Titre: Modèles de révolution
Sous-titre: Les femmes du monde rural et la collectivisation anarchiste dans la guerre civile espagnole
Auteur·e: Ackelsberg Martha
Source: Consulté le 7 mai 2016 de forum.anarchiste-revolutionnaire.org
Notes: Texte original : Martha A. Ackelsberg, Models of Revolution. Rural Women and Anarchist Collectivization In Civil War Spain. www.zinedistro.org || Traduit et annoté par digger.

Cet article explore les activités révolutionnaires dans l’Espagne rurale durant les années de guerre civile (1936-39), en comparant deux perspectives (anarchistes) différentes sur la nature de la subordination et de l’émancipation des femmes [empowerment]. L’une, évidente dans les activités du mouvement anarcho-syndicaliste traditionnel, considérait la subordination des femmes comme ayant ses racines dans leur domination économique et, par conséquent, prônait la participation économique comme étant la voie de l’émancipation. La seconde, développée dans l’organisation de femmes anarchistes Mujeres Libres, considérait la subordination des femmes comme ayant des racines culturelles plus larges et, donc, mettait l’accent sur la nécessité d’un programme multiforme d’éducation et d’émancipation comme clé pour la libération des femmes. L’article examine la collectivisation agricole menée par la CNT, ainsi que les activités de Mujeres Libres, en comparant les succès et les échecs des deux approches.

– Martha A. Ackelsberg

Introduction

Durant les premières semaines et les premiers mois de la guerre civile espagnole, alors que les classes possédantes abandonnait ses usines et ses terres pour sa propre sécurité dans les zones tenues par les rebelles, les ouvriers de l’industrie et agricoles se virent offrir l’opportunité de réorganiser leurs vies et réseaux sociaux.[1] Les ouvriers syndiqués de l’industrie dans les centres urbains tels que Barcelone, Madrid, Valence et leurs environs, collectivisèrent leurs usines et organisèrent des comités de contrôle ouvriers pour les administrer. Dans les zones rurales, les ouvriers agricoles prirent possession des terres appartenant aux fascistes ou à leurs sympathisants, consolidèrent leurs propres petites exploitations et réorganisèrent les modes de culture en équipes de travailleurs. Les modèles de relations sociales évoluèrent sensiblement en même temps que les ouvriers, ruraux et urbains, acquéraient un plus grand niveau de contrôle sur leurs vie et leur travail.

Cette révolution sociale s’inscrivait dans le contexte de 70 ans de travail d’organisation socialiste et anarchiste, et, au-delà, de traditions espagnoles séculaires de collectivisme et de communalisme. les visions anarchistes d’une société sans domination, et les perspectives de concrétiser cette vision, avaient des implications particulières et significatives pour les femmes. Les anarchistes remettaient en cause les affirmations socialistes selon lesquelles les relations de domination et de subordination étaient enracinées dans les relations économiques. Ils soutenaient que les relations autoritaires et hiérarchiques existaient dans une variété de domaines semi-indépendants (vie politique, religion, famille) et qu’il était nécessaire de les traiter dans ce contexte, aussi bien que dans le domaine économique. En termes de stratégie en vue de ces changements sociaux, l’implication la plus significative de cette position étaient que les moyens devaient être cohérents avec les fins. Les anarchistes insistaient sur le fait qu’il était impossible de créer une société égalitaire à travers d’un mouvement social inégalitaire ou hiérarchique parce que ceux qui occupaient des postes de direction finiraient par se considérer, et être considérés par les autres, comme indispensables. En outre, les anarchistes affirmaient que l’essence de l’oppression était la négation de la perception du peuple de ses propres capacités à définir une stratégie révolutionnaire victorieuse et par conséquent, à incarner le mouvement d’émancipation populaire. Cette perspective concernant l’ oppression et la libération constituait une différence majeure entre l’anarchisme (ou le socialisme libertaire) et le socialisme marxiste (ou autoritaire). Selon la vision anarchiste, la seule façon de créer une société non hiérarchique dans laquelle chacun-e est autonome [empowered] et se considère comme un acteur reconnu, est à travers d’organisations et de mouvements égalitaires et participatifs et, par conséquent, émancipateurs.

Qu’est-ce que cela signifiait pour les femmes, qui étaient presque universellement reconnues comme étant inférieure dans la société et la culture espagnole ? Malgré la prise de conscience que la subordination, en général, était enracinée plus largement et plus profondément que dans les seules relations économiques, l’opinion dominante au sein du mouvement anarchiste espagnol (au-delà des partisans de Proudhon, qui affirmaient que les femmes étaient, et devait rester, subordonnées aux hommes dans la famille!) était que la subordination sexuelle et sociale des femmes était une conséquence de leur subordination et de leur exclusion du monde salarié. Une fois le domaine économique restructuré selon des modes plus égalitaires, et les femmes inclus dans le salariat, la subordination particulière des femmes disparaîtrait.

Une autre idée, beaucoup moins courante dans le mouvement, mais qui s’était développée lentement dans les journaux anarchistes du début du vingtième siècle, et qui était exprimée, à l’époque de la guerre civile, par l’organisation nouvellement créée de femmes libertaires, Mujeres Libres, était que la condition des femmes ne pouvait pas seulement être appréhendée en termes économiques. Selon cette approche, elle avait des racines culturelles plus profondes. La domination économique était aggravée par la socialisation durant l’enfance, les enseignements de l’Église (catholique romaine), les pratiques étatiques, etc. Par conséquent, pour surmonter leur subordination, les femmes auront besoin d’un programme plus vaste d’émancipation, leur étant directement consacré et répondant à leurs besoins spécifiques. Cette perspective était ancrée dans la croyance que la révolution était un processus d’émancipation.

Durant les premiers mois de la guerre civile, la collectivisation révolutionnaire fut conduite à la fois dans les milieux urbains et ruraux dans des régions largement disséminées à travers le pays, leurs contenus et procédés variant selon les situations locales. Cet article examine le mouvement révolutionnaire dans les zones rurales dans un effort pour explorer les manières dont ces deux visions de la subordination et de l’émancipation des femmes, (l’une étant qu’elles étaient enracinées avant tout dans la domination économique, l’autre qu’elles avaient des origines culturelles plus profondes) se sont exprimées à travers des pratiques révolutionnaires.

L’anarcho-syndicalisme espagnol et la question des femmes.

