Titre: L’en-dehors
Sous-titre: Morceaux choisis (1891-93)
Auteur·e: Axa Zo
Date: 1891
Source: Consulté le 15 octobre 2016 de infokiosques.net
Notes: Extraits du journal l’En-dehors, mai 1891 à janvier 1893. Publié sous forme de brochure par Apache Éditions, 2013.

    * * * * *

      Branche de mai

      Par l’Image

      Énergumène

      Au pied de la Guillotine

      Le Bagne ou la Mairie

      Le néophyte Cacolet

      Légitime défense

      Madame Thomas

      Les Lyncheurs

      Nous

      L’Impossible suicide

      A Paris ! les mineurs

      La grande Coupable

      14 juillet sanglant

      Notre complot [23]

Les articles qui suivent [1] ont initialement été publiés dans le journal l’En-dehors, hebdomadaire fondé par Zo d’Axa, qui paraît de mai 1891 à janvier 1893.

Zo d’Axa, de son vrai nom Alphonse Gallaud de la Pérouse (1864 - 1930), est issu d’une famille bourgeoise. Après des études médiocres il s’engage à 18 ans dans les chasseurs d’Afrique. Il déserte rapidement, après avoir séduit la femme de son capitaine. Réfugié à Bruxelles, puis à Rome, l’amnistie de 1889 lui permet de rentrer en France. A partir de ce moment Zo d’Axa s’implique dans les milieux anarchistes. Il fonde l’En-dehors en mai 1891. Arrêté une première fois pour « participation à une association de malfaiteurs » (après l’arrestation de Ravachol et de ses compagnons, Zo d’Axa lance une souscription pour les enfants des détenus et distribue l’argent aux familles, voir l’article "Pour les petits" [2]), il est emprisonné à Mazas pendant un mois. Poursuivi à nouveau pour un article de Jules Méry jugé offensant pour l’armée, il s’enfuit à Londres. L’En-dehors continue malgré tout de paraître, sous la direction de Félix Fénéon, jusqu’en janvier 1893. Après un périple à travers l’Europe et l’empire Ottoman, il est finalement remis aux autorités françaises. Il passe dix-huit mois à la prison Sainte-Pélagie. Libéré en juillet 1894, il publie alors De Mazas à Jérusalem, écrit en prison. Discret quelques temps, il fonde en 1897 un nouveau journal : La Feuille, où il rédige l’essentiel des textes et qui paraît jusqu’en 1899. Blasé, Zo d’Axa part à nouveau autour du monde en 1900 et visite les Amériques du Nord et du Sud, la Chine, le Japon, l’Inde... De retour en France il passe les dernières années de sa vie à Marseille, pessimiste sur la nature profonde de l’humain. Il se suicide le 30 août 1930.

Une des choses qui frappe à la lecture des textes de Zo d’Axa, cent ans plus tard, est leur étonnante actualité. Quand il nous parle du citoyennisme (légitime défense), des rapports sociaux de prédation (les lyncheurs) ou de l’influence des médias (par l’image) on ne peut s’empêcher de regarder par la fenêtre et d’apercevoir la même pourriture, le même voyeurisme teinté du culte de la charogne (au pied de la guillotine) et la même hypocrisie humanitaire (à Paris ! les mineurs) censée masquer tout le reste.

Avril 2012

* * * * *

— Du courage, Monsieur. Voilà une cigarette, un verre de rhum. Désirez-vous autre chose ?

— Du feu, s’il vous plaît.

— Oui, c’est cela ; fumez, buvez ! on va vous couper les cheveux.

— Rafraîchir seulement, j’aimerais mieux.

— Soit, courts derrière, et, sur le front, mèches au vent. Compris. Et maintenant permettez-moi la suprême recommandation : vous allez mourir pour vos écrits, vos opinions, vos actes de révolté, eh bien ! à l’instant fatal, ne résistez pas, laissez-vous faire. D’ailleurs on ne vous bâillonne point, nul ne songe à vous empêcher de confesser votre foi en un vivat protestataire… Vous crierez « Vive… ce que vous voudrez ».

Si le directeur de la Roquette me tenait semblable discours, après telle mésaventure soupçonnable par les temps qui stagnent, peut-être bien en profiterais-je pour lui demander l’âge qu’il a — en tous cas, je ne crierais rien. Non, devant le peuple accouru pour voir si je meurs avec à propos, je n’aurais pas de mots définitifs. Je ne connais point de formule où se peut réfugier l’enthousiasme. Vive la Révolution ! Vive Dieu ! Vive le Roy ! Vive l’Anarchie ! Pourquoi ? Car, en somme, je ne suis sûr de rien, si ce n’est qu’il faut vivre SOI-MÊME : vivre en joie, vivre en bataille, se donner si bien au présent que le futur n’importe plus, vivre aux heures belles ou mauvaises… Je vivrais encore une minute à souffler, aux babouines des foules, ma dernière bouffée de cigarette.

Donc, je l’avoue, très candide, la fâcheuse occasion venant, je n’aurais point d’ultimes paroles clamant un espoir tenace. À présent on ne sera plus surpris qu’à la bonne occasion de ce livre je n’aie pas de préface-programme.

— De quoi s’agit-il ?

— Vous verrez bien. C’est la vie qui se déroule, brutale : coups de poing, coups de plume, explosions, coups d’ongle. Faits divers : ce dont on cause, ce dont on rage ou l’on sourit… Tournez les pages.

Branche de mai

Pas utile de faire encore une fois le récit des événements de Fourmies [3] ; tout le monde sait ce qui s’est passé, nul n’ignore qu’enfants, femmes, vieillards, une quarantaine environ ont été abattus par la fusillade d’un régiment de cette vaillante armée — notre espoir et notre force.

Seuls, tels poignants détails, restent éternellement sujets à méditer.

Cette jeune fille tombée au premier plan, cette gamine de dix-sept ans qui s’avançait, évidemment inquiétante, sur les bataillons carrés de nos soldats, une branche de mai dans la main ! cette enfant que trois ou quatre balles de nos merveilleux Lebel ont couchée pour jamais toute rougie d’horribles blessures — avez-vous pensé que ce ne sont pas des coups de feu tirés dans le vague d’une foule lointaine qui l’ont frappée ? Avez-vous pensé que les balles se sont concentrées sur elle comme en un rendez-vous de sang ? Vous êtes-vous demandé, une fois, angoissé :

— Si pourtant on l’avait visée, cette enfant ?

Visée !

Il faut bien qu’elle s’anime cette pensée ; car la fillette, si près, à la bouche même des fusils, presque isolée en avant-garde, on pouvait ne pas la toucher ! il suffisait de le vouloir.

Et on ne l’a pas évitée cette petite victime si proche…

Donc, derrière le hérissement des baïonnettes, le soldat s’est rageusement dit :

— Assez ! ils nous la foutent mauvaise avec leur premier mai ! sale corvée — tenue de campagne — astiquage à n’en plus finir — faire le poireau — recevoir même des cailloux — être engueulé par le sergent — et puis… c’est cette petite garce avec ce branchage en main, oh ! celle-là, elle n’y coupera pas !

Ils ont visé.

L’homme est caverneusement mauvais.

Où il est pire, c’est, à certaines heures, sous l’uniforme de soldat.

Pas besoin de se rappeler le sac des villes après la victoire, les odieuses boucheries d’après coup, les saletés tellement ignobles qu’elles ont souvent donné la peste, tout ce que laisse après elle la bande armée qui triomphe.

Il suffit de se souvenir de notre passage au régiment ; même les meilleurs d’entre nous, ceux que le métier déguisait seulement en « hommes d’armes », même ceux-là n’éprouvaient-ils pas parfois une joie féroce à faire du mal ?

En avons-nous vu, de près, des faits brutalement, largement révélateurs, que ni sous-offs, ni biribi [4], si puissants pourtant, n’ont contés.

En avons-nous vu de petites vilenies et de grosses lâchetés qui n’ont jamais été dites.

Jamais été dénoncées, parce que l’on veut s’en tenir aux faits épisodiques au lieu de prendre corps à corps toute la bête — la bête sacrée ! la bête à mille cornes acérées faites de sabres et de baïonnettes.

De l’armée, nous en sommes tous — chants de conscrits ou malgré nous.

Mais cette période militaire n’est-elle pas la phase la moins humaine de notre activité ?

Ah ! sûr, on est tout autre, en cet instant taxé, lorsque le métier fait de vous un être passif pour tous les personnels élans.

Et c’est fatal, irrémédiable : l’homme n’est pas assez fortement trempé pour résister à tous les coups d’épingle de la discipline, aux esquintements physiques, aux schlagues morales ; un désir de vengeance s’accumule en lui, une rage monte pouvant fondre sur n’importe qui, à propos de n’importe quoi, et c’est pour ça que « les fusils partent tout seuls ».

Chercher des responsabilités ?

D’avance on n’en veut pas trouver. On sait trop où il faudrait les faire peser.

On a indiqué des personnes : un commandant. Ce n’est qu’un otage.

Il y a ce que nous disions tout, à l’heure, cette chose à laquelle on ne veut pas toucher, on n’ose pas : cette toujours cruelle bête sacrée aux mille cornes acérées faites de sabres et de baïonnettes…

Par l’Image

Quand un journal quotidien s’éprend de la noble idée de faire pénétrer dans les masses les subtilités exquises de l’Art, lorsque d’un autre côté une combinaison plus ou moins proprement financière lui permet de disposer de quelques dizaines de mille francs, le grand quotidien accouche d’un petit hebdomadaire.

Alors, parmi la floraison des gravures rares, il en éclôt de nouvelles. L’illustration pousse, vigoureuse. À la fontaine artistique, un robinet de plus est ouvert.

Le Supplément coule à flots.

Et c’est une affiche supplémentaire où apparaît chaque semaine, à la première page, un dessin représentant le fait saillant : la guillotine, la maison du crime, la tête de l’assassin, le portrait de M. le Président ou la physionomie d’un rôdeur.

Chaque journal adopte un genre.

Il y a les pornographies en couleurs avec le Gil Blas, les mêmes en noir avec la Lanterne ; il y a les spécialités pour tricolores massacres coloniaux avec le Petit Journal et le suprême chic du suicide avec l’Intransigeant.

L’autre jour, précisément, l’organe des refroidis volontaires avait sentimentalement mis en valeur la mort d’une demoiselle. Il s’était complu à montrer de quelle façon une jeune personne, lasse de la vie, pouvait chercher un refuge dans l’asphyxie.

On voyait, mollement étendue sur un lit de parade, une jolie fillette semblant rêver quelque songe berceur ; près du lit deux grands cierges brûlaient, tandis qu’une cassolette posée sur le sol exhalait de légers parfums qui lentement s’élevaient en transparentes spirales apportant, sans doute, à l’enfant endormie, l’éternel repos dans une dernière joie.

Les murs de la chambrette étaient tendus de blanc. Des fleurs jonchaient les meubles…

C’était poétique, c’était gentil, c’était séduisant.

La Mort n’était plus la camarde avec sa faulx ; l’œuvre de l’Intransigeant la rendait enjôleuse.

Cette façon de dire bonsoir à la compagnie n’était peut-être pas très vraie, si l’on se reporte au misérable suicide auquel faisait allusion le journal. Elle était en tout cas bien trouvée.

L’artiste qui s’exerce dans le supplément a bien le droit d’être créateur. Avec un talent inqualifiable, le dessinateur avait donné, cette fois, la recette, la formule et le décor du plus joliet des suicides.

Qu’importe, si ce n’était pas la scène qui avait eu lieu ?

C’était la scène à faire.

Et on l’a faite cette scène ; et pas plus tard qu’hier — bien imitée, sans un oubli, — telle qu’elle avait été inspirée.

Une jeune fille de dix-neuf ans, Mlle Louise Nanty, dont les parents sont de modestes négociants établis dans le quartier de Clignancourt, s’est sauvée de la maison paternelle, elle a loué une chambre dans un hôtel meublé de la rue Marcadet, et là, elle s’est donné la mort : elle a vécu le Suicide sentimental.

La pauvre, elle aussi, a tendu de blanc les murs de la chambrette — avec les draps de son lit. Des cierges ont brûlé. Le réchaud a jeté, petit à petit, l’essaim des gaz empoisonneurs et elle est passée, l’enjôlée ! pendant que se fanaient les fleurs dont les meubles et le sol étaient jonchés…

Sur une table, un numéro de l’Intransigeant illustré attestait l’entraînement dont la faible créature avait été victime :

La Provocation par l’Image…

Énergumène

On causera de M. Carnot.

Mais, disons-le vite à ceux que troublerait le rapprochement du titre de cet article et du nom d’un premier magistrat, nous ne brevetons pas l’idée que l’un puisse qualifier l’autre. Il serait certainement peu sage, très déplacé, et par-dessus tout, très faux de prétendre que le président correct et boutonné, dont nous jouissons, soit agité par quelque enthousiasme déréglé à la façon d’un énergumène.

C’est bien quand même M. Carnot qui est sur la sellette…

Je ne sais pourquoi, en parlant de cette haute et maigre personnalité, en songeant à ce monsieur tout de noir vêtu et aux gestes courts semblant tirés par des ficelles ; je ne sais pourquoi le mot sellette, petite selle, petit siège en bois, me fait un effet tout drôle.

Positivement, c’est à me croire victime de quelque obsession : mais, puisque j’ai l’habitude de laisser courir ma plume en toute franchise et naïveté, j’oserai noter les invraisemblables pensées qui me tourmentent, l’horrible vision que j’ai et l’envie de rire qui me saisit au milieu même de l’épouvante : la sellette, la petite selle, le petit siège en bois diminue encore, se résorbe, s’affile en une pointe acérée, et le monsieur maigre, la haute personnalité me paraît s’asseoir sur le pal, avec des gestes courts semblant de plus en plus tirés par des ficelles noires.

Que voulez-vous ? Je ne suis pas de ceux qui ont le respect inné des Bonshommes, j’entrevois toujours les très graves comédiens de la vie en de ridicules postures, c’est plus fort que moi : Louis XIV, le roi Soleil, qui caracole sur la place des Victoires devait avoir une brave tête, le soir, en bonnet de coton…

La Majesté, cette mise en scène, suprême épate des souverains, m’horripile absolument. C’est une pellée de poudre-aux-yeux qui éblouit encore trop de gens. C’est un des derniers préjugés qu’on élève en un mur de respect divin autour de l’Autorité. C’est un fétichisme sans idéal, et plus laid mille fois que les religions prometteuses de ciel.

Aussi, à tous les escaladeurs de pinacles, à tous les trôneurs sur piédestal, j’aime entendre les gavroches crier :

— Descends donc de ton socle, eh ! poseur !

Le Quatorze-Juillet, au milieu de la fête, pendant la revue, alors que not’Président, bien grave et point raide, circulait dans sa victoria, saluant par devant, saluant par derrière, avec la grâce qu’on lui sait, il entendit tout à coup résonner, par deux fois, à ses oreilles :

A bas Carnot !

Les journaux nous ont reportés, le lendemain, que deux forcenés, l’un de vingt-trois ans, l’autre de vingt-cinq, avaient poussé des clameurs séditieuses sur le parcours du Président, et ils ajoutaient, les journaux : on a arrêté les deux énergumènes.

Un seul point me surprend, c’est qu’on ne les ait pas lynchés, comme, il y a quelques années, ce malheureux inventeur qui, pour fixer l’attention, tira un coup de pistolet en l’air, alors que la rue était encombrée par le landau présidentiel.

Le passage à tabac, en arrivant au poste, a dû être assez Premier Mai.

Les brigades centrales qui badinent avec l’amour en pourchassant, arrêtant et violentant, même les honnêtes femmes, ne badinent jamais avec ces petites histoires-là.

Des coups de bottes aux manifestants : et pigne, et paf, et pan… attrape ça, l’énergumène !

Il est sévèrement apprécié de s’en prendre au chef de la nation : on est resté monarchiste. À l’état latent, il y a le crime de lèse-majesté.

L’action de ces deux jeunes gens est par les uns jugée pendable cas : Y a pus rien ! sont-ils prêts à s’écrier, tandis que les philosophes libéraux se contentent d’apprécier l’incident comme une équipée de gamins.

Je crois, moi, qu’on y doit sentir autre chose.

J’ai souvenance : étant à Naples, lors de la visite de l’empereur d’Allemagne, je me promenais par la ville pavoisée, avec l’ami qui signe Brodjaga ses curieuses chroniques sur les bas-fonds des provinces méridionales italiennes. La foule grouillante roulait sur la via Toledo et débouchait comme une marée montante sur la piazza Reale ; un brouhaha de voix indistinctes et dans des bousculades folles comme l’élévation générale de toutes les têtes, avec la sensation que tout ce monde se dressait sur toutes les pointes de pieds : le cortège des souverains était annoncé. Sur la chaussée déblayée par des agents de ville, les cuirassiers s’avançaient en bon ordre, puis venaient dans un carrosse attelé de quatre chevaux, le roi d’Italie et à sa droite l’empereur d’Allemagne en cuirassier blanc… Et c’étaient des vivats, et c’étaient des fleurs, et c’étaient des baisers — l’aplatissement d’une race devant un homme.

J’ignore comme certaines déductions se pressèrent subitement, mais à un moment donné, porté par la foule jusque près le landau royal, je m’élançais en avant, criant à pleins poumons :

— Abbasso ! Abbasso l’imperatore !

Brodjaga, lui, s’était cramponné à la voiture et les deux souverains durent sentir son souffle sur la face quand il répéta :

— Abbasso ! Abbasso !

Naturellement nous fûmes cueillis aussitôt, plus ou moins ligotés et prestement conduits à la questure. Ce en quoi on nous rendit gentil service, car je doute fort qu’il eût fait bon rester en cet instant parmi la plèbe napolitaine.

Il ne faudrait pas que la chauvinerie, pour cela, me fasse risette ; je sais bien qu’à l’étranger on aime plus fort la patrie — loin de la geôle, parfois, le forçat a la nostalgie des prisons — mais je sais bien aussi, mais je sais bien surtout qu’en notre mouvement spontané, ce n’était pas l’Allemand que nous visions, c’était l’Empereur, le demi-dieu !

Et je conçois — suggestif, dans un pays s’intitulant républicain, le passage en calèche du monsieur rigide qu’entoure l’apparat souverain. Parmi les acclamations, il parade, ce matador qui garde, contre un peuple, le moyenâgeux droit de grâce — puissance de tuer au petit malheur des digestions mauvaises. Rapidement viennent à la pensée les laideurs d’une société, un mouvement de l’esprit éclôt qui fait synthétiser ces laideurs dans ce citoyen qu’on exalte, — une voix s’élève :

A bas cet homme !

Je me demande même, en franchise, comment l’occasion venue, j’aurais salué M. Carnot ? A bas l’empereur ! mon cri de Naples, s’adresse à tous les chefs d’orchestre de nos sociales cacophonies.

Qui sait si je n’eusse pas dit comme l’énergumène de Longchamps ?

Au pied de la Guillotine

Voici quelques nuits, la place de la Roquette est envahie par une foule composée d’éléments divers ; mais ayant le but commun d’assister à l’épilogue du drame de Courbevoie. C’est la foule des chercheurs de sensations, des curieux, des malandrins, des vagabonds et même des doux philosophes. Foule élégante, dépenaillée, foule aux plus fantasques bigarrures. C’est le public des premières et des dernières.

Vers les deux heures du matin, régulièrement, on opère des charges sur la place, on opère aussi des arrestations. Les bons sergots [5] n’ont-ils pas appréhendé M. Bauquesne, le directeur de la prison !

Définitivement on croyait que la sanglante représentation aurait lieu au plus tard hier samedi et cependant rien encore… Pour les héros du drame, le supplice de l’échafaud se corse des tortures de l’attente.

On leur fait la bonne mesure.

Cette attente ainsi prolongée paraît le raffinement de cruauté que dose je sais quel sire triste.

Quand on songe à l’ennui qu’on éprouve en posant vainement pour un rendez-vous, quand on pense à l’agacement qui vous prend de chercher le mot qui flirte et fuit, quand on entend narrer les cauchemars des nuits aux lendemains menacés par les plus petites disgrâces, les réveils en sursaut, les cris dans le sommeil, les sueurs et les angoisses causées souvent par des pusillanimités [6] tant secondaires, quand on songe à tous les effrois devant les futiles fantômes d’idées, on peut bien imaginer les affres intenses de ces trois êtres que Deibler guette…

Les lenteurs des bureaux, des commissions et surtout de M. Veto ne s’expliquent pas, ne peuvent pas s’expliquer. Si, non préméditées, — ce sont allées et venues inutiles, maladroites, fausses manœuvres d’équarisseurs insouciants.

Je n’ai présentement l’intention de dire tout ce que me met en l’esprit la triple exécution imminente, je suis retenu par cette pensée : le crime légal pourrait cependant ne pas avoir lieu. Cette fois-ci, M. Deibler, M. Carnot, peut-être refuseront de trancher ou de signer. Tout est possible et tout, normalement, devrait sembler moins improbable que cette vengeance vile : la peine de mort préparée comme un guet-apens.

Avant de conclure j’attends, moi aussi. Et m’en vais seulement fixer les idées s’échangeant autour de l’échafaud qui reluit et ouvre ses bras.

Bientôt la machine aura sans doute déclenché son couperet : la vie d’une vieillarde et de deux gamins se répandra rougement — ce sera l’heure de montrer les visages vertueux qu’éclabousse la libation des suppliciés.

A côté de la Société — vite nommée — il y a de nettes et personnelles responsabilités.

Nous les ferons toucher du doigt.

Cette époque raffinée culbutera ignominieusement.

On dira que nous enfermions certains malades dangereux dans de sombres cellules où, durant de longues nuits, leur parvenait du dehors le bruit de la foule accourue pour leur final supplice. On dira qu’on prolongeait cette agonie pendant des semaines et des semaines. Et les hommes de ces temps futurs verront ce que personne ne veut voir aujourd’hui. Ils se représenteront des êtres voués à la mort prompte et vivant leurs derniers jours comme de longs siècles : pis que l’épée de Damoclès, l’inévitable couperet du bourreau ! Est-ce tout de suite ou pour demain ? Et les cheveux hérissés et les yeux agrandis et les peurs folles dans les tragiques obscurités, les concentrés désirs de fuite, un trou de souris où se fourrer. Et les murs cercueils résonnant sourds des coups de tête qui désespérément s’y frappent…

Notre hypocrisie semblera seule au niveau de la barbarie de nos mœurs.

Et quelle hypocrisie !

Les journalistes eux-mêmes avec leurs feuilles se voilent la face. Ils ont des apostrophes indignées pour cette foule qui vient assister à la dernière seconde des condamnés. Ils parlent de rastaquouères qui ont l’audace de se faufiler à côté de la presse, pour contempler l’odieux spectacle — ils disent aussi spectacle malsain ! — et ils ne réfléchissent pas, les pauvres ! que c’est leur attitude approbative et complice qui le laisse se dérouler, ce spectacle. Ils ne réfléchissent pas que c’est à pleines colonnes de leurs journaux qu’ils font la publicité pour ces drames.

Et, vrai, elle a raison d’y assister, la foule. Elle verra. Et dans un suprême écœurement, un jour elle s’opposera aux représailles assassines.

De par la loi, les exécutions doivent être publiques : des demi-mesures en pareil cas c’est encore de la lâcheté. Les reporters, en leurs papiers, ne donnent jamais l’impression qui doit se dégager plus haute : que la multitude se rende au sacrifice et l’instant viendra où elle protestera tout haut.

Les nuits d’été sont lourdes. Dans les petites chambres on dort mal : qu’elle aille place de la Roquette, la foule — c’est la Veillée de la Guillotine.

Le Bagne ou la Mairie

Par ces temps de dépopulation, il est réconfortant de signaler tels exemples que l’on peut qualifier de féconds.

Il y a quelques jours, à Bordeaux, une fillette de treize ans a mis au monde un enfant dont l’état de santé ne laisse rien à désirer. La jeune citoyenne qui vient de donner à son pays un petit citoyen est évidemment au-dessus de tous éloges ; l’agriculture a besoin de bras, le militarisme aussi, et l’on ne saurait commencer trop tôt la fabrication de ces bras.

La valeur n’est pas seule à ne point attendre le nombre des années : dès l’âge le plus tendre il est des fillettes qui vont de l’avant.

C’est bon !

Bien que la recherche de la paternité soit interdite, le doux ami de la belle enfant n’a pas tardé à être désigné.

Il ne s’agissait pour lui de rien moins que de la Cour d’assises. Aimer avec autant d’entrain des gamines de douze ans passe, en effet généralement, pour un crime qui vous fait récolter bien plus vite l’épithète d’« immonde personnage » que celle d’« heureux gaillard ». L’épithète est même d’habitude soulignée de quelques années de galère.

Or, les journaux du cru, loin de s’indigner comme d’ordinaire, ont regardé la chose sous un jour badin ; ils ont eu des mots joyeux et c’est avec l’air de dire : un fier lapin ! qu’ils ont présenté le papa.

Je tiens à ne point sembler regretter un épilogue si favorable ; mais je trouve qu’il n’est pas sans saveur de montrer pourquoi ce qui apparaît couramment comme un odieux attentat est considéré, en la circonstance, comme une aimable idylle.

Le fait est simple. Au lieu de s’en tenir à l’Amour Libre, la situation a été bourgeoisement régularisée :

Il y aura Mariage demain.

Ça n’a pas été d’abord comme sur des patins. Étant connu l’âge de la petite mère, il a fallu de puissantes interventions : un décret du président de la république a tranché les difficultés en accordant une dispense.

Si bizarre que soit ce droit de veto ou de consécration laissé au chef de l’état, il n’y a qu’à se féliciter de la façon dont le président en a usé. Les deux amoureux l’ont échappé belle : d’autres auront-ils la même chance ?

M. Carnot qui n’est, somme toute, pas tendre pour les enfants fatalement précoces, puisque depuis son avènement, il en a guillotiné plusieurs, le président pourrait dire :

— Non, là ! je ne veux pas qu’ils se marient !

Alors, pour le monsieur, ce serait les travaux forcés.

La formule est ainsi posée : avec un peu de bienveillance de la part de l’Auguste, il est loisible de choisir entre la maison centrale et la maison communale.

Le bagne ou la mairie !

Si le Daphnis de l’époque, passionné pour sa Chloé [7], avait eu cependant une répulsion manifeste pour le mariage, il aurait goûté de la geôle.

Les arbitraires exigences de la société ne sont jamais apparues plus clownesquement que dans ce mariage laïque… et obligatoire.

Le viol est très admissible quand monsieur le maire tient la chandelle en équilibre.

Qu’on l’avoue donc : il n’y a pas de viol [8] !

Les amants qui, réciproquement, se désirent ont le droit naturel de se prendre. Il n’y a pas de question d’âge et il n’y a pas non plus de chinoiseries morales à respecter.

La Caresse se rit des lois et des lunettes.

Et lorsque la dame Vertu, sous les traits d’un vieux juge lubrique, voudra se mêler de morigéner [9] ceux qui s’aiment sans être majeurs, on pourra lui rappeler vite le précédent bordelais.

La jeune maman de la Gironde avait à peine ses douze ans quand, avec un garçon de vingt-deux, elle a été jusqu’au bout.

On ne saura guère rencontrer une séduction plus verte.

L’acquittement s’imposera, en tous cas, au-dessus de douze ans — pourvu que la fillette soit petite femme.

Ou, si non, notre maître à tous, le Président, devra lui-même s’interposer — lui qui vient, en quelque sorte, de piquer le bouquet de fleurs d’oranger sur une robe de première communiante…

Le néophyte Cacolet

Les feuilles de propagande cléricale mènent tapage autour de la sensationnelle conversion d’un révolutionnaire…

Paris valait bien une messe, pour Henri IV ; le jeune Gouzien a trouvé qu’un peu de réclame n’était pas payé trop chèrement par une apostasie.

Eh bien ! de la réclame, on lui en fera. Une binette d’abord : Alain Gouzien, vingt-cinq ans, surprenante mémoire permettant d’improviser, à la tribune, les discours jadis faits par d’autres ; vingt-cinq ans — toutes ses dents peut-être ! — et qui ne mordront plus que les anciens compagnons. Ce fort-en-bouche qui est passé à l’ennemi, avec armes et bagages, antiques laïus et vieux clichés, s’était créé, dans les réunions publiques, une spécialité de l’appel au pillage. L’incendie seul devait reposer de la dynamite et, à défaut de l’allégement des richards, il admettait — d’une main légère — l’estampage des camarades.

