Le faircoop, le faircoin et autres fair…

J’aime me promener dans les dédales d’internet. Plutôt que de rouler à grande vitesse sur les autoroutes de l’information, je prends plaisir à m’aventurer dans les sentiers et les petits chemins. Ils ne sont pas toujours faciles à trouver mais une fois qu’on s’y perd, on découvre une faune et une flore captivantes. Ainsi, il y a quelques semaines, j’ai abouti dans ce sentier abritant le Faircoop.

Ce site, aux allures modernes et colorées m’a interpellé parce que j’y suis arrivée à partir du site P2P foundation[1]. La P2P foundation, je ne la connaissais pas non plus au départ. Je l’avais également rencontrée lors de mes promenades informationnelles sur le net. Je m’y étais attardée parce qu’elle parlait d’information et de savoir, les deux grands thèmes qui me prennent à cœur, en effet, j’ai une formation de bibliothécaire, de gestionnaire de l’information et de gestionnaire des connaissances. Ce qui m’a plu au niveau de la P2P, c’est le concept des commons, que l’on peut traduire en « communes » et la notion de partage des connaissances et des technologies.

Donc, en consultant le site P2P, j’ai continué ma randonnée et j’ai abouti sur leur wiki. Le wiki faisait référence à un site web intitulé The Commons Transition project[2]. Ah, l’internet, toujours à nous mener sur des chemins dont on ne connaissait même pas l’existence ! Me voilà maintenant, dans ce fameux site, à la page d’accueil bien alléchante pour mes petites neurones. Il y fait mention de « Policies proposals and ideas to implement a Social Knowledge Economy » (politiques de propositions et d’idées pour l’implémentation d’une économie sociale du savoir). Sans me faire prier, j’y rentre. J’y découvre pas mal d’informations et j’aboutis sur deux projets : le Ecuador’s Flok society plan et le Catalan Integral Cooperative (CIC)[3]. Pour ceux qui ne connaissent pas le CIC, il s’agit d’un projet de création d’une grande coopérative catalane. « La Coopérative intégrale catalane se base sur des noyaux d’autogestion locaux, qui regroupent plusieurs projets autonomes. Ces derniers peuvent être actifs dans le secteur productif (agricoles, industrielles, postindustrielles) ou non productif (d’éducation libre ou de santé par exemple). Ils sont la base de la coopérative. La Coopérative intégrale elle-même n’a pas de cadre juridique. Elle constitue un socle de référence et de coordination, où se créent des outils collectifs (juridiques, informatiques, financiers...) qui serviront à tous les processus locaux »[4]. Or voilà, c’est de la CIC qu’a débouché le Faircoop[5].

Le Faircoop se définit ainsi : « écosystème coopératif global pour une économie équitable ». Leur mission « consiste à créer un nouveau système économique global post capitaliste et frayer un chemin vers un changement collectif pour une vie meilleure en commun. Coopération, éthique, solidarité et transparence sont les valeurs clés pour une vrai justice. Le développement et l'utilisation d'un ensemble d'outils digitaux interconnectés au niveau global et d'un réseau de points régionaux sont les éléments essentiels à notre réussite. Nous utilisons notre énergie d'une manière constructive et collaborative afin de créer une réelle alternative en passant de la théorie à la pratique ».[6] Leur vision est traduite de la façon suivante : « Nous imaginons un réseau global de communautés auto organisées, indépendantes des forces centralisées et bien souvent abusives. Nos principes généraux et notre structure sont définis collectivement au niveau global et dans le même temps, sont implémentés au niveau local avec l'adaptation des spécificités régionales. De cette manière, les gens peuvent reprendre le contrôle de leur vie en ayant le choix entre plusieurs modèles de sociétés basées sur une structure décentralisée. Notre travail collaboratif créé un écosystème indépendant qui tend à réduire les inégalités sociales. Partant de ce système, on devrait pouvoir ouvrir la porte à un changement global impactant tous les aspect de nos vies comme l'éducation, la sécurité sociale, l'énergie ou encore les transports. Nous allons redécouvrir des relations sans exploitation avec nos semblables et avec la nature ».[7] Leurs principes sont, quant-à-eux, à l’ordre de trois : « Les actions de la communauté FairCoop sont basées sur trois branches majeures de principes existants: Révolution intégrale - Collaboration P2P - Ethique Hackers ».[8]

En théorie, tous ces concepts me parlent assez bien. En lisant ce que j’ai lu sur leur site, j’en déduis que le Faircoop veut créer une alternative économique globale en respectant les principes fondamentaux de l’anarchisme. Je me permets ici de citer l’article d’Olivier Granet, L’organisation de l’économie dans une société anarchiste[9] : « En réalité, il n’y a de meilleur réalisme que celui des révolutionnaires qui, en critiquant la société actuelle, avancent une idée précise de celle qui doit la remplacer. Kropotkine écrivait dans « La science moderne et l’anarchie » « Aucune lutte ne peut avoir de succès, si elle reste inconsciente, si elle ne se rend pas un compte concret, réel, de son but. Aucune destruction de ce qui existe n’est possible, sans que, déjà pendant la période de destruction et des luttes menant à la destruction, on ne se représente mentalement ce qui va prendre la place de ce qu’on veut détruire. On ne peut pas faire une critique théorique de ce qui existe, sans se dessiner déjà dans l’esprit une image plus ou moins nette de ce que l’on voulait voir en lieu et place de ce qui existe. Consciemment ou inconsciemment, l’idéal - la conception du mieux-être - se dessine toujours dans l’esprit de quiconque fait la critique des Institutions existantes » Révolution sociale et libertaire indispensable L’organisation de l’économie à orientation et finalité libertaire, ainsi que son développement, nécessitent un changement radical du système capitaliste et du système communiste étatique imprégné des principes marxistes-léninistes. Ce changement implique nécessairement : - abolir et dépasser ces deux systèmes ; - jeter les bases fondamentales de la nouvelle économie et de la société anarchiste ou du vrai socialisme en marche vers celle-ci ».