En 1872 déjà, le mouvement anarcho-syndicaliste espagnol s’était prononcé pour l’égalité des femmes comme partie de sa perspective d’une société anarchiste. La Confederacion Nacional del Trabajo, ou CNT (la fédération anarcho-syndicaliste) avait renouvelé cet engagement lors de son Congrès de mai 1936 à Saragosse, qui avait présenté une vision approfondie du communisme libertaire. Dans un chapitre concernant la famille et les relations entre sexes, le Congrès avait déclaré que, puisque le premier objectif de la révolution libertaire était d’assurer l’indépendance économique de tous, sans distinction de sexe, l’inter-dépendance des hommes et des femmes, conséquence de l’infériorité économique des femmes créée par le capitalisme, disparaîtrait en même temps que ce dernier. Cela signifie que les deux sexes seront égaux, en droits comme en devoirs.

Par la suite, même si le mouvement a fait souvent appel à la loyauté et à la participation des femmes, il n’a pas présenté leur émancipation comme un objectif révolutionnaire majeur ni dans la période pré-révolutionnaire, ni durant les années de la guerre civile. Et même lorsqu’il a abordé la question, il n’a rarement mis en cause les définitions dominantes du rôle des femmes. Comme c’était le cas dans la plupart des mouvements de gauche, en Espagne et partout ailleurs en Europe la plupart des appels anarchistes aux femmes les incitait à abandonner leurs foyers et à contribuer à l’économie, comme contribution temporaire à l’effort de guerre. Très peu d’appels ont préconisé une redéfinition plus poussée du rôle et du statut des femmes. Ainsi, par exemple, la section des femmes des professions libérales du syndicat anarcho-syndicaliste a appelé les femmes à développer leurs propres personnalités, et à ne pas penser que leurs vies ne consistaient qu’en travaux ménagers et à l’abandon de leurs individualités au sein de la famille. Les femmes, continuait-elle, ont la responsabilité de développer leur esprit, en lisant et en étudiant, en le nourrissant avec de bonnes pensées, afin de pouvoir occuper la place correspondant à leur personnalité dans leur vie personnelle et sociale. Cependant, une grande partie de ces conseils semblaient s’adresser aux femmes dans leur rôle de femmes-mères, la maternité étant considérée comme le couronnement de la féminité. Les femmes étaient encouragées à évoluer et à s’éduquer pour être de meilleures mères, et pour encourager leurs filles (et leurs fils) à exprimer tous leurs talents et capacités.

Les femmes travaillent pour les camarades qui combattent

Par contre, le début de la guerre civile a aussi coïncidé avec la fondation de l’organisation de femmes anarchistes Mujeres Libres, qui a défini comme son objectif de surmonter le triple esclavage de l’ignorance des femmes, comme femmes et comme productrices. Alors que toutes ses fondatrices étaient des femmes affiliées avec l’une ou l’autre des organisations majeures du mouvement anarchiste, la CNT, la FAI (Federation Anarquista Iberica) ou la FIJL (Federacion Iberica de Juvetudes Libertarias, l’organisation de la jeunesse anarchiste) toutes pensaient qu’une organisation séparée , dirigée par et pour les femmes, serait nécessaire pour vaincre leur subordination particulière et leur permettre de pendre leur place attitrée dans le processus révolutionnaire. Par conséquent, Mujeres Libres mettait l’accent sur l’émancipation des femmes comme le point central nécessaire de l’activité révolutionnaire. Comme le journal du même nom, Mujeres Libres, le déclarait dans un éditorial 1937 :

« Nous ne parlons pas ici d'une évolution progressive, ni de conscience, ni même d’un intérêt pour les questions sociales… Nous avons dit de nombreuses fois que l’indépendance des femmes est inséparable de son indépendance économique. Nous avons dit que le foyer est, dans la plupart des cas, un symbole d’esclavage … Mais ici, nous ne parlons de rien de tout cela … Nous ne parlons pas ici d’augmentation de salaires, ni d’obtenir plus ou moins de droits pour les femmes mais de la vie future de notre participation et de nos choix, comme femmes dans cette vie future.

A partir de maintenant, chaque femme doit se transformer un être défini et déterminant, elle doit rejeter les hésitations et l’ignorance … La Révolution n’est en aucun cas une façon d’être mais un état de création qui transcende nos anxiétés particulières, nos illusions, et qui atteint même nos enfants … »

La collectivisation agricole et le rôle des femmes

La vie économique a fourni le principal contexte pour la mise en place de différentes visions de l’égalité. Dans beaucoup de régions tenues par les républicains, en particulier à Valence, l’Aragon, et dans quelques régions rurales autour de Madrid, en Catalogne et en Andalousie, la collectivisation inspirée par les anarchistes et les socialistes ont changé le paysage de la campagne, en restructurant les vieux modèles du système foncier et des cultures. Afin de mieux comprendre la nature et l’importance de la collectivisation, il peut être utile de fournir quelques informations sur les modèles pré-révolutionnaires du système foncier et de l’agriculture.

Le développement économique en Espagne était très inégal, et les modèles fonciers variaient énormément selon les régions. En Andalousie et en Estrémadure, par exemple, la terre était divisée en grandes propriétés, connues sous le nom de latifundias, qui étaient possédées par des propriétaires ne vivant pas sur les terres et cultivées principalement par des ouvriers agricoles journaliers sans terre, qui vivaient dans des agglomérations urbaines de 1 015 000 habitants. Cette région avait été le foyer d’agitation anarchiste à la fin du dix-neuvième siècle et au début du vingtième, et dans les dernières années et mois précédant la guerre civile, avait été le témoin de nombreuses déclarations comunismo liberatario (communistes libertaires), lorsque les ouvriers agricoles s’étaient joints à d’autres habitants des villes pour prendre les mairies et déclarer les communes ouvrières. La plupart de ces rébellions furent cependant rapidement réprimées par les Gardes Civils. Au lendemain de la rébellion des généraux en juillet 1936, les journaliers agricoles se saisirent des terres sur lesquelles ils travaillaient auparavant et établirent des collectifs. Mais comme une grande partie de cette région tomba aux mains des rebelles à la fin de l’été 1936, il ne reste que peu de souvenirs de ces efforts.

Les régions du pays où la collectivisation anarchiste fut la plus populaire étaient les régions d’Aragon, de Valence, et, dans une moindre mesure, la Castille rurale et la Catalogne. Dans chacune d’entre elles, le modèle de collectivisation variait selon les formes préexistantes de système foncier. Dans de nombreuses parties de l’Aragon, par exemple, la terre avait été traditionnellement divisée en exploitations familiales relativement petites. La, de nombreux petits propriétaires terriens formèrent des collectifs en réunissant la terre qu’ils avaient toujours travaillé. Ceux qui ne souhaitaient pas s’y joindre (Notamment ceux qui possédaient des parcelles plus grandes travaillées par des salariés agricoles) étaient soit ignorés comme individualistes, soit délestés des terres qu’ils ne pouvaient pas travailler sans salariés. D’autres, qui possédaient de très petites propriétés durant la période d’avant-guerre, ont établi des collectifs sur des domaines fascistes expropriés ou abandonnés par leurs propriétaires. Susan Harding a qualifié les collectivisations en Aragon comme profondément et inévitablement contradictoires. Alors que de nombreux villageois ont rejoint avec enthousiasme les collectifs, beaucoup d’autres y ont participé à contrecœur, et la présence de la CNT a souvent conduit la milice à ôter toute possibilité de choix réel.

Dans la région de Valence, une fois la rébellion vaincue dans les villes, La CNT et l’UGT (Union General de Trabajadores, fédération syndicale socialiste) ont entrepris la collectivisation des latifundias et des terres abandonnées par des propriétaires adversaires de la république. Mais il y avait peu de latifundias, et relativement peu de terres cultivées étaient possédées par des sympathisants fascistes. Toutefois, comme elle l’avait en Aragon, la CNT encouragea dans beaucoup de villages les ouvriers agricoles à prendre les terres qu’ils travaillaient, et organisa des fédérations locales, régionales et nationales pour aider les collectifs dans la production et la distribution. Même ainsi, les niveaux de conscience et de compétences étaient souvent plutôt faibles.

De la même façon, en Catalogne, durant la période d’avant-guerre, une grande partie de la terre était composée de petites exploitations familiales, ou d’exploitations un peu plus grandes travaillées par des métayers. La CNT avait relativement peu de sympathisants dans la région et la plupart d’entre eux étaient des ouvriers agricoles journaliers. Les métayers et les rabassaires [ouvriers viticoles en Catalogne] avaient tendance à adhérer au Unio de Rabassaires [une organisation de petits viticulteurs et de métayers qui travaillaient dans le vignoble], créée en 1922, qui demandait avec insistance une réforme juridique de la propriété pour garantir une plus grande sécurité du statut de métayer, plutôt qu’un programme plus radical de collectivisations prôné par la CNT. Ces contextes différents affectèrent de manière significatives les résultats au début de la rébellion (et de la révolution). Là où prédominaient de grandes exploitations (avec des propriétaires ne vivant pas sur les terres), les collectivisations révolutionnaires étaient plus nombreuses et la terre plus uniformément divisée. Et là où les propriétaires terriens restaient dans la région, les approches coopératives semblaient prévaloir. Donc, par exemple, un collectif fut créé à Lerida (en Catalogne) lorsque quelques enthousiastes entreprirent l’expropriation de quelques grands propriétaires terriens par ceux qui avaient travaillé les terres auparavant comme ouvriers agricoles ou métayers. En plus des fondateurs, seuls quelques uns de ceux qui rejoignirent le collectif avaient été adhérents de la CNT avant la guerre, les autres le rejoignant moins par adhésion idéologique que par besoin d’un travail et de nourriture (interviews, 1977). La Generalitat [le gouvernement autonome catalan] essaya de donner quelques orientations et une coordination aux collectifs, à travers son décret sur la collectivisation et le contrôle ouvrier, voté en octobre 1936. Mais l’efficacité de son programme de syndicalisation obligatoire (qui avait pour but de garantir l’égalité entre tous les membres des différentes organisations ouvrières) n’est pas vraiment prouvé.

En somme, les modèles de collectivisation variaient autant, si ce n’est plus, que les modèles préexistants de modes de culture. Dans de nombreuses communautés, les organisations anarchistes prirent le contrôle total de la gouvernance et de la production, en créant des collectifs municipaux. Dans les villages un peu plus grands, les ouvriers exproprièrent et collectivisèrent la terre des grands propriétaires, permettant à ceux qui l’avaient possédée auparavant de continuer à la travailler mais en s’assurant que tous ceux qui avaient été métayers ou journaliers deviennent des membres à part entière des collectifs. La plupart de ceux-ci étaient gérés par des assemblées générales hebdomadaires ou bihebdomadaires dans lesquelles chaque membre du collectif avait une voix. La production était généralement organisée par des groupes de travail composés de huit à dix ouvriers. Souvent, les membres ont mis en commun leurs animaux de ferme, beaucoup ont construit de nouvelles granges et/ou aires de stockage et certains ont créé des canaux, des routes, des systèmes d’irrigation qui ont été autant de contributions durables aux infrastructures de l’Espagne rurale.

Pour les anarcho-syndicalistes espagnols, cette réorganisation de la vie rurale, comme celle qui était survenue dans les collectifs urbains, représentait une révolution aussi bien économique que sur le plan éthique. Les collectifs devaient servir de composants de base à la nouvelle société. Ils représentaient une tentative de construire les cellules d’une société anarchiste, fédérées entre elles, qui serviraient comme exemples de l’anarchisme en pratique dans une société libre de toute domination. Le processus de collectivisation incarnait le principe anarchiste de la préparation de la révolution, comme la révolution en elle-même qui crée une société nouvelle et les hommes et les femmes nouveaux qui y participent.

Quelles ont été les implications de ces changements pour les femmes? Quel rôle ont-elles joué dans le processus de collectivisation révolutionnaire dans les régions rurales, et comment cette collectivisation a-t-elle affecté leurs vies quotidiennes? Avant tout, il est important de noter que, quelles que soient toutes les différences régionales concernant les modèles fonciers, pratiquement nulle part les femmes ne pouvaient hériter de la terre en droit. Bien que la plupart d’entre elles travaillaient la terre, leur travail était généralement considéré comme secondaire par rapport à celui des hommes, et tendait à être défini comme des travaux de femme. Elles étaient responsables du potager familial et, peut-être, de quelques animaux qui fournissaient du lait et des œufs pour la consommation familiale.

Soledad Estorach,[2] qui était une militante à la fois de la CNT et du Grupo Cultural Femenino de Barcelone, et qui devait devenir membre de Mujeres Libres à l’automne 1936, a voyagé avec des représentants d’organisations anarchistes à travers l’Aragon,la Catalogne et une partie de la région de Valence, durant les premiers mois de la guerre. Elle a décrit le rôle de ces militants voyageurs, dont certaines étaient des femmes, dans le processus de collectivisation :

Lorsque nous arrivions dans un village, nous nous rendions au comité provisoire et appelions à une assemblée générale de tous les habitants. Nous expliquions notre paradis avec un grand enthousiasme …. Et puis il y avait un débat , des questions, etc. Le lendemain, ils commençaient à exproprier la terre, à mettre en place des groupes de travail, etc.

Nous les aidions à créer u syndicat, ou, parfois des groupes de travail. Quelquefois, il n’y avait personne dans le village sachant lire ou écrire alors tout cela prenait beaucoup plus de temps! On s’assurait aussi qu’ils nomme un délégué pour l’envoyer à la prochaine réunion locale ou régionale. Et nous allions dans les champs travailler avec eux, pour leur montrer que nous étions des gens ordinaires, pas seulement des gens de l’extérieur qui n’y connaissaient rien. Nous étions toujours accueillis à bras ouverts.

Quelques femmes, donc, étaient engagées dans les premières tournées de propagande qui aidèrent à donner un élan à la collectivisation dans de nombreux villages. Mais, pour différentes raisons, l’évaluation du rôle que jouèrent les femmes dans le fonctionnement au jour le jour des collectifs est complexe. Ni les récits de l’époque, ni les études monographiques plus récentes sur la collectivisation n’offrent une information précise sur la nature ou l’étendue de la participation des femmes. Dans les indications fournies par la documentation de l’époque qui a été sauvée, la plupart se polarise presque exclusivement sur le rôle des hommes. Même les histoires orales sur la participation quotidienne des femmes ont été plutôt maigres. En me basant sur des documents que j’ai pu examiné, j’explore ici trois aspects du fonctionnement des collectifs ruraux pour donner des indications sur la place des femmes quant aux normes et à la répartition du travail, les salaires et l’échelle des salaires et les critères et/ou les pratiques de participation aux collectifs.

Les normes de travail

Une division du travail traditionnelle entre sexes semble avoir prévalu dans la répartition du travail au sein des collectifs dans la plupart des cas. Le travail était défini comme une occupation d’hommes. Les activités des femmes, comme elles l’avaient été dans la période d’avant-guerre, avaient tendance à être rejetées comme une extension des travaux ménagers. Les comptes-rendus de réunions d’un collectif à Lerida, par exemple, suggèrent que les normes du travail des femmes étaient différentes de celles des hommes, en particulier parce que les participants semblaient partir du principe que les femmes continueraient à assumer la responsabilité des tâches domestiques. Par exemple, un délégué, parlant au nom de sa compagne, se plaignait qu’il était injuste de la faire travailler aux mêmes heures que les hommes à la ferme puisqu’elle aurait, en plus, à faire la cuisine, laver et repasser le linge. Lors d’une discussion sur des ouvriers qui avaient quitté leurs postes de travail plus tôt que prévu, un membre a laissé entendre que c’était une pratique des femmes pour se rendre au magasin de la coopérative pour faire les courses. Il a proposé que les hommes y participent. Mais sa suggestion fut rejetée suite à l’affirmation d’un autre membre selon laquelle les femmes savaient mieux que quiconque ce dont elles auront besoin pour la journée et la semaine à venir. Par la suite, les compte-rendus des quelques mois suivants indiquent des discussions continues sur les normes du travail des ouvrières, en particulier. Dans un compte rendu, par exemple, Oriol a souligné que la question des companeras était un problème dans tous les collectifs et dit que

« C’est le résultat de l’égoïsme et un échec pour l’esprit des collectifs .. . mais dans ce cas, nous devons au moins nous assurer que les camarades femmes exécutent certains travaux comme la lessive et le ménage » [Colectividad Campesina Adelante , 20 dec. 1936, 14 mars, 20 juin et 18 juillet 1937.]

Les témoignages venus d’autres collectifs révèlent des approches similaires. On attendait des femmes qu’elles travaillent, mais leurs conditions de travail étaient différentes de celles des hommes. Un Guide à destination des collectifs publié dans Cultura y Accion, le journal de la fédération anarchiste de Aragon, Rioja, et Navarre, par exemple, déclarait que toutes les personnes de plus de 15 ans, des deux sexes, étaient obligées de travailler pour le collectif et que, concernant les femmes mariées et les personnes invalides, les assemblées détermineront la nature de leurs obligations. Une description du collectif de Morata de Tajuna (en Castille) mentionne particulièrement le fait que quatre-vingt dix femmes ont participé aux groupes de travail. Mais, comme 415 familles, ou 1 300 personnes, faisaient partie du collectif, le nombre de 90 femmes laisse à penser que la plupart ne participait pas à ce qui était le fondement de la structure économique du collectif. Partout, les corvées domestiques étaient automatiquement attribuées aux femmes. A Vilafranca del Penèdes, par exemple, ou le commerce et l’agriculture étaient collectivisés, le collectif avait distribué des cartes de rationnement aux femmes afin de contrôler tout ce qui était vendu dans les magasins du village. Et, à part dans des collectifs pauvres ou de petite taille, les femmes ne travaillaient apparemment à l’extérieur de la maison que dans des circonstances exceptionnelles, les moissons, par exemple, où tous les bras disponibles étaient nécessaires.

Les salaires

Les salaires et l’échelle des salaires son un autre indicateur de la manière dont les collectifs appréhendaient les différences et/ou l’égalité entre les sexes. La plupart des collectifs essayaient d’aller vers une égalité des salaires, d’une manière ou d’une autre. Il semble y avoir eu deux grandes tendances. L’une était de verser à tous les membres une certaine somme par jour. L’autre était ce qu’on appelait le salaire familial qui ajustait son montant à la composition de la famille, dans une approximation de l’objectif anarchiste-communiste de « à chacun selon ses besoins ».

Certains collectifs versaient le même salaire à tous les ouvriers, sans considération du travail fourni. Ceux de Monzon et de Miramel en Aragon, par exemple, payaient de manière égale les hommes et les femmes. Mais la plupart des collectifs établissaient des différentiels significatifs entre les salaires versés aux femmes et aux hommes. En outre, (comme cela a été le cas dans différents secteurs industriels, et certainement pas seulement en Espagne), même le soi-disant système de salaire familial instituait une estimation inégale du travail. Adelante! (à Lerida) et El Porvenir (Valence), par exemple, versaient des salaires aux chefs de familles calculés selon le nombre, le sexe et l’âge des membres du foyer. Le chef de famille (mâle) de El Porvenir recevait 4 pesetas par jour pour lui, 1,50 pour sa compagne, 0,75 pour chaque enfant de plus de 10 ans et 0,50 pour ceux de moins de 10 ans. A Granadella, le collectif avait établi un salaire de 2 pesetas par semaine pour les ouvriers à partir de 18 ans, 1 peseta pour ceux entre 15 et 18 ans, et 1 peseta pour les companeras de plus de 18 ans. Certains collectifs en Aragon fonctionnaient avec une combinaison de ces deux systèmes. A Fraga, par exemple, les femmes qui travaillaient à l’extérieur de la maison à à la tâche qui leur était traditionnellement dévolue aux femmes de cueillir et de conditionner les figues recevaient le même salaire journalier que les hommes. Pendant les mois où elles restaient à la maison, ou s’occupaient du lopin de terre familial, elles n’étaient pas payées. Le salaire familial versé au mari ou au père était sensé compenser indirectement leur contribution.

