avec un micro disait le nom des classes qui pouvaient rentrer : "sixième 5" un temps relativement long "sixième 3" etc. Seulement notre tour tardait à arriver et le mécontentement devenait général. Je me souviens que des personnes criaient "on à faim !", mon accompagnateur inclus. Ce dernier, se rendant compte de l'absurdité de la scène, sembla vouloir me rassurer et se tourna vers moi pour me dire "ne t'inquiète pas, c'est pas tous les jours comme ça". Ce qu'il ne pouvait m'empêcher de comprendre (plus tard évidemment), c'est que le "dysfonctionnement" était en fait révélateur de l'organisation chaotique d'une bureaucratie informatisée. En effet, à des degrés divers, chacune de mes attentes à la cantine seront de cet acabit par la suite.

Les emplois du temps sont décidés par informatique, mais dans la vraie vie, une fois des êtres vivants tentant d'appliquer les consignes informatiques, ça ne peut pas marcher.

Les pires attentes furent celles du lycée : théoriquement nous disposions de 55 minutes exactement pour manger. Il s'agit des 55 minutes séparant les deux sonneries de la "pause" déjeuner, qui à le plus l'air d'une expédition en kayak dans des grands rapides de rivière que d'une pause. La journée d'école et son horreur ne s'arrête pas à la pause déjeuner, bien au contraire, le seul "havre" que l'on pouvait supposer avoir de la journée est remplacé par un facteur supplémentaire de stress. Comme la cantine se trouvait dans le même bâtiment que les cours, le temps peut paraître suffisant pour des gens qui ont eu la chance de ne pas avoir à manger là-bas.

Mais dans la pratique, ces 55 minutes étaient pour le plupart gaspillées dans l'attente. Parfois plus d'une demi-heure, sans exagérer, d'attente dans la cours alors qu'il pleut et fait plutôt froid (j'étais dans un lycée de Normandie). Quand on y pense, il ne pouvait en être autrement vue la petitesse du dispositif alors que plus de 1000 élèves devaient y manger chaque jour à la même heure et donc se retrouvaient au même endroit au même moment pour la même chose. La situation était pire lorsque l'on avait cours "d'éducation physique et sportive" dans un stade municipal à 15 minutes de marche du lycée.

On se retrouvait donc au mieux avec 20 minutes pour ingurgiter le repas, et quel repas ! qui nous est servi et 5 minutes pour rejoindre la prochaine salle de cours, qui nous a toujours été assignée par ordinateur. Certain·es professeur·es étaient réputé·es pour considérer comme en retard un·e élève se présentant à l'heure pile en cours. La pression du temps reste donc constante. Comme le temps s'écoule de manière fluide, sans à-coup.

Parlons au moins du contenu des assiettes. Là au moins, la théorie ne peut contredire la réalité : Il est impossible de nourrir, avec un si petit dispositif, 1000 personnes par jour, en l'espace d'une heure, et ce toute la semaine, sans faire des repas insipides totalement oubliables, trempés dans l'eau... De toute façon, cette nourriture est gobée le plus vite possible sans plaisir, ni même considération autre que le dégoût, lorsque l'on prend la peine de regarder ce que l'on pique à la fourchette. Si l'horaire "creux" du midi n'était imposé par l'emploi du temps et les sonneries, certaines personnes ne s'en rendraient pas compte. Enfin de compte, on ne peut que finir par subir tout cela par réflexe, routine, habitude, automatisme etc.


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Le système éducatif d'Etat n'a que faire du plaisir


Un dernier détail, et pas des moindres, sur la nourriture me revient : la faim et la digestion, deux sensations essentielles mais qui nuisent à l'apprentissage. Quand, passé 9h du matin, la faim tenaille les personnes ayant sauté le repas matinal par manque de temps, ces dernières ne peuvent que penser qu'à la nécessité urgente d'avaler quelque chose de consistant. Je me souviens que, surtout au collège, un peu moins au lycée, la pratique de la papiphagie[19] est assez courante, jusqu'à ne plus choquer grand monde. Mais ce n'est pas tout ! en effet, après avoir ingurgité un repas en 15 minutes montre en mains et monté parfois 4 étages par les escaliers, il se trouve que le corps n'a pas fini les efforts surhumains et mobilise de la force à nouveau pour digérer. Tellement que nous étions nombreuseux à ne plus pouvoir suivre le cours de 13h05 à 14h et même souvent ceux d'après. Je me souviens d'un professeur de mathématiques nous ayant un jour par semaine juste après l'heure de pointe nous faire cette remarque à ce sujet : "Heureusement que nous ne sommes pas en été, le soleil vous aurait empêché définitivement de suivre". On en arrive à cette situation étrange où l'on nous reproche nos conditions de travail rentrant en contradiction à notre métabolisme.


Pour finir sur le sujet du temps, il est important de rappeler que


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Le système éducatif d'Etat décide de l'occupation du temps par ses sujets


C'est-à-dire que l'école, le collège, le lycée et ensuite la fac vont décider, à toutes les échelles, de ce que devra faire les élèves de leur temps, même en dehors du système.

A l'échelle d'une journée, l'élève est "guidé" par les figures d'autorité qui décident ce qu'iels doivent faire ou ne pas faire. Même une fois à la maison, le système éducatif suppose traditionnellement de continuer le travail à la maison, donc d'avoir sa vie submergée par le système éducatif d'Etat.


Les modèles compétitifs des classes élevées ne sont que les modes aboutis de l'étatisme scolaire.


Le règlement intérieur est décidé unilatéralement par la bureaucratie et interdit des usages pourtant évidents, tels que l'écoute de musique, avec des écouteur, dans l'enceinte de l'établissement.


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Le système éducatif d'Etat est contradictoire au plaisir


L'emploi du temps est produit par un logiciel automatique et décide des activités que pourra faire l'élève, même celles en dehors de l'établissement et qui ne semblent pourtant pas avoir le moindre rapport avec les cours : si un cours de l'établissement chevauche une activité "extrascolaire", le système éducatif principal sera choisi systématiquement.[20] Le dossier de l'élève, constitué des notes et commentaires des professeur·es, décidera plus ou moins des occupations futures de l'élève : si telle matière reçoit des notes basses chez l'élève, il pourra difficilement choisir une filière s'en rapprochant. Au final, le parcours scolaire de l'élève décide de l'avenir de l'élève. Et il est réjouissant que certaines personnes réussissent miraculeusement à s'affranchir de ces barrières, mais cela ne peut contredire le fait que


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L’État est contradictoire à l'autodétermination


que ce soit individuelle ou des groupes. L’État, par le biais de tous ses outils, ne fonctionne que par effet de pouvoir divin : l’État répondrait à des volontés suprêmes nous dépassant et il serait dérisoire de vouloir s'y opposer. Qu'est-ce que cette définition rappelle, si ce n'est le droit divin ?


La lumière


Les pollutions lumineuses et sonore sont les grandes absentes du combat écologique. Une généalogie de la pensée écologiste[21] montre la quasi-inexistence de ces problèmes dans les préoccupations écologistes. Il y a seulement quelques décennies se sont constituées des associations pour le "droit à l'obscurité", mêlant volonté d'économiser de l'énergie et désir d'observer les étoiles. Ces revendication oublient la lumière au travail. En effet, la pollution lumineuse concerne la totalité d'une journée normale d'un être humain. Au travail, et dès le collège, les personnes enfermées la journées sont aveuglées par des néons dans des "open spaces" fermés à la lumière du soleil. Longtemps j'ai eu mal aux yeux, puis au crane, à cause de cette luminosité maximale dès le petit matin. Au lycée, les salles de physique-chimie, presqu'entièrement blanches, couplées aux néons exagérément puissants, faisait même virer les verres transitions d'un camarade au foncé quasiment opaque. Ce dernier se faisait réprimander pour avoir amené des "lunettes de soleil" en classe.

Quelle absurdité que de rendre la violence tellement basique qu'elle devient impensable... Quelle double violence que de nier la violence. Alors qu'elle est pourtant, et c'est le cas de le dire, sous nos yeux !

Ajoutez à cela, la combinaison des horaires (de 8 heures à 17 heures 30, la plupart du temps) avec le fait de vivre dans une région peu ensoleillée. C'est-à-dire que l'on peut dans certaines régions rester des mois entiers sans avoir des rayons directs de soleil, juste une lumière tamisée par l'unique gigantesque nuage blanc-gris au-dessus de nos têtes. On peu aussi parler du fait que les journées sont très courtes entre novembre et mars.

