Il me paraît malheureusement impossible que quelque chose survive de nous après la mort, pas plus que de la flamme quand la bougie est soufflée ; et si la partie qui pense peut disparaître, parcelle par parcelle, quand on enlève, les uns après les autres, les lobes du cerveau, nul doute que la mort, en grillant le cerveau, n’éteigne la pensée.

Pourtant, s’il y avait l’éternité, comme l’immensité avant et après nous, et que la partie qui pense s’en aille dans les courants inconnus de l’électricité, et s’y absorbe ainsi que les éléments du corps retournent aux éléments matériels, ce ne serait pas miracle. Visible ou invisible, ce ne serait que la nature encore, et je me suis souvent demandé pourquoi on s’imagine que cette électricité, inconsciente ou non, s’en allant à des creusets invisibles, prouverait Dieu plus que la naissance des organismes qui grouillent sur la terre.

Malheureusement, la pensée sécrétée par le cerveau ne peut subsister quand ce qui la produisait n’existe plus. […]

La revanche, c’est la Révolution, semant la liberté et la paix sur la terre entière.

Quand tout monte en sève, il faut prendre rang d’un côté ou de l’autre, s’entasser dans l’ornière avec sa caste ou secouer les délimitations absurdes de castes et prendre sa place au soleil avec l’étape humaine qui se lève.

On a vu, dit-on, à l’enterrement de Vallès, une multitude émue, sur laquelle flottaient les bannières noires et rouges.

Est-ce là toute l’armée révolutionnaire ? Est-ce l’avant-garde ? C’est à peine un bataillon.

Quand l’heure sera venue, avancée par les gouvernements féroces et stupides, ce ne sera pas un boulevard, mais la terre entière qui frémira sous la marche de la race humaine.

En attendant, plus large sera le fleuve de sang qui coule de l’échafaud où l’on assassine les nôtres, plus les prisons regorgeront, plus la misère sera grande, plus les tyrannies se feront lourdes et plus vite viendra l’heure, plus nombreux seront les combattants.

Combien d’indignés seront avec nous, jeunes gens, quand les bannières rouges et noires flotteront au vent de colère !

Quel raz de marée, mes amis, quand tout cela montera autour de la vieille épave.

Comme ils fileront doux, les petits jeunes gens qui se prétendent étudiants et qui bornent la patrie aux boues de Sedan !

Nous voulons, nous, pour tous les peuples du monde la revanche de tous les Sedan, où les despotes et les imbéciles ont traîné l’humanité.

La bannière rouge qui fut toujours celle de la liberté effraie les bourreaux, tant elle est vermeille de notre sang.

Le drapeau noir crêpé de sang de ceux qui veulent vivre en travaillant, ou mourir en combattant, effraie ceux qui veulent vivre du travail des autres.

Oh ! Flottez sur nous, bannières noires et rouges ; flottez sur nos deuils et sur notre espoir dans l’aurore qui se lève !