Titre: La lutte pour les soviets libres en Ukraine
Sous-titre: Tracts makhnovistes
Date: 1918 - 1921
Source: Consulté le 7 mai 2016 de http://www.collectif-smolny.org/article.php3?id_article=1038
Notes: Tracts makhnovistes présentés et traduits par A. Skirda.

Présentation

Le mouvement insurrectionnel des paysans ukrainiens connu sous le nom de mouvement makhnoviste - prit naissance en 1918 avec la lutte contre les occupants austro-hongrois et allemands, ainsi que contre les troupes de leur homme-lige, l’Hetman Skoropadsky. L’initiative en revint à un petit groupe d’anarchistes de Goulaï Polié, bourg de moyenne importance à l’Est du Dniepr. Nestor Makhno en fut l’inspirateur. C’était un paysan qui avait déjà déployé une ardente activité lors des années révolutionnaires 1905-1908, ce qui lui avait valu d’être condamné à mort par les autorités tsaristes, peine commuée en détention perpétuelle en raison de son jeune âge à l’époque. Après avoir passé presque dix ans en prison, dans des conditions extrêmement dures, il avait été libéré par la révolution de Février 1917, et était retourné dans son pays natal participer à la naissance et au développement de la révolution sociale ukrainienne.

Par des passes d’armes audacieuses, le noyau de partisans de Goulaï Polié réussit à désorganiser et à défaire les troupes occupantes, et, par la même occasion, étendit son rayon d’action et augmenta peu à peu ses effectifs, jusqu’à constituer une véritable armée insurrectionnelle de plusieurs dizaines de milliers de partisans. Lors des offensives des généraux gardes blancs, Dénikine et Wrangel, en 1919 et 1920, l’armée insurrectionnelle joua un rôle militaire décisif dans leur défaite. À cette occasion, elle fit alliance à trois reprises avec l’Armée Rouge et les autorités bolcheviques ; mais chaque fois que l’ennemi était battu, ces alliés se retournèrent contre les paysans insurgés, voulant leur appliquer les mêmes méthodes qu’en Russie à l’égard des révolutionnaires « non dans la ligne ». Il en résultat des heurts très durs, en particulier après novembre 1920, quand les gardes blancs eurent été définitivement battus. Pendant près d’un an encore, les détachements makhnovistes menèrent la guerre de partisans conte la « commissarocratie », les unités tchékistes et les corps de l’Armée Rouge, mais finalement ils furent complètement réduits.

Ce qui distingue ce mouvement insurrectionnel des autres nombreux groupes de partisans qui combattirent dans les mêmes conditions, ce sont ses prises de positions radicales quant à sa propre organisation et à ses objectifs ; ses structures étaient fondées sur le volontariat et l’auto-organisation du mouvement (le nom de makhnovistes ne fut choisi que comme symbole rendant hommage à l’activité révolutionnaire de N. Makhno). Il se signale également par son insistance à faire prendre conscience de la nécessité de la prise en mains et de l’initiative autonome des travailleurs de leurs propres luttes et de leur destin. On s’en rendra compte à la lecture des tracts inédits qui suivent.[1] Cette préoccupation d’une pratique autonome des travailleurs en lutte pour leur émancipation totale, d’une actualité plus que constante, rend extrêmement précieuse l’expérience révolutionnaire de ces paysans ukrainiens insurgés.[2]

A. SKIRDA.

I - À toute la population laborieuse de la ville d’Alexandrovsk et de ses environs.

CAMARADES ET CITOYENS !

Dans votre ville se sont installés actuellement les détachements de l’Armée Insurrectionnelle révolutionnaire d’Ukraine (makhnoviste). Cette armée a détruit le noyau des dénikiens, en les défaisant entre Ouman et Pomochtna, et poursuit énergiquement les restes de l’ennemi en fuite vers l’Est.

L’état-major et tout le mouvement makhnoviste considèrent de leur devoir le plus important à vous communiquer ce qui suit :

1. Jusqu’ici on vous a dit, de toutes parts, que les makhnovistes étaient des bandits, des brigands et des pogromeurs. Sachez donc que c’est la calomnie la plus vile. Les membres de notre armée insurrectionnelle sont d’honnêtes paysans et ouvriers révolutionnaires. En tout état de cause, que la population pacifique de la ville, quelle que soit sa nationalité, se sente en sécurité, qu’elle continue tranquillement son travail et qu’elle ne nous considère pas comme ses ennemis.

2. L’Armée Insurrectionnelle révolutionnaire se donne pour but d’aider les paysans et les ouvriers dans leur longue et pénible lutte pour l’émancipation des travailleurs de toutes les formes de joug du capital et du pouvoir politique, joug désastreux et dont ils n’ont nul besoin. Pour cette raison, notre armée apparaît comme l’ami et le défenseur des ouvriers, paysans et pauvres en général. Elle compte non seulement sur leur sympathie et leur confiance, mais également sur leur collaboration et participation.

Tout en ne se mêlant pas à la vie civile de la population, l’Armée Insurrectionnelle prendra quelques mesures indispensables visant la classe bourgeoise riche, ainsi que contre les dénikiens et leurs partisans. Mesures qui seront exécutées de manière organisée. Les personnes qui se présenteront pour perquisitionner et arrêter au nom des makhnovistes, sans mandat ni cachet ni signature du commandant d’unité et de celle du service de contrôle de l’armée, doivent être immédiatement mises en état d’arrestation et envoyées devant l’état-major de l’unité ou du service de contrôle.

La même façon d’agir doit être appliquée aux pillards et violeurs, qui pourront même être exécutés sur place.

3. L’Armée Insurrectionnelle révolutionnaire propose à la population laborieuse de la ville et des environs d’entreprendre immédiatement un travail organisationnel indépendant, à savoir : n’importe quelle organisation représentative d’ouvriers des usines locales, des chemins de fer, des postes et télégraphes, et des paysans, convoquera une conférence générale des représentants de tous les travailleurs de la région. Cette conférence posera, discutera et résoudra toute une série de problèmes sociaux et économiques : la protection de la ville, l’organisation d’une juste répartition des objets de première nécessité et d’utilité sociale qui se trouvent dans la ville ; elle mettra au point les relations entre la ville et les villages afin d’organiser l’échange des biens et marchandises.

Cette assemblée créera les fondements durables d’un régime libre des soviets paysans et ouvriers. Tel doit être le commencement de l’édification non-autoritaire de la vie sociale et économique.

4. L’Armée Insurrectionnelle révolutionnaire appelle toute la population laborieuse de la ville et de ses environs à entreprendre, d’une manière générale, une activité autonome tant au point de vue social que militaire. L’Armée insurrectionnelle quittera la ville dès qu’elle aura terminé son œuvre. La population laborieuse organisera elle-même sa vie sociale et économique, ainsi que sa défense contre toutes les tentatives de la part de la bourgeoisie et de tout pouvoir, elle prendra en mains elle-même sa lutte pour la victoire totale de la révolution.

Alexandrovsk, le 7 octobre 1919.

L’état-major de l’Armée insurrectionnelle (makhnoviste).

II - Déclaration de l’Armée révolutionnaire insurrectionnelle d’Ukraine (makhnoviste).

