Les manifestations de Gênes de juillet 2001 semblent marquer une espèce d’apogée dans la série des contre-sommets "anti-mondialisation". Avant, la référence, c’était Seattle (fin novembre 1999). Mais à Gênes, il y a eu encore plus de monde dans les rues, encore plus de dégâts matériels dans la ville, encore plus d’affrontements entre policiers et manifestant-e-s, encore plus de blessé-e-s, encore plus de répression, un manifestant tué par balles...

Les médias institutionnels, "publics" ou "privés", comme les médias "de gauche" (y compris Charlie hebdo ou Le Monde Diplomatique), ont déversé des tonnes et des tonnes de mensonges et d’absurdités relatives à ce qui s’est passé à Gênes. C’est une habitude pour les uns comme pour les autres, lorsqu’ils sont "dépassés par les événements". Bien sûr, les émeutier-e-s, en particulier celles et ceux regroupé-e-s au sein des black blocs, en ont fait les frais. Sur les black blocs, il s’est dit et écrit un peu tout et n’importe quoi. Mais jamais, ou quasiment jamais, la parole des personnes investies dans ces black blocs n’a été prise en compte. Laisser s’exprimer les ennemi-e-s du système en place ? Pourquoi ne pas leur donner les armes en main (les médias, entre autres) pour les aider à révolutionner le monde ? Et puis quoi encore ?

Parce que les propos tenus au sujet des black blocs se résument pour la plupart à des rumeurs et des bruits de couloir, parce que nous n’avons pratiquement pas pu lire ou entendre ce que des individu-e-s directement investi-e-s dans ces groupes avaient à dire, j’ai choisi de proposer leurs textes dans cette brochure. Car en cherchant bien, plusieurs d’entre elles/eux avaient beaucoup à dire, à revendiquer et à assumer. L’anonymat qu’elles/ils s’imposent ne signifie pas qu’elles/ils n’aient rien à dire.

Le premier texte permet de se replonger dans le contexte génois du sommet du G8. Une situation de guerre, d’état de siège.

Je n’ai trouvé que deux textes collectifs issus des black blocs actifs à Gênes. Ces textes ne sont pas représentatifs de la totalité des individu-e-s qui s’y sont investi-e-s, mais permettent tout de même d’avoir plus qu’un aperçu des idées qui s’y développent, de la façon de voir les choses d’une partie des membres des black blocs.

Si l’un des deux textes collectifs des black blocs aborde explicitement la question de l’implication des femmes dans les black blocs, l’invisibilisation générale de la participation des femmes aux émeutes reste une habitude. Il me semble donc d’autant plus important de présenter le texte de Mary Black, une habituée des black blocs en Amérique du Nord.

Le texte "Gênes : lutte de classe ou marché du militantisme ?" se veut clairement critique vis-à-vis du mouvement "anti-mondialisation" dans son ensemble et (re)pose entre autres la question de l’utilité, du rôle et de la pertinence politique des contre-sommets.

Enfin, bien d’autres textes ont été écrits suite à Gênes, notamment des récits de l’intérieur des manifs et des émeutes parfois très instructifs. Pour des questions de place (et aussi parce que la plupart de ces textes ont déjà été publiés), ces textes sont répertoriés en fin de brochure dans une bibliographie sélective. Un glossaire est également proposé en fin de brochure pour une partie du vocabulaire politique ou inhabituel employé et tous les mots à initiales...

Si les textes publiés dans cette brochure posent des questions, ils apportent aussi des réponses, ou au moins des éléments de réponses, parfois contradictoires, souvent complémentaires. Ils nous permettent notamment de "détabouiser" la question de la violence, de la sortir des éternels lieux communs dont on nous a une fois de plus abreuvé-e-s. Gardons toujours en tête que malgré leurs discours "démocratiques" et moralistes, ceux qui ont le pouvoir ne sont jamais opposés à la violence. S’ils le sont, c’est qu’elle est utilisée par d’autres qu’eux, contre eux. Leur principale préoccupation est de conserver le monopole de la violence, pas de l’éradiquer. Il n’y a jamais eu autant d’armes dans le monde que de nos jours. Bien sur, ces armes ne sont majoritairement pas dans n’importe quelles mains. Aux mains de l’Etat, la force s’appelle droit ; aux mains de l’individu-e, elle se nomme crime.

Ces textes nous permettent aussi d’éviter la spectacularisation de l’émeute, de constater comme le vécu de l’émeute peut être loin de sa représentation. Lire les mots de celles et ceux qui ont pris part directement aux actes des black blocs, c’est le meilleur moyen de sortir des mystifications qui les entourent.

Ceci dit, je tiens à préciser qu’il ne s’agit pas ici de "justifier" les émeutes de Gênes. La parole est donnée ici à des participant-e-s aux black blocs parce qu’elles/ils démentent formellement ou implicitement ce qui s’est dit à leur sujet. En ces temps d’inertie et de soumission, la révolte porte en elle une valeur sociale très importante, parlante et enthousiasmante... L’émeute matérialise l’envie ou le désir d’en finir avec des conditions de vie aliénantes, elle rend visible (y compris à qui refuse de le voir) le fait que l’ordre établi et ses forces directement palpables (la police et l’armée) sont des obstacles à l’émancipation sociale. Une révolution ne se fait pas toute seule (et même nombreuses, des émeutes ne peuvent pas suffire, elles doivent être accompagnées de questionnements permanents sur notre quotidien) : réfléchissons, agissons.

Bonne lecture,

Zanzara athée, novembre 2001

NB

La féminisation ou non des textes de cette brochure est déterminée par les auteur-e-s, ou par les traductrices/eurs (pour les textes traduits de l’anglais). Le glossaire donne des définitions très basiques et sans parti pris (si tant est que ce soit possible), faites fonctionner votre esprit critique, comme toujours...

Blindés, frontières fermées, armée dans les rues... Voilà la Démocratie !

Gares fermées, trafic maritime détourné vers les villes voisines, aéroport militarisé, circulation autoroutière en accordéon, SDF et immigrés chassés du centre-ville, policiers et soldats à chaque coin de rue...

Non ce n’est pas l’incipit d’un roman de guerre, ce n’est pas la première scène d’un de ces films catastrophes en vogue il y a quelques années et ce ne sont pas non plus les mots d’un ancien qui évoque les difficiles années 40. Nous sommes dans la Ligurie des vacances à la plage, à un pas des parasols.

Nous sommes à Gênes et nous sommes en juillet 2001. Nous sommes en pleine démocratie !

Des policiers et des soldats surveillent les rues, effectuent des contrôles minutieux, des perquisitions dans les maisons et les voitures, imposent des feuilles de route aux indésirables, tandis que les tireurs d’élite prennent position sur les toits et que les Renseignements font le tour des hôtels.

Non, nous ne sommes pas dans un policier à l’américaine, même si c’est pour l’arrivée de 8 gangsters internationaux qu’ont été prises ces mesures « ordinaires » de sécurité.

Nous sommes en Italie et nous sommes en juillet 2001.

Nous sommes en pleine démocratie !

Frontières bloquées, personnes refoulées, prisons vidées et magistrats prêts pour les extras. Non il n’y a pas eu de coup d’Etat militaire, nous ne sommes pas dans un régime totalitaire ou dans un film dystopique sur un avenir de cauchemar.

Nous sommes en Europe et nous sommes en juillet 2001.

Nous sommes en pleine démocratie !

