LE CHÔMAGE

    De quoi faut-il se débarrasser ? Du chômage ou du travail ? Faut-il remettre en cause la culture du travail ?

        ("non")

        ("oui")

        L’ÉPANOUISSEMENT

        L’INSERTION

        LA RECONNAISSANCE SOCIALE

        LA RICHESSE

        LE TEMPS

        LA POLITIQUE

      L’avenir de la culture du travail

      Ouvertures

      P.S.

Mais d’abord, il faudrait être clair-e-s sur ce que c’est que le travail.

"Si le travail est entendu comme une modalité du faire, de l’agir, de l’œuvrer, du "se donner de la peine", il est évident qu’on ne peut ni en "avoir" ni en créer". Ce qu’on peut "avoir" ou "créer", en revanche, c’est le travail en forme d’emploi, c’est-à-dire une tâche socialement et juridiquement pré-définie, qui vous est donnée à faire et pour laquelle on vous paie." (AG)[1]

"Si le chômage existe, c’est précisément parce que le but du travail est de gagner de l’argent, non d’être utile socialement." (CH)[2]

L’étymologie du mot travail renvoie au mot latin tripalium : torture.

LE CHÔMAGE

Le chômage est le grand méchant loup de notre temps. Il nous a fait très peur, il y a quelques années, quand il faisait mine de grignoter toute la société petit à petit. On retournait montagnes et vallées pour lui trouver un poison. Allait-on arriver à immoler cette bête immonde, ou courait-on droit à ce que certain-e-s cruel-le-s prophètes nommaient sans détour ni tact "la fin du travail" ? Le mot travail, né au XVIIème siècle avec les premières manufactures, allait-il donc disparaître de notre vocabulaire et de nos vies au bout d’à peine quelques siècles d’existence ? Pourquoi une si macabre évolution ? Etaient-ce les nouvelles technologies qui remplaçaient le travail de l’humain et le condamnaient au chômage ?

Mais non, répondaient nos bienveillant-e-s sociologues. Enfin, si, les nouvelles technologies sont bien les responsables de la situation actuelle, par contre rassurons-nous, nous n’assistons pas à la fin du travail, nous n’assistons à la fin que d’une certaine forme de travail, le travail à l’usine, le travail ouvrier, le secteur industriel. Il n’y aura bientôt plus d’ouvrier-e-s en Europe, ils et elles seront remplacé-e-s par des machines, ou par leurs homologues de l’hémisphère Sud, plus dociles et bon marché, plus appétissant-e-s pour une économie mondialisée. Par contre, de nouvelles formes de travail vont apparaître dans nos pays nantis, de nouveaux secteurs de l’économie vont fleurir, ceux des "services". Ne nous inquiétons pas, nous n’assistons qu’à un déplacement, une transformation du travail, dans le jargon on appelle ça un "déversement". Les emplois et les actifs/actives du secteur secondaire se déversent dans le secteur tertiaire et bientôt quaternaire. Cette phase de transition est forcément douloureuse.

"Lors des révolutions techniques précédentes, on a chaque fois (...) mis au chômage une partie de la population. (...) Mais au bout d’une génération, on créait de nouveaux emplois." (DS)[3]

"On parlait de fin du travail en 1830" (DS), quand le secteur primaire se déversait dans le secteur secondaire, alors, de grâce, ne répétons pas les mêmes inepties et gardons confiance dans le travail.

Dommage. Certain-e-s hurluberlu-e-s se demandaient si l’agonie du travail n’était pas, au fond, une opportunité à saisir.

"Nous vivons une mutation fondamentale et irréversible qui (...) tend à éliminer le salariat, et porte en elle des chances immenses, à condition que nous cherchions à nous emparer des changements au lieu de nous lamenter et de chercher à les combattre." (AG)

"L’automatisation libérera l’Homme de son fardeau le plus ancien et le plus naturel, le fardeau du travail, l’asservissement de la nécessité" se réjouissait Hannah Arendt et d’autres. Alors pourquoi sommes-nous tant attaché-e-s au travail, tant affolé-e-s de son hypothétique disparition ?

"La situation dans laquelle se trouvent les sociétés industrialisées apparaît éminemment paradoxale : (...) nous sommes capables de produire toujours plus avec toujours moins de travail humain ; un desserrement de la contrainte qu’exerce sur nous le travail apparaît enfin possible, mais un long cortège de lamentations accompagne cette évolution." (DM)[4]

"A mesure que la machine se perfectionne et abat le travail de l’Homme avec une rapidité et une précision sans cesse croissantes, l’ouvrier, au lieu de prolonger son repos d’autant, redouble d’ardeur, comme s’il voulait rivaliser avec la machine. O concurrence absurde et meurtrière !" (PL)[5]

Le rapport au travail devient sens dessus-dessous. Dans la Grèce antique on ne voulait pas travailler mais les nécessités matérielles de la vie nous y obligeaient ; aujourd’hui, grâce à la technique, on n’est plus obligé-e-s de travailler pour produire de quoi survivre, mais on veut absolument continuer à travailler. Jadis, on rendait service à la société en travaillant, aujourd’hui, la société nous rend service en nous permettant de travailler.

"Jadis, il fallait des travailleurs parce qu’il y avait du travail, aujourd’hui il faut du travail parce qu’il y a des travailleurs et nul ne sait qu’en faire, parce que les machines travaillent plus vite, mieux et pour moins cher." (CH)

La raison de cet attachement viscéral au travail, c’est que la société apprend et oblige l’individu à fonder sa vie sur le travail, aussi bien économiquement que moralement.

Economiquement, parce que depuis les révolutions bourgeoises, nos sociétés n’ont instauré aucun autre moyen de survivre que l’argent et le travail ; l’idée de dissocier un revenu (ce qui nous permet de survivre) du travail, avec le RMI par exemple, est pour certain-e-s une nouveauté complète (et farfelue...), pour d’autres un archaïsme (puisque jadis, les nobles se vautraient dans une dissociation de ce type).

"Nos sociétés, pour lesquelles le revenu est (uniquement) la contrepartie d’un travail, lui-même unique mode de socialisation." (J.-P. Maréchal)

Moralement, parce qu’en effet notