S'il leur est permis (aux ONG - les Organisations non-gouvernementales) de prendre part aux discussions de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), cela constituera un dangereux précédent que tout gouvernement, toute compagnie globale, regrettera longtemps après les manifestations de Seattle." (Business Week magazine)

Le spectre de dizaines de milliers de travailleurs, d'environnementaliste, de militants pour les droits humains et d'anarchistes occupant les rues de Seattle était un spectacle émouvant en effet. Leur opposition à l'antidémocratique et grossièrement affairiste OMC leur a gagné l'inimité des médias affairistes, et la condamnation vocale des politiciens affairistes.

L'OMC, l'organisation qui succède au GATT, fonctionne comme un gouvernement virtuel de l'ombre, en fait un super-gouvernement, qui passe par-dessus les considérations nationales et provinciales qui cherchent à protéger les salaires des travailleurs, assurer des standards environnementaux, et protéger les gains des négociations collectives. Dans la mesure où l'OMC consiste en une collection de gouvernements, elle protège en fait les intérêts corporatifs : les intérêts principaux du capital, par-dessus tout autres intérêts. Dans ce contexte, les manifestations furent un correctif bienvenu et puissannt, exprimant les vues du plus grand nombre, et non protégeant les intérêts de la minorité. On pourrait dire beaucoup de chose sur les très calomniés anarchistes qui ont bouleversés le centre-ville, en attaquant les miroitants édifices du capital.

La presse a sauté sur l'opportunité de les traiter de "voyou", ou de "vandales", impliqués dans de la "violence". Ce qui manque dans les reportages, bien sur, c'est que ces jeunes gens ont attaqués la propriété, pas d'autre êtres humains. Pendant ce temps, l'État, par sa police, attaquait des personnes, les bousculant, les gazant, les battant et les emprisonnant. Quelle est, pourrait-on se demander, la plus grande forme de "violence"? Mais, dans le monde projeté par les médias affairistes, la violence étatique n'est pas une vraie violence. Seuls les individus non-affiliés à l'État peuvent donc être réellement violents. Quelle folie!

John Cavanaugh, de l'Institut pour les études publiques, s'adressant à une assemblée publique à Seattle au moment des manifestations, a lié les puissantes manifestations anticapitalistes et anti-OMC à un autre acte de désobéissance civile violente bien connu qui a marqué le début de la révolution américaine. Cet acte de désobéissance civile, maintenant connu sous le nom de "Boston Thea Party", où des américains ont manifesté contre la domination commerciale des britanniques, en obscurcissant leur visage (pour cacher leur identité), s'habillant comme des Indiens (pour cacher leur ethnicité) et en détruisant plus de 30 000 livres de thé britannique, en jetant des boîtes, des ballots et des balles dans le port de Boston. Leurs griefs? Une taxation sans représentation. Pour les britanniques et leurs sympathisants conservateurs, c'était là l'action de "voyous", de "vandales" et de "délinquants" sans aucun doute. Mais quelle fut leur contribution à l'esprit public de la résistance à l'empire britannique? L'étendue et la largeur du contrôle des corporations capitalistes sur les terres, les ressources et le travail de millions de gens aux États-Unis et à l'étranger (spécialement dans le dit "tiers-monde") rend en comparaison les giefs des colons américains contre les britanniques remarquablement mesquins.

L'OMC est l'instance non-élue, dominé par le privé, qui mine la démocratie dans son existence même. Ils font les règles sous lesquelles la vaste économie du monde est organisée. Et tous doivent se soumettre à ce pouvoir économique malgré des lois locales, nationales et/ou régionales disant le contraire. Cela parce que la seule "loi" qu'ils respectent est celle de la primauté du profit. Le capital fait les règles; le travail suit leur musique. Considéré à quel point les flics de Seattle ont créé rapidement (en une nuit en fait!) ce qui fut désigné comme une supposé "zone libre de manifestations" de quelques 50 pâtés de maisons, dans le cœur même d'une ville américaine majeure, pour "protéger" les intérêts d'étrangers, de diplomates et d'hommes d'affaires. Une "zone libre de manifestations", est nécessairement, une "zone libre du premier amendement", avec le mot "libre" signifiant aussi peut que le terme utilisé dans la discussion du "libre échange". Dans quelle partie des États-Unis la constitution américaine ne s'applique pas? Dans les intérêts de qui un cordon sanitaire[1] fut-il établi? Ceux des citoyens de Seattle, ou ceux des laquais fortunés du capital globalisé?

Seattle a révélé le défaut soulignant le mensonge du grand "miracle" économique des années 1990. Ça a révélé les craintes et les anxiétés justifiées au cœur de millions de travailleurs américains. Ça a révélé pour qui les politiciens travaillent. Ça a révélé la nature de la police. Ça pourrait, ça devrait, n'être qu'un début.

[1] en français dans le texte