Ce procédé qui consiste à rouler des amis confiants, à profiter de l’abandon qu’on a vis-à-vis de ceux qui se disent vos frères de misère, ce système qui permettrait à un compagnon sans domicile de voler le compagnon qui lui donnerait l’hospitalité, ce procédé de détrousseur insinuant est sale.

Que la guerre soit à coups de couteau, avec les capitalistes formidablement armés pour l’oppression et la défense — à coups de couteau en poitrine ou par derrière — bien ! Que la lutte n’ait pas de duperie chevaleresque en face des Jarnac [10] de la bourgeoisie, soit ! Mais que, au milieu des militants et des convaincus, se glissent des pickpockets faiseurs de discours et de mouchoirs, subtiliseurs de hardes et de livres — c’est à épouiller, sur l’heure.

M. Gouzien pratiqua-t-il ? Catégoriquement, je l’ignore. J’ai dit son verbe, son geste. L’encombrante personnalité de ce néo-chrétien fut d’un socialisme si cascadeur que les plus drolatiques conversions ne sont faites pour troubler personne ; mais l’occasion me vient de parler de théories qu’il émettait et que professent pas mal de gens à courte vue, de théories qui me répugnent ; j’en parle — et je vais mieux encore préciser.

Il se faufile, dans les groupes, des gaillards aux doigts crochus ou aux digressions décevantes. Ce sont les vrais agents provocateurs — provocateurs de tous les doutes et de toutes les discussions.

On se lasse de voir ceux-là qui clouent au pilori les ignominies sociales, trafiquer à leur tour, par les plus vils moyens. Ce qu’il faudrait sentir chez les révoltés fiers(!!), à coup certain, ce n’est pas les petites saletés rééditant les roueries exploiteuses ; ce qu’il ferait beau sentir chez les révoltés, c’est une volonté haute d’éviter l’éternel recommencement des tromperies, une allure tranchant en belle clarté sur les basses machinations des truqueurs.

Si, pendant que nous nous ruons à l’assaut, de prétendus compagnons d’armes nous chopent nos cartouches et vident, pour se saouler, nos gourdes réconfortantes, nous leur défendrons de se dire plus longtemps des nôtres.

Si l’on combat les bourgeois à visage découvert, ce ne sera pas pour tolérer les hommes qui, parmi nous, transplanteront les mœurs de la bourgeoisie avec, sur la face, un masque de révolutionnaire.

On ne s’y trompera plus.

Les pires bourgeois, nous les démasquons.

Parbleu ! ce sont des habiles ; ils savent qu’ils peuvent d’autant mieux opérer chez les camarades que ceux-ci ont horreur de la délation et des représailles. Ils choisissent leur terrain avec la quasi-certitude de l’impunité.

La grandeur du brigand hardi, ils n’ont pas le droit d’y prétendre.

Faut-il s’étonner quand les partisans de ces théories tombent dans les trente-sixièmes dessous des compromissions agenouillées ?

L’estampage des camarades mène à l’estampage de l’idée. On a sacrifié les uns, ou, tout au moins, on a, sans protester, laissé sacrifier les uns : l’autre on l’abandonne — l’occasion se vendant.

Que l’indépendance me garde d’insulte contre tous ceux qui changent d’avis. Ce qui paraissait hier la vérité peut sembler demain le mensonge. L’évolution est constante. J’ai l’horreur des doctrinaires qui veulent nous enchaîner au nom d’anciens credos.

Il est possible qu’à certaines heures des tempéraments les plus franchement libertaires se passionnent pour un mysticisme hautain. Au-delà des brutalités du fait, il est concevable que l’on cherche l’intelligence d’une cause. Et jamais, de parti pris, je ne nierai la bonne foi de cette marche vers un idéal entrevu.

Seulement je ne crois pas, en ce moment, je ne veux même point admettre qu’après avoir rêvé de Liberté, on puisse repartir, en arrière, du pied gauche, pour les puérilités d’une religion toute faite.

Lorsque le plus cher désir a été de se mouvoir, à son instinctive fantaisie, dans la vie large ouverte, on ne se retire pas, sans secrètes pensées, dans le jardinet des dogmes étroits.

Lorsqu’un être s’est affranchi, il ne retourne pas dans les églises quémander une camisole de force ; ou, s’il le fait, c’est dans un but facile à dévoiler.

L’Eglise est un pis-aller.

Les révoltés mystiques auront d’autre refuge.

Le catholicisme n’est même pas l’hôtel des Invalides pour les anarchistes fatigués ; c’est une agence d’affaires pour les ambitieux impatients.

Et le Tricoche de sacristie ouvre toujours les deux bras au néophyte Cacolet [11].

Légitime défense

Monsieur Grévy qui fut un passionné des carambolages ne les comprenait pas de la même façon que Monsieur Crampon dont l’aventure défraye la chronique.

Le billard n’était pour l’ancien président qu’une hygiénique distraction à laquelle il se livrait dans un salon très décoré — ce qui pourtant ne lui rapportait rien. Le tapis vert, les boules blanches et rouge ont été, pour Crampon et ses deux camarades, le prétexte d’une opération où ils pensèrent enlever la forte somme.

Vers le soir, trois hommes montent au premier étage d’un cabaret, ils vont faire leur consommation en cinquante points au billard. Peu de monde dans le café : quelques clients en bas ; mais, en haut, dans la salle, personne ! Les joueurs ne seront pas dérangés.

Ils l’ont été cependant et juste au moment où les trois clients, se préoccupant peu de faire une « série », s’exerçaient à de savants massés sur la serrure d’une armoire où ils espéraient trouver autre chose que de la craie pour marquer les points, Au voleur ! cria le garçon qui les pinçait la main à l’œuvre, au voleur ! Et les billardiers, en bousculade, dégringolèrent l’escalier, et, sans grands tâtonnements, se précipitèrent, véritable trombe, par la porte donnant sur la rue.

L’employé du mastroquet criait toujours : Au voleur ! aux voleurs, arrêtez-les !

A moins d’incorporation dans les brigades de soutien des salariés de l’Ordre, qui s’agitera pour ce « menu fait » ?

L’anecdote du débitant qu’on a failli soulager du reliquat des bénéfices réalisés sur de partiels empoisonnements ne fait pas naître une émotion poignante. Les trois sans-le-sou réduits, pour manger, à tenter le suprême emprunt au cabaretier, n’excitent qu’une colère restreinte. Le vendeur de casse-poitrine peut, sans que notre plainte soit amère, être visité de temps en temps par quelque original joueur de billard.

Il est des vols d’autre envergure…

Aux appels du commis, la foule s’est amassée. On ignore du reste ce qui est advenu : simplement, les bons badauds, qui les premiers sont accourus, ont aperçu, filant à toutes jambes, les trois mauvais garçons.

— Arrêtez-les !

Des cris et encore des cris retentissent, successifs échos à l’ordre impératif ; c’est bientôt un feu sur toute la ligne : Arrêtez-les, arrêtez-les ! Amateurs toujours prêts et curieux bénévoles se lancent sur la piste, on court, on court…

Dans le dédale des rues, en la demi-obscurité des passages mal éclairés par de rares becs de gaz, deux des fugitifs réussissent à dépister les limiers non patentés. Ces Nemrods [12] pour l’honneur sont furieux : deux de perdus ! qu’il y en ait au moins un de retrouvé ! Et la chasse continue, plus âpre, plus précise. Pour tous, un seul but : l’homme essoufflé, le gueux qui, à trois pas en avant, bondit comme gibier traqué par la meute.

— Sus ! Sus ! Arrêtez-le !

La galopade échevelée continue, battant le pavé.

L’homme fait un faux pas, glisse… derrière lui des demi-douzaines de bras s’allongent pour saisir. Pas encore — il s’est redressé, l’homme.

D’un élan, il a regagné dix mètres.

Maintenant c’est en avant, quelqu’un barre la route, puis un peu plus loin, un autre, un autre encore. De toutes parts convergent les volontés de faire tomber ce pauvre diable qui détale, éperdu : des boutiquiers jettent sur le passage des caisses vides, des cochers zigzaguent avec leur voiture, coupant la route, brandissant leur fouet.

Les gamins hurlent, les hommes s’acharnent.

Lui, le pourchassé, le misérable vagabond, bientôt n’en peut plus, il sent que c’est la fin. On va le prendre et ce sera la prison, le tribunal, les chiourmes. Qu’est-ce qu’ils ont donc, ceux de cette bande implacable ? Ce ne sont pas des sergots pourtant, ce sont des ouvriers, c’est du peuple.

— Voyons, me laissera-t-on passer ? Je me sauve, en vaincu ! Il n’y a rien eu, rien. Qu’est-ce que cela vous fera si l’on m’enferme pour des ans ? Laissez-moi vivre !

Ah ! bien oui, tandis que le malheureux divague en d’enfantins espoirs et court ses dernières enjambées, la meute plus proche sonne l’hallali.

Sous une charrette, Crampon s’est abattu.

— Nous le tenons !

C’est le triomphe répugnant de la foule. Steeple pour la pose : à qui le premier empoignera le fugitif.

Alors, lui, affolé, arme son revolver et, par trois fois, tire sur cette horde qui veut voler sa liberté.

Deux morts, un blessé. Quant à Crampon après avoir été esquinté par les bons citoyens, il est appréhendé par des policiers — professionnels ceux-là. En perspective, la guillotine.

Ce quadruple résultat est dû aux limiers sans mandats.

Le meurtrier apparaît sauvagement en état de légitime défense.

Les victimes dans leur course à la mort n’inspirent que le dégoût. Si quelque chose nous écœure plus que la rousse [13] patentée, c’est la police dilettante.

Il est bon que de temps à autre certains enthousiasmes soient refroidis.

Madame Thomas

Une des caractéristiques de l’époque est la folie de jouir. Encore veut-on que le plaisir n’entraîne après lui aucun ennui, aucune charge.

Il faut s’arranger de façon que la caresse n’engendre que le spasme.

La reproduction est interdite.

Les militaires de Châlons-sur-Marne avaient tourné et retourné la difficulté ; ils étaient certains de ne point avoir d’enfants [14]. Ces messieurs n’étaient pas, sous tous rapports, restés en arrière. Le progrès les aiguillonnait. On a été injuste envers eux.

La plupart des officieux n’ont pas eu la bonne foi de signaler la décadente aventure. C’est à peine si le Petit Journal a donné une colonne de publicité à ce qu’il appelait un scandale dans l’armée. La Lanterne a été seule à écrire :

« Peu de temps après l’arrivée du 1er chasseurs à Châlons-sur-Marne les jeunesses de la localité qui savent conserver des trésors de tendresse pour les élégants cavaliers, manifestèrent le plus vif dépit.

« Quoi ! pas un homme dans ces escadrons, elles avaient beau rivaliser de coquetterie, les militaires restaient insensibles. »

Ce cri, « pas un homme dans ces escadrons », est-il controuvé [15] ? Cela équivaut à dire : sur le dos de tout le régiment on devrait coller l’unique étiquette.

Peut-être est-ce exagéré ?

Quand bien même ce serait la vérité — et là fleurit ma protestation — il est regrettable que, par ces jours de Mort aux gosses, aucun journal n’ait impartialement imprimé :

— Enfin, spectacle consolant, ce n’est pas dans notre armée qu’on a recours aux avorteuses !

On n’en dirait pas autant de l’élément civil.

Le peuple est routinier.

Les petits employés adorent de pimpantes ouvrières, il n’est pas jusqu’aux robustes gueux qui n’embrassent de belles gueuses à pleine bouche.

Et comme, si l’on a toujours la monnaie des baisers, on n’a pas souvent les sous nécessaires pour élever les progénitures menaçantes, il faut bien réclamer les services d’une personne, telle cette sage-femme que juge le jury de la Seine.

L’horrible mégère, dit-on, l’ignoble monstre !

Cette immonde avorteuse n’a fait que des études clandestines !

Et l’on raconte comment Marie-Constance Thomas, restée orpheline à dix-sept ans, fut recueillie par un docteur chez lequel on l’employa aux gros ouvrages du ménage. A ce moment Marie-Constance savait à peine lire. Le désir de s’instruire lui vint tout à coup et on la montre, après les rudes journées de labeur, veillant la nuit dans sa froide chambrette de domestique, travaillant penchée sur des livres de médecine que laissait traîner le docteur.

Petit à petit, elle sut faire un choix dans ses lectures, elle dirigea ses études et c’est ainsi qu’au bout de quelques années, un jour où une dame dans les douleurs de l’enfantement attendait en vain le médecin, elle fut en état de le suppléer et aida à mettre au monde un gros garçon bien vivant.

On a vite fait de qualifier cette femme : infecte et repoussante.

Au point de vue strictement bourgeois, des débuts comme les siens ne sont-ils pas l’idéal ?

Plus tard, la bonne du docteur, ayant quitté sa place, utilisa ses connaissances. Elle exerça, sans diplôme, le métier de sage-femme.

Plus tard encore, elle se spécialisa comme faiseuse d’anges…

A propos de l’avortement, je ne crois pas que ce soit bien neuf d’affirmer qu’entre la sonde qui délivre et les noyades préservatrices de l’injecteur il n’y a pas grande différence.

Cependant les gens à cheval sur le Code n’admettent qu’une chose, c’est qu’on soit de même sur le bidet.

On ne les fera pas sortir de là : d’un côté c’est la cuvette et de l’autre la Cour d’assises.

Il est discret de ne toucher au fond les débats qui se déroulent devant la Cour. Cette longue procession de lamentables avortées venant raconter, toutes, la même histoire banale finit par être fastidieuse. Et dans ce procès qui s’éternise, une seule figure se dessine intéressante : celle de l’avorteuse !

On pense à cette odyssée invraisemblable d’une servante. On pense au nombre énorme de ses clientes, à ses cures merveilleuses. On s’imagine les mille et une petites et grandes misères qu’elle a empêchées, y gagnant à peine quelques menues pièces blanches et l’on en arrive à concevoir une femme étrange, fille de ses œuvres — de ses œuvres abortives, si l’on veut — une femme d’un complexe caractère et d’une sauvage beauté.

Oui, et c’est cette curieuse physionomie qu’il est bon de laisser au premier plan, bien en lumière.

Madame Thomas a rempli une tâche : elle a démocratisé l’avortement…

Comme morale, il faut que le verdict soit implacable.

N’y a-t-il pas un mot d’ordre contre les vulgarisateurs ? Ce crime-là est le pire de tous.

On ne frappera jamais assez durement la femme faisant à très bon compte, pour des petites gens, ces avortements que les personnes du monde payent fort cher à MM. les grands docteurs.

Les Lyncheurs

L’Amérique, dans certaines de ses contrées, est par excellence le pays de l’élevage ; ajouter que c’est aussi le pays de l’éducation, de l’éducation sociale, ce serait faire une déplorable confusion.

Cette confusion on la fait tout le temps, les mœurs du Nouveau-Monde sont citées en exemple ; l’allure des Américains, toute pratique et tant pressée, risque de faire école en France.

Déjà la justice n’a jamais été plus expéditive. Vous êtes accusé, englué aux aveux, et souvent condamné avec une désinvolture qu’égale seule votre innocence ; ça ne traîne pas !

Il est exact que l’Amérique, toujours en avant-garde de la civilisation, va plus loin même dans cette voie : si les juges n’ont pas condamné, on vous exécute quand même. A propos de bottes ou de cannes à sucre, à propos d’un planteur ivre ou d’un indien battu qui se défend, à propos des plus futiles choses et des plus invraisemblables accusations, on vous lynche pour le plaisir.

C’est un principe admis : le peuple de l’autre côté de l’Océan a droit à une bonne moyenne d’exécutions sommaires.

Il revendique ses circences [16].

Dernièrement c’était, à la Nouvelle-Orléans, l’atroce boucherie des italiens reconnus innocents et par suite beaucoup plus rapidement et terriblement mis à mort. Les détails du massacre dépassaient en horreur les trouvailles de l’Inquisition, c’étaient des yeux arrachés de l’orbite, l’écharpement d’hommes par lambeaux de chair et enfin la délivrante pendaison, comme pour obtenir un dernier sursaut des agonisants torturés.

Aujourd’hui les journaux rapportent qu’à Bridgeport, en Californie, un chinois, sorti indemne d’une accusation de meurtre, a, néanmoins, été lynché en dernière forme du procès. A peine le verdict de la cour avait-il été prononcé que le prisonnier fut entraîné hors du tribunal, criblé de coups et finalement déchiqueté.

Les honnêtes gens qui se livrent à cette sorte de distraction et qui, forts de l’impunité, nationalisent les expériences de vivisection sur l’homme, doivent être, au fond de la panse, les plus enracinés bandits.

Et ils le sont, bandits ! si laidement, si peureusement repliés derrière une excuse de vindicte, si bourgeoisement !…

Le lynchage n’est pas, au reste, exclusivement une institution du Nouveau Monde ; à probants symptômes, on le voit de plus en plus, de mieux en pis, s’acclimater chez nous.

Elle existe parmi nous, la bande des lyncheurs ; sous mille formes on la sent s’abattre aux heures qui suivent la lutte.

Et c’est la même chose que là-bas, après l’acquittement en cour d’assises.

Quand ici on a gagné son procès devant le public, tout n’est pas non plus fini ; et pour nous autres cette victoire-là n’est cependant jamais absolue, jamais définitive : Géraudel et Georges Ohnet seuls, avec leurs pièces et purgatifs, ont touché les masses… au cœur. Ce que nous appelons gagner son procès, ce n’est que l’échange d’un salut, aux haltes, sur la route où l’on va repartir, c’est la poignée de mains de quelques subtils et détachés Attentifs. Quand, devant ceux-là, la cause est enlevée, tout n’est pas dit.

Commencent les sourdes attaques, les perfides insinuations, les compliments malveillants, les insultantes pitiés, tout l’ensemble des sourires faux, des réticences et des giflantes, confraternelles et aimables conclusions.

— C’est un si bon garçon, ce pauvre Un Tel ! Dommage qu’il se croit poète…

Et patati et patata lève la patte et puis s’en va larmoyer sur tout ce qui, Propre, voudrait surgir.

Aussi le sépulcral silence autour de l’Œuvre, cette conspiration dont je ne sais qui donne le mot d’ordre et dont tous les je-ne-sais-quoi sont les castrats-affiliés.

Et aussi la menace croupissante des naufrageurs qui n’osent encore allumer leurs feux.

Malheur ! par exemple, si sur la route on fait faux pas ; malheur ! si, un instant, l’on faiblit ; malheur ! si l’on bute. Comme les rôdeurs de barrière, les lyncheurs de la plume aiment les coups de talon dans la figure pour tous ceux qu’ils voient par terre.

Malheur aux isolés qui s’attardent en leur rêve sur les grands chemins battus par les pseudo-talentueux ! Ce sont endroits peu sûrs, les soirs où l’on est las, peu sûrs comme les berges de la Seine, la nuit, en nos banlieues, peu sûrs, comme en Amérique, les forêts où tant d’innocents sont pendus.

