Quel est le fondement de l'individualisme, et s'il est compatible avec une conception socialiste ? Je questionne ici les proches du mouvement anarchiste. Cela fait longtemps que je m'intéresse à ce mouvement, et constate toutes ses contradictions, je ne pourrais les exposer ici. Mais je tiens à fournir un raisonnement primaire, quoi que superficiel, à tout militant intéressé par la théorie individualiste. De nombreux penseurs se sont réclamés individualistes, de nombreux anarchistes se sont réclamés individualistes, et en ont donné une définition, mais la ne sera pas mon sujet ; car s'il est vrai que certains en ont donné une définition, je ne questionne pas cette dernière, mais l'idée même d'utiliser le terme "Individualisme", d'un point de vue sémentique. Car au final, les individualistes auraient très bien pu se tromper dans le choix de ce nom, lui attribuant une définition qui appartient déjà à d'autres luttes, c'est ce que je metterais en évidence. Bien que nous verrons dans la troisième partie de cet essai la proximité du mouvement individualiste avec l'individualisme sémentique que nous aurons analysé.

Partie 1
DE L'INDIVIDU ANTITHÈSE DU SOCIALISME


Que signifie le terme d'individualisme ? S'il est entendu en tant que doctrine politique, alors il signifie la sacralisation de l'individu dans la lutte ; je m'explique : Que signifie le Féminisme ? C'est une lutte qui place au centre de sa pensée la femme. Que signifie l'Écologisme ? C'est une lutte qui place au centre de sa pensée l'environnement. Que signifie le Collectivisme ? C'est une lutte qui place au centre de sa pensée la mise en commun. Que signifie alors l'Individualisme ? Il s'agit d'une lutte qui place au centre de sa pensée : l'individu, rien d'autre.
Le socialisme, par la même formule, tire les mêmes définitions : le socialisme est la lutte qui mets au centre de sa pensée le social. Comme le pacifisme mets au centre de sa lutte la non-violence, comme le libéralisme mets au centre de sa lutte la liberté economique, comme le marxisme mets au centre de sa lutte la lecture de Marx, le socialisme mets au centre le social, l'environnement social, le commun, le bien-être publique.
Ces termes d'individualisme et de socialisme s'opposent en réalité, car les deux sont des antithèses, au même titre que collectivisme et libéralisme s'opposent. Le collectif voit l'organisme social, le libéralisme voit l'individu ; il en est de même pour la dualité individualisme-socialisme.
On pourrait être tenté d'affirmer que le socialisme et l'individualisme soient les faces d'une même pièce, un coté communautaire, l'autre pronant la liberté de l'individu, mais cette façon de voir les choses est sémantiquement fausse. Être marxiste, c'est se déclarer partisan de Marx ; être féministe, c'est se déclarer partisan de la femme ; être individualiste, c'est se déclarer partisan de l'individu, et cet acte n'est pas innocent. Car prendre parti explicitement "pour l'individu" c'est le placer au dessus de la collectivité, du contrat social, du reste, de tout corps politique, de tout groupement social. En d'autres termes, faire passer les intérêts individuels avant les intérêts collectifs, faire empiéter l'individualité sur la communauté en la considérant plus importante. Vouloir la liberté avant l'égalité, ou le bien publique, n'est-ce pas une conception bornée et égocentrique de voir le monde ? Quiconque veut le bien publique veut le bien des autres, il voit le monde social, qui engage la liberté civile des contractants. hors quiconque revendique avant tout la liberté, revendique en fait la "posssibilité de suivre sa volontée" entendu au sens du particulier. Le socialisme, ou le communisme, place les intérêts du social, du commun, avant l'individuel ; le considérant plus important. Si cette distinction n'existait pas, il n'y aurait pas lieu d'avoir deux mots. Pour fournir un exemple, une pensée communiste sera de dire que tous ont le droit de s'exprimer, dans la mesure qu'ils n'appellent à la haine contre personne (l'intérêt collectif passe devant l'intérêt individuel), une pensée individualiste sera de dire que l'individu a un droit fondamental de dire tout ce qu'il veut, même si cela déplaît ou nuit aux autres (l'intérêt individuel passe devant l'intérêt collectif).
En réalité, une doctrine politique ne fait pas que placer une thématique centrale dans sa lutte, elle combat aussi son opposé, et ce qui empêche son épanouissement : le féminisme combat le masculinisme, le féminisme prônant la libération de la femme par rapport à l'homme, le masculinisme prônant la domination de l'homme sur la femme. Le communisme combat le capitalisme, le communisme prônant la propriété publique, le capitalisme prônant la propriété privée. Le socialisme combat l'individualisme, le socialisme prônant le corps social avant tout, l'individualisme prônant l'individu avant tout.
Cette définition peut-être utilisée en toute situation, et vous constaterez qu'elle demeure toujours juste : une décision est socialiste si elle fait passer les intérêts du corps social avant ceux des individus, une décision est individualiste si elle fait passer les intérêts de l'individu avant ceux du corps social. Cette définition ne peut être contesté, sous peine de révéler être malhonnête, ou d'utiliser une réthorique d'argument irréfutable : être individualiste c'est être partisan de l'individu, être communiste c'est être partisan du commun, ce constat engendre la définition donnée.
Par ce fait, nous pouvons analyser plusieurs concepts de société pour voir s'ils sont communistes/socialistes ou individualistes :