À TOUS LES PAYSANS ET OUVRIERS D’UKRAINE !

Transmettre par télégraphe, par téléphone ou par poste itinérante à tous les villages, à tous les districts ruraux, à tous les cantons et provinces d’Ukraine. Lire aux rassemblements de paysans et ouvriers de fabriques et d’usine.

Frères travailleurs ! L’Armée révolutionnaire insurrectionnelle d’Ukraine (makhnoviste) s’est créée en réaction contre l’oppression des ouvriers et paysans par le pouvoir de la bourgeoisie et des gros propriétaires terriens et par la dictature bolchevique-communiste.

Se donnant pour but la lutte pour l’émancipation totale des travailleurs d’Ukraine du joug de ces deux pouvoirs et la création d’un ordre réellement socialiste et soviétique, l’armée des insurgés makhnovistes s’est battue avec ténacité sur plusieurs fronts pour atteindre cet objectif. En ce moment même, elle achève victorieusement la lutte contre l’armée de Dénikine, libérant région après région, y éliminant tout pouvoir et toute organisation fondés sur la violence.

Beaucoup de paysans et d’ouvriers se posent la question : que faire maintenant et comment ? Quelle attitude adopter vis-à-vis des dispositions prises par le pouvoir éliminé ? et ainsi de suite.

Le congrès pan-ukrainien des ouvriers et des paysans répondra exactement et complètement à ces questions, congrès qui devra se réunir immédiatement dès qu’existera la possibilité pour les ouvriers et paysans de se rencontrer. Ce congrès indiquera et résoudra toutes les questions fondamentales de la vie des ouvriers et des paysans.

Mais du fait que ce congrès ne pourra se dérouler avant un certain temps, l’armée des insurgés makhnovistes considère comme indispensable de faire la déclaration suivante sur les questions fondamentales de la vie des ouvriers et des paysans :

  1. Toutes les dispositions prises par le pouvoir dénikien sont supprimées. Les dispositions du pouvoir communiste qui allaient à l’encontre des intérêts des ouvriers et des paysans sont également supprimées.

    Remarque : En ce qui concerne les dispositions du pouvoir communiste néfastes aux travailleurs, il incombe à ceux-ci eux-mêmes de les discerner et de prendre des décisions lors des assemblées de paysans, d’ouvriers, dans les villages et les usines.

  2. Toutes les terres des gros propriétaires terriens, des monastères, des koulaks et de tous les autres ennemis des travailleurs passent, avec tout leur bétail, aux mains des paysans qui vivent de leur travail. Tout ce transfert doit s’opérer de manière organisée, par décision d’assemblées générales des paysans, qui doivent être tous conscients non seulement de leurs intérêts personnels mais avoir en vue également les intérêts généraux de toute la paysannerie travailleuse opprimée.

  3. Les fabriques, les usines, les mines de charbon et de minerai ainsi que les autres instruments et moyens de production deviennent le bien propre de toute la classe ouvrière dans son ensemble, qui par l’intermédiaire de ses unions professionnelles prend en main de manière organisée toutes les entreprises, y organise la production et tend à unir toute l’industrie du pays en un organisme intégral.

  4. Il est proposé à toutes les organisations des paysans et des ouvriers de se mettre à édifier des soviets libres d’ouvriers et de paysans. Dans ces soviets ne doivent être élus que des travailleurs qui participent à un travail indispensable à l’économie du peuple. Les représentants d’organisations politiques n’ont pas leur place dans les soviets d’ouvriers et de paysans, du fait que leur participation à un soviet ouvrier pourrait transformer celui-ci en un soviet de députés de partis, menant ainsi l’ordre soviétique à sa perte.

  5. L’existence de tchékas, de comités révolutionnaires de partis et d’autres institutions de contrainte, de pouvoir ou de discipline ne sera pas tolérée au sein de paysans et d’ouvriers libres.

  6. La liberté de parole, de presse, de réunion, d’organisation, etc., est un droit imprescriptible de chaque travailleur, et toute limitation de ce droit apparaît comme un acte contre-révolutionnaire.

  7. Les polices d’État (garde, police, milice) sont supprimées. À leur place, la population organise son autodéfense. Cette autodéfense ne peut être organisée que par les ouvriers et les travailleurs euxmêmes.

  8. Les soviets ouvriers et paysans, l’autodéfense des ouvriers et des paysans, ainsi que chaque paysan et ouvrier ne permettront aucune action contre-révolutionnaire de la bourgeoisie et des officiers. De même, ils ne permettront aucune manifestation de banditisme. Tous ceux qui auront été convaincus de contre-révolution ou de banditisme seront fusillés sur place.

  9. Les monnaies soviétiques et ukrainiennes auront la même valeur que les autres monnaies. Ceux qui violeront cette disposition seront soumis au châtiment révolutionnaire.

  10. L’échange des produits du travail et du commerce, tant que les organisations des ouvriers et des paysans ne l’auront pas assumé elles-mêmes, reste libre. Mais en même temps, il est proposé que l’échange des produits du travail ne se fasse principalement qu’entre les travailleurs.

  11. Tous ceux qui feront obstacle intentionnellement à la diffusion de la présente déclaration seront considérés comme contre-révolutionnaires.

Le 7 janvier 1920.

Le soviet militaire-révolutionnaire et l’état-major de l’Armée révolutionnaire insurrectionnelle d’Ukraine (makhnoviste).

III - CAMARADES PAYSANS !

La paysannerie laborieuse d’Ukraine lutte depuis de longues années contre ses ennemis et oppresseurs séculaires. Des milliers des meilleurs fils de la révolution sont tombée dans la lutte pour l’émancipation totale des travailleurs de tout joug. Un coup mortel est porté au bourreau Dénikine par les efforts héroïques de l’Armée insurrectionnelle d’Ukraine. Les insurgés paysans, avec à leur tête leur guide - Batko Makhno - sont restés de longs mois dans l’arrière de l’ennemi, des gardes blancs, entourés d’un ennemi dix fois supérieur, décimés par la plus effroyable maladie - le typhus -, qui enlevait chaque jours plusieurs centaines des meilleurs combattants de leurs rangs ; démunis de munitions, ils se jetaient tous sur l’ennemi à l’arme blanche, et sous leur puissant assaut les meilleures troupes dénikiennes s’enfuirent : les unités des généraux Chkouro et Mamontov. Au prix d’incroyables efforts et du sang versé par les meilleurs combattants, les paysans insurgés ont détruit l’arrière de Dénikine et ont ouvert la voie aux frères du Nord, paysans et ouvriers ; à la suite des hordes de Dénikine les camarades de l’Armée Rouge sont entrés en Ukraine - les ouvriers et paysans du Nord. Devant la paysannerie laborieuse d’Ukraine s’est posée à son tour la question - en dehors du problème général de la lutte contre les gardes blancs - de l’édification d’un vrai ordre soviétique, dans lequel les soviets élus par les travailleurs seraient les serviteurs du peuple, exécutant les décisions que prendraient les travailleurs eux-mêmes à un congrès pan-ukrainien des travailleurs.

