Un homme sans talent, mais ayant su s’entourer de courtisans fidèles, et dès lors convaincu de son génie, sera toujours accueilli comme une bénédiction par tout cynique ayant le sens de l’humour, et qui ne demande qu’à rire. Tout autre type d’homme fuirait un tel importun. C’est donc là une forme de « charité » bien singulière du cynique, qui cultive ses rapports avec ceux qu’il juge être... ses sublimes bouffons.

Dans notre société spectaculaire, où l’imposteur prospère, où le simulacre règne, Diogène aurait été au paradis. D’aucuns d’ailleurs aujourd’hui, et ils sont nombreux, s’identifient à ce Diogène, et ne sont pas spécialement malheureux, malgré leur moue désabusée. Ce qu’ils ignorent peut-être, c’est que leur sens comico-critique est certainement une nouvelle bouffonnerie, qu’un autre cynique « plus élevé » saura apprécier à sa juste valeur, lui-même d’ailleurs également ridicule, etc. à l’infini. Cette régression à l’infini du mépris satisfait constitue l’une des principales raisons de déplorer la situation qui est la nôtre. Toute sincérité semble désormais être exclue de ce jeu de dupes.