1. La liberté d'expression est socialiste/communiste, car elle est restreinte par l'intérêt publique.
2. La liberté de voter est socialiste/communiste, car elle est restreinte par l'intérêt publique.
3. La liberté de circuler est socialiste/communiste, car elle est restreinte par l'intérêt publique.
4. La liberté de s'habiller comme l'on veut est socialiste/communiste, car elle est restreinte par l'intérêt publique.
5. La liberté de participation à la démocratie est socialiste/communiste, car elle est restreinte par l'intérêt publique.


À l'inverse


1. La liberté de propriété est individualiste, puisquelle est restreinte par la volonté de l'individu (la loi n'existe pas pour restreindre la propriété mais pour assurer qu'un propriétaire ne porte pas atteinte à la propriété d'un autre).
2. La liberté de tuer est individualiste, puisqu'elle est restreinte par la volontée de l'individu, et l'autodéfense des victimes.
3. La liberté de voler est individualiste, puisqu'elle est restreinte par la volontée de l'individu, et l'autodéfense des victimes.
4. La liberté de violer est individualiste, puisqu'elle est restreinte par la volontée de l'individu, et l'autodéfense des victimes.
5. La liberté d'employer des salariés est individualiste, puisqu'elle profite à l'un en substituant quelquechose à l'autre.


Le viol, le vol, et le meurtre, s'ils sont interdits par la lois, la loi devient socialiste/communiste. Car l'interdiction du meurtre, du vol, et du viol, se fait pour les intérêts de tous, au détriment des intérêts individuels.


On constate aisément que toute liberté individualiste, c'est à dire qui est limité par la volontée de l'individu seule, non de la volonté générale, fait potentiellement plus ou moins de mal aux autres. Pour cause toute activité qui ne fait pas de mal aux autres est encadré par la loi, issue de la volontée générale.


S'il demeure des personnes n'étant pas convaincus par cette analyse sémantique du terme, et persistant dans l'idée que l'individualisme signifie la liberté individuelle, je ne peut que leur dire que cette dite liberté est déjà assuré par le socialisme et le communisme, car l'idée que l'intérêt collectif prime ne signifie pas que tous se font esclaves des autres, mais que la limitation des libertés de chacun se fait par les libertés des autres. Il est notable aussi que d'affirmer l'idée de "l'intérêt collectif", reviens justement à affirmer les intérêts de "tous", entendus dans leur qualité individuelle. Mais comme leur liberté est mutuellement restreinte par tous, elle est socialiste/communiste. Assurer l'égalité ou combattre pour le socialisme (libertaire) reviens à combatre pour l'autogestion, la démocratie directe, la maîtrise du citoyen, là où assurer l'individualité c'est marquer symboliquement une rupture avec le monde social.