Certains prétendent démocratiser la globalisation, démocratiser les FMI, BM, OMC, G8, mais ne s’aperçoivent-ils pas que ceux-ci sont pleinement démocratiques ? Ce que nous voyons à l’œuvre à Gênes est la démocratie réelle, pas la démocratie en toc revendiquée par les bonnes âmes de la gauche pleine de bons sentiments. La démocratie, système raffiné de reproduction des élites, qualifie de « pluraliste » seulement les voix en accord avec le statu quo, mais réprime toujours sans trop de formalités ceux qui chantent en dehors du chœur.

La démocratie accomplit aujourd’hui comme toujours son devoir : garantir la liberté... de circulation des capitaux, d’exploitation brutale du travail, de destruction de l’environnement, de sauvegarde des puissants et de leurs sommets.

Les libertés démocratiques sont comme l’heure de promenade dans les prisons : une pause encadrée dans une forêt de barreaux, les barreaux qui quotidiennement nous séparent de ceux qui, avec le bâton et la carotte, défendent leurs privilèges, leur pouvoir de décider pour tous d’un avenir toujours plus sombre.

Ceux qui parlent de « dénaturation » de la démocratie, qui en appellent aux constitutions et aux textes ne voient pas que ces constitutions et ces textes sont ceux qui garantissent un navire de luxe à Bush et associés, pendant que le long de nos côtes, sur les plages envahies de baigneurs, se présentent des cargos remplis de désespérés, sans droits, sans papiers, sans liberté.

A chaque coin de la planète depuis l’instauration des régimes démocratiques, prisons, répression, matraques, et coups de feu ont été la réponse démocratique aux demandes de justice sociale, d’égal accès aux ressources, de pleine liberté d’expression et de développement individuel.

Ceux qui parlent de démocratie « trahie » ne voient pas que les nombreux textes de droit ne sont que de belles paroles dont on fait étalage pendant les cérémonies officielles et qui sont réduits en lambeaux quand les places et les rues se remplissent de gens convaincus que la liberté n’est pas seulement une expression rituelle, mais le principe d’une organisation sociale plus juste pour tous et pour chacun, humus fertile dans lequel germeront les graines d’un monde nouveau. Le monde que nous voulons et pour lequel nous descendons dans la rue ne tire pas sa légitimité de textes et de traités mais tire sa force d’une capacité d’autogestion et d’autonomie. Sans barrières, sans frontières, sans Etats. Un monde où l’on vivrait solidairement, non un territoire à contrôler, à saccager, à asservir aux intérêts d’une minorité. Une utopie bien plus concrète que celle qui prétend conjuguer liberté et démocratie.

Eleonora

Extrait du journal de la Fédération Anarchiste italienne <em>Umanità Nova, anno 81, n°27, 22 juillet 2001 (traduit par Thierry, groupe La Commune / Fédération Anarchiste de Rennes).</em>

Déclaration d’activistes du Black Bloc

Nous parlons au nom d’une partie du black bloc. Nous ne voulons pas nous soumettre en vain à la politique des puissants. Nous sommes venu-e-s pour entrer de façon militante dans la zone rouge et stopper la réunion du G8.

Hier, la police a agi brutalement contre les manifestant-e-s. Des manifestant-e-s ont été frappé-e-s, attaqué-e-s avec des lacrymos et des balles, emprisonné-e-s et torturé-e-s. La brutalité de la police a atteint son sommet avec le meurtre d’un manifestant.

Pour l’opinion publique, le black bloc a été rendu responsable de toute cette violence. Jour après jour, l’ordre du monde capitaliste produit diverses sortes de violence. Pauvreté, faim, expulsions, exclusion, la mort de millions de personnes et la destruction d’espaces vivants font partie de sa politique.

C’est exactement ce que nous rejetons.

La casse de vitrines de banques et de multinationales sont des actions symboliques. Néanmoins, nous ne sommes pas d’accord avec la destruction et le pillage de petits magasins et de petites voitures. Ce n’est pas dans nos pratiques.

Cependant, nous ne nous laisserons pas diviser. Diviser la résistance est le moyen habituel pour l’affaiblir. Nous apprécions les critiques constructives et comptons sur elles.

Nous sommes en colère et tristes au sujet de la mort de Carlo Giuliani. Transformons notre chagrin et notre colère en résistance.

Si des vitrines tremblent, vous pleurez, mais vous restez silencieux quand des gens meurent. L’histoire ne s’achève jamais.

Vive la révolution !

Gênes, 21 juillet 2001,

Des participant-e-s au Black Bloc

(Traduit de l’anglais par Zanzara athée.)

Communiqué d’un groupe affinitaire actif au sein d’un black bloc lors de la journée d’actions et de la manifestation des 20 et 21 juillet 2001 à Gênes

Pourquoi étions-nous à Gênes ?

Pour mettre en pratique massivement notre contestation d’un monde que nous refusons dans sa totalité (le monde de toutes les dominations, de toutes les oppressions, de toutes les exploitations).

Qu’avons-nous fait à Gênes ?

Nous nous sommes attaquéEs à ce qui faisait partie intégrante de la bonne marche des dominations étatiques, capitalistes et patriarcales : banques, agences immobilières, concessionnaires automobiles, stations essence, agences de voyages, panneaux publicitaires (en particulier, mais pas seulement, ceux utilisant le corps des femmes comme des vecteurs de marchandisation), etc.

Nous avons ici et là empêché la police de prendre le dessus sur les manifestantEs, de façon à ce que les rues soient nôtres, soient celles de la subversion, le plus longtemps possible au cours de ces journées.

Que voulons-nous ?

Nous pensons que la mise en place d’une société dans laquelle chacunE aurait le pouvoir de diriger sa propre vie comme il/elle l’entend (ou en tout cas, une société qui le permette, une société sans hiérarchie, une société qui soit vecteur d’émancipation collective et individuelle) n’est pas envisageable sans la destruction complète des oppressions qui sont à la base des sociétés patriarcales et capitalistes occidentales. Si nous avons conscience que casser des vitrines, brûler des banques, même pour plus de cent millions de francs français de dégâts, ne révolutionnera pas le monde, nous pensons que c’est un moyen concret de déstabilisation des pouvoirs en place, et nous espérons également que cela puisse être la démonstration d’une colère qui doit se généraliser si nous voulons un jour ou l’autre vivre pleinement nos idées.

Nous ne cherchons pas à trouver une place au sein des discussions entre les maîtres du monde, nous voulons qu’il n’y ait plus de maîtres du monde. Nous ne reconnaissons aucune légitimité aux protagonistes du G8, comme nous n’en reconnaissons aucune à ceux de l’Union Européenne, de l’OMC, du FMI, de la Banque Mondiale, etc. Les chefs d’Etats ou de multinationales sont les plus hauts responsables de la dépossession de notre propre pouvoir sur nos vies. Ce n’est pas avec eux que l’on doit discuter de nos envies et de nos désirs puisqu’ils représentent des remparts à ceux-ci.

Nous ne voulons pas une amélioration du système politique, social et économique en place, nous voulons son remplacement par un ou des systèmes de vie collective autogérés, au sein desquels chacunE a son mot à dire, dans lesquels l’entraide est le but (et non la concurrence). A notre avis, les propositions de réformes du système capitaliste mondial ne sont que de naïves illusions qui permettent à celui-ci de perdurer grâce à quelques semblants de "démocratie". Concrètement, les réformes proposées par quelques groupes politiques et/ou associatifs (taxe Tobin, revenu garanti, etc.) ne changent rien aux rapports sociaux actuels et ne font qu’accroître la soumission massive des populations aux pouvoirs politiques.

Ce que nos détracteurs ont tout intérêt à faire croire :

Que nous sommes des irresponsables haineux-haineuses venuEs sans aucun autre objectif que "tout casser". Que nous ne sommes que des jeunes hommes en manque d’émotions fortes, de décharges d’adrénaline, etc.

Nous pourrions nous contenter de répondre qu’il y avait une présence importante de femmes dans les black blocs, mais là n’est pas vraiment le propos : au sommet du G8, il n’y avait pas beaucoup de femmes et personne n’a semblé s’en plaindre. Le propos de telles critiques est de sous-entendre qu’en dehors de la destruction de biens matériels nous n’avons rien à proposer. Pourtant, en tant que groupe d’action au sein d’un black bloc, nous avons exprimé de nombreuses idées à l’aide de bombes de peintures sur les murs de la ville, et nous en avons lu énormément, écrites par d’autres : anarchie, autonomie ouvrière, lutte des classes, autogestion, refus du capitalisme, des banques, des frontières et des Etats, du patriarcat, du sexisme, de la marchandisation des femmes, de l’homophobie et de la lesbophobie, pour la libération animale, les squats, la libération de la Palestine, l’action directe, slogans "straight edge" (refus de l’alcool, du tabac et de toutes autres drogues), etc.

Lors de ces journées émeutières, au sein de notre groupe d’affinité, nous avons voulu fonctionner sur un mode égalitaire. Les médias, comme les grandes organisations pacifistes, nous disent "casseurs aux méthodes masculines ou militaires". Curieusement, il y avait dans notre groupe affinitaire plus de femmes que d’hommes, et nous ne pourrions dire qui aurait pu faire office de Général... Même si beaucoup de décisions avaient à être prises rapidement, nous avons tenté d’écouter la voix de touTEs, en particulier de celles et ceux qui se sentaient le moins rassuréEs. Quant au discours pseudo-féministe tentant de nous convaincre que la "casse" est une affaire d’hommes, que veut-il dire exactement ? Que la manière non-violente d’utiliser son corps est bien plus cohérente pour des antisexistes ? Etre passive et victime, douce et modérée, sont pourtant des clichés féminins contre lesquels beaucoup de femmes se battent depuis très longtemps. En tant qu’oppriméEs, notre moyen de lutter n’est pas de nous noyer encore plus dans notre misère et d’adopter un discours misérabiliste qui attendrira éventuellement l’opinion publique pendant une semaine.

Si nous avions des raisons politiques bien précises de pratiquer la destruction de biens matériels, nous ne cacherons pas que briser directement les obstacles quotidiens à notre bien-être est un sentiment jouissif. Nous n’attendons pas le Grand soir ; nous voulons dépasser les plaisirs normés et les peurs que ce vieux monde nous impose, et c’est bien parce que nous vivons dans un monde monotone et effrayant, composé de devoirs, de "droits", de supermarchés et de flics, que le détruire se doit d’être jouissif. La destruction de biens matériels est la démonstration en actes qu’il y a des problèmes politiques et sociaux. De toute façon, la "casse" est pour nous une tactique réfléchie et adaptée à la situation, elle va bien au-delà du "défouloir pour violents". Les objets, vitrines, enseignes cassés ne sont pas pris au hasard. Ils sont ciblés en fonction de l’impact qu’ils ont sur notre vie quotidienne. Nous les détruisons parce qu’ils sont parmi les atouts de nos sociétés "spectaculaires marchandes", parce qu’ils représentent notre propre destruction.

Que nous avons été manipuléEs, par des forces politiques "au-dessus" de nous, notamment par la police. Que nous avons été infiltréEs par la police.

Ce que nous avons fait à Gênes, nous avions prévu de le faire. Et manifestement, comme prévu, la police ne nous a pas aidé. Dès qu’elle en avait la possibilité, la police s’attaquait violemment aux black blocs. C’est grâce à des réactions tactiques, stratégiques, que nous avons pu éviter de nous faire massacrer (solidarité de groupe, jets d’objets sur la police, barricades, mobilité et mouvements de foule, etc.). Nous ne nions pas la possibilité que des policiers "déguisés" se soient infiltrés dans certains black blocs. Il semblerait logique qu’il y ait eu des policiers infiltrés dans tous les cortèges. Certains, par exemple, se faisaient passer pour des journalistes ou des ambulanciers. C’est un moyen de contrôle bien connu pour identifier et étudier les manifestantEs et leurs agissements. Par rapport à cela, notre but est bien évidemment de les repérer et de les faire dégager.

A Gênes, nous avions prévu de nous attaquer à des bâtiments représentant diverses formes de pouvoir. Nous nous sommes exécutéEs avant que de quelconques provocations policières puissent avoir lieu. Nous l’assumons entièrement et tenons à faire remarquer que si la police a bien évidemment participé directement aux violences de ces deux jours, c’est en s’attaquant aux manifestantEs, de toutes parts. La violence policière s’est exprimée massivement sur quelques km2 à Gênes, de la même manière qu’elle le fait quotidiennement partout ailleurs. Pas besoin de manifester contre le sommet du G8 pour ça.

Que les black blocs, "une minorité de manifestantEs", ont gâché la fête.

Le but des manifestantEs était, pour la quasi-totalité, de rentrer dans la zone rouge, de perturber le sommet du G8. Nous avons à notre façon perturbé le sommet du G8. A Gênes, les maîtres du monde voulaient être tranquilles. Vingt mille policiers devaient leur assurer la paix sociale. Cela n’a pas fonctionné du tout puisque ces milliers de sbires n’ont pu s’empêcher de tuer une personne, d’en blesser plus de six cents, d’en arrêter et d’en torturer des centaines... Diaboliser les black blocs est très utile pour certains partis et organisations politiques, qui par contre coup sont les seuls détenteurs d’une légitimité à manifester. Mais la division manichéenne des manifestantEs en "gentilLEs pacifistes" et en "méchantEs casseurs et casseuses" ne peut que faire le jeu du pouvoir, qui n’a pourtant pas fait de détail quand il s’est agi de réprimer le plus brutalement possible. Cette division est d’autant plus incohérente lorsqu’elle provient de personnes dites de gauche, qui soutiennent certaines luttes armées comme celle au Chiapas. Est-ce que c’est parce que nous, occidentaux et occidentales, nous souffrons moins du capitalisme que d’autres et que certaines femmes sont moins ouvertement opprimées, que notre tentative d’ébrécher le système est moins légitime ?

D’autre part, nous tenons à rappeler que plusieurs milliers de manifestantEs ont pris part à la destruction de biens matériels et aux affrontements avec la police, que ce soit de façon préméditée ou spontanée. Il ne s’agit pas d’une "minorité" de personnes, pas plus en tout cas que les autres cortèges n’étaient des "minorités", chaque groupe ayant sa manière d’agir.

Enfin, Bush a reproché aux manifestantEs de prétendre représenter les pauvres. Pour ce qui nous concerne, qu’il se rassure, nous ne représentons que nous-mêmes. Mais c’est déjà énorme, et plus nous serons nombreux et nombreuses à parler et à agir contre ce vieux monde, plus Bush aura de raisons de trembler au fond de sa Maison blanche... La révolte contre ce monde n’est pas minoritaire, encore moins anecdotique, elle s’exprime partout à travers le monde, dans les écoles, les cités, les rues, etc.

(Rédigé début août 2001.)