On entre au lycée à 8 heures, avant que le soleil se lève, à part en été ; le midi, la demi-heure passée dehors dans le froid à attendre son tour pour ingurgiter des pâtes à l'eau se fait sous un ciel voilé du gigantesque nuage blanc monochrome décrit plus haut, quand il ne se fait pas sous un préaux, et pour les plus "chanceuseux", en intérieur ; le soir à 17h30-18h, le soleil est couché, il fait nuit ; l'intégralité de notre journée se passe à l'intérieur d'un cube de béton éclairé artificiellement.


Cette violence physique met en lumière (sans mauvais jeu de mot) les violences symboliques du système éducatif d'Etat. Ce n'est qu'une partie des violences, parmi les plus directement visibles.


Ajoutez encore à cela les couloirs totalement fermés sur l'extérieur. J'étais dans ce genre de vieil établissement très peu, voire pas du tout, rénové. On a tous·te·s connu ce type de bâtiment. Aucune fenêtre dans les couloirs, à part si on compte les éventuels hublots teintés qui ornent une salle de toilettes sur deux.

Cela nous mène au sujet suivant.


Les besoins intimes


Les toilettes sont toujours des lieux évités au maximum par les personnes travaillant dans les établissements scolaires. L'odeur, la saleté, l'absence d'intimité. Rien ne rend ces lieux un minimum agréable, comme tout le reste de l'établissement, mais les toilettes rendent avec une meilleure précision cette certitude, cette évidence. A tel point que nombreuses sont les personnes à se retenir jusqu'à rentrer chez soi, pour pouvoir vider ses déchets corporels.


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Le système éducatif d'Etat est contradictoire aux besoins corporels et spirituels, au métabolisme


Il suffit d'imaginer la souffrance d'un enfant se retenant d'aller aux toilettes toute la journée pour le comprendre. Je fis partie de ces personnes.


C'est une torture.


Ajoutez à cela l'absence de distribution de serviettes hygiéniques en accès libre et gratuit, ou tout du moins à très bas coût, alors que les préservatifs masculins jouissent de conditions d'accès bien meilleures. Le besoin auquel répond la serviette hygiénique est d'une nécessité au moins aussi élevée que le préservatif masculin, surtout concernant les préadolescent·es. Alors pourquoi ne pas rendre accessible aussi les serviettes hygiéniques ?

De même qu'à l'infirmerie, on peut se fournir en doliprane et autres médicaments de base, si tant est que l'on feint (ou non) suffisamment la maladie. Au mieux, celle-ci peut faire partie des techniques d'évasion évoquées plus haut.


Le bonheur


Au final, l'école peut-elle développer le bonheur d'autrui ? Notre réponse sera sans surprise négative. Nous ne rentrerons pas dans la tentative de définition de ce mot creux, et par conséquent ayant une définition trop subjective pour pouvoir chercher à en faire un principe social.[22] Nous allons plutôt nous contenter de donner la définition étatique du bonheur. Ainsi nous dirons bien plus que d'innombrables débats sur le mot creux :



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Dans le système éducatif d'Etat, le bonheur est envisagé comme soumission à l'ordre étatique


Pour illustrer cette assertion, une nouvelle anecdote : Les cours de mathématiques en première scientifique (avant dernière année du lycée, entre 16 et 17 ans) sont d'une difficulté et d'une abstraction ridicule. Même des ami·es à moi qui devinrent par la suite ingénieureuses ou chimistes m'ont avoué n'avoir jamais eu l'utilité d'un tel niveau de technique pour effectuer leur travail correctement. Les réactions des professeur·es de mathématiques faces à nos difficultés étaient toujours à l'inverse de la tentative de compréhension. Ce qui aggravait un peu plus à chaque fois la distance entre élèves et professeur·es. Une réaction fut d'une telle absurdité que je n'en compris que récemment sont sens (c'est-à-dire, le dernier point asserté).

