En janvier 2016, la nouvelle est tombée. Nous avions besoin qu’un « expert compétent » nous le dise, pour en être certains. Stephen Hawking affirme que l'humanité périra bientôt (dans mille ans, tout au mieux), et que nous n'aurions plus qu'à anticiper un départ vers d'autres planètes habitables.

Ne pourrait-il donc mettre son intelligence au service d'une pensée, critiquant l’économie politique, capable d'anticiper l'effondrement du capitalisme ? Les problèmes écologiques, environnementaux, les écueils liés à l’intelligence artificielle, seraient des questions au moins partiellement résolues dans une réalité post-capitaliste : il faut avoir bien peu de ressources intellectuelles pour penser que la seule option se situe sur Mars.

N'écoutons pas ces oiseaux de malheur, dénués de toute vision complète de l'humain, et relisons Arendt, qui dénonce, dans la préface de la Condition de l'homme moderne, cette illusion adolescente et romantique qui nous pousse à vouloir quitter le sol terrien : elle-même n'était pas une physicienne, ou une scientifique, obsédée par les chiffres, les statistiques, et les graphiques, mais proposait bien une pensée politique forte, capable d'éviter aux hommes l'inévitable.

Hawking est, sur ce point, la définition même de l'idiot rationnel : il maîtrise à la perfection les outils de la rationalité scientifique, mais il est incapable de se projeter vers la possibilité d'une transformation politique de l'humain. Il n'a proprement aucun sens historique, et ferait mieux de se taire, lorsqu’il s’agit de « prédire » l’avenir historique des hommes. Laissons la parole à ceux qui proposent des alternatives réelles au système capitaliste, système responsable aujourd'hui de toutes les catastrophes réelles et potentielles que nous craignons, plutôt qu'aux annonciateurs de la fin du monde qui ne croient plus que l'homme peut modifier politiquement son monde.

Les scientifiques technocrates aujourd’hui pensent de façon unidimensionnelle : emprisonnés dans la rationalité calculatrice et instrumentale, ils pensent la réalité humaine concrète, sociale, économique et historique, avec les outils conceptuels du pouvoir en place. De ce fait, ils ne sauraient prendre en compte la possibilité d’un changement de paradigme, dans le champ politique, et se projettent dans un avenir où le capitalisme demeurerait éternel et inchangé. Conscients des limites, toutefois, de cette perpétuation indéfinie, ils nous annoncent logiquement la fin du monde. Mais dénués de sens historique, ils semblent oublier qu’une modification volontaire des structures de pouvoir et de production est plus envisageable qu’un laisser-faire indéfini. N’anticipant pas ce fait élémentaire, ils favorisent des modes de transformation ultra-violents, car non anticipés en amont, et favorisent ainsi une disparition beaucoup plus précoce de l’humain…