Bien que le mouvement dans son ensemble, et la plupart des collectifs, vantait l’introduction du salaire familial comme une étape progressiste qui permettait de surmonter l’exploitation subit par le monde rural dans la période d’avant-guerre, ils semblaient n’avoir aucune conscience de ses implications pour les femmes. H.E. Kaminski [3], qui a voyagé à travers la Catalogne durant cette période a noté le paradoxe . En fait le communisme libertaire s’accommode des modèles existant. La preuve en est que le salaire familial laisse les personnes les plus opprimées en Espagne, les femmes, sous la complète dépendance des hommes. Comme Bernecker le souligne, les femmes célibataires qui ne vivent pas chez leurs parents sont totalement ignorées par ce système (même si elles ne devaient probablement pas être nombreuses dans ce cas dans les villages ruraux). Et, bien sûr, ces échelles de salaires, où partout les femmes étaient payées moins que les hommes, étaient en complète violation du principe de salaire égal pour travail égal pour lequel la CNT s’était engagée dès son congrès constitutif de 1910. Malgré cela, le modèle de salaire familial n’a apparemment pas rencontré de résistance au sein des rangs de la CNT.

Pourquoi cela n’a pas été le cas est une question complexe. D’un côté, même si la CNT s’était engagée sur le principe de à travail égal, salaire égal, cette question avait été rarement soulevée avant la guerre, et même alors, généralement seulement par des petits groupes de femmes. Au sein des militants de base du mouvement,, la position proudhonienne selon laquelle les femmes étaient inférieures aux hommes, et devaient se définir en termes de maison et d’enfants, prédominait probablement sur la position officielle plus égalitaire du mouvement. Le fait que la culture espagnole était lourdement dominée par l’église catholique , qui considérait que la place des femmes était à la maison, renforçait ce point de vue. Pratiquement tout le personnel du système éducatif, y compris celui géré par l’état, était composé de membres d’ordres religieux. Beaucoup de personnes (y compris des anarchistes) affirmaient que les femmes étaient profondément influencées par la rhétorique religieuse, puisqu’elles étaient beaucoup plus susceptibles que les hommes de fréquenter les églises, et parce que l’église finançait une variété de sociétés et associations charitables. En fait, la considérable opposition à l’extension du droit de vote aux femmes dans les années 1930 est venue de la gauche et des républicains qui craignait que accorder celui-ci aux femmes aurait en réalité augmenté le pouvoir de l’église. Temma Kaplan [4] a émis l’idée que l’opposition anarchiste à l’Église (et aux structures familiales traditionnelles qu’elle soutient) a bien pu lui aliéner un nombre significatif de femmes et, par conséquent, a fait que le mouvement dans son ensemble a considéré les questions féminines comme étant d’une importance marginale seulement. Des combinaisons de ces facteurs expliquent probablement le manque d’attention relatif envers l’égalité économique des femmes au sein des principales organisations anarchistes , même si l’égalité des salaires était un aspect important du programme de Mujeres Libres, comme nous le verrons.

L’appartenance aux collectifs

La question des normes et critères d’appartenance est également complexe. Les collectifs fondaient leur légitimité sur les structures d’autorité démocratiques et sur un système de prise de décisions en assemblées,auxquelles tous les membres participaient et où chacun disposait d’une voix. Mais qui était susceptible de devenir membre Bernecker conclut que tous les habitants d’un village avaient le droit de vote bien qu’il note que Hugh Thomas [5] a soutenu qu’il était courant que seuls les ouvriers masculins était présents aux assemblées. Mes propres recherches laissent à penser que la situation variait probablement de villages à villages. Beaucoup de comptes-rendus publiés dans le Boletin de Informacion de la CNT-FAI contiennent des phrases telles que « Dans le collectif, tous sont des travailleurs, les femmes comme les hommes », ou « Le collectif est composé de toutes les personnes de plus de 18 ans, des deux sexes ». D’un autre côté, des comptes-rendus du collectif de Lerida ne mentionne que très rarement les femmes, et lorsque cela est le cas, presque jamais par leur nom. La femme apparaît comme la companera ce qui laisse à penser qu’elles n’étaient pas considérées comme des membres au même niveau que les hommes.

Cette ambiguïté rend également difficile toute estimation de la participation dans la direction et les prises de décisions au sein des collectifs. Les comptes-rendus d’un certain nombre d’entre eux, ainsi que les interviews de membres masculins suggèrent que l’implication des femmes dans les prise de décisions était plutôt limitée. Mais, compte tenu de la dévaluation de l’image des femmes dans la société en général, ces comptes-rendus ne doivent pas nécessairement être considérés comme révélateurs du niveau de participation des femmes. Néanmoins, un certain nombre d’entre elles ont également déclaré que les femmes étaient souvent silencieuses lors des réunions, un silence qu’elles attribuaient au peu d’expérience de la prise de parole en public. Cela allait devenir un point central majeur dans les programmes de Mujeres Libres.

Il est possible, bien sûr, qu’alors comme aujourd’hui, les femmes firent beaucoup et reçurent en retour peu ou pas de reconnaissance. Soledad Estorach a raconté, par exemple, qu’il existait certains collectifs en Aragon ou les premières déléguées du village étaient des femmes. Pourquoi ? Parce que les hommes étaient souvent absent de la maison pour de longues périodes pour s’occuper des troupeaux. Celles qui faisaient vivre le village au jour le jour étaient en réalité les femmes. Mais dans tous les comptes-rendus, le rôle de direction des femmes dans ces villages représentait davantage l’exception que la règle.

Dans une certaine mesure, les collectifs ont accompli beaucoup de choses. Les femmes ont participé activement à beaucoup de collectifs ruraux et ont même occupé des postes de responsabilités dans certains d’entre eux. Notamment dans ceux qui reconnaissaient et rémunéraient le travail des femmes, celles-ci commencèrent à être considérées comme des personnes quelque peu indépendantes. Dans un sens plus général, l’autonomie sociale des femmes s’est améliorée. Tandis que, durant la période pré-révolutionnaire, les femmes du monde rural, ne sortait que rarement, sinon jamais, que accompagnée par un homme (sauf, peut-être, pour faire les courses) les jeunes femmes des zones rurales commencèrent à sortir plus librement, même pour aller dans des bars, par exemple, avec d’autres amies. Dans un nombre significatif de régions, les mariages d’affaire ont pris fin, même si la famille nucléaire restait la norme.