Partie 2
L'INDIVIDUALISME ANARCHISTE COMPARÉ À CETTE IDÉE


Depuis toujours, tous les courants de gauche, qu'ils se nomment, communistes, anarchistes, républicains, Jacobins, ont pris en compte cette conception du citoyen comme libre ; comment est née l'anarcho-individualisme ? Il existait déjà un anarcho-communisme et un anarcho-syndicalisme qui pronait l'autogestion et la liberté individuelle ; si certains ont crée l'individualisme par la suite, c'était historiquement une volontée de rupture ; qui proposait alors une conception axée sur l'individu, non la société, le terme d'individualisme dans le milieu social est apparu après les termes de "collectiviste", "syndicaliste", "communiste" et ce, justement pour marquer une rupture avec l'environnement social.
Les individualistes ont une morale indépendantiste de l'individu, sacralisé par la phrase "ni dieu ni maitre", certains en viennent souvent à refuser les concepts de lois, d'institutions, d'assemblées (même citoyenne), les considérant comme autoritaires ; la plupart des individualistes exècrent le municipalisme libertaire ou le conseillisme marxiste, cela démontre cette idée. Hors, penser l'absence de lois, d'institutions, d'assemblée, c'est penser la "libre-association des individus". Les individualistes pensent que les hommes devraient se grouper par affinité, selon leur envie, et leur acquiescement, et que tous pouvaient rompre l'association ; cette conception n'entre-t-elle pas en corrélation avec la définition que j'ai fournis ? Il en est d'autres qui pensent que l'individu ne doit faire que ce qui va dans sa cause, même si ses intentions étais nobles, cette conception entre dans ma définition. D'autres, prétendent que les individus, hors du joug des lois, devraient êtres autonomes, posséder leur maison et leur terre, qu'ils utilisent pour eux. Et même si certains se disent collectivistes, ils revendique aussi l'idée que des individus puissent refuser la collectivisation, et revendiquer leur parcelle de terre ; ces idées entrent aussi dans ma définition. De Max Stirner à Albert Libertad, toute philosophie individualiste-anarchiste entre dans ma définition, ainsi, elle se fait ennemie du corps social, comme démontré plus haut.
La synthèse anarchiste, qui a beaucoup insisté sur l'idée que l'individualisme et le communisme se complètent fait démonstration de son absurdité. J'identifie deux écoles au sein de l'individualisme, l'une, comprenant l'individualisme comme l'intérêt de l'individu, conception que nous avons démontré comme antisociale ; l'autre, affirmant que l'individualisme ne fait que signifier la liberté individuelle dans le respect de tous, conception que nous avons démontré fausse par le fait que les socialistes de tout temps on affirmé cette liberté et qu'il est par conséquent absurde que le terme ait émergé pour ce rôle, mais surtout que le terme d'individualisme, dans une conception sémantique, n'y correspond pas. Ces deux écoles, présentes au nom de synthésisme, se trompent. Les synthésistes qui affirment l'idée que l'individualisme soit la liberté individuelle se trompent du point de vue sémantique en appelant un chat un "chien". Les synthésistes qui affirment que l'individualisme est l'intérêt de l'individu, et qu'il se confond parfaitement avec le communisme se trompent aussi d'un point de vue matériel. Le communisme étant la relation qui mets en commun les moyens de productions, elle demeure incompatible avec la notion individualiste selon laquelle tout homme peut refuser la collectivisation ; car ainsi il se saisit d'une terre, et personne ne peut lui reprendre, il s'est rendu propriétaire. En d'autres termes si les synthésistes mettent en communs leurs terres, ce n'est pas parcequ'ils sont communistes, mais uniquement des individualistes s'associant temporairement en mettant en commun des terres qui deumeurent privées. La notion d'abolition de la propriété signifie qu'elle demeure à tous, donc que personne ne peut l'approprier, donc que le séparatisme individualiste est incompatible avec le communisme.

Partie 3
CONCLUSION


Pour conclure, le terme d'individualisme est une antithèse du socialisme, il représente son opposé, et la chose qu'il combat. L'individualisme n'étant rien d'autre que la continuité libérale et égoïste des petits-bourgeois. Si d'autres affirment que l'individualisme est le fait de penser aux individus, ainsi qu'il n'entre pas en contradiction avec le socialisme, ils se trompent pour deux raisons : d'abord, le terme a émergé après celui du socialisme, alors que ce dernier assurait déjà la liberté individuelle, démontrant que les individualistes veulent aller plus loin, en faisant rupture avec les sociaux. Ensuite, il est sémentiquement absurde de le considérer ainsi, et je défends quiconque de manipuler les mots et leurs définitions pour servir ses intérêts. Le féminisme combat le masculinisme, il assure néanmoins l'égalité avec l'homme ; l'écologisme combat le productivisme, il assure néanmoins la technologie ; le pacifisme renie la violence, il n'en prêche pas cependant la servitude ; le socialisme combat l'individualisme, il assure tout de même la liberté individuelle. Affirmer que le socialisme/communisme sans individualisme ne défend pas la liberté individuelle, reviens à affirmer que le féminisme sans masculinisme n'assure pas l'égalité avec l'homme, que l'écologisme sans productivisme est forcément primitiviste, et que le pacifisme sans violence ne fait qu'assurer la servitude.


GSSMK.1784, Jacob Bienenfeld, 2020