Malheur aux Isolés ! Méfiance aux carrefours !

Pourtant, malgré le dépiotage des existences, malgré le déchiquetage des personnalités qu’une petite malchance ou que le moindre échec jette sous les dents longues des implacables bornés, il est d’audacieux Chercheurs qui vont quand même en avant.

Tous ils ne trébucheront pas.

Moins naïfs, à présent, ils prennent garde.

L’effort ne sera pas irrémédiablement vain.

Et c’est déjà quelque chose quand les faux-frères sont brûlés, quand les vrais ennemis sont connus et quand d’un cri, sans plus dire, si facilement on les marque :

Lyncheurs !

Nous

On parle d’anarchie.

Les quotidiens s’émeuvent. On interviewe les compagnons et l’Éclair se fait, entre autres réponses, dire par eux qu’actuellement il y a scission parmi les anarchistes.

C’est sur le vol que les opinions se divisent.

Les uns, dit-on, veulent l’ériger en principe, les autres le condamnent irrévocablement.

Eh bien ! impossible serait à nous de prendre position sur un pareil terrain. Ce vol peut nous paraître bien et beau et approuvable ; cet estampage peut violemment nous répugner.

Il n’y a pas d’Absolu.

Si des faits nous mènent, aujourd’hui, à préciser telle façon de voir et d’être, chaque jour, en les vifs articles de nos collaborateurs expressifs [17], le vouloir s’est affirmé, clair.

Ni d’un parti, ni d’un groupe,

Endehors.

Nous allons — individuels, sans la Foi qui sauve et qui aveugle. Nos dégoûts de la Société n’engendrent pas en nous d’immuables convictions. Nous nous battons pour la joie des batailles et sans rêve d’avenir meilleur. Que nous importent les lendemains qui seront dans des siècles ! Que nous importent les petits neveux ! C’est en dehors de toutes les lois, de toutes les règles, de toutes les théories — même anarchistes — c’est dès l’instant, dès tout de suite, que nous voulons nous laisser aller à nos pitiés, à nos emportements, à nos douceurs, à nos rages, à nos instincts — avec l’orgueil d’être nous-même.

Rien, jusqu’ici, ne nous a révélé l’au-delà radieux. Rien ne nous a donné le critérium constant. Le panorama de la vie change sans cesse ; et les faits, suivant l’heure, nous apparaissent sous différentes lumières. Jamais nous ne réagissons contre les entraînements où nous lancent, tour à tour, les contradictoires points-de-vue. C’est simple. Ici, l’écho résonne de sensations vibrantes. Et si parfois des fougues désorientent par l’inattendu, c’est que nous parlons des choses de ce temps comme ferait le primitif barbare tombant tout à coup devant elles…

Le vol !

Mais la fantaisie ne nous viendra point de nous poser en juges. Il y a des voleurs qui nous déplaisent, c’est sûr, et que nous attaquerons, c’est probable. Alors ce sera pour leur allure, plutôt que pour le fait brutal.

Nous ne mettrons pas en jeu la sempiternelle Vérité — avec un grand V.

C’est une affaire d’impression.

Un bossu peut me déplaire plus qu’un aimable récidiviste.

L’Impossible suicide

Il est, cette semaine, un coup de revolver dont tous les échos du monde ont répercuté le son.

Les chroniqueurs de partout et les politiques d’ailleurs, depuis le bas-bleu — sensible à la ligne — jusqu’au faiseur implacable, tous et toutes, avec des mines de jongleurs misérables, se sont renvoyé la balle — la balle sanglante qui traversa les tempes de Boulanger [18].

L’homme est fini. Sur la tombe de la maîtresse, l’amant s’est tué. Celui que des foules avaient voulu porter sur le pavois s’est promu plus haut, dans le néant.

On pourra nommer cette mort le dernier truc d’un cabotin, rappeler Werther, cet acte ultime ne ridiculisera pas le disparu.

Il y a dans ce tragique naufrage comme une beauté décorative ; le suicidé du cimetière d’Ixelles ne part pas sans le geste humain qui impressionne. Et, apparaissent, ces jours et ces nuits de poignantes douleurs dans la chambre ou s’était évanouie la tant aimée. Ces jours où, la tête en les mains, il ponctuait de sanglots les minutes que, si lentement, devait compter l’horloge. Ces nuits hallucinées où, sur le lit vide, il s’abattait, cherchant, à doigts crispés, l’ombre de la chère morte. Et la pitié vous prend. Et les tortures de Georges éloignent la vision des exploits du soldat.

Car, on ne l’a pas dit, c’est le général, le soldat, qui était odieux.

Qu’un homme, voire même un prétendant, essaye de jeter par terre le gouvernement qui sévit, nous ne pouvons guère craindre de perdre au change. Ces questions ne nous passionnent. Ce que nous haïssons avant le reste, c’est le militarisme souteneur de l’Autorité, c’est la soldatesque galonnée, cette aristocratie de garde-chiourmes et de bourreaux.

Et alors, on songe aux conseils de guerre et aux exécutions sommaires, aux larmes et au sang que ce chef — qui vient de pleurer et de saigner — a fait répandre lui-même.

On se ressaisit. On ne s’acharne pas sur le cadavre du général tombé moins banalement, en somme, qu’en un champ de carnage ; mais on songe, les poings serrés, à d’autres généraux, bien vivants ceux-là — férocement vivants — et prêts, pour demain, à toutes les fusillades…

On entrevoit l’anguleuse silhouette du Galliffet [19] !

Les massacres de la Semaine Sanglante [20] reviennent à la mémoire. Les horreurs des répressions à la mitrailleuse remontent au souvenir. Les enfants et les femmes et les jeunes hommes et les vieillards victimes de 71 crient le Rappelez-vous !

Et l’on imagine que le jour où les causes justes triompheraient (quelle hypothèse !), où, conscients de leur droit à la vie, les déshérités se seraient fait une place au soleil, le jour où, à son tour — et pour ne parler que de lui — le Galliffet aurait perdu la partie, ce jour-là le général-marquis ne devrait pas compter sur le refuge du poétique suicide.

C’est impossible.

Plus maculé que les plus honnis, il est un fusilleur typique qui ne s’esquiverait point dans un romanesque décès.

Galliffet ne se brûlerait pas la cervelle, on lui casserait la tête.

A Paris ! les mineurs

Lorsqu’un épouvantable cataclysme désole une contrée : un tremblement de terre jette bas toute une ville, l’inondation submerge une vallée, le grisou passe et fait d’une mine un sarcophage, — quand c’est Ischia, Murcie ou Saint-Étienne : il se trouve toujours, à Paris, un groupe de gens de lettres et de gens du monde qui organisent une petite fête.

Les belles manières l’exigent : lorsqu’un fléau décime une population, tout Paris, sentimentalement, court à quelque joyeuse kermesse.

En cette généreuse cité, les plaintes des lointaines victimes ont un écho ; mais les sanglots de là bas se répercutent ici avec des sons d’éclat de rire.

Et, si ce n’est point une kermesse, c’est un spectacle varié — autre genre d’amusette — une représentation dans un grand théâtre ; quelque chose comme la matinée extraordinaire donnée, à la Comédie-Française, au profit des mineurs de la Loire que la dernière catastrophe a frappés.

Je le sais bien, la représentation a rapporté trente-cinq mille francs : trente-cinq mille francs que se partageront demain les familles des morts. C’est un peu de pain qu’on envoie aux malheureuses femmes qui ont perdu leur père, leur fils ou leur mari. C’est un secours qui sera le bien venu. Est-ce une raison pour taire que tels procédés de bienfaisance sont laids, sont insultants ?

Ah ! point ne s’agit d’un idéalisme maladif ni de rêveries surannées, je n’ai pas le ton des déclamations vides. Non ! mais je veux montrer aux mineurs — auxquels par centaines nous enverrons ce journal — ce qu’ils doivent à jamais penser de leurs « bienfaiteurs ».

Donc, pour arracher aux bourgeois l’obole piteuse de quelques billets de mille, il est nécessaire de leur octroyer la distraction d’un spectacle de gala. Pour que ces gens-là abandonnent une miette de leur superflu, ce n’est pas les lugubres souterrains où crèvent les gueux qu’il faut leur rappeler ; il suffit de leur servir les frimousses chiffonnées des comédiennes !

Et ce sont ces individus pour lesquels tout est occasion de plaisir, même et surtout peut-être — en de béates comparaisons — les tragiques catastrophes, ce sont ces insensibles qui permettront aux chroniqueurs de nous rabâcher encore : l’inépuisable charité de la grand’ville.

Allons donc ! du mépris, et de la haine aussi, pour les Saint-Vincent de Paul de théâtre mondain, pour ces messieurs, ces belles madames, qui semblent dire : Charité bien ordonnée commence par une fête…

Mineurs !

Les actionnaires de vos concessions — ces concessions à perpétuité ! ceux qui touchent des dividendes d’autant plus solides que les étayements de vos galeries le sont moins, ceux qui dépensent en cigares les économies que l’on réalise sur les procédés assurant la sécurité de la mine, tous avaient certainement tenu à payer leur place pour la solennité du Théâtre-Français. Présent ! étaient-ils glorioleux de se crier les uns aux autres en s’abordant aux fauteuils d’orchestre — se serrant la main comme des héros vaincus. Présent ! Présent toujours, quand c’est pour nos bons et braves ouvriers !

Ainsi la comédie dans la salle avant la comédie sur la scène.

Et je crois qu’en ces temps d’universelle comédie, une pièce est encore à jouer.

Mineurs !

Vous êtes les éternelles victimes des souterraines tragédies, quand donc serez-vous les acteurs victorieux du drame au grand soleil ?