Néanmoins, malgré l’engagement de longue date de la CNT pour l’égalité des femmes au sein de la sphère économique, sans une attention spéciale concernant l’égalité et la participation de celles-ci, il existait des limites aux réalisations des collectifs. Même selon les termes acceptés par la CNT qui fonde l’égalité des femmes sur la participation à la force de travail), les collectifs n’étaient pas à la hauteur sur un certain nombre de point importants. La plupart d’entre eux traitaient les femmes comme des travailleuses secondaires et plaçaient les femmes mariées, en particulier, dans une sorte de monde économique inférieur. En effet, le refus de traiter la subordination des femmes comme une question à part entière préservait la division public/privé qui identifiait les femmes avec le foyer et les tâches domestiques et limitait leur capacité à obtenir l’égalité dans le domaine économique plus large. En outre, en l’absence de cette attention spécifique envers la subordination des femmes, les structures de genres, apparemment neutres quant à la participation reproduisaient dans les faits les disparités existantes entre sexes. Sans une remise en question de la dichotomie public/privé, et de la division sexuée du travail, la plupart des femmes ne se considéraient pas elles-mêmes ( ni n’étaient considérées par leurs camarades masculins) comme des participantes totalement égales dans la transformation révolutionnaire du monde rural.

Le rôle des femmes révolutionné par Mujeres Libres

Mujeres Libres a été fondé en 1936 par des groupes indépendants de femmes affiliés soit à la CNT, la FAI, ou la FIJL, avec l’objectif de l’émancipation des femmes afin qu’elles prennent leur place dans le mouvement révolutionnaire. Alors que toutes les fondatrices étaient membres de ces organisations du mouvement libertaire, les initiatrices (comme elles aimaient se dénommer) pensaient qu’une organisation séparée était nécessaire pour que les femmes puissent surmonter leur triple esclavage , de l’ignorance, de femmes et de productrices. A partir de son commencement début 1936, Mujeres Libres se répandit (aidé par des annonces dans les médias anarchistes et anarcho-syndicalistes) dans les villes et les villages à travers les zones tenues par les républicains.

Beaucoup de ses activités étaient éducatives par nature. Ses programmes, dans les zones rurales en particulier, répondaient à la fois aux réalisations et aux limites des collectivisations révolutionnaires. Pour Mujeres Libres, l’émancipation des femmes ne résulterait pas seulement de leur intégration dans la force de travail. Il en allait ainsi parce que les forces de la subordination n’agissait pas seulement dans le domaine économique. L’Église, par exemple, renforçait cette subordination dans de nombreux domaines, et pas seulement religieux. En conséquence de quoi, la plupart des femmes n’étaient pas complètement préparée à prendre leur place comme participantes sur un pied d’égalité, même si on leur en avait donné la possibilité. Mujeres Libres a pris au pied de la lettre (quoique pas toujours explicitement) le principe anarchiste selon lequel la préparation de la révolution est la révolution elle-même, insistant sur le fait que la subordination des femmes dans la soi-disant sphère privée ne pouvait pas être traitée si les femmes n’occupaient pas des rôles actifs dans la révolution sociale.

Mujeres Libres s’est intéressé aux liens entre la subordination économique, culturelle, (y compris de manière importante, la religion) et sexuelle. Selon l’organisation, surmonter leur subordination comme femmes était une condition essentielle de leur participation active à la révolution. Comme l’a écrit Emma Goldman (une ardente supportrice de Mujeres Libres) [6] dans la revue Mujeres Libres de décembre 1936, il est évident qu’il ne peut y avoir une réelle émancipation aussi longtemps qu’il existe une domination d’un individu sur un autre ou d’une classe sur une autre. Et il ne peut pas exister l’émancipation de l’espèce humaine tant qu’un sexe domine l’autre. Par conséquent, les programmes de Mujeres Libres comprenaient différents composants, encourageant les organisations anarcho-syndicalistes et autres organisations du mouvement à prendre au sérieux les femmes et leur subordination, , en travaillant ensemble dans ces organisations largement composées d’hommes pour entraîner les femmes à occuper leurs places dans le monde salarial, et plus important, en s’engageant dans des programmes d’éducation et de sensibilisation [consciousness-raising] pour contrer l’influence de l’Église et encourager les femmes à jouer un rôle plus grand dans la révolution.

L’éducation

L’éducation constituait l’axe des programmes de capacitacion de Mujeres Libres et prenait principalement la forme de discussions sur les réussites. L’éducation (libérée de ses visions traditionalistes propagée par l’église et les institutions éducatives contrôlées par l’état) était essentielle pour libérer les capacités des femmes et les faire devenir des membres à part entière du mouvement et de la société nouvelle. L’aspect le plus fondamental de ces programme était la croisade contre illettrisme. La honte au sujet de ce handicap culturel empêchait de nombreuses femmes de s’engager activement dans la lutte pour le changement révolutionnaire. Le fait de savoir lire et écrire devait devenir un outil pour développer la confiance en soi et une participation plus active. Dans les villes et les villages Mujeres Libres ouvrit des programmes d’apprentissage basique de la lecture et de l’écriture ainsi que des cours de perfectionnement. Dans son effort pour soutenir les femmes des régions rurales, par exemple, Mujeres Libres a créé des écoles d’agriculture pour les jeunes femmes revenues des villes pour participer aux travaux ruraux, visant à leur apprendre les compétences qui les rendraient capables de s’intégrer plus facilement dans l’agriculture collectivisée de leurs villages d’origine. En outre, régionalement et nationalement, l’organisation avait créé des comités centrés sur la culture et la propagande, pour diffuser le message oralement et par écrit. A Barcelone, un groupe diffusait régulièrement des émissions à la radio. D’autres voyageaient à travers la campagne catalane pour s’adresser à celles qui ne pouvaient pas être atteinte par écrit ou par la propagande radiodiffusée. Étant donné le fort taux d’illettrisme, particulièrement chez les femmes, ces messages verbaux étaient particulièrement importants.

Pepita Carpena [7], qui a voyagé comme représentante de Mujeres Libres dans les villages ruraux, a raconté son expérience.

« Nous rassemblions les femmes et nous leur expliquions … qu’il n’existait pas de rôle clairement établis pour les femmes, qu’elles ne devaient pas perdre leur indépendance, mais qu’une femme peut être une mère, et une companera en même temps … Des jeunes femmes venaient me voir et me disaient ‘C’est très intéressant ce que tu dis. On ne l’a jamais entendu avant. C’est quelque chose que nous ressentions mais que nous ne savions pas’…

Les idées qui les intéressaient le plus? Parler du pouvoir des hommes exercé sur les femmes … Une sorte de tollé s’élevait lorsque tu leur disais ‘Nous ne pouvons pas laisser les hommes croire qu’ils sont supérieurs aux femmes, qu’ils ont le droit de les commander’. Je pense que les femmes espagnols attendaient avec impatience ce discours. »

L'emploi

Mercedes Comaposada [8], une des fondatrices de Mujeres Libres, a décrit la place et l’importance des programmes pour l’emploi dans les plans globaux de l’organisation concernant l’emploi. Conjointement avec l’éducation, le travail était la clef de l’auto-développement des femmes. « Nous voulions ouvrir le monde aux femmes , leur permettre de se développer de la façon dont elles le voulaient ». Mujeres Libres considérait le travail comme une partie nécessaire et indispensable de la vie. Les êtres humains ont la capacité d’utiliser la technologie pour alléger le poids du travail , de structurer la production afin que les machines soient à leur service et que l’exploitation des uns sur les autres prennent fin. Le travail devrait être l’expression des capacités et de la créativité humaine, un prérequis de la liberté. La conception du travail comme partie d’une vie accomplie était particulièrement importante pour les femmes qui, jusqu’alors, avaient été déclaré inaptes au travail productif. Mujeres Libres insistait sur le fait que le travail contribuait à la fois au progrès social général et à l’émancipation des femmes plus particulièrement, en leur permettant d’être et de se ressentir comme des membres productrices de la société. A cet égard, les programmes de Mujeres Libres allaient à l’encontre non seulement des normes sociales existantes mais aussi des perspectives proposées par les organisations de femmes et syndicales soutenues par l’Église.