Lettre de l’intérieur du black bloc

Je cours aussi vite que mes poumons asthmatiques me le permettent, au milieu de la cohue. Mon ami et moi nous tenons la main pour qu’on ne se perde pas de vue, mais je suis un peu à la traîne. Il tient une bien meilleure forme que moi, et il serait sûrement déjà loin des lacrymos si je ne le ralentissais pas.

Un groupe de flics anti-émeute se rapproche et je lâche la main de mon ami, pour qu’au moins l’un de nous puisse s’échapper. Il file vers une rue adjacente. Je suis petite, et seule maintenant, les flics me remarquent beaucoup moins. Je lève les mains, signe que je me rends, et laisse les flics me pousser là où ils nous mènent touTEs - émeutierEs vêtuEs de noir tout autant que manifestantEs "conventionnelLEs" -, au bout d’une impasse.

Il n’y a sûrement aucune issue, c’est un piège, mais le nuage de lacrymo est trop épais, ici, pour que je résiste. Je tâtonne, je cherche mon masque à gaz, mais je vais là où on me dit d’aller. Je me rends compte que certaines personnes avec lesquelles j’ai manifesté sont mises de côté par les keufs et jetées au sol. Des manifestantEs essayent de les arracher des mains de la police. Un mec est délivré des flics et se met à courir ; il s’en sort, mais l’ami avec lequel je suis venu est arrêté. La dernière fois que je le vois, ce jour là, il est allongé à plat ventre sur le goudron, deux énormes flics en civil accroupis sur lui. Comme la plupart des gens autour de moi, je fuis.

Nous battons en retraite, mais juste autant que nécessaire. Et dans quelques minutes, nous retrouverons notre cortège et avancerons de nouveau sur la zone déclarée interdite par la police ; interdite à touTEs, sauf à un petit groupe composé majoritairement d’hommes blancs, extrêmement riches, extrêmement puissants.

Si des expressions comme "avancer sur" ont une consonance militariste, c’est peut-être parce que je fais partie d’un groupe qui a au moins des apparences paramilitaires. Nous sommes vêtuEs d’une espèce d’uniforme et paraissons volontairement menaçantEs : bandanas noirs, pantalons de treillis noirs plus ou moins en loques, sweats à capuche noirs (avec les patches à slogan optionnels), et chaussures du style docs noires (ou pour les veganNEs, des Converse noires délabrées).

Je fais partie du "black bloc", un groupe international d’individuEs plus ou moins proches. Nous ne représentons aucun parti, et il ne faut pas cotiser ou participer à des réunions pour nous rejoindre. Nous apparaissons lors de toutes sortes de manifestations, des actions pour la libération de Mumia Abu-Jamal jusqu’aux manifestations contre les sanctions infligées à l’Irak, et lors de tous les sommets internationaux d’institutions financières et politiques comme l’OMC ou le G8. Même si la plupart des anarchistes ne se camoufleraient pas le visage avec des foulards noirs ou ne briseraient pas les vitrines des Mc Donald’s, dans les black blocs nous sommes presque touTEs anarchistes.

La plupart des personnes que je connais au sein des black blocs travaillent dans une logique "non-profit", dans des milieux associatifs. CertainEs sont profEs, syndicalistes ou étudiantEs. CertainEs n’ont pas de boulot à plein temps, mais passent beaucoup de temps à essayer de changer la vie localement. Elles/ils lancent des projets de jardins collectifs, d’ateliers-vélos ou de bibliothèques. Elles-ils cuisinent pour des groupes comme Food Not Bombs. Ce sont des personnes réfléchies qui, si elles n’avaient pas des idées et des occupations politiques et sociales si radicales, pourraient être comparées à des religieux/ses, ou disons, à des personnes qui en général cherchent à rendre service...

Il y a tout de même beaucoup de différences entre nous, notamment au niveau politique. J’ai connu dans les black blocs des personnes qui venaient de Mexico et d’autres de Montréal. Je pense que le stéréotype qui veut que l’on soit majoritairement jeunes et blancHEs est recevable, mais je ne suis pas d’accord pour dire que nous sommes surtout des hommes. Evidemment, quand je m’habille avec de larges habits noirs, et que mon visage est dissimulé, beaucoup pensent que je suis un garçon. Le comportement des black blocs n’est pas assimilé à celui de femmes, les journalistes présument donc souvent que nous ne sommes que des gars.

Les personnes qui se joignent au black bloc peuvent manifester avec le reste du groupe, mettant en valeur notre solidarité et apportant une visibilité aux anarchistes ; nous pouvons réveiller l’ambiance de la manif, intensifier l’atmosphère pour encourager les autres à exiger bien plus que de simples réformes de ce système pourri. Bomber des messages politiques sur le murs, détruire la propriété de grandes entreprises et créer des barricades avec du matériel trouvé sur le chemin font partie des tactiques habituelles des black blocs.

Les black blocs sont un phénomène assez récent, peut-être vu aux Etats-Unis pour la première fois au début des années 1990, inspiré des tactiques protestataires allemandes des années 1980. Les black blocs peuvent être en partie une réponse à l’énorme répression du FBI durant les années 1960, 70 et 80, à l’encontre des groupes activistes. Il est quasi impossible, aujourd’hui, de créer un groupe d’activistes radicales et radicaux, sans craindre l’infiltration de la police. Pour beaucoup, mener l’action directe dans les rues avec très peu de préparation, et uniquement avec un petit cercle d’amiEs, semble être une des seules formes possibles de contestation pratique.

Même s’il n’y a pas de consensus clair entre nous sur nos idées politiques, je pense pouvoir avancer quelques idées communes à touTEs. La première est la philosophie anarchiste de base ; nous ne voulons ni ne nécessitons de gouvernements et de lois pour décider de nos vies. Au lieu de ça, nous imaginons une société de vraie liberté pour touTEs, où le travail comme le jeu seraient partagés par touTEs, et où les rapports seraient basés sur l’entraide. Au-delà de cette vision d’une société idéale, nous pensons que l’espace public est pour tout le monde. Nous devrions avoir le droit d’aller où nous voulons, quand nous voulons, et aucun gouvernement ne devrait décider de nos mouvements, surtout lorsqu’il s’agit d’avoir des sommets secrets comme ceux de l’OMC, qui prennent des décisions qui influent sur la vie de millions de personnes.

Nous pensons que détruire les propriétés de multinationales comme The Gap, qui oppriment et exploitent, est légitime et utile. Nous considérons qu’il est légitime de se défendre quand nous sommes physiquement misES en danger par des lacrymogènes, matraques, armes de service et autres technologies policières. Nous rejetons entièrement l’idée que la police soit autorisée à contrôler chacun de nos actes. Lorsqu’on observe les cas de Rodney King, Amadu Dialo, Abner Ruima, le scandale des Ramparts à Los Angeles et des Riders à Oakland, on peut conclure que les abus de la police ne sont pas seulement endémiques, mais permanents.

Nous vivons dans une société raciste, homophobe et sexiste, et tant que cela fera partie du système, cela existera à l’intérieur de son bras armé, la police. D’un point de vue plus large, notre société permet à quelques unEs de contrôler ce que d’autres font. Ceci crée un pouvoir inégalitaire qui ne peut être remédié par des réformes de la police. Le problème n’est pas seulement que les policiers abusent de leurs pouvoirs, nous pensons que c’est l’existence de la police qui est un abus de pouvoir. La plupart d’entre nous pensons que les flics sont de trop sur nos chemins et dans nos actions, et que nous avons de fait le droit de nous confronter à eux directement. CertainEs d’entre nous incluent la possibilité d’attaquer physiquement les flics. Je tiens à souligner que ce point est controversé même au sein du black bloc, mais explique aussi que nous sommes beaucoup à envisager la lutte armée pour la révolution, et que dans ce contexte, attaquer la police ne semble pas déplacé.