Le professeur faisait un "tour de rang" pour vérifier que tout le monde avait "fait" (dans ce cas, plutôt réussit en entier sans problème) ses exercices. J'avais essayé la veille, en pleurant et me tirant les cheveux de d'espoir, comme chaque soir de lycée. En passant, le professeur vit que j'avais mis n'importe quoi (pour ne pas passer pour un fainéant, et la tentation est grande de noircir ses cahiers de réponses fausses juste pour être débarrassé). Ceci l'énerva, bien entendu, au point qu'il me dit à peu près ceci : "regarde les oiseaux dans ce cas". Je fus tenté de rire, mais il était bien sérieux. Moi aussi je finis par devenir sérieux. J'aurais effectivement préféré être dehors en pleine nature à observer la faune de ma région. Mais le professeur n'en avait que faire. A ce moment-là, il parlait de toute activité dite "récréative" ou "extrascolaire", c'est-à-dire qui échappe au cadre étatique de contrôle autoritaire de la jeunesse.

La preuve en est que, si j'avais répondu que j'aurais effectivement préféré faire de l’ornithologie plutôt que d'être emprisonné à longueur de journée dans un cube de béton moche et malodorant rempli de vielleux con·nes qui méprisent mes semblables et moi à longueur de journée pour nous farcir le cerveau d'idioties, j'aurais eu des problèmes d'ordre disciplinaire. Personne n'aurait cherché à comprendre mes paroles et l'on m'aurait sanctionné. Comme ce fut et sera le cas avec nombre de mes camarades avant moi et après moi.

Le bonheur, ou le bien-être, ou la simple quête de ces choses, c'est-à-dire l'épanouissement, est impossible dans une institution qui confond l'autoritarisme et l'infantilisation[23] avec l'éducation, qui ne connaît que le langage de la violence. Une professeure m'avait par exemple lancé une copie à la figure sous le prétexte que j'avais eu une mauvaise note (double humiliation : une d'ordre statistique et une produite physiquement). J'ai eu suffisamment de "cran" pour lui asséner, droit dans les yeux, un simple : "c'était pas obligé ça". Elle répliqua en mettant ma main dans les cheveux comme pour caresser un animal domestique, avec un sourire méprisant en coin (troisième humiliation publique d'affilée). Je sais avec quel calme j'ai pu me contenter de secouer la tête pour me dégager de cette arrogance : c'est le calme de l'humiliation perpétuelle, du conditionnement, de la passivité intériorisée. Ce respect intransigeant de l'autorité suprême que l'on inculque au point de ne même plus se respecter soi-même.

Osez encore prétendre que l'école peut rendre heureuseux ses élèves et même ses sujets. Entendu par-là que nombres d'agent·es de l’État sont très malheureuseux de faire un métier aussi aliénant. D'ailleurs dans l'éducation nationale l’État a de plus en plus de mal à trouver des agents, tant il devient de plus en plus évident que les conditions de travail sont horribles. Aussi, beaucoup d'agents finissent par se rendre compte de ce qu'il y a de décrit dans ce texte. Même si ce n'est pas du point de vue des élèves, c'est déjà un espoir que le débat soit porté sur l'inclusion des élèves dans la préparation de leur éducation et, au final, dans la société tout entière.

Les suicides dans l'éducation nationale sont nombreux, l'année scolaire 2018-2019 a représenté 58 suicides et les seuls deux mois de la rentrée, septembre et octobre 2019, ont vu 11 suicides.[24]

J'ai moi-même été déprimé du collège à la fac (même un peu à l'école primaire). Je pleurais quasiment chaque nuit avant de m'endormir. Chaque soir avant de me coucher, chaque après-midi en faisant mes devoirs et presque chaque matin en me levant. Et si cette situation n'était pas celle de tout le monde, c'est uniquement dû au degrés de complaisance de tout·e un·e chacun·e face à la servilité imposée par un système autoritaire.



Conclusion


En définitif, le système éducatif d'Etat est un outil d'endoctrinement étatique. A ce titre, il est autoritaire et violent, lutte automatiquement contre toute opposition. L’État, à travers son système éducatif, ne cherche qu'à formater et endoctriner la jeunesse sous son emprise afin d'avoir des citoyens modèles serviles et loyaux. L'absence d'apprentissage d'une méthode personnelle et d'un esprit critique rigoureux atteste de ce point. Les parodies de démocratie y ayant cours ne peuvent masquer le fait que les élèves n'ont pas droit de cité dans les décisions concernant leur avenir et leur propre éducation. Ces dernier·ères ne sont même pas consulté·es une seule fois de leur parcours scolaire sur ces sujets pourtant d'une importance capitale.