Pour arriver à bonne fin, le Faircoop met à disposition différents outils : le faircoin (« monnaie numérique basée sur un réseau peer-to-peer décentralisé protégé par un cryptage fort. C'est un outil puissant pour changer le monde par l'indépendance des banques centrales, des institutions financières et des gouvernements. C'est donc un outil clé dans le nouveau système économique. Comparé à d'autres cryptocurrences, comme Bitcoin, sa valeur est stable et fréquemment ajustée de la communauté par consensus »)[10] ainsi que d’autres outils financiers associés comme le fairpay, le fairfund et le fairsaving. Il y a également d’autres outils comme la open collaborative plateform (« outil organisationnel clé que nous offrons aux individus, aux collectifs et aux coordinateurs de projet au sein de Freedom Coop, de la Banque des Communes et de nombreux autres projets de coopération dans le futur. Il peut également être utilisé, par exemple, pour gérer des projets collectifs ouverts et leur travail d'équipe en créant des groupes de travail, prendre en compte le temps passé par chaque membre comme base de distribution des revenus ou gérer un portefeuille en ligne FairCoin pour accepter et effectuer des paiements »)[11], la freedomcoop (« société coopérative européenne (SCE) qui offre une boîte à outils pour l'autogestion, le travail indépendant, l'autonomie économique et la désobéissance financière. Les membres indépendants peuvent, par exemple, remettre leurs factures à FreedomCoop et recevoir leur argent dans leur compte virtuel individuel. Les identifiants personnels ou autres documents ne sont pas requis. Tous les frais d'adhésion sont payables dans FairCoin. Les profits de FreedomCoop sont redistribués aux nœuds locaux et donc cruciaux pour financer et dynamiser leur création. »)[12], le fairmarket (« marché en ligne de FairCoop, où tous les participants peuvent offrir leurs produits et services à la communauté. Il interconnecte des individus qui sont en accord avec les marchés alternatifs, les monnaies sociales, le commerce équitable et les principes généraux de FairCoop. Tous les produits et services sont payés dans FairCoin. Cela augmente la facilité d'utilisation / circulation de la monnaie et aide à construire des alternatives pour une économie plus équitable »)[13] et la bank of the commons (« La Banque Commune (BotC) est une initiative coopérative ouverte dont l'objectif est de transformer la banque, les paiements et les devises afin de soutenir l'économie utilisée dans les mouvements coopératifs et sociaux au niveau mondial et local. BotC a adopté FairCoin en tant que monnaie sociale mondiale stratégique et sa technologie blockchain dans le cadre du développement et de l'adoption de structures financières décentralisées pour les communes. BotC est indirectement lié à la boîte à outils de FairCoop afin d'élargir le plus possible le champ potentiel des utilisateurs »)[14]. En plus du site web, Faircoop met à disposition des usagers un blog et un forum. Si l’on souhaite participer activement au projet, on peut s’inscrire directement sur le site mais tous les échanges se font par le logiciel de messagerie Telegram[15].

Je dois dire que même si le concept théorique m’a l’air bien ficelé et que les principes de base correspondent, d’après moi, tout-à-fait aux principes que je me fais de l’anarchie, des doutes subsistent quant à la faisabilité pratique. L’accumulation d’outils informatiques rendent le projet un peu opaque même s’il est tout-à-fait transparent une fois qu’on s’est inscrit. Tant le wiki que le forum sont en ébullition et il est parfois difficile de prendre cours aux différentes discussions sans avoir le background adéquat. Mais qu’à cela ne tienne, après mon entrevue avec Enric, un des fondateurs de Faircoop, je retiens que Faircoop est un outil qui doit servir la révolution. Comme il le dit si bien, il faut avoir une économie forte, une économie de remplacement au lendemain de la révolution. J'ai également compris après cette entrevue que Faircoop est avant tout un support de communication, avec une monnaie propre cela-dit mais ce réseau sert d’abord des initiatives locales déjà existantes en leur fournissant des outils économiques comme une monnaie propre, un marché virtuel pour vendre ses produits, un fonds d’entre-aide financière mais il peut également agir en tant que réseau d’échanges sans qu’on utilise le faircoin comme monnaie d’échange. Si j’ai bien compris, Faircoop devrait pouvoir couvrir également des initiatives de logements, d’éducation, de santé, etc. Eric m’a fait remarqué que ce projet est évidement un projet de longue haleine. Il ne s’agit pas ici de faire du court terme mais bien de réinventer l’économie globale en respectant les grands principes de l’autogestion, l’entre-aide mutuelle, l’écologie, etc.[16] Créer une économie globale alternative n’empêche bien sûr pas de continuer les luttes politique et sociales actuelles.


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Flo, le 20/12/2017



[1] p2pfoundation.net

[2] wiki.commonstransition.org

[3] cooperativa.cat

[4] www.bastamag.net

[5] fair.coop

[6] fair.coop

[7] fair.coop

[8] fair.coop

[9] serpent-libertaire.over-blog.com

[10] fair.coop

[11] fair.coop

[12] fair.coop

[13] fair.coop

[14] fair.coop

[15] telegram.org

[16] blog.fair.coop