Il y a eu des heures de débats, autant dans les médias conventionnels que dans ceux de gauche, sur les black blocs. La majorité des médias s’accorde à dire que le black bloc, c’est mal. Le consensus des médias conventionnels est de nous dire méchantEs et extrêmement dangeureux/ses. Les médias progressistes trouvent, en général, que nous sommes mauvaisES, mais qu’au moins, nous sommes peu nombreux/ses. Tout le monde semble nous trouver violentEs. La violence est un concept ambigu. Je ne sais pas vraiment quelles actions sont violentes et lesquelles ne le sont pas. Et quand peut-on considérer un acte violent comme un acte de légitime défense ? Je trouve que définir le bris d’une vitrine d’un magasin Nike comme étant violent enlève du sens au mot. Nike fabrique des chaussures avec des produits chimiques toxiques dans des pays pauvres, en exploitant la main d’œuvre locale. Puis ils vendent ces chaussures à des prix élevés à des jeunes noirEs pauvres vivant en Occident. Pour moi, ils pillent les ressources des communautés pauvres, au Nord comme au Sud, accentuant la misère et la souffrance partout. Je pense que la misère et la souffrance pourraient être considérées comme violentes, ou tout au moins comme déclencheurs de violence.

Quelle violence causons-nous lorsque nous brisons une vitrine de magasin Nike ? Du bruit, c’est peut-être ce qui est pris pour violent. Du verre brisé, ce qui peut blesser des gens, mais ce sont souvent uniquement des membres du black bloc qui entourent ces vitrines, et celles/ceux-ci ont déjà envisagé ce risque. Cela force une multinationale multimilliardaire à remplacer leurs vitres. Est-ce ceci qui est violent ? Il est vrai qu’unE de leurs employéEs sous-payéEs devra nettoyer tout ce bordel, ce qui est dommage ; mais d’un autre côté ça fera aussi un extra pour unE vitrierE...

En tant que tactique de contestation, l’utilité de la destruction de biens est peut-être limitée, mais importante. Elle attire les médias et démontre que les multinationales ne sont pas aussi intouchables qu’elles en ont l’air. Les personnes qui manifestent, et celles qui regardent la télévision, peuvent voir qu’un petit pavé dans une main peut détruire un mur symbolique. Une vitrine détruite d’un magasin Nike ne menace aucunE individuE, mais essaye d’exprimer que nous ne voulons pas que Nike améliore son fonctionnement mais que nous voulons sa destruction complète. Et je n’ai pas peur de le dire.

La plus importante plainte exprimée par la gauche au sujet des black blocs consiste à dire que nous donnerions une mauvaise image des manifestations. La frustration est compréhensible pour des gens qui ont passé des mois à planifier l’organisation des manifestations, lorsqu’elles/ils s’aperçoivent qu’un groupe assez effrayant de jeunes gens attire toute l’attention en mettant simplement le feu à quelques endroits. Bien sûr, dans cette critique, manque l’évident constat que les mass-médias ne couvrent jamais le réel contenu des manifestations. Les manifs militantes et les actions pacifiques de protestation sont rarement évoquées par les médias. Même si j’aimerais que les médias rendent compte de toutes les sortes de manifestations, et surtout de ce qui inspire profondément et politiquement ces manifestations, je suis aussi consciente que certaines tactiques militantes attirent l’attention des médias.

J’ai commencé à m’investir dans l’activisme pendant la guerre du Golfe, et j’ai vite appris que beaucoup de monde dans une manif, ça ne suffit pas toujours pour que les médias en parlent. J’ai passé des semaines à organiser des manifs contre la guerre. Nous étions parfois plusieurs milliers à manifester. Mais les journaux comme les chaînes de télévision nousignoraient toujours.C’est devenu complètement différent le jour où j’ai vu quelqu’unE casser une vitrine lors d’une manifestation. Nous étions soudainement présentEs dans toute la presse, écrite et télévisée. Cet état d’esprit combatif au sein des manifestations anti-mondialisation lors de ces deux dernières années a indéniablement contribué à hausser le niveau d’attention accordé par les médias à la mondialisation. Et bien que le black bloc ne soit pas l’unique raison à cela (une myriade de stratégies créatives et innovatrices ont aidé à apporter l’œil inconstant des médias en direction de la gauche), je pense que George Bush 2 s’est senti contraint de s’adresser directement aux manifestantEs lors du sommet du G8 à Gênes à cause de l’importance médiatique que prend notre mouvement.

Une des plaintes de la gauche, et en particulier des autres manifestantEs, à l’encontre du black bloc, est qu’elles/ils n’aiment pas nos masques. Je me suis fait hurler dessus par un manifestant, style flic, qui m’ordonnait d’enlever le mien. Cette idée ne peut nous convenir. Ce que nous faisons est illégal. Nous faisons de l’action directe militante. Nous sommes bien conscientEs que la police photographie et filme ces manifs, même lorsque la loi ne le leur permet pas. Enlever nos masques signifierait nous jeter dans la gueule du loup.

Les masques servent un autre but, symbolique cette fois. Même s’il y en a qui aiment imposer leurs visions, ou se populariser dans le milieu anarchiste, le black bloc maintient l’idée de placer le groupe avant l’individuE. Nous accordons rarement d’interviews à la presse (et celles/ceux d’entre nous qui le font sont généralement désapprouvéEs ou considéréEs avec suspicion). Nous fonctionnons en groupe car la masse procure la sécurité et permet d’accomplir plus que des actes isolés. Par ailleurs, nous ne voulons pas que ce combat profite à unE individuE plus qu’à unE autre. Nous ne voulons pas de stars, ni de porte-parole Je pense que l’anonymat du black bloc est en partie une réponse aux problèmes rencontrés lors des grandes mobilisations pour les droits civiques, féministes, contre le nucléaire et contre la guerre. Dépendre de leaders/leadeuses charismatiques n’a pas seulement mené à des combats internes et à de la hiérarchisation, mais a aussi permis à la police et au FBI de trouver des cibles faciles, qui, tuées ou arrêtées, laissaient les militantEs désemparéEs. Les anarchistes refusent la hiérarchie et espèrent créer un mouvement qui soit pour la police difficile à infiltrer et à détruire.

Certaines critiques de la gauche viennent de notre prétendue acceptation des valeurs corrompues de notre société. On crie au scandale quand des jeunes bougent une benne au milieu de la route et y mettent le feu. La plupart des gens en concluent simplement que le black bloc agit ainsi pour les émotions que cela procure, et je ne peux pas nier que je me tape une petite montée d’adrénaline à chaque fois que je me risque à agir de cette manière. Mais combien d’entre nous ont réellement mauvaise conscience lorsqu’elles/ils achètent un tee-shirt chez The Gap, même quand nous savons que notre fric va directement dans les caisses d’une entreprise qui exploite violemment les travailleuses/eurs ? Pourquoi la "thérapie du shopping" serait-elle plus acceptable que les plaisirs suscités par des actes militants, même si ceux-ci restent limités dans leur utilité ? Je pense que même si les actions du black bloc ne servaient qu’à épicer la vie de celles/ceux qui les font, elles resteraient bien meilleures que de dépenser de l’argent au multiplexe, se bourrer la gueule, ou d’autres formes de divertissement et de détente culturellement acceptées.