Sur le plan moral et psychologique, il apparaît au travers de ces analyses que l’État n'a que faire du bien-être de ses jeunes générations. A l'âge où l'on se sens le plus mal dans sa peau avec la transition de l'enfance à l'âge dit "adulte", on nous met constamment sous pression pour "réussir son avenir" : avoir de bonnes notes, ne pas faire de vague, réussir son brevet, trouver une idée de travail (c'est-à-dire avoir l'ambition être ingénieureuse) passer son bac pour ensuite faire des études longues etc. A l'âge où l'on éprouve un besoin de rébellion contre les autorités établies, on est enfermé dans un cube de béton avec des personnes âgées qui nous dictent quoi faire de notre jeunesse. L’État a tout intérêt à démoraliser le plus tôt possible ses citoyens et tuer dans l’œuf toute hardeur rebelle.


Les quelques témoignages personnels qui ont agrémenté ce vidage de sac aurait pu être complétés de bien d'autres, mais vouloir brosser un portrait exhaustif des violences d'Etat à l'école serait tout simplement ridiculement long. Nous pouvons, pour faire très bref, nommer quelques aspects de plus qui vont dans le sens de nos analyses tels que : la surcharge des sacs à dos ; l'enseignement de théories charlatanesques pourtant ne jouissant d'aucune confirmation scientifique ni philosophique à ce jour, comme le complexe d’Œdipe ; la diversité des punitions et leurs cruauté ; la vitesse à laquelle doivent être exécutés les "devoirs" etc.


Ce texte, comme annoncé en introduction, n'a pas de solution miracle à proposer pour remplacer la violence d'Etat. D'autres ouvrages se proposes de le faire (sans doute, j'ai volontairement omis de me renseigner sur le sujet, dans le but de ce texte, voir en introduction pour les détails de mes motivations). Ce texte avait juste pour but de démontrer que même du point de vue de la jeunesse, le système éducatif d'Etat est nocif. Si nous n'avions qu'une proposition à faire spontanément après la rédaction de ce livre, ce serait d'inclure les élèves dans la gestion de l'éducation. Prendre au sérieux les aspirations des enfants, plus ou moins proche de l'âge adulte, c'est déjà remettre en cause le déterminisme étatique. C'est déjà faire un bras d'honneur aux bureaucrates qui se prennent pour dieuesse à décider qui va faire quoi de sa vie.

Mais nous sommes conscient que si cette "mesure" était prise, au-delà d'une simple remise en cause du système éducatif d'Etat, il ne se passera rien de concrètement révolutionnaire. Notre critique sous-tend tout un projet de société libertaire et pas seulement quelques revendications qui, bien qu'amenant une réelle amélioration des conditions de vie, ne changeront rien en profondeur. La fin des violences physiques n'a pas mis fin aux violences morales. La fin du modèle hyper-centré sur l'enseignant·e n'a pas ouvert la voie aux critiques nécessaires du modèle vertical par le haut de l'enseignement. Bien que les chercheureuses commencent timidement à confirmer l'importance de ce qu'ielles appellent le "socio-constructivisme" (= l'élève est producteurice de son savoir ; production déterminée socialement), les rares mises en pratiques dépendent du bon vouloir de l'enseignant·e et, surtout, de la hiérarchie. Sous le capitalisme, tant qu'une découverte scientifique ne peut être exploitée afin de faire du profit pécuniaire, il n'est pas envisagée d'en faire profiter la société. L'immobilisme du progrès apporté par la science, lorsqu'il est assujetti aux illogismes capitalistes, ne peut faire avancer la société.


C'est pour cela qu'une réponse politique est nécessaire. Une réponse avant tout révolutionnaire. C'est pour cela qu'une simple liste de revendications ne pourraient suffire à cette critique du système éducatif d'Etat en particulier, s'étant mu en une critique acerbe du système étatique en général. De plus, les professionnel·les et leurs syndicats sont sans doute mieux placé·es qu'un·e simple ancien·ne élève pour savoir quelles revendications avoir, c'est leur travail. Toutefois, ce texte a tenté de démontrer que l'avis des élèves, adultes ou non, est tout aussi légitime pour construire une société libertaire.