En plus de travailler avec les syndicats pour développer les programmes d’apprentissage dans le secteur industriel, Mujeres Libres préparait les femmes à travailler dans les régions rurales, le plus souvent en créant des centres expérimentaux pour l’agriculture et l’aviculture et communiquer aux femmes les connaissances qui leur seraient nécessaires pour participer à la production rurale. Certains articles dans le journal Mujeres Libres s’adressaient spécifiquement aux femmes des zones rurales, leur pourvoyant l’éducation nécessaire pour qu’elles occupent leur place dans la production :

"Les armes seules ne sont pas suffisantes, camarades rurales. Ni les forces associées de tous. Nous devons changer le rythme de la production et produire plus, beaucoup plus ….

Comment?

En organisant des équipes, des groupes de femmes fortes physiquement, qui ont les connaissances nécessaires aux travaux des champs et former deux ou trois femmes en technique agricole pour chacun de ces groupes … De cette façon, les ouvriers agricoles produiront plus avec moins de travail.

Dans les cours de Mujeres Libres, vous pouvez vous préparer à ce nouveau rythme de travail qui est si nécessaire, en acquérant des connaissances au sujet de l’agriculture, l’aviculture et l’ administration rurale.

Campesina, tu avec toujours été dans les champs, toujours les mains croisées sur la tête, attendant, fatiguée, sombre et triste, comme une plante de plus, dévaluée et asservie. Tu as attendu les nuages, les orages, les inondations, le percepteur des impôts … tous les désastres et les calamités de la vie rurale … Campesina, nous sommes maintenant débarrassées des vieux proprios et les champs rient. Avec les vieux maîtres, l’illettrisme, la saleté, les enfants innombrables, tout cela disparaîtra …"

Les centres agricoles expérimentaux proposant ce genre de cours existaient à Barcelone, en Aragon, et à Valence, et les femmes y venaient des nombreux villages environnants. Par exemple, Mujeres Libres a cité un collectif à Amposta qui avait une nouvelle coopérative produisant des poulets, dirigée par une femme. La directrice avait été envoyée par le collectif dans un institut financé par Mujeres Libres pour y apprendre comment organiser et gérer le travail.

Même si Mujeres Libres décrivait souvent le fonctionnement de ces collectifs sans noter particulièrement la division sexuelle du travail en général (les hommes avaient tendance à travailler dans les champs, les femmes dans les magasins et les laveries), ou le principe manifeste que la première responsabilité des femmes était d’élever les enfants et les tâches domestiques, l’organisation n’en réclamait pas moins continuellement l’entière participation des femmes à la vie sociale et économique :

"Que la vie serait belle avec des mères et des sœurs instruites! Avec quelle rapidité la société serait transformée si les femmes participaient à la lutte sociale!"

Une région d’Aragon profondément libertaire, avec des champs bien labourés, des hommes d’acier, l’Aragon des luttes pour des objectifs révolutionnaires, possède aussi ses femmes courageuses. Des femmes qui sont aussi capables de remplacer les hommes dans les champs … »

La sensibilisation

A travers toutes ces actions éducatives, Mujeres Libres essayait de sensibiliser les femmes au sujet de leur participation sociale et politique. Presque chaque numéro du journal consacrait au moins un article à des femmes militantes dans le domaine social et politique, ou aux exploits de femmes exceptionnelles, soit dans l’Espagne contemporaine ou dans d’autres contextes historiques ou géographiques. En essayant d’atteindre à la fois les femmes non affiliées et des hommes anarchistes avec son message, Mujeres Libres publiait des articles dans d’autres périodiques anarchistes tels que Acracia, Ruta, CNT et Tierra y libertad, traitant de la participation des femmes dans les luttes révolutionnaires.Des représentantes de Mujeres Libres se joignaient à ceux de la CNT, de la FAI, et de la FIJL dans des tournées de propagande dans les régions rurales, présentant aux ouvriers (souvent illettrés) les idées et les pratiques libertaires. Des émissions de radio complétaient ces tournées. En outre, des brochures et des tracts, ainsi que des expositions de photos à Madrid et à Barcelone, mettaient en valeur les réalisations et les actions des femmes.

Enfin, Mujeres Libres essayait de donner un sens à ce que serait la vie de femmes sans inhibition et émancipées. La situation des femmes différait de celle des hommes, bien que les hommes et les femmes étaient engagés ensemble dans la lutte pour vaincre les relations de domination qui leur étaient imposées de l’extérieur (par le capitalisme, avant tout). Les femmes devaient mener un combat supplémentaire pour leur liberté intérieure, leur sens de l’individualité. En cela, elles devaient lutter seules et, encore trop fréquemment, contre l’opposition de leurs camarades masculins ou les membres de leurs familles.

« Cependant, lorsque vous aurez atteint votre but, vous n’appartiendrez à personne d’autre qu’à vous- même … Vous deviendrez des personnes avec la liberté, l’égalité des droits sociaux, des femmes libres dans une société libre que vous aurez construit aux côtés des hommes, comme leur vraie companera…. La vie sera un millier de fois plus belle lorsque la femme deviendra réellement libre. »

En plus de ces programmes orientés vers le développement des aptitudes des femmes pour leur permettre de participer plus pleinement à la transformation révolutionnaire, d’autres activités concernaient un large éventail d’autres sujets. Mujeres Libres traitait des questions de sexualité, y compris le contrôle des naissances et de maternité désirée, proposait des cours et des tracts sur l’éducation et le développement des enfants, finançait des instituts qui formaient les enseignantes à de nouvelles méthodes, plus ouvertes, d’éducation pour préparer la jeunesse à un monde libertaire, luttait pour éradiquer la prostitution (et avait créé les liberatorios de prostitucion, des centres où les prostituées venaient se former pour développer de nouvelles compétences) et soutenait les services aux réfugiés des zones de guerre.