J’ai mes propres critiques de mes actes et de leur efficacité. La destruction de biens, les bombages et l’apparence menaçante à la télé ne suffisent évidemment pas pour mener à une révolution. Les black blocs ne changeront pas le monde à eux seuls. Je n’aime pas la sensation de danger, ou au moins, je déteste imposer la peur du danger à celles/ceux qui ne veulent pas la subir ou ne l’attendent pas, en particulier à celles/ceux qui physiquement peuvent difficilement échapper aux policiers. Je déteste aussi le jargon pseudo-militaire, comme "communiqué", "bloc" ou "camarade". Mais ce que je hais par dessus tout, c’est me faire cracher dessus les grosses orgas, comme l’AFL-CIO ou Global Exchange, par les torchons de gauche comme Mother Jones, ou par la bien aimée Indymedia.org. Même si ça n’est pas le cas pour tout le monde dans les black blocs, je respecte les stratégies de la plupart des autres groupes contestataires. Souvent, d’ailleurs, j’essaie de faire en sorte que les black blocs permettent de détourner l’attention de la police des manifestantEs non-violentEs. Et quand ce n’est pas possible, j’essaie au moins de me tenir à l’écart des autres manifestantEs.

Malgré mes inquiétudes, je continue à croire que les actions du black bloc valent le coup. Et lorsque je constate l’accroissement des mobilisations et des mortelles violences policières dans le monde (trois manifestantEs abattuEs lors d’une manif contre l’OMC en Papouasie-Nouvelle-Guinée en juin, deux manifestantEs tuéEs par balle lors d’une manifestation anti-mondialisation l’année passée au Venezuela, et Carlo Giuliani, 23 ans, assassiné par la police lors du sommet du G8, à Gênes), il me semble pour le moins ironique de considérer mes actions comme étant violentes et dangereuses quand même la gauche semble penser que les policiers "font juste leur boulot".

Je continuerai à protester de cette manière, et celles/ceux qui veulent s’y mettre aussi sont les bienvenuEs. Les pavés sont faciles à trouver et les cibles sont aussi proches que le Mc Donald’s de votre quartier.

Mary Black, 25 juillet 2001

(Traduit de l’anglais par Couette & Zanzara athée.)

Gênes : lutte de classe ou marché du militantisme ?

A en croire certains, nous serions à la veille de quelque chose d’important, d’hénaurme, d’extraordinaire, une lueur d’espoir dans un monde d’obscurité : une révolution ! Depuis quelques temps, en effet, les sommets internationaux ou régionaux des gestionnaires du capital-monde donnent lieu, rituellement, à de grandes manifestations où chacun exulte sa colère contre ce qui est appelé la mondialisation (globalisation en anglais) ; ce qui témoignerait, selon les uns, d’une reprise des luttes radicales après une ou deux décennies d’assoupissement de la lutte de classe (les "révolutionnaires", les "radicaux") et, selon d’autres, d’un grand "réveil citoyen" rassemblant tous les peuples du monde (les "réformistes", les "sociaux-démocrates"). Or, ce mouvement anti-mondialisation n’étant ni l’un ni l’autre, il s’agit plutôt d’en percevoir les pièges et les limites afin de tenter d’apporter un début de réponse à la seule question qui importe réellement : ce mouvement s’inscrit-il dans un processus révolutionnaire, un mouvement de classe ?

Le réformisme radicalo-mouvementiste : encore, toujours, jusqu’à quand ?

Malgré la focalisation des politiciens et des media sur les groupes de la mouvance autonome et anarchiste, la "tendance lourde" (pour parler comme les journalistes et les professeurs) du mouvement anti-mondialisation est constituée par une multitude d’organisations réformistes et post-staliniennes, toutes à la recherche d’un second souffle après le fiasco historique de leur idéal proclamé : le capitalisme bureaucratique d’Etat. A Gênes, il suffisait de voir défiler l’interminable cortège de partis, de syndicats, de groupuscules gauchistes et la masse pratico-inerte de leurs petits soldats pour s’en convaincre. Après le "mouvement social" (grèves de 95 ; sans-papiers ; chômeurs), voilà le nouveau créneau de ces carriéristes et autres experts de la contestation intégrée : l’antimondialisme.

Pour la France, cette tendance est représentée pour l’essentiel par Attac, qui a réussi en peu de temps à fédérer autour de son programme citoyenniste toutes les composantes politiques de la gauche et de l’extrême-gauche du capital, depuis les socialistes au gouvernement de la gauche plurielle et leurs satellites associatifs du "mouvement social" jusqu’aux partis et groupes de jeunesse trotskistes, et obtenant la sympathie de certaines organisations autoproclamées radicales, notamment dans la mouvance antifasciste et parmi l’anarchisme officiel... Soyons sûrs qu’Attac, laboratoire de la néo-social-démocratie ayant habilement intégré les concepts et les revendications des révoltes éthiques de mai 68 et ses suites (municipalisme, démocratie directe, autogestion, autonomie, etc.) dans un discours démocratique, droit-de-lhommiste et progressiste bien policé, jouera demain le même rôle politique que son illustre ancêtre, sa grand-mère social démocrate : l’écrasement, au nom même des travailleurs voire de la "révolution", de tout mouvement autonome de la classe exploitée (salariés précaires ou stables, RMIstes, chômeurs, en "liberté" ou en taule, avec ou sans papiers...).

A côté de cette tendance dominante (dans tous les sens du terme), on retrouvait dans les rues de Gênes une minorité agissante composée d’anarchistes et d’autonomes (auxquels vinrent se joindre, pendant les affrontements, des éléments de base d’autres organisations, par exemple du syndicalisme autonome (COBAS, etc.) ou des tute bianche, refusant la logique de négociation et d’intégration et ayant opté pour l’utilisation directe de la violence, soit contre la "zone rouge" (mais une minorité, du fait que cette zone constituait une forteresse imprenable dans l’état du rapport de force existant, mais aussi et surtout avec l’idée que le capital ne se limite pas à 8 maîtres de cérémonie officiant dans leur temple converti en forteresse, mais que, structurant la totalité des rapports sociaux, il étend sa mainmise sur tout le territoire), soit contre toutes les structures du capital et du pouvoir politique à la périphérie de cette zone. Cependant, bien que les "positions" avancées par ces groupes se démarquent clairement du radical-réformisme des organisateurs officiels du sommet (lutte contre le capitalisme global, et non seulement contre la "mondialisation" ; auto-organisation et autonomie de la lutte...) on peut se demander - et la question est posée sans prétendre y apporter une réponse claire et définitive - dans quelle mesure les actions de type insurrectionnel menées par ces groupes ne servaient pas objectivement à renforcer la légitimité de la tendance réformiste dominante, qui, dans sa stratégie de négociation et de dialogue, voulait précisément apparaître comme le seul interlocuteur légitime du G8, le raisonnement de ces crapules étant le suivant : soit vous (le G8) acceptez de nous reconnaître comme interlocuteurs représentatifs, de prendre en compte nos revendications et de nous faire participer aux négociations (démarche du contrôle citoyen, du "mouvement social européen"...), soit vous vous exposez au risque de plus en plus menaçant d’un débordement par une horde de casseurs surexcités et antidémocratiques...

Pour autant, ce questionnement ne signifie pas que toute stratégie violente et, disons, d’action directe et autonome, soit condamnée à l’échec en raison d’un risque inéluctable de récupération par les organisations social-démocrates ; il s’agit uniquement de prendre acte de cette réalité et de réfléchir à de nouvelles formes de stratégies violentes...