Comme tout outil étatique, celui-ci est nocif pour tout le monde. Nous avons terminé à dessin le court ouvrage par les questions de bien-être au travail pour les enseignant·es mais nous n'avons pas abordé le bien-être au travail des élèves, par simple manque de donnée sur le sujet. Ce problème est nié, à tel point qu'il va dans le sens de nos conclusions que l’État n'a que faire du bien-être de ses sujets. Tout simplement parce que l’État est une machine administrative inhumaine qui gère des dossiers plus qu'il s'occupe d'individus.


Le texte s'arrête volontairement avant la description de l'épreuve du bac et des études dites "supérieures" car nous pensons qu'un texte à part devrait être effectué, du fait de la situation bien particulière de la dernière année de lycée puis des années d'université. Sans séparer totalement les deux périodes, nous pensons au contraire que les points communs entre les différentes structures éducatives d'Etat sont plus nombreuses que leurs différences, nous mettrons en rapport la continuité du système jusqu'au monde du "travail". En effet, nous faisons ce projet afin d'avertir les générations future, encore dans leur jeunesse, de la continuité que l’État et son capitalisme ont mis en place entre les premières années d'école et la dernière année de "vie professionnelle", même après la prétendue retraite. Nous voulons prévenir les élèves qui rentrent dans ce système que l'on va chercher à dicter leur avenir, à renforcer les déterminismes sociaux de leur environnement, et qu'il ne faudra pas se laisser faire et s'organiser entre elleux pour lutter contre cette société où une machine abstraite décide des tournants de toutes les vies concrètes qu'elle pourra matérialiser en un dossier. Et ce, afin de produire les ébauches de projets de la société de demain.





« Salut les enfants, ne travaillez jamais à l'école »

Un punk à chien, à des enfants attendant le bus





[1]Cela dit, j'ai pu entendre une sonnerie moins désagréable dans un lycée récemment mais cela ne change rien à la violence : essayez d'écouter une chanson, même votre préférée, toutes les heures de 8 heures à 18 heures tous les jours de la semaine pendant une année... La violence se situe plus dans la répétition et l'imposition des horaires que dans la douleur auditive.


[2]Chiffres de l'association Colosse aux pieds d'argile : www.colosseauxpiedsdargile.org « Dans 94% des cas, l'agresseur fait partie de l'entourage. »



[3]Cela est encore plus évident pour les adultes, d'ailleurs l'université prend en compte cette dimension pour enlever les grilles... sans enlever le système carcéral : Un exploit qui fera l'objet d'un chapitre d'un ouvrage consacré aux particularités de l'université.





[4] L'illettrisme n'est toujours pas éradiqué de France à l'heure où ces lignes sont écrites, le 30/08/2019. Ni à l'heure de la dernière relecture personnelle, le 27/02/2020.


[5]Une brochure de la taille de celle que vous lisez actuellement pourrait être consacrée à la critique de l'étatisme linguistique, tant il y a a dire sur l'absence de sens, autre que l'uniformisation, le conformisme, de l'obstination de l'Etat à imposer sa langue unique. Situation d'ailleurs elle-même unique à la France, tant il est plus facile pour les autres pays d'accepter les autres langues, et donc les autres tout court.


[6]A savoir, le caractère sexiste de cette règle, évoqué par Eliane Viennot dans son ouvrage Non, le masculin ne l'emporte pas sur le féminin. L'accord du genre étant la règle de grammaire qui fait le plus "tiquer" les élèves. Je me souviens encore comment l'enseignante devait insister sans explication sur le fait qu'un homme parmi 1000 femmes devait se dire "ils", parce que le masculin "domine", "c'est comme ça". Ce qui nous conforte dans le fait que l'école cherche à conformer les gens plus qu'à développer un esprit critique ou une vie e, société saine.


[7]Il ne s'agit en aucun cas d'incriminer les enseignant·es. L'Etat porte suffisamment de responsabilité pour ne pas pouvoir se défausser sur ses fonctionnaires. Toutefois, bien que certain·es enseignant·es sortent des sentiers battus, d'autres sont suffisamment serviles pour n'être qu'un porte-voix de la bourgeoisie. Le rôle des fonctionnaires est traité plus bas au chapitre intitulé "Les enseignant·es".


[8]Du grec epistếmē, signifiant : "science". Relatif au savoir. Ici, "l'hégémonie épistémique" est le monopole que cherche à avoir l’État sur les récits scientifiques ; surtout l'histoire, mais pas que.