Les exigences de la guerre, bien sûr, imposaient des limites aux réalisations de Mujeres Libres. L’organisation revendiquait entre 20 000 et 30 000 membres, presque toutes issues de la classe ouvrière, et beaucoup dans des zones rurales. Des milliers de ces femmes participaient à des activités éducatives de toutes sortes. Néanmoins, la crise économique causée par la guerre civile prolongée limitait à la fois les financements et les possibilités d’une réorganisation sociale majeure. Le projet de liberatorios de prostitucion, par exemple, n’a jamais réellement progressé au-delà du stade de projet.

Dans l’ensemble, l’aspect peut-être le plus important des activités de Mujeres Libres a été son existence même comme une organisation autonome, indépendante , poursuivant ses propres buts et priorités. Son existence, en effet, reflète un contexte organisationnel que Mujeres Libres essayait de communiquer à un niveau individuel , la nécessité pour les femmes de se déterminer par elles-mêmes. En fait, l’insistance sur l’organisation de l’autonomie et l’auto-détermination devint une source majeure de tension dans le mouvement plus large. La CNT et la FAI ne voyaient pas le besoin d’une organisation autonome de femmes, pas plus que la nécessité d’une attention particulière envers la subordination des femmes.

Dans l’opinion des grandes organisations du mouvement, le travail de Mujeres Libres avec les femmes devait être entrepris (et compris) comme étant auxiliaire au travail des organisations de lutte de classe mixtes soi-disant non-sexistes. Ils ne voyaient pas la nécessité d’une organisation indépendante par et pour les femmes avec l’autorité pour élaborer et mettre en place ses propres programmes d’éducation et d’émancipation. Alors, même si des membres individuels de la CNT et de la FAI s’engageaient dans différents projets communs avec les groupes de Mujeres Libres au niveau local, ni la CNT ni la FAI en tant que organisations nationales n’ont jamais accordé à Mujeres Libres le respect et le soutien financier que l’organisation méritait. Pour les femmes de Mujeres Libres, cette absence de soutien était particulièrement exaspérant étant donné le soutien actif du Parti Communiste Espagnol aux groupes de femmes qui lui étaient affiliés. Bien sûr, ces derniers étaient peu autonomes et peu ouvert à l’auto-détermination au sens que lui donnait Mujeres Libres. Et dans le contexte plus général de la guerre civile, le parti communiste disposait de plus de moyens que les organisations du mouvement libertaire. Les représentantes de Mujeres Libres soutenaient continuellement, sans succès et de manière plus véhémente lors du congrès commun des organisations du mouvement libertaire en octobre 1938, qu’elle méritait une reconnaissance officielle comme quatrième branche autonome du mouvement (aux côtés de la CNT, de la FAI, et de la FIJL), et que ce travail avec les femmes était essentiel au succès du projet révolutionnaire dans son ensemble. Ces arguments, néanmoins, tombèrent largement dans les oreilles d’un sourd. Les principales organisations ont refusé de reconnaître le lien fait par Mujeres Libres entre l’autonomie et l’émancipation et, par conséquent, ont refusé de soutenir l’organisation en tant qu’entité autonome.

Cependant, les progrès limités de la révolution sociale malgré tout ce que les collectifs sont parvenus à réaliser, démontre l’importance des perspectives de Mujeres Libres perspective. Aux vues des exigences de la situation en du temps de guerre, un grand nombre de femmes, aussi bien dans le milieu urbain que rural, a été dirigé vers des travaux non traditionnels. Dans les zones rurales, de nombreuses femmes ont occupé de nouveaux rôles avec enthousiasme, brisant les barrières entre genres et les modèles sociaux qui semblaient inchangés depuis des générations. De nouveaux modes de relations sociales suivirent ces nouveaux rôles économiques. Mais sans remise en cause explicite et directe de la subordination des femmes et de la séparation public:privé, sans programmes spécifiques consacrés à l’émancipation des femmes, il y avait des limites à ce que celles-ci pouvaient réaliser, malgré le contexte révolutionnaire. L’expérience des femmes en milieu rural, même dans ce contexte limité, semble valider la perspective anarchiste originale sur la domination et l changement social – a savoir que l’accent mis sur les questions économiques seul est insuffisant. Éradiquer effectivement toute domination demande l’émancipation des individus dans une variété de domaines, prenant en compte leurs conditions de vie spécifiques. L’action révolutionnaire – même anarchiste – ne peut pas être aveugle sur la question des genres.

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Voir aussi

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With the peasants of Aragon – Augustin Souchy libcom.org

Sur R&B la rubrique anarcha-féminisme avec d’autres documents consultables en ligne racinesetbranches.wordpress.com

[1] George Orwell, séjournant à Barcelone, en décembre 1936, a déclaré, par exemple, que « C’était la première fois que je me trouvais dans une ville où les ouvriers étaient aux commandes … Vue de l’extérieur, c’était une ville où les classes aisées avaient pratiquement cessé d’exister.

[2] NDT: Estorach, Soledad, 1915-1993 Une courte bio sur Libcom libcom.org

[3] NDT: Hanns-Erich Kaminski (1899 – 1963) Journaliste et écrivain libertaire allemand. Il séjourne en Espagne de septembre 1936 à février 1937, et publie par la suite un livre intitulé Ceux de Barcelone, Denoël, Paris, 1937 (réédition : Éditions Allia, Paris, 2003)

[4] NDT: Temma Kaplan Historienne américaine, professeur d’histoire à Rutgers. Voir par exemple, Female consciousness and collective action : The case in Barcelona 1910-1918 libcom.orgf][libcom.org]]

[5] NDT: Hugh Thomas (né en 1931) Historien britannique auteur notamment de La Guerre d’Espagne. Juillet 1936 – Mars 1939 Paris, Robert Laffont, 1961 – édit. révisée en 1977, édit. définitive publiée dans la collection Bouquins, 1986

[6] NDT: Voir Emma Goldman et Mujeres Libres racinesetbranches.wordpress.com

[7] NDT: Josefa Carpena-Amat (1919 – 2005), dite Pepita Carpeña Militante de la Confédération Nationale du Travail, de la Federación Ibérica de Juventudes Libertarias et de Mujeres Libres. Elle a été la coordinatrice du CIRA de Marseilles de 1988 à 1999. Pépita Carpeña, De toda la vida, Éditions du Monde libertaire et Éditions Alternative libertaire, 2000

[8] NDT: Mercedes Comaposada Guillén, (1901- 1994) Membre de la CNT. Elle écrit pour le journal de la FAI Tierra y Libertad et la revue Tiempos Nuevos. Cofondatrice de Mujeres Libres avec Lucía Sánchez Saornil et Amparo Poch y Gascón.