Ce n’est plus l’heure de laisser endormir les primesautières [21] révoltes au ronron des hypocrites bienveillances.

Le jour où, sur les planches du théâtre, on exhiberait le « mineur hâve [22] » et ténorisant échappé au grisou, il y aurait gros succès ; de jolis yeux veineraient des larmes, les nerveuses sensibleries se détendraient : le bourgeois manifestant sa bonne volonté, sa pitié, en applaudissant à craquer des gants et quelque riche dame du monde résumant l’intérêt qu’on porte aux mineurs en enlevant le cabotin maquillé noir.

Notre société a besoin, pour ses nerfs, de ces petites émotions-là ; mais on les doit doser.

Vous, les hommes de la mine, les vrais, vous êtes trop nature. Ce n’est pas vous qu’on veut voir. Votre figuration troublerait. Vous feriez peur !

Il faut les mineurs de bon ton, aux dessous galants, sortant des coulisses. Il ne faut pas les compagnons maigres surgissant des puits sinistres.

En vérité, compagnons maigres ! on ne vous connaît pas.

On se rappelle que vous vivez, seulement lorsque le feu vous tue. Alors, en dilettante, on cause un peu de vous, on fait la fête, on fait l’aumône et puis c’est tout.

On ne veut pas vous connaître.

Et je voudrais, moi, que par nos rues parisiennes bordées de provocateurs magasins, un beau jour, vous passiez en bandes.

Vous nous devez une visite ; faites-là !

Défilez lentement, sur nos boulevards, en vos costumes sombres ; défilez, très calmes, avec dans vos poignes vigoureuses, les outils de travail : vos haches et vos pics.

La grande Coupable

L’épilogue est connu, rien ne reste dans l’ombre, empêchant de saisir l’ensemble : par-delà l’égarement d’une femme, le crime d’une Éducation.

Les échos nous viennent d’Algérie : l’épouse a voulu supprimer le mari, pour être « sans honte » à l’amant. Le dessein a échoué. Le mari désintoxiqué est actuellement de retour à la santé. L’amant complice s’est tué. Une petite fille très chérie est morte, enlevant à la mère le dernier espoir d’amour. Enfin l’esseulée, courbée sous le verdict d’une cour d’assises, s’est évadée dans la mort.

Trois cadavres ! L’empoisonneuse d’Aïn Fezza devenue l’empoisonnée d’Oran.

Mais le fait n’est rien, la cause latente est tout : en lisant les mémoires de Mme Weiss, à chaque page, elle transparaît cette cause.

Il y a dans ces feuillets, écrits à la prison ou à l’hôpital, plus qu’une tentative d’autobiographie ; on y voit, se dégageant en clarté fauve, une non exceptionnelle psychologie de femme.

Par l’aperçu qu’elle en donne, dès l’âge de jeune fille, on sent comment cette existence s’orientait, semblablement à celle de tant d’autres femmes qui n’ont pas encore empoisonné leur mari…

On trouve là une synthèse d’éducation féminine, éducation qui n’a rien de sentimentale.

Mme Weiss raconte ses années de pensionnat à Nice, alors qu’avec quelques compagnes préférées, qui n’ont du reste nullement fait parler d’elles — jusqu’ici, elle se jouait « des malheureux potaches qui se laissaient aller à des œillades timides et devenaient aussitôt la proie commune ; ridiculisés qu’ils étaient, chantés en vers et en musique, caricaturés de face et de profil. »

Et toute la ville y passait, « toutes les figures connues à Nice étaient surnommées, étiquetées, classées dans notre galerie. »

L’auteur appelle cela les meilleurs instants de sa vie… les plus beaux jours peut-être ! Comme c’est loin des émotions naïves marquant les plus beaux jours d’antan ! Comme c’est loin du charme mystique de la première communion, loin de la révélation des premiers baisers d’amour !

Puis, le mariage sans affection ; l’amant pris pour passer le temps. Bientôt la tourmente des exaltations — roman, névrose et anémie. Enfin le crime ourdi découvert, l’amant payant de sa vie, et la femme rejetant sur lui, telle une créature de Pranzini ou de Prado, toute l’horreur des machinations et s’écriant en un regret : « Serai-je seule à expier ce que nous avons été deux à commettre ? »

C’est désarmant.

Les pages les mieux venues sont celles où la femme s’apitoie avec des larmes sur elle-même. Un premier janvier, elle souffre plus que de coutume, elle a mal, « mal d’être seule quand tout le monde est en joie », elle a soif d’un peu de tendresse, et, à la place de son amant mort, en incidente navrante, elle songe à son mari : « mais Jean pense-t-il à elle maintenant ? »

S’il voulait…

Et malgré le coloris d’évocations dans lesquelles revit l’enfant disparu, « petit corps rigide qui, tout nu, est cloué dans une boîte et enfoncé sous la terre, cette terre qui doit être toute humide, toute détrempée », malgré des grâces et les larmes, ces mémoires s’effeuillent reflétant cette Éducation, fleurie de passe-temps frivoles et de grimpantes cruautés.

L’empoisonneuse, l’empoisonnée n’est que Résultante irresponsable — elle est victime.

La grande Coupable, c’est la Société avec son enseignement et ses conventions, avec ses lois antihumaines, avec ses geôles et son mariage !…

Ce mariage qui faisait que Madame Jean — Amante Pierre — était l’esclave enchaînée.

La grande Coupable, c’est la Société avec sa féroce logique, incitant à tous les crimes par respect pour les préjugés.

14 juillet sanglant

Ne parlons plus de la Bastille, s’il vous plait, ni même de la misérable famille Hayem qui, il y a deux ans, choisissait pour mourir l’instant où la bourgeoisie et les ivrognes du peuple célébraient le 14 Juillet. Avec des effets larmoyants panachés d’images faciles !

Ne causons que des bastilles qui restent…

Parlons simplement de la Fête ; et, puisque les satisfaits préparent déjà les girandolles, faisons réfléchir les gueux à quelqu’autre feu de joie imprévu.

Point n’est besoin d’avoir l’âme grise d’un blasé décadent pour n’aimer guère nos ternes réjouissances publiques. Mesquines les lanternes vénitiennes, et bombes ! Point n’est besoin, pour souhaiter mieux, d’avoir l’âme rouge de Néron.

Il suffit de sentir l’affront de ces fanfares aux sonneries fausses d’allégresse, éclaboussant les silencieuses souffrances et lançant le défi aux révoltés.

Dans les taudis, sombres tombeaux où les parias sans pain ont des attitudes résignées de mort, les bruits de fête pénétreront – claquant comme des gifles. Et des hors-la-loi se lèveront, décroisant leurs bras si longtemps serrés sur leurs poitrines maigres. Et ces réveillés seront de la Fête.

Peut-être illumineront-ils les quartiers ? Qui sait ? Mais ils fuiront leur triste gîte, ils déambuleront dans la ville cinglés toujours par la gaîté grouillante ; ils iront, de la haine dans le sang.

Si l’occasion inconsciemment cherchée se présente, ils pourront bien, les mauvais gars, corser le programme de la journée.

On songera que les 1er Mai sont moins faits pour inciter aux actes que cet insolent 14 Juillet.

Car non seulement la provocation est flagrante, mais c’est plus qu’une ironie bourgeoise. C’est l’enlisement des foules imbéciles que l’avachissement rend complices.

En avant la musique ! Orchestre et flonflons. C’est une soûlerie qu’on paie au peuple.

Le spectacle est pénible et laid. Tout nous flagelle.

Un acte aurait une signification haute et une retentissante portée.

Cependant les seigneurs de ce temps s’occupent avec sérénité à mettre tout au point pour représenter le pays en liesse. S’il est un jour de l’année, où ils tremblent moins à l’idée des réfractaires qui les guettent, c’est le jour de la fête nationale.

Les soldats sont en permission, les sergents de la ville ne rôdent pas sur les trottoirs. La bourgeoisie qui veut faire ses grâces, un instant, ne tient plus ferme en sa main, le bouclier de fer qui la protège.

On pourrait facilement viser…

Certes des convictions sont assez ancrées dans des cerveaux têtus, des impatiences sont trop vives pour qu’on choisisse uniquement les époques fixes, fatidiques. Chaque jour est bon pour décocher un trait.

Mais ne faut-il pas surtout qu’aux moments où les repus font la noce, surgissent quelques trouble-fête ?

Et ne rêvons pas loin du possible. Pratiquement, chacun sur sa route.

Il serait bon qu’on comprît ceci : les déshérités, les maudits, ne doivent pas nécessairement avoir tous l’invincible énergie des lutteurs légendaires, Qu’ils aient au moins de la rage au cœur !

Les plus hardis courront aux audacieuses besognes. Les énervés feront la bataille moins belle mais également implacable. Tous, tous agiront pour blesser l’éternelle ennemie. Il y aura des cataclysmes sans doute, et ainsi de venimeux coups d’ongles.

Donc vive le 14 Juillet ! Et dans la rue ! Les camarades – même les timides. Tout est bien qui frappe ou qui pique. Rien ne vous force d’allumer des mèches courtes à des ferblanteries tragiques. Votre bras n’est peut-être pas prêt, votre main n’est pas sûre encore.

Passez, passez sans risquer votre tête, dans la cohue que vous détestez. Condoyez-les les braves ouvriers aux redingotes battant neuf, frôlez les bonnes citoyennes aux attifements endimanchés. Tout ça remue en mouvement qui vous heurtent, tout ça chante des refrains qui vous font mal. Tant mieux ! Vous pourrez, si cela vous distrait, vous pourrez marquer la foule vile comme avec le sceau d’infamie.