Cependant, les dirigeants du parti communiste, qui avaient créé avec l’Armée Rouge un instrument aveugle et docile pour défendre la commissarocratie, se mirent à répandre la boue et les pires des calomnies sur les meilleurs meneurs des insurgés, ayant décidé « d’enlever l’écharde », de détruire le mouvement insurrectionnel révolutionnaire qui empêchait messieurs les commissaires de dominer les travailleurs d’Ukraine. Les commissarocrates ne veulent voir en les travailleurs que « du matériel humain », comme l’a dit Trotski à un congrès, seulement de la chair à canon, que l’on peut jeter contre qui on veut, mais à qui en aucun cas on ne peut accorder le droit de créer eux-mêmes, sans l’aide des communistes, leur propre vie laborieuse et leur propre ordre.

Camarades paysans ! L’Armée insurrectionnelle d’Ukraine (makhnoviste) vient de votre milieu. Vos fils, vos frères et vos pères ont rempli nos rangs. L’Armée insurrectionnelle - c’est votre Armée, c’est votre sang, votre chair. Ayant sacrifié des dizaines de milliers de victimes, l’Armée insurrectionnelle a combattu pour le droit des travailleurs de construire eux-mêmes leur ordre, de décider eux-mêmes de leurs biens, et non pour tout transmettre dans les mains des commissaires.

L’Armée insurrectionnelle a combattu et combat pour les vrais soviets, et non pour les tchékas et la commissarocratie. Du temps du bourreau - de l’Hetman - des Allemands et de Dénikine, les insurgés se levaient en masse contre les oppresseurs pour défendre le peuple laborieux. Maintenant également l’Armée insurrectionnelle considère comme son devoir sacré de se mettre à défendre les intérêts de la paysannerie laborieuse contre les tentatives de messieurs les commissaires pour atteler à leur char la paysannerie laborieuse d’Ukraine. L’Armée insurrectionnelle connaît fort bien ces « arrivants » et se souvient bien de ces commissaires « libérateurs ». L’autocrate Trotski a ordonné de désarmer l’Armée insurrectionnelle, créée par les paysans eux-mêmes en Ukraine, car il comprend bien que tant que les paysans possèdent leur armée, défendant leurs intérêts, il ne pourra jamais obliger le peuple laborieux d’Ukraine à marcher sous sa houlette. L’Armée insurrectionnelle, ne voulant pas faire couler le sang fraternel, en évitant des heurts avec l’Armée Rouge, et en se soumettant seulement à la volonté des travailleurs, montera la garde pour préserver les intérêts des travailleurs et ne déposera les armes que sur l’ordre d’un congrès libre pan-ukrainien des travailleurs, où les travailleurs exprimeront eux-mêmes leur volonté. L’Armée insurrectionnelle - l’épée aux mains des travailleurs - vous appelle, camarades paysans, à convoquer immédiatement votre propre congrès de moujiks laborieux et à prendre en vos propres mains et la construction ultérieure de votre bonheur et vos richesses laborieuses.

Il est vrai que les commissaires assoiffés de pouvoir prendront toutes les mesures pour empêcher la tenue d’un libre congrès des travailleurs, c’est pour cela que dans les intérêts mêmes des travailleurs il ne faut pas laisser étouffer ce congrès par les commissaires ; à cette fin, il doit être clandestin et se tenir en un lieu secret.

Camarades paysans, préparez-vous pour tenir votre congrès !

Dépêchez-vous de réaliser votre œuvre ! Vos ennemis ne dorment pas, ne vous endormez pas non plus, ce sera le gage de votre victoire !

Vive le congrès libre des travailleurs de la région !

À bas la commissarocratie !

Vive l’Armée paysanne insurrectionnelle !

Le 8 février 1920.

L’état-major de l’Armée insurrectionnelle d’Ukraine (makhnoviste).

IV - ADRESSE AUX PAYSANS ET AUX OUVRIERS D’UKRAINE

Frères paysans et ouvriers ! Depuis plus de trois ans vous avez lutté contre le capitalisme, et grâce à vos efforts, à votre fermeté et à votre énergie, vous avez déjà presque terminé cette lutte. Les ennemis de la révolution s’épuisaient sous votre pression, et vous, sentant la victoire proche, vous vous rapprochiez du triomphe.

Vous croyiez que votre lutte constante, souvent inégale, contre les ennemis de la révolution, vous donnerait la possibilité de réaliser cet ordre soviétique libre auquel nous avons tous aspiré. Mais, frères, vous voyez qui triomphe à notre place. Ce sont des maîtres indésirables, les bourreaux communistes, qui triomphent, eux qui sont venus ici lorsque tout avait été fait, sur des traces libres, libérées par votre sang, par le sang de vos frères et de vos fils, qui constituaient le mouvement insurrectionnel révolutionnaire. Ils se sont emparés, ces nouveaux seigneurs, de toutes les richesses du pays. Ce n’est pas vous, mais eux qui en usent comme bon leur semble. Et vous, paysans et ouvriers, vous devenez leur rempart de façade, sans lequel ils ne peuvent s’appeler gouvernement ouvrier et paysan, au nom duquel ils sont les bourreaux et assassins du peuple, et qui leur permet par la domination de parti de tyranniser le peuple. Le nom de peuple leur permet tout cela, et ce n’est que pour cela qu’ils ont besoin de vous, ouvriers et paysans.

Dans tous les autres cas, vous n’êtes rien pour eux et ils ne tiennent absolument pas compte de vous. Ils vous exploitent, vous mobilisent, vous commandent et vous administrent. Ils détruisent tout en vous. Et vous, étant opprimés, vous supportez patiemment toutes les horreurs des répressions, des violences et de l’arbitraire, commis par les bourreaux communistes et qui ne peuvent être supprimés que par votre protestation générale, seulement par votre justice révolutionnaire - par une insurrection révolutionnaire. C’est à cela que vous appellent vos frères, ouvriers et paysans comme vous, qui meurent sous les balles des assassins rouges, qui par la force des armes vous enlèvent le blé, le bétail et tous les autres objets de consommation pour les envoyer en Russie.

Ce sont vos propres frères qui, en quittant la vie et tout l’avenir radieux auquel nous aspirons tous, vous appellent à sauver la révolution, l’indépendance et la liberté. Pensez, frères paysans et ouvriers, que si vous n’éprouvez plus maintenant de liberté et d’indépendance complète en vous-mêmes, vous serez d’autant plus impuissants à l’avenir pour décider de votre destin, que vous ne pourrez être les forgerons de votre propre bonheur, et que vous ne pourrez pas être vous-mêmes les maîtres des richesses de votre pays, des fruits de votre propre travail.

