Lancé en grande pompe début décembre pour assurer une large publicité au milliardaire Vincent Bolloré (concepteur et propriétaire du dispositif Autolib) ainsi qu’à la Mairie de Parie, qui désirait elle se trouver un nouveau gadget à agiter sous les yeux abêtis de nouveaux -et potentiels nouveaux- habitants, il semble que le comte de fée rêvé par les canailles sus-nommées ne soit pas en voie de réalisation. Et à part eux, qui s’en plaindra?

Nous sommes nombreux à avoir à l’esprit un précédent, nommé Vélib’ (propriété de JC Decaux), qui répondait aux mêmes critères, à savoir faire du fric et allécher le bobo parisien sensible aux perfides mélodies du capitalisme repeint en verdâtre. Et c’est d’ailleurs avec une incommensurable délectation qu’on s’est vite rendu compte qu’une autre sorte d’accueil, moins enthousiaste, avait été réservé à cette marchandise sur deux-roues, destinée, comme tous les «moyens de transports» à nous trimbaler de nos cages à poules au turbin, et du turbin au supermarché. Vols, tags, crevaisons de pneus, cadres tordus ou pétés, casses diverses et variées, tout était -et demeure- bon pour faire des cheveux blancs à nos chers promoteurs et vendeurs, tout en se faisant plaisir soi-même au passage.

Aujourd’hui, c’est le même sourire ironique et malicieux qui illumine, l’espace d’un instant, notre visage lorsque nous apprenons que le nouveau hochet à la mode -sur quatre roues celui-là, donc- subit les mêmes avaries. Malgré le fait que quelques 7 500 personnes aient fait le choix de s’abonner au dispositif, de nombreux bâtons sont venus se glisser dans les roues, et pas seulement, de la bagnole-qui-prétend-rendre-libre: vitres pétées, coups de pieds dans la carrosserie et sur les rétroviseurs, pneus crevés, portières fracturées font que 50 voitures sur 300 sont régulièrement hors-service. Si nous disons cela, ce n’est pas seulement par passion du sabotage et du vandalisme diffus -qui dans ces cas-là ne sont jamais «gratuits»- mais aussi parce qu’il nous plaît de savoir qu’un mafieux aussi respectable que Bolloré, et d’une pierre deux coups la mairie de Paris, puisse perdre du blé, et que ses rêves de montagnes de fric puissent se transformer en cauchemar, même si malheureusement nous sommes encore loin du compte. Car ce cuistre, qui se vante de sa «voiture respectueuse de l’environnement», n’est pas seulement propriétaire de grands groupes de presse, ni d’infrastructures gigantesques au service du capitalisme, notamment des grands ports de commerce et de chemins de fer en Afrique ; notre touche-à-tout-ce-qui-peut-rapporter-du-pognon a également les plus grands intérêts dans la production, l’exploitation et la transformation du lithium, matériau utilisé pour la fabrication des batteries avec lesquelles fonctionnent les voitures électriques (à raison de 5 à 15 kilos par auto)…qu’il produit et vend. C’est donc notamment pour rentabiliser ses quelques 1,5 milliards d’euro d’investissement dans Autolib’ (dont 100 millions au départ, plus 80 millions par année de fonctionnement) que ce gripsous court régulièrement en Bolivie pour transformer des déserts de sel en usines à produire du carbonate de lithium, lithium dont le prix à la tonne est passé de 260 à 2 300 euros en cinq ans. On comprend le désintéressement inhérent à la conversion au «développement durable», sans compter que, par la force des choses, ces joujoux sont branchés au réseau électrique, donc au nucléaire. Quand on sait par ailleurs qu’EDF est copropriétaire de la boite qui fabrique les batteries au lithium, le compte est bon !

Alors si un responsable se réjouit du fait que «Les Autolib ne sont pas encore attaquées à coup de battes de baseball», il n’en reste pas moins qu’un simple phare brisé suffit à renvoyer ces dernières à l’atelier, avec de coûteuses réparations en plus. Un jeu d’enfants en somme.