L’individu est un être complexe, indéfinissable. Or, seul l’individu possède quelque chose qui puisse être appelé sans trop de mensonge l’existence. Donc, comme le savaient déjà les philosophes cyniques, rien de réel, rien de concret n’est définissable.

Les nécessités de la pensée, de la parole, de la science, de l’action nous ploient à faire comme s’il y avait du définissable. Consentons en souriant à l’inévitable.

Mais n’oublions jamais longtemps que nulle parole ne saurait nous dire le fond d’un être, même mon propre fond et que nulle pensée, quelque bonne volonté et quelque sympathie qui l’animent, ne pénétrera le fond d’un autre. Nos plus belles, nos plus fortes, nos plus pénétrantes vérités se glorifient, modestement, d’êtres des mensonges moindres.

Plus je m’efforce de saisir le concret, plus mes formules deviennent complexes et hésitantes, plus je m’irrite de ne les pouvoir faire assez souples et mouvantes. Quand je prononce des mots absolus, je sais que je parle dans l’abstrait et que je parle du vide.