Tout cela sera fait à votre place par de nouveaux maîtres que personne n’a appelés - les intrus communistes-bolcheviks. Pour se débarrasser de ces maîtres indésirables, tous les paysans et toutes les meilleures forces doivent s’appliquer à convoquer des congrès paysans clandestins de districts et de régions, au cours desquels ils doivent discuter et décider toutes les questions vitales du moment, provoquées par l’irresponsabilité et la dictature de ces bandits. L’intérêt du pays et des travailleurs mêmes d’Ukraine est de ne pas laisser dévaster complètement le pays par ces nouveaux et indésirables maîtres-seigneurs ; il ne doit pas y avoir de place en Ukraine ni pour eux ni pour leurs tueurs rouges qui tyrannisent le peuple. Tous les paysans doivent, sans perdre un jour, s’organiser au moyen de leurs congrès clandestins. Organiser dans chaque village et bourgade des unités combattantes clandestines, et établir un organe de combat qui les dirige. Tous les paysans doivent refuser une fois pour toutes toute aide aux bourreaux communistes et à leurs lâches mercenaires, leur refuser aussi bien des chevaux que le grain ou le morceau de pain. Les ouvriers à leur tour doivent, dans les villes comme dans les campagnes, refuser d’entrer au parti communiste, ou dans les détachements de ravitaillement ou les tchékas : refuser toute participation aux institutions communistes. Le peuple d’Ukraine doit déclarer au monde entier, et le traduire en actes : hors d’ici les assassins et les bourreaux blancs et rouges ! Nous marchons vers le bien général, la lumière et la vérité et nous ne supporterons pas vos violences.

Vive la révolution sociale internationale des ouvriers et des paysans ! Mort à tous les gardes blancs et à tous les commissaires ! Mort à tous les bourreaux ! Vive le régime des soviets libres !

(Mars-avril 1920.)

L’état-major de l’Armée insurrectionnelle d’Ukraine (makhnoviste).

V - QUI SONT LES MAKHNOVISTES ET POUR QUOI COMBATTENT-ILS ?

1. Les makhnovistes

Les makhnovistes, ce sont des ouvriers et paysans qui se sont soulevés déjà en 1918 contre l’oppression du pouvoir bourgeois en Ukraine des occupants austro-hongrois, allemand et de l’Hetman. Les makhnovistes, ce sont les travailleurs qui ont levé l’étendard de la révolte contre Dénikine et tout joug, toute violence et tout mensonge, d’où ils viennent. Les makhnovistes, ce sont les mêmes travailleurs dont le labeur enrichit, engraisse et fait régner la bourgeoisie en général et à présent la bourgeoisie bolchevique en particulier.

2. Pourquoi nous appelons-nous makhnovistes ?

Parce que nous avons vu, lors des jours les plus pénibles de la réaction en Ukraine, parmi nous notre ami à toute épreuve et guide Makhno, dont la voix a protesté contre toute oppression des travailleurs dans toute l’Ukraine, appelant à la lutte contre tous oppresseurs, tous maraudeurs et charlatans politiques qui nous trompaient. Maintenant cet ami à toute épreuve marche toujours dans nos rangs vers le but final : l’émancipation des travailleurs de tout joug.

3. Comment se manifeste selon nous le sens de toute émancipation ?

Par le renversement de tout gouvernement : monarchiste, de coalition, républicain, social-démocrate, bolchevik-communiste... que doit remplacer un régime soviétique indépendant de tous, sans autorité ni lois décidées arbitrairement ; car l’ordre soviétique n’est pas le pouvoir des social-démocrates bolcheviks-communistes, qui se proclame actuellement pouvoir soviétique, mais est au contraire la forme supérieure du socialisme anti-autoritaire et anti-gouvernemental, qui s’exprime par l’édification d’une communauté libre, harmonieuse et indépendante de tout pouvoir ; de la vie sociale des travailleurs, où chaque travailleur en particulier et la communauté en général pourra construire de façon autonome une vie heureuse et prospère selon les principes de solidarité, d’amitié et d’égalité entre tous.

4. Quelle est la conception du régime soviétique des makhnovistes ?

Les travailleurs eux-mêmes doivent choisir librement leurs soviets ; soviets qui accompliraient la volonté et les décisions de ces mêmes travailleurs, soit des soviets exécutifs et non pas autoritaires.

La terre, les fabriques, les usines, les mines, les chemins de fer et autres biens du peuple doivent appartenir aux travailleurs qui y travaillent eux-mêmes, c’est-à-dire qu’ils doivent être socialisés.

5. Quels sont les moyens employés par les makhnovistes pour atteindre ces fins ?

La lutte révolutionnaire, intransigeante et conséquente contre tout mensonge, tout arbitraire et toute oppression, d’où qu’elle vienne ; c’est une lutte à mort, la lutte de la libre parole, de l’œuvre vraie, menée les armes à la main. Par la suppression de tous gouvernants, par la destruction de tous les fondements de leurs mensonges, que ce soit sur le plan politique, étatique ou bien économique. Et ce n’est que par la destruction de l’État et au moyen de la révolution sociale qu’il sera possible de réaliser un véritable régime soviétique des ouvriers et des paysans ainsi que d’arriver au socialisme.

Le 27 avril 1920.

La section d’instruction culturelle de l’Armée insurgée (makhnoviste).

VI - AUX CAMARADES DE L’ARMÉE ROUGE DU FRONT ET DE L’ARRIÈRE !

Le peuple ukrainien qui est opprimé par vos commandants et vos commissaires et parfois directement par vous, sous la direction de ces commandants et commissaires, proteste contre une telle oppression : vous étiez attendus comme des libérateurs des masses laborieuses du joug des meutes de bourreaux dénikiens ; mais après votre venue en Ukraine les gémissements, pleurs et cris des pauvres gens se firent entendre encore davantage. Partout il y a des exécutions, des incendies de maisons paysannes ou même de villages entiers, partout il y a pillage et violence.

Le peuple est exténué et ne peut plus supporter l’arbitraire ; il vous exhorte tout en vous avertissant : allez-vous vous arrêter devant ce cauchemar et allez-vous vous rendre compte qui vous fusillez, qui vous jetez dans les caves de la tchéka, avec qui vous remplissez les prisons, en obéissant à vos commandants et commissaires ? Ne sont-ce pas vos frères, vos pères, vos fils ? Evidemment !

Et vous leur faites subir tout cela, sans remarquer comment la bourgeoisie se tient à l’écart et se réjouit, et comment les officiers et généraux de l’ancien régime[3] utilisent leur liberté et leur aveuglement, sont douillettement installés dans des fauteuils et vous ordonnent d’opprimer les pauvres gens. Et vous, camarades, ne réfléchissant pas à cela, vous exécutez aveuglément ces ordres. Est-ce que vous ne vous apercevez pas qu’ils vous font persécuter des pauvres gens qu’ils baptisent contre-révolutionnaires parce qu’ils protestent contre la dictature de messieurs les Trotski et la meute des communistes qui l’entourent, dictature exercée au nom du pouvoir d’un parti qui étouffe la révolution ?

Est-il possible que vous ne voyiez pas que le moujik ukrainien ne supporte pas ce joug et malgré les pires répressions, qu’il redresse son dos voûté, qu’il détruit tous les obstacles et aspire à mener à terme l’œuvre d’émancipation ? Et il croit qu’il y a parmi vous, justement au sein de l’Armée Rouge, une majorité de ses frères, paysans eux-mêmes, qui sont comme lui opprimés et qui comprendront finalement sa protestation, et iront ensemble avec lui contre l’ennemi commun : aussi bien contre la meute des dénikiens à droite, que contre la commissarocratie, qui se pare du nom du peuple, à gauche.