[9]Et comme toute institution antidémocratique/autoritaire/obscurantiste


[10]Avec les lois dite "anti-terroristes" prétextes à répressions et à alimenter un climat de peur, on limite aussi les entrées depuis quelques années, à des créneaux horaires bien précis, avec vérification du carnet pour certains établissements. Je ne sais si cette pratique est majoritaire, ou s'il elle a simplement survécu au quinquennat hollande.


[11]Iels sont même invité·es régulièrement à faire leur autocritique...


[12]Bien que je ne sois pas le plus pauvre, je suis loin d'être bourgeois. Il est aussi tout à fait naturel que, après avoir passé des années dans un monde bourgeois, on acquière des réflexes bourgeois difficilement détachable.


[13]De même qu'à l'école, on trouve un vocabulaire carcéral dans le monde du travail par exemple « Encore quelques années à tirer ». La retraite est linguistiquement similaire à une libération d'un·e détenu·e.


[14]Ce fut le cas de la matière intitulée "technologie", où je n'ai jamais compris ce qu'on était censé y traiter...


[15]Il n'y a pas là de contradiction avec la critique de l'autocritique imposée par la hiérarchie aux enseignant·es. Là où ces derniers sont forcé·es de trouver des points positifs comme négatifs régulièrement et sans raison, un autocritique libre suppose que, lorsque cela est nécessaire (se rendre compte d'une erreur, d'un comportement contraire aux valeurs communes etc), l'on puisse se remettre en question et en débattre avec les personnes proches voire les personnes blessées prêtes à pardonner ou à évoluer. Cette (auto)-critique libre serait donc comme une dialectique socratique, où chaque participant·e d'un débat gagnerait en évoluant sur ses positions. A l'inverse, l'injonction à se critiquer par en haut, ressemblerait plus à une "autocritique" bolchévik...


[16]Évidemment "faire faire quelque chose" à des enfants ne les encourage en rien à développer leur autonomie créative, mais dans un système étatique tel que celui que nous décrivons, il est difficile de faire mieux, vous l'aurez compris.


[17]Pour donner un ordre d'idée, ce que l'on a le plus couramment c'est :

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Une moyenne par matière et par trimestre

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Une moyenne générale (= la moyenne des moyennes de matière) par trimestre

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Une moyenne générale (=la moyenne de la moyenne des moyennes) par an.

Ce qui donne environ une cinquantaine de moyennes différentes au cours d'une seule année. Imaginez de la sixième à la terminale.


[18]Il s'agit d'un seul mot censé résumer tout le semestre puis toute l'année de l'élève. La plupart du temps, il s'agit des mots "encouragement", "félicitation", "avertissement". Inutile de préciser l'importance de ce mot, il détermine la durée de la peine ou la possibilité d'améliorer son dossier pour accéder à des écoles prisées. La critique de ces dernières, du mythe autour de l'enseignement "supérieur" et de la crainte du chômage, mériteraient un texte de la taille de celui ci-présent.


[19]Néologisme personnel pour la pratique de l'ingurgitation de papier.


[20]Preuve, s'il en fallait, que les activités dites "extrascolaires" ne sont qu'un prolongement du système éducatif d'Etat. Même pour des petites structures associatives. Surtout pour celles-ci, tant elles sont susceptibles d'être inféodées à l’État.


[21]Il s'agit du livre intitulé La société écologique et ses ennemis de Serge Audier, paru en 2017.


[22]Un ouvrage plus consistant que celui-ci est en projet pour tenter de développer une forme de "poursuite du bonheur" anarchiste. Bien évidemment, l'expression sus-citée est un piège capitaliste produit par les marchands de livre de développement personnel, mais il faut justement pour cela répondre à la frustration du capitalisme en proposant un moyen de s'épanouir autrement qu'en fournissant de l'argent aux charlatan·es de tout poils mais plutôt en s'engageant politiquement, en militant pour de bonnes conditions de vie. Le bonheur étant selon l'anarchisme performatif : la recherche du bonheur étant déjà un bonheur en soi, lorsqu'il n'est pas aliéné par la bourgeoisie. Mais trêve de divagation.


[23]On peut définir ce mot simplement ainsi : "la projection sur autrui du mépris spécifique avec lequel on considère les personnes perçues comme enfantines". Voir introduction.


[24]www.liberation.fr