Vous poinçonnerez les habits de fête du bout brûlant de vos cigarettes.

Et laissez dire…

Ayez dédain pour les brutes qui les poings fermés clameront que vous êtes des lâches. Vous vous entraînez, voilà tout. Demain vous irez plus loin. Aujourd’hui faites n’importe quoi ; mais que vos rancunes vivent et mordent.

La lâcheté c’est l’inaction.

Exercez-vous ! Et ne soyez pas tristes de sentir encore certaines craintes. Sans ces craintes-là nous serions trop à faire danser des palais. Du reste les splendides palais pourront fort bien danser quand même.

Les compagnons résolus, sûrs d’eux-mêmes et prêts à tout ne sont pas en vain à l’affût.

Ils concevront l’énorme effet d’un coup de foudre tonnant sur la fête. Ils imagineront la grandiose flambée digne de clore les divertissements.

Ils allumeront l’apothéose.

Avec les jeux du cirque, autrefois, les maîtres donnaient du pain. Pour les esclaves de notre époque, même aux heures de fêtes publiques, c’est la famine encore, toujours.

La société qui nous opprime et laisse des hommes mourir de faim a beau sentir la culbute proche, elle tient à ses anniversaires.

La France veut sa Nationale.

Dans d’autres pays sauvages, les réjouissances se complètent souvent par quelques sacrifices humains.

Cette année nous aurons le nôtre.

Sur les manchettes empesées de Behanzin-Carnot il y aura du sang de Ravachol.

Ce sang rougeoira-t-il seul l’insipide 14 Juillet.

Notre complot [23]

La Bourse, le Palais de Justice et la Chambre des députés [24] sont des édifices dont il a été beaucoup question ces jours-ci : ces trois maisons publiques ont été spécialement menacées par trois jeunes hommes qui fort heureusement ont été arrêtés à temps.

Il est impossible de rien cacher à messieurs les journalistes, ils ont dévoilé la triple conspiration et leurs confrères de la préfecture ont immédiatement appréhendé les conspirateurs.

Une fois de plus les gens de presse et de police ont bien mérité de cette partie de la population qui n’apprécie pas encore le charme pittoresque des palais en ruine et l’étrange beauté des effondrements.

Le public ne marchandera pas les actions de grâces. On reconnaîtra même en espèces sonnantes les services rendus. Il faut encourager les vertus civiques. Les fonds secrets vont danser et le cotillon sera conduit par les sauveurs de la société.

Tant mieux ! car il est édifiant de constater que s’il est parmi nos adversaires un petit nombre d’exploiteurs malins, la grosse masse est composée d’imbéciles qui reculent à l’horizon les bornes de la naïveté.

Comment leur a-t-on fait croire, à ces disgraciés, qu’à l’heure présente les anarchistes pensaient à faire sauter le parlement.

A l’heure où les députés sont en vacances !

11 faut être au-dessous de tout pour supposer que les révolutionnaires choisiraient un pareil moment.

Ne serait-ce que par courtoisie, on attendrait la rentrée.

Cependant les boutiquiers de Paris, en faisant leur étalage, l’autre matin, se sont dit avec leur robuste bon sens :

— Il n’y a pas la moindre erreur, on veut saper les assises de nos monuments séculaires, nous sommes en face d’un nouveau complot.

Allons, allons, braves boutiquiers ! vous errez aux plaines de l’absurde. Songez un peu que la conspiration dont vous parlez n’est pas nouvelle ; s’il s’agit de jeter bas les édifices vermoulus de la société que nous haïssons, il y a longtemps que cela se prépare.

C’est notre complot de toujours.

Et le temple de la Bourse où les catholiques fidèles aussi bien que les juifs fervents se donnent rendez-vous pour les rites et les trucs de leur petit commerce, le temple de la Bourse doit en effet disparaître — et bientôt.

Les manieurs d’argent seront à leur tour maniés par la lourde caresse des pierres qui s’écroulent.

Alors on ne jouera plus ce jeu de bourse, on ne fera plus ces coups habiles qui rapportent des millions à des sociétés anonymes dont la raison d’être consiste à spéculer sur le blé et à organiser des famines.

Les coulissiers et remisiers, tous les banquiers — les prêtres de l’Or, dormiront leur dernier sommeil sous les décombres de leur temple.

Dans cette attitude de repos, les financiers nous plairont.

Quant aux magistrats, on le sait bien, ils ne sont jamais si beaux que lorsqu’ils marchent à la mort.

C’est un vrai plaisir de les voir.

L’histoire fourmille de traits piquants en l’honneur des procureurs et des juges que le peuple, par moments, a fait sombrer dans les tourmentes. Ces hommes-là, il faut l’avouer, ont l’agonie décorative.

Et quel superbe spectacle ce serait : un branle-bas au Palais de Justice ! Quesnay gêné par une colonne qui lui aurait cassé les vertèbres, s’efforçant d’avoir la mine d’un Beaurepaire frappé aux Croisades ; Cabat, dans un dernier souffle citant encore du Balzac ; et Anquetil, près du fin Croupi, s’écriant :

— Rien n’est perdu… nous couchons sous nos positions !

La scène aurait une telle grandeur que les bonnes âmes que nous sommes plaindraient sincèrement les vaincus. Nous ne voudrions plus nous souvenir de l’ignominie des robes rouges — teintes du sang des misérables. Nous oublierions que la magistrature fut lâche et cruelle.

Ce serait l’ineffable pardon.

Et si Atthalin lui-même, ce spécialiste pour procès de tendances, si Atthalin — le crâne légèrement fêlé, demandait à être conduit dans une maison de santé, on accéderait galamment au désir de ce malade.

On le doucherait sans rancune.

En vérité, il n’est pas indispensable de se sentir anarchiste, pour être séduit par l’ensemble des prochaines démolitions.

Tous ceux que la société flagelle dans l’intimité de leur être veulent d’instinct les revanches aiguës.

Mille institutions du vieux monde sont marquées d’un signe fatal.

Les affiliés du complot n’ont pas besoin d’espérer les lointains avenirs meilleurs, ils savent un sûr moyen de cueillir la joie tout de suite :

Détruire passionnément !

[1] Les textes utilisés ici proviennent du livre En-dehors (sauf 14 juillet sanglant), choix d’articles du journal du même nom, Chamuel éditeur, Paris, 1896. Les notes sont reprises de cette édition, sauf celles suivies de la mention NdAE (Notes d’Apache-éditions).

[2] Les textes de cette brochure et d’autres extraits de l’En-dehors sont disponibles ici.

[3] Le premier numéro de l’Endehors paraissait en mai 91, au lendemain même de Fourmies. (Le 1er mai la troupe ouvre le feu sur les manifestants à Fourmies, cité industrielle du nord de la France, faisant neuf morts et au moins trente-cinq bléssés. (NdAE))

[4] Romans antimilitaristes de Lucien Descaves et Georges Darien. (NdAE)

[5] Flics. (NdAE)

[6] Manque de courage,excessive timidité. (NdAE)

[7] Daphnis et Chloé, roman grec du II ou IIIe siècle apjc. (NdAE)

[8] Le terme était aussi utilisé à l’époque pour qualifier les relations majeurs-mineurs, qu’il y ait consentement ou non. (NdAE)

[9] Réprimander, sermonner. (NdAE)

[10] De Coup de Jarnac, en escrime, coup porté à l’arrière du genou, par extension fourberie, bassesse. (NdAE)

[11] Tricoche et Cacolet, pièce de théatre sortie en 1872. (NdAE)

[12] « Roi-chasseur » biblique. (NdAE)

[13] Roussins : flics. (NdAE)

[14] Voir l’article (très douteux) La Fille du Régiment. (NdAE)

[15] Inventé, imaginé. (NdAE)

[16] Panem et circences ; du pain et des jeux. (NdAE)

[17] Roinard, Georges Darien, Fénéon, Lucien Descaves, V. Barrucand, Arthur Byl, A. Tabarant, Bernard Lazare, Malato, Pierre Quillard, Ghil, Edmond Cousturier, Henry Fèvre, Édouard Dubus, A.-F. Hérold, Georges Lecomte, Étienne Deerept, Émile Henry, Saint-Pol-Roux, Jules Méry, Cohen, J. Le Coq, Chatel, Cholin, Ludovic Malquin, Camille Mauclair, Octave Mirbeau, Muhlfeld, Pierre Veber, Victor Melnotte, A. Mercier, Tristan Bernard, Paul Adam, Charles Saunier, Ajalbert, Émile Verhaeren, Henri de Régnier, Francis Vielé-Griffin.

[18] Après avoir participé aux guerres coloniales et à la répression de la commune de Paris, le général Boulanger, ministre de la guerre en 1886, prend la tête du mouvement populiste qui porte son nom mais refuse de marcher sur l’Elysée. Sous le coup d’un mandat d’arrêt, il se réfugie en Belgique en 1889. (NdAE)

[19] Gaston Auguste marquis de Galliffet ; général pendant la Commune puis en Algérie, plus tard ministre de la guerre. (NdAE)

[20] Du 22 au 28 mai 1871 les troupes versaillaises fusilleront à peu près 20000 personnes, sans compter les 3000 fédérés tués au combat. (NdAE)

[21] Impulsives, spontanées. (NdAE)

[22] Pâle et défait. (NdAE)

[23] Article parfois titré, à tord, Un sûr moyen de cueillir la joie tout de suite : détruire passionnément ! (NdAE)

[24] Ces lignes étaient écrites bien avant l’affaire Vaillant. Lors de cette affaire, d’ailleurs, l’Endehors ne paraissait plus. Le dernier numéro de cet hebdomadaire est daté de janvier 93.