Camarades, regardez vous-mêmes ce que font les tchékas et les détachements punitifs en Russie et particulièrement en Ukraine. Et qui les aide ? vous, les soldats rouges et seulement vous. Est-ce que votre cœur reste insensible aux plaintes et pleurs de vos frères, de vos pères, de vos mères et de vos enfants ? Est-ce que vous êtes dupés à ce point par les fantomatiques libertés politiques qu’on vous a promises, pour qu’elles vous empêchent de vous débarrasser du commissaire, le nouveau maître, afin de vous libérer ainsi que tout le peuple en étroite union avec les ouvriers et les paysans de tout joug et de toute oppression ? Est-ce possible que vous ne voyiez pas dans vos rangs ceux qui, avec vos vies et votre sang, se sont élevés au-dessus de vous et se sont emparés du pouvoir et du droit de tyranniser aussi honteusement le peuple ? Est-ce que votre cœur ne se serre pas lorsque vous allez dans les villages et les campagnes, sous la direction de ces oppresseurs, réprimer les travailleurs qui protestent contre l’arbitraire et l’oppression de vos dirigeants ? Nous croyons que vous prendrez conscience et comprendrez que votre honte est dans le silence. Que vous protesterez contre l’oppression et le joug exercé contre les pauvres gens. Que vous ne laisserez pas vos commandants et vos commissaires incendier les villages et fusiller les paysans qui s’insurgent pour leurs droits. Que les paysans organisent eux-mêmes leur vie comme ils l’entendent, et vous, continuez à exterminer la meute des dénikiens et avec elle le nouveau maître, le commissaire.

Ne quittez pas le front, continuez la lutte contre les galonnés d’or, et exterminez vos commissaires sur place. La paysannerie révolutionnaire et les ouvriers extermineront à leur tour à l’arrière les parasites suspendus à leur cou et qui les exploitent. La paysannerie révolutionnaire et les ouvriers ne vous oublieront pas, et le jour arrivera lorsque tous ensemble vous serrerez les rangs et alors gare à tous les parasites et à leurs complices.

Souvenez-vous, camarades, que le peuple a pris conscience du mensonge du gouvernement que vous soutenez. Le peuple s’insurge contre lui et aucune armée ne pourra contenir les masses conscientes insurgées qui luttent pour leur complète émancipation. Rejoignez-les, elles vous accueilleront comme leurs frères. Souvenez-vous que parmi les insurgés il y a vos frères paysans et ouvriers, et si vous les rencontrez ne prenez pas l’initiative d’un affrontement sanglant.

Que les commandants et les commissaires aillent eux-mêmes combattre les insurgés. Qu’ils se couvrent du sang des ouvriers et des paysans, toute la faute retombera sur eux et ils le paieront chèrement.

À bas la meute des galonnés d’or ! À bas ceux qui s’en inspirent, les commissaires autocrates ! À bas les lois artificielles et le pouvoir de l’homme sur l’homme !

Vive l’union de tous les travailleurs - soldats rouges et des paysans et ouvriers insurgés ! Mort à tous les galonnés d’or ! Mort aux commissaires et aux bourreaux !

Vive la révolution sociale ! Vive l’authentique régime libre des soviets !

Le 9 mai 1920.

L’état-major de l’Armée insurrectionnelle d’Ukraine (makhnoviste).

VII - À BAS LE COMBAT FRATRICIDE !

Frères soldats rouges ; Les suppôts de Nicolas vous tenaient dans l’obscurité et vous avaient menés à une guerre fratricide contre les Japonais, puis contre les Allemands et contre d’autres peuples nombreux, uniquement pour augmenter ses richesses, alors que vous n’aviez au front que la mort, et chez vous la ruine complète.

Mais le nuage et le brouillard qui vous empêchaient de rien voir se sont dissipés, le soleil a resplendi, la lumière est venue en vous et vous en avez terminé avec la guerre fratricide. Mais ce ne fut qu’une accalmie avant un nouvel orage.

Maintenant, on vous envoie de nouveau nous combattre, nous les « insurgés makhnovistes », au nom d’un soi-disant pouvoir « ouvrier-paysan », qui vous apporte de nouveau des chaînes et l’esclavage ! et les richesses et les joies vont à cette bande de bureaucrates-parasites qui sucent votre sang. Est-ce que vous n’auriez pas compris cela durant les trois années de guerre fratricide ?

Est-ce que vous allez encore verser votre sang pour la bourgeoisie nouvellement éclose et pour les commissaires créés par elle, et qui vous envoient, comme du bétail, au massacre !

Est-ce que vous n’avez pas encore compris que nous, « insurgés makhnovistes », nous combattons pour l’émancipation économique et politique complète des travailleurs, pour une vie libre sans ces commissaires et autres agents de la répression ?

Que l’aube vienne également dans votre camp et vous indique la voie qui mène à l’anéantissement de la guerre fratricide des masses laborieuses. Sur cette voie, vous nous rejoindrez et continuerez à combattre dans nos rangs pour un avenir meilleur, pour une vie libre. À chaque rencontre avec nous, afin d’éviter de faire couler le sang fraternel, envoyez-nous des délégués pour parlementer, mais si cela ne vous est pas possible et que les commissaires vous obligent quand même à nous combattre, jetez vos fusils et venez à notre rencontre fraternelle !

À bas la guerre fratricide entre les travailleurs !

Vive la paix et l’union fraternelle des travailleurs de tous pays et de toutes nations !

Mai 1920.

Les insurgés makhnovistes.

VIII - À TOUS LES TRAVAILLEURS DE LA CHARRUE ET DU MARTEAU !

Frères ! un nouveau danger mortel menace tous les travailleurs. Toutes les forces sombres des anciens serviteurs de Nicolas le sanglant se sont unies et avec l’aide des seigneurs polonais, des instructeurs français et du traître Pétlioura s’avancent sur l’Ukraine, pour restaurer chez nous l’autocratie, nous coller les gros propriétaires terriens, des capitalistes, des intendants de propriété, des gendarmes et autres bourreaux des paysans et ouvriers.

Camarades ! les commissaires et les dirigeants des bolcheviks-communistes ne sont de bons guerriers que lorsqu’ils combattent les pauvres gens. Leurs détachements punitifs et tchékas savent surtout tuer des ouvriers et paysans, mettre le feu aux villages et aux campagnes. Mais contre les vrais ennemis de la révolution, contre Dénikine et autres bandes, ils s’enfuient honteusement, comme de pitoyables lâches qu’ils sont.

Vous, camarades, vous n’avez pas encore oublié comment l’année dernière, les galonnés d’or sont presque entrés dans Moscou, et si cela n’avait été empêché par les insurgés, depuis longtemps sur la Russie révolutionnaire se déploierait le drapeau tricolore de l’Autocratie.

La situation est la même maintenant, camarades ! l’Armée Rouge, vendue à chaque pas par ses généraux et ses lâches commissaires, quitte en panique le front et livre aux seigneurs polonais région après région. Depuis longtemps sont déjà occupées par les Polonais les villes de Jitomir, Kiev, Jmerinka ; le front des gardes blancs se rapproche de Poltava et de Kherson. Et en Crimée, les dénikiens retranchés depuis quatre mois attendent le moment opportun pour occuper de nouveau nos régions natales.

Frères ! Est-ce que vous allez attendre tranquillement l’arrivée des blancs et en vous croisant les bras, est-ce que vous livrerez vos femmes et vos enfants aux excès des généraux et des seigneurs polonais ?