Violence/non-violence : faux débat, vraie mystification...

La violence et la légitimité (ou l’illégitimité) d’y recourir a été au centre des débats. Elle constituait en même temps le cœur de l’orchestration médiatique des affrontements. Un exemple entre mille : les chaînes de télévision diffusaient en continu et quasiment en direct des images d’affrontements et utilisaient d’habiles séquences de montage (par exemple des plans insistants et passant quasiment en boucles sur quelques barres de fer ou quelques bâtons pour faire croire à l’existence de caches d’armes ultra-secrètes) pour amplifier au maximum la violence des manifestants et, a contrario, minimiser la violence des flics et des militaires surarmés, le tout afin de justifier idéologiquement la répression d’Etat et de la faire accepter par la population en entretenant en permanence un climat de psychose généralisée. Et les politiciens, de gauche ou de droite, n’avaient que ce mot à la bouche s’égosillant sur les casseurs ! Les voyous ! Les anarchistes ! Dans le même ordre d’idées, mais avec quelques précautions supplémentaires, les officiels du contre-sommet (le G.S.F. : Genoa Social Forum) ne se privèrent pas d’utiliser ces mêmes arguments contre la violence qualifiée d’aveugle pour isoler les franges radicales agissant lors des affrontements qui venaient perturber les démonstrations pacifiques aux airs de parade militaire et se poser ainsi comme les interlocuteurs légitimes à l’occasion des procédures institutionnelles de la démocratie bourgeoise représentative.

Dans un cas comme dans l’autre, on est au cœur de la même illusion, sciemment entretenue ou naïvement reproduite : présenter la violence comme un choix, une option, un enjeu stratégique et comme une ligne de clivage entre bons et mauvais manifestants, entre casseurs et militants, ou, d’un autre point de vue, entre révolutionnaires et réformistes... Or, la réalité des événements des vendredi 20 et samedi 21 à Gênes a démontré pratiquement la stupidité de cette argumentation : un grand nombre de participants, appartenant à des organisations ayant condamné explicitement la violence ou ayant appelé à une violence purement symbolique et spectaculaire, en firent usage dès les premières charges de carabiniers ; et le niveau de violence des combats de rue ne fit qu’augmenter à mesure que s’intensifiait une répression qui visait indistinctement les "pacifistes", "les insurrectionnels" et les "hésitants".

Cette réalité démontre, s’il en était encore besoin, que le recours à la violence n’est jamais, sauf peut-être dans les têtes des militants, le résultat d’une volonté consciente, planifiée et rationnellement mise en pratique, ou, en d’autres termes , un choix politico-militaire ou même éthique, mais le produit d’une situation d’affrontement (de classe) bien déterminée qui mobilise tout un chacun, quelles que soient ses représentations idéologiques ou ses "convictions éthiques". En d’autres termes, la violence ne se choisit pas mais s’impose comme une nécessité pratique inhérente à un stade déterminé de la lutte de classe, dans la seule mesure où la domination d’Etat et l’exploitation capitaliste ne reposent que sur la violence, réelle ou symbolique. Ou, si l’on veut, la violence n’est pas une question théorique, mais une question pratique.

Militantisme contre lutte de classe

Le mouvement anti-mondialisation, y compris dans ses franges les plus radicales, reste enfermé jusqu’à présent dans une logique de militantisme politique et se situe dans une extériorité absolue à la lutte réelle de la classe ouvrière, entendue comme la lutte menée par les producteurs selon des modes d’organisation et par des moyens d’action qu’ils définissent eux-mêmes, souverainement, dans le but de s’emparer de l’appareil productif et de le faire fonctionner collectivement en vue, non de l’accumulation de plus-value, mais de la satisfaction de besoins sociaux.

Ce constat amène à s’interroger sur les perspectives et les potentialités de ce mouvement dans une finalité rupturiste, révolutionnaire et ses capacités à s’arracher à la logique militante-activiste. On peut envisager, me semble-t-il, deux directions possibles au mouvement anti-mondialisation :

soit le mouvement reste tel qu’il est et l’affrontement se situera alors sur le terrain purement politicien du conflit de représentativité et de légitimité, terrain sur lequel se plaçaient volontiers, au moment du sommet, les dirigeants politiques, par exemple un président américain déclarant que le mouvement de Gênes n’était pas représentatif de la population. Il ne sera alors pas autre chose qu’un mouvement d’accompagnement et d’intégration dans le cadre des transformations actuelles du capitalisme et de ses représentations politiques : déclin des Etats-nations, émergence de modes de régulation politique de dimensions régionales...

soit le mouvement trouve une base de classe en réalisant une jonction avec la lutte menée par les travailleurs sur les lieux de production, par les exploités sur les lieux de leur exploitation : prendre pour cibles les moyens de production plutôt que la marchandise (en ce sens, des actes comme le bris de vitrines, l’incendie de voitures et de banques ou les blessures infligées à la flicaille, s’ils peuvent être jouissifs et grisants, paraissent être d’une efficacité subversive relativement limitée) ; s’attaquer au capital en tant que système productif et rapport social plutôt qu’à l’hégémonie de quelques multinationales diabolisées et au capital spéculatif ; détruire le mode de production capitaliste plutôt que de quémander une meilleure répartition de la richesse mondiale. En ce sens, ne pourrait-on pas imaginer, au cours de ces sommets, des occupations d’usines, la participation à des grèves locales de travailleurs et une liaison organisée entre ces multiples mouvements de lutte.

L’orientation du mouvement vers une base de classe grâce à la lutte autonome des prolétaires (et, par conséquent, l’anéantissement du militantisme) ne résultera en aucun cas de la seule politique volontariste menée par quelques organisations dites révolutionnaires et de leur propagande (on peut même affirmer que, comme par le passé, celle-ci ne jouera qu’un rôle infime) mais de l’évolution du capitalisme, de ses conditions objectives, et, en riposte à l’intensification de l’exploitation de la force de travail et à l’appauvrissement de pans entiers du prolétariat expulsés de la sphère productive, du degré de conscience de classe atteint par la classe ouvrière.

P.R.O.L., 25 septembre 2001

Texte envoyé par elincontrolado at yahoo.fr sur la liste de discussion du Cercle Social (http://groups.yahoo.com/group/cercl...).

A LIRE AUSSI (au sujet des manifs de Gênes et/ou des black blocs) :

APPEL POUR L’ACTION DIRECTE : Texte en provenance d’Amérique du Nord rédigé peu de temps avant le Sommet des Amériques qui a eu lieu à Québec en avril 2001. Pour agir en petits groupes lors des manifestations, éléments tactiques à prendre en compte, etc. (8p.A5)

BLACK BLOC, AU SINGULIER OU AU PLURIEL... MAIS DE QUOI S’AGIT-IL DONC ? par DARKVEGGY : Texte de septembre 2000. Le(s) Black Bloc(s) : C’est quoi, pourquoi, où, quand, comment ?, Ce qu’ils apportent (la "violence contre la propriété", organisation horizontale, fluidité et évolutivité, vers un égalitarisme ?), Contre les Black Blocs (être violent-e, masqué-e, nuire à la manif, etc.) + Communiqués des Black Blocs : Seattle, Washington, etc. (32p.A5)

CETTE SEMAINE #83 (septembre-octobre 2001) : Brûler et piller toutes les illusions ce soir, La police infiltrée par les Black Blocs... ou le contraire ?, Témoignage d’un anarchiste sur les événements du vendredi 20 juillet 2001 à Gênes, Quelques-unes de nos réflexions sur les journées de Gênes (El Paso), etc. (42p.A4)