Non, cela ne doit pas être. Tous comme un seul homme, à vos armes et rejoignez les rangs des insurgés !

Ensemble avec nous, les insurgés makhnovistes, soulevez-vous contre tous les oppresseurs ! Organisez dans chaque village des détachements et mettez-vous en relations avec nous ! Nous chasserons ensemble les commissaires et les tchékas, et en commun avec les camarades soldats rouges nous construirons un front solide de combat contre Dénikine, Pétlioura et les seigneurs polonais.

Camarades ! Le temps n’est pas à l’attente, organisez sans tarder vos détachements. À l’œuvre !

Mort et ruine à tous les oppresseurs et seigneurs !

Engageons-nous dans la lutte dernière et définitive pour un vrai régime des soviets, où il n’y aura ni seigneurs ni serfs !

Aux armes, frères !

Mai 1920.

La section d’instruction culturelle des insurgés révolutionnaires d’Ukraine (makhnovistes).

IX - AUX JEUNES GENS !

Pourquoi, camarade, restes-tu à la maison ? Pourquoi n’es-tu pas dans nos rangs ? Ou bien attends-tu que vienne le commissaire avec un détachement punitif pour te mobiliser de force ? Ne t’illusionnes pas en pensant qu’on ne te trouvera pas, que tu pourras te cacher, t’enfuir. Le pouvoir bolchevik a déjà prouvé qu’il ne s’arrêtera devant rien : il arrêtera ta famille et tes parents, prendra des otages ; quand il le voudra, il fera bombarder tout le village par l’artillerie, et ainsi tôt ou tard, toi et ton camarade qui se promène encore en liberté, vous serez pris par le gouvernement comme soldats.

Et alors on vous enverra, l’arme à la main, tuer vos propres frères ouvriers et paysans, les insurgés makhnovistes révolutionnaires...

Ainsi nous, insurgés makhnovistes, ne restons pas à la maison, bien que chacun de nous aie une famille et des parents, et des êtres très chers que nous avons quittés à contre-cœur. Mais nous sommes des révolutionnaires. Nous ne pouvons regarder avec indifférence comment le peuple laborieux est de nouveau retombé dans la servitude, comment nous dirigent sans contrôle de nouveaux despotes, sous le masque de socialistes et de révolutionnaires, et sous l’étiquette du « pouvoir » ouvrier-paysan.

Trois années de révolution ont démontré clairement que tout pouvoir est contre-révolutionnaire, que ce soit le pouvoir de Nicolas le sanglant ou celui des bolcheviks-communistes. Nous, makhnovistes, avons levé l’étendard de l’insurrection pour une révolution sociale totale, contre tout pouvoir, contre tous oppresseurs, et nous luttons pour les soviets libres des travailleurs.

Avec nous, camarade ! que le filou et le lâche restent chez eux près d’une jupe quelconque, nous n’avons pas besoin de ceux qui se cachent derrière des jupes. Mais toi, honnête ouvrier ou paysan, ta place est parmi nous, parmi les révolutionnaires insurgés makhnovistes. Nous ne prenons personne de force. Mais souviens-toi que le pouvoir bolchevik par ses répressions féroces des makhnovistes nous oblige à une lutte impitoyable.

Ainsi donc, camarade, décide-toi ! Mobilisé par les commissaires, tu seras envoyé contre nous, et nous serons obligés de te traiter en adversaire et en ennemi de la révolution. Avec nous ou contre nous, choisis !

Juin 1920.

Les insurgés makhnovistes.

X - ADRESSE DES MAKHNOVISTES AUX COSAQUES TRAVAILLEURS DU DON ET DU KOUBAN

Camarades cosaques travailleurs ! Vous avez gémi deux ans sous le joug du général tsariste Dénikine. Pendant deux ans, vos ennemis jurés, les gros propriétaires terriens et les seigneurs, vous ont forcé à défendre des riches et des oppresseurs du peuple laborieux. Durant deux ans de suite, on vous a serré la vis, tandis qu’avec votre sang et votre sueur les riches se créaient des richesses, festoyaient et se livraient à la débauche. Durant deux années, au Kouban et sur le Don, le sang et les larmes des travailleurs ont coulé. Pendant deux ans, la révolution fut étouffée dans votre région, cosaques travailleurs.

Par vos efforts, camarades, le joug de Dénikine et de sa bande a été renversé, et de nouveau au Kouban et sur le Don la révolution a triomphé.

Cependant, camarades, à peine avez-vous eu le temps de vous remettre du cauchemar vécu sous Dénikine, que de nouveaux oppresseurs sont apparus dans vos régions.

Le parti des bolcheviks-communistes, s’étant emparé du pouvoir, a envoyé dans vos villages et dans vos stanitsas ses commissaires et ses tchékas, lesquels vous oppriment pas moins que les argousins tsaristes avant, cosaques travailleurs.

Comme sous Dénikine, les détachements punitifs du pouvoir bolchevik vous enlèvent votre blé, votre bétail et vous prennent vos fils, et si vous essayez de protester contre la violence qui s’accomplit devant vous, alors ils vous font fouetter, vous mettent en prison et vous fusillent même.

Alors pourquoi vous êtes-vous soulevés, camarades cosaques travailleurs, contre Dénikine, si c’est pour vous mettre maintenant un nouveau joug sous l’aspect des bolcheviks-communistes ? Est-ce pour cela que vous aviez versé votre sang, si c’était pour permettre maintenant aux commissaires et aux amateurs de pouvoir de vous diriger, de vous étouffer et de vous faire violence ?

Ecoutez, frères, ce que nous allons dire nous, paysans révolutionnaires makhnovistes. Nous aussi avons été opprimés après la révolution par toute une série de pouvoirs et de partis. D’abord ont essayé de régner sur nous les oppresseurs autrichiens et allemands en commun avec le hetman, ensuite l’aventurier Pétlioura, puis les bolcheviks-communistes, et de même le général Dénikine. Mais nous leur faisions passer très rapidement l’envie de continuer leur affaire et, comme vous en avez certainement entendu parler, déjà en été 1918, avec comme guide le paysan de Goulaï Polié, l’ami des travailleurs, l’anarchiste et le révolutionnaire Nestor Makhno, que le pouvoir tsariste avait enfermé plus de dix ans dans les prisons et le bagne à cause de son amour du peuple travailleur, nous nous sommes révoltés et avons chassé les bandes austro-allemandes, puis voilà que depuis près de deux ans nous continuons à lutter contre tous les oppresseurs des travailleurs. Nous menons maintenant une lutte impitoyable contre les agents et commissaires du pouvoir bolchevik, nous exécutons et chassons ces agresseurs de nos régions.

Les rangs de nos détachements d’insurgés révolutionnaires croissent de jour en jour. Tous les opprimés et les humiliés viennent dans nos rangs, et l’heure est proche lorsque dans notre région le peuple laborieux se soulèvera et chassera le pouvoir des charlatans politiques bolcheviks, comme il l’a déjà fait avec Dénikine.

Mais après avoir chassé les bolcheviks oppresseurs nous avons l’intention de ne plus confier le pouvoir sur nous à personne, car nous considérons, nous makhnovistes, que le peuple laborieux a déjà cessé d’être le troupeau de moutons que n’importe qui peut mener comme bon lui semble. Nous trouvons que les travailleurs sauront organiser un régime libre des soviets, de manière indépendante, sans parti, ni commissaires, ni généraux ; régime soviétique dans lequel ceux qui auront été choisis comme membres du soviet ne pourront pas, comme maintenant, nous commander et nous donner des ordres, mais seront au contraire les exécutants de ce que nous aurons décidé lors de nos assemblées et congrès de travailleurs.

Nous ferons tous nos efforts pour que toutes les richesses du pays, comme la terre, les mines, les fabriques, les usines, les chemins de fer et autres, appartiennent non à des particuliers ou à l’État, mais exclusivement à ceux qui y travaillent.

Nous ne rangerons pas nos armes, tant que nous n’aurons pas anéanti définitivement tout asservissement économique ou politique, et tant que ne régneront pas sur terre l’égalité et la fraternité authentiques.

Voilà, camarades, pour quoi nous combattons et ce pour quoi nous vous appelons, cosaques travailleurs du Don et du Kouban, à combattre.

Dans notre armée insurgée, il y a eu un bon nombre de cosaques du Don et du Kouban ; ils avaient formé deux régiments de cavalerie, lesquels ont lutté courageusement avec nous contre les dénikiens. Nous vous appelons de nouveau maintenant, cosaques travailleurs, à rejoindre nos rangs pour mener la lutte commune contre les oppresseurs et les bourreaux rouges Trotski et Lénine. Il y en a assez de se soumettre servilement et de supporter le joug du pouvoir qui se fait appeler ouvrier-paysan. Aux armes et dans les rangs des insurgés révolutionnaires, et alors nous ôterons vite l’envie à qui que ce soit de nous opprimer et de nous écraser !

Ne croyez pas, camarades, les calomnies qui nous qualifient de bandits, ou qui disent que nous ne sommes qu’une bande. Ce sont des mensonges propagés par les commissaires uniquement pour égarer les travailleurs paysans et ouvriers, ceux-ci savent bien que les makhnovistes sont d’honnêtes travailleurs qui, ne voulant pas être asservis, se sont insurgés pour se libérer une fois pour toutes de tout joug. Ne croyez pas les journaux des bolcheviks qui écrivent presque quotidiennement que le batko Makhno a été tué, et que nous, les makhnovistes, avons été écrasés. Ce ne sont que des mensonges. Batko Makhno est vivant et continue avec nous à défaire chaque jour les régiments et les détachements punitifs du pouvoir des commissaires et provoque une panique mortelle chez les oppresseurs rouges.

Soulevez-vous, cosaques travailleurs, contre le joug et l’oppression des commissaires ! Ne les laissez pas pénétrer dans vos villages et vos stanitsas ! Ne leur payez pas de redevances ! Ne leur donnez pas votre blé ! Ne les laissez pas prendre vos fils comme soldats. Organisez vos détachements d’insurgés. Exécutez les agresseurs. Unissez-vous avec nous. Nous vous donnerons toute l’aide possible.

Ça suffit de supporter servilement ! Mettons un terme aux brimades qu’on nous fait subir !

Vive l’insurrection pour un régime véritable des soviets d’ouvriers et de paysans ! Vive le Don et le Kouban libres !

Vive l’union fraternelle des travailleurs de tous pays et de toutes nations ! Vive la révolution sociale !

Juin 1920.

Le soviet des insurgés révolutionnaires d’Ukraine (makhnovistes).

XI - CAMARADES SOLDATS ROUGES !

Vos commandants et vos commissaires vous trompent en vous persuadant que nous, makhnovistes, tuons les soldats rouges faits prisonniers.

Camarades ! vos chefs inventent un immonde mensonge pour vous faire protéger servilement les intérêts des commissaires, afin que vous ne vous rendiez pas à nous, makhnovistes, et ne sachiez pas la vérité sur notre mouvement makhnoviste ouvrier et paysan.

Camarades, nous nous sommes soulevés contre le joug de tous oppresseurs. Cela fait trois ans que notre sang coule sur tous les fronts. Nous avons chassé les agresseurs austro-allemands, nous avons écrasé les bourreaux dénikiens, nous avons combattu contre Pétlioura, maintenant nous luttons contre la domination du pouvoir des commissaires, contre la dictature du parti bolchevik-communiste : elle a pris dans sa main de fer toute la vie du peuple laborieux ; sous son joug gémissent les paysans et ouvriers d’Ukraine. Nous exterminerons de la même façon impitoyable les seigneurs polonais qui viennent étouffer notre révolution et nous priver de ses conquêtes.

Nous combattons contre tout pouvoir et tout asservissement, de quelque côté que cela vienne.

Nos ennemis les plus jurés sont les gros propriétaires terriens et les capitalistes de tous pays, les généraux et officiers dénikiens, les seigneurs polonais et les commissaires bolcheviks. Nous les châtions tous impitoyablement, les exécutant comme ennemis de la révolution du peuple laborieux. Mais, vous camarades soldats rouges, nous vous considérons comme nos frères de sang, avec lesquels nous voudrions mener ensemble la lutte pour la véritable émancipation, pour un authentique régime soviétique, sans pression de partis ni d’un pouvoir quelconque.

Les soldats rouges que nous faisons prisonniers, nous les relâchons immédiatement dans la direction qu’ils désirent, ou bien nous les recevons dans nos rangs, s’ils en expriment le désir.

Nous avons déjà relâché des milliers de soldats rouges que nous avions fait prisonniers lors d’innombrables combats, et de nombreux soldats rouges fait prisonniers combattent, avec abnégation, maintenant, dans nos rangs.

Ainsi ne croyez pas, camarades soldats rouges, les fables de vos commissaires comme quoi les makhnovistes tuent les soldats rouges. C’est un mensonge ignoble.

Lorsqu’on vous envoie combattre les makhnovistes, ne couvrez pas, camarades soldats rouges, vos mains d’un sang fraternel. Lorsque commence le combat, tuez vous-mêmes vos commandants et sans utiliser vos armes contre nous, passez de notre côté. Nous vous recevrons comme nos propres frères, et nous créerons ensemble pour les ouvriers et les paysans une vie libre et juste, nous combattrons ensemble contre tous les agresseurs et oppresseurs du peuple laborieux.

Vive l’union fraternelle des insurgés révolutionnaires makhnovistes avec les paysans et ouvriers, soldats rouges !

Juin 1920.

Les insurgés makhnovistes.

XII - ARRÊTE-TOI ! LIS ! REFLECHIS !

Camarade soldat rouge ! tu es envoyé par ton commissaire et ton commandant pour persécuter les insurgés makhnovistes. Sur ordre de tes chefs, tu vas ruiner des populations pacifiques, perquisitionner, arrêter et tuer des gens que tu ne connais pas personnellement, mais qu’on t’indiquera comme ennemis du peuple. On te dira que les makhnovistes sont des bandits et des contre-révolutionnaires.

On te dira, on t’ordonnera, sans rien te demander, et on t’enverra comme un esclave soumis à tes chefs, rechercher et tuer. Qui ? Pourquoi ? Dans quel but ?

Réfléchis-y, camarade soldat rouge ! Réfléchis-y toi, paysan et ouvrier travailleur, enchaîné de force dans la servitude par un nouveau maître, qui porte le nom ronflant de « pouvoir » ouvrier et paysan.