CETTE SEMAINE #82 (janvier-février 2001) : De Millau au crachat citoyen, contre-sommet de Prague en septembre 2000 (récit de l’intérieur, quelques réflexions, actions de solidarité), contre-sommet de Nice en décembre 2000 (communiqué de l’Union Emeutière, la casse, récit), etc. (34p.A4)

GENES : ETAT DE PIEGE par GRACCHUS BERNERI : Black blocs, (non-)violence, Attac, guerre sociale, etc. (8p.A4)

SEATTLE 30/11/99, DU BON USAGE DE LA THEORIE : Communiqué du Black Bloc du 30 novembre 1999 (par le collectif ACME), Seattle : point de vue anarchiste radical (par un Groupe d’intellectuels activistes) + Déclaration de solidarité avec le Black Bloc & avec les anarchistes arrêté-e-s, Pourquoi il faut toujours manifester masqué-e, etc. (16p.A5)

LES TEMOINS DE GENOVA : Quelques questions à Monsieur Agnoletto, Anatomie d’une rumeur - L’infiltration dudit Black Bloc, L’exception gênoise, Récit - Des fragments de possible..., Un mouvement hétérogène, Citoyen = flic, Satisfait ou remboursé, Commerce équitable mon cul !, etc. (8p.A3)

GLOSSAIRE (organisations, mots à initiales, noms propres, vocabulaire "spécialisé") :

Abu-Jamal (Mumia)

Noir américain, co-fondateur en 1969 de la branche des Black Panthers de Philadelphie, emprisonné suite à la mort d’un flic en 1981, il est condamné à mort en 1982 après une "parodie" de procès et reste enfermé dans les couloirs de la mort de Pennsylvanie, USA, depuis 1982. Il est devenu un symbole de luttes, contre le racisme, la peine de mort, la prison...

AFL-CIO

Fédération Américaine du Travail - Congrès des Organisations Industrielles (American Federation of Labor - Congress of Industrial Organizations). Créée en 1955 de la fusion entre l’AFL et le CIO, elle est une fédération de syndicats de travailleur-euse-s qui regrouperait actuellement 13 millions de personnes, essentiellement aux Etats-Unis.

Attac

Association pour la Taxation des Transactions financières pour l’Aide aux Citoyens. ATTAC a été fondée en France le 3 juin 1998 autour d’une plate-forme réunissant "des citoyens, des associations, des syndicats et des journaux". L’idée de cette initiative est née d’un éditorial d’Ignacio Ramonet : "Désarmer les marchés", publié dans Le Monde diplomatique en décembre 1997.

Black bloc

Un black bloc (bloc noir) est un ensemble d’individu-e-s et/ou de groupes affinitaires qui se rassemblent de manière spontanée ou organisée à un moment donné, à l’occasion de manifestations ou actions politiques pour agir collectivement via des pratiques d’action directe. Les participant-e-s aux black blocs sont pour la plupart habillé-e-s en noir, masqué-e-s, de façon à ne pas être reconnu-e-s. La majorité d’entre elles/eux sont anarchistes.

BM

Banque Mondiale. Ensemble de quatre institutions internationales censées apporter une assistance technique et financière aux pays "en développement".

Bush

Il s’agit ici bien sûr de George Walker Bush, Président des Etats-Unis depuis janvier 2001.

COBAS

Confédération des Comités de Base (Confederazione dei Comitati di Base), groupement de syndicats indépendants en Italie.

Dialo (Amadu)

Noir assassiné de plusieurs dizaines de balles dans la peau par la police new-yorkaise.

FBI

Aux Etats-Unis, Bureau fédéral d’enquêtes (Federal Bureau of Investigation), service chargé de la police fédérale.

FMI

Fonds Monétaire International. Organisme international de coopération monétaire et financière créé à Bretton Woods en 1944, chargé de veiller au "bon fonctionnement" du système monétaire international.

Food Not Bombs

Groupe politique d’obédience libertaire dont l’activité principale consiste à distribuer gratuitement et publiquement de la nourriture végétarienne (ou végétalienne), pour mettre en pratique l’entraide et la solidarité, pour protester contre le militarisme et la pauvreté. Food Not Bombs a été créé en 1980 à Boston, comme extension des luttes anti-nucléaires de l’époque, il existerait actuellement plus de 70 collectifs indépendants dans le monde (en Amérique du Nord pour la plupart).

G8

Groupe des 8. Extension du G7 (réunion des chefs d’Etat des sept pays les plus industrialisés du monde : Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie et Japon), avec la Russie. Le G7 (ou G8, maintenant) organise, depuis 1975, des sommets annuels, essentiellement consacrés aux questions économiques.

The Gap

Enorme chaîne de magasins de vêtements, aux Etats-Unis.

Giuliani (Carlo)

Italien né en 1978, présent lors des émeutes du 20 juillet 2001 à Gênes, il est abattu de deux balles dans la tête par un flic lors de violents affrontements entre manifestant-e-s et policiers.

Global Exchange

Organisation pour les droits humains qui cherche à promouvoir les idées de justice sociale, politique et environnementale à travers le monde (créée en 1988 à San Francisco).

GSF, Genoa Social Forum

Réseau de plus de 1000 associations et organisations politiques qui a appelé à manifester contre le sommet du G8 à Gênes et a mis en place des structures d’accueil pour les manifestant-e-s et organisé diverses conférences sur des thèmes réformistes pendant le sommet et les quelques jours qui l’ont précédé.

Indymedia

Collectif international de médias indépendants, notamment sur Internet (indymedia.org). L’Independant Media Center (IMC) est un réseau d’information international qui a été créé à l’occasion de la mobilisation de Seattle en novembre 1999 aux USA. IMC-France a été lancé en juin 2000.

King (Rodney)

Noir américain brutalisé par quatre policiers blancs le 3 mars 1991 à Los Angeles. L’acquittement des policiers lors du procès fut un des éléments déclencheurs des émeutes de 1992.

Mother Jones

Magazine anglophone indépendant consacré aux questions liées à la politique, l’environnement, la justice sociale et la culture populaire. Se targue d’avoir remporté différents prix (National Magazine Awards des USA, Alternative Press Award, primé aussi par l’American Journalism Review...).

Nike

Aux Etats-Unis, Nike a sa propre chaîne de magasins de vêtements de sport. "Nike Town" est le nom de ses nombreux magasins...

OMC

Organisation Mondiale du Commerce. Mise en place en 1995 pour "veiller" à l’application des accords commerciaux internationaux (dont ceux conclus dans le cadre du GATT).

Ramparts

Scandale policier à Los Angeles lié ces dernières années à des arrestations arbitraires, corruption, intimidations, meurtres, tabassages, trafic de drogue, etc.

Revenu garanti

Revendication d’un revenu garanti pour tou-te-s, avec ou sans emploi, qui demande à l’Etat une allocation de type RMI, mais pas seulement pour les demandeuses/eurs d’emploi de plus de vingt-cinq ans...

Riders

Scandale policier à Oakland (Californie), similaire à celui des Ramparts, lié ces dernières années à des arrestations arbitraires, corruption, tabassages, etc.

Taxe Tobin

Proposition de l’économiste américain James Tobin (prix Nobel d’économie en 1981) de taxer les transactions spéculatives sur les marchés des devises pour redistribuer les sommes taxées vers les pays les plus pauvres.