Nous, insurgés révolutionnaires makhnovistes, sommes les mêmes paysans et ouvriers que nos frères soldats rouges. Nous nous sommes insurgés contre l’asservissement et les contraintes, nous luttons pour une vie radieuse et meilleure. Notre idéal direct est de parvenir à une communauté non autoritaire de travailleurs, sans parasites ni commissaires-fonctionnaires.

Notre but le plus proche est d’instaurer un régime soviétique libre, sans le pouvoir des bolcheviks, sans la prédominance de quelque parti que ce soit.

Le gouvernement des bolcheviks-communistes nous envoie à cause de cela des corps expéditionnaires punitifs. Il se hâte de se réconcilier avec Dénikine, avec les seigneurs polonais et autres crapules de gardes blancs, afin de mieux écraser le mouvement populaire des insurgés révolutionnaires, qui se sont insurgés contre le joug de tout pouvoir.

Nous n’avons pas peur des menaces des dirigeants blancs-rouges.

À la violence nous répondrons par la violence.

Lorsqu’il le faut, nous faisons fuir à toute allure n’importe quelle division de l’Armée Rouge, par une légère pression de nos poignes ; car nous sommes des insurgés révolutionnaires libres et la cause que nous défendons est une cause juste.

Camarade ! Réfléchis, avec qui es-tu et contre qui es-tu ? Ne sois pas un esclave, sois un homme !

Juin 1920.

Les insurgés makhnovistes.

XIII - APPEL !

Nous, soldats rouges du 522e régiment, nous sommes passés le 25 juin 1920, sans aucun coup de feu et avec tout notre équipement et nos armes, du côté des insurgés makhnovistes. Les communistes nous ont harcelés et ont attribué notre passage du côté des insurgés makhnovistes à un emportement et une tendance au banditisme. Tout cela n’est qu’un mensonge bas et lâche des commissaires qui nous utilisaient jusque-là comme chair à canon. Durant notre service de deux ans au sein de l’Armée Rouge, nous sommes arrivés à la conclusion que tout le régime social de nos vies repose seulement sur la domination des commissaires et qu’il nous amènera en fin de compte à un esclavage jamais vu jusqu’ici dans l’histoire.

Parce qu’ils mènent un combat impitoyable contre les riches et les seigneurs ; parce qu’ils prennent parti pour l’union libre et les soviets entre les ouvriers et les paysans, sans dictature d’un parti quelconque ; parce qu’ils luttent pour que les fabriques, les usines et la terre passent aux mains des ouvriers et des paysans ; parce que les makhnovistes combattent pour toutes ces fins, nous nous retrouvons nous aussi à leur côtés pour ces mêmes aspirations, nous soldats rouges d’hier et révolutionnaires libres d’aujourd’hui.

Camarades soldats rouges ! Suivez l’exemple de vos camarades !

Nous pensons que l’esprit de la lutte révolutionnaire pour l’autodétermination des travailleurs n’est pas encore éteint en vous. Nous espérons que les commissaires n’ont pas encore tué définitivement en vous la volonté de lutter contre tout pillage et toute oppression.

Écoutez-nous et ne faites pas couler inutilement le sang de vos frères ! Soyez fermes ! Soyez des héros et suivez notre exemple !

Notre accueil fraternel vous attend.

Les soldats rouges du 522e régiment, maintenant makhnovistes.

XIV - OUVRIERS, PAYSANS ET SOLDATS ROUGES !

Vous avez été les témoins directs de ce que la crapuleuse bourgeoisie, avec à sa tête Dénikine et compagnie, a voulu ramener les ouvriers et les paysans au servage pour tout un siècle et a tenté de réintroduire le régime féodal des gros propriétaires terriens. Mais ils ont été définitivement écrasés au moyen de l’esprit de révolte révolutionnaire qui se manifeste chez les makhnovistes.

Maintenant encore la bête montre sa gueule : soutenue par la bourgeoisie de l’Occident, dont elle apparaît être le dernier atout, elle jette ses hordes sur nous et veut nous soumettre à son pouvoir et nous imposer son joug. Nous ne pouvons avoir qu’une seule réaction : n’avoir aucune sorte de relation avec eux, car nous nous sommes donnés un seul but : combattre jusqu’à la dernière goutte de sang pour anéantir définitivement notre bourgeoisie ainsi que la bourgeoisie mondiale ou bien périr.

Écoutez ce que racontent sur nous les communistes-bolcheviks, les agents du gouvernement « ouvrier et paysan ». Ils nous accusent au moyen de mensonges lâches, dans leur propagande calomnieuse, de nous trouver aux côtés de Wrangel ; ce qui fait d’eux la risée des ouvriers et des paysans du monde entier. N’ont-ils pas honte ? Est-ce qu’ils ne représentent pas eux-mêmes avec leurs institutions autoritaires comme la Tchéka et le pouvoir des commissaires, lesquels forment, comme avant l’autocratie, une nouvelle noblesse, la nouvelle contre-révolution ?

Oui, nous devons constater le fait que les seuls responsables de l’épanouissement de la contre-révolution sont les bolcheviks eux-mêmes, les partisans de l’« État socialiste ». Ils nous mènent à un capitalisme d’État, à de nouveaux despotes intérieurs et font renaître le capitalisme privé, notre plus grand ennemi.

Nous, makhnovistes, ou bien nous tomberons dans la lutte, ou bien nous vaincrons et détruirons le nouveau capitalisme dans ses deux phases, et nous construirons une vie nouvelle sous un réel socialisme libre !

À bas les oppresseurs du peuple laborieux, qu’ils viennent de droite ou de gauche !

Vive l’Union internationale des villes et des villages !

Vive la révolution sociale !

Juillet 1920.

Le Comité d’information de l’armée insurrectionnelle d’Ukraine (makhnoviste).

[1] Les tracts II à XII ont été publiés en russe dans l’International Review of Social History, vol. XIII (1968), part 2, revue éditée par l’Institut d’Histoire Sociale d’Amsterdam, que nous remercions ici de nous avoir autorisé à en publier la traduction française. Les tracts XIII et XIV ont été publiés en russe dans la revue libertaire russe Volna, éditée aux États-Unis en 1920-1924. Le tract I est issu de la brochure en bulgare parue en 1921 ( ?) et contenant le projet de manifeste du mouvement makhnoviste.

[2] Pour de plus amples informations, on peut consulter les ouvrages suivants : P. ARCHINOV, Histoire du mouvement makhnoviste, Paris, 1924 et 1969 ; VOLINE, La Révolution inconnue, Paris, 1947 et 1970. N. MAKHNO, La Révolution russe en Ukraine, Paris, 1926 et 1971. Des renseignements complémentaires seront fournis dans deux ouvrages que nous préparons sur le sujet, l’un sur la personnalité et les écrits de N. Makhno et l’autre sur le mouvement makhnoviste et la guerre de partisans en Ukraine, 1918-1921.

[3] Le corps de commandement de l’Armée Rouge était presque exclusivement composé d’anciens officiers tsaristes, reconvertis par Trotski en « spécialistes bourgeois » dont il fallait utiliser les « compétences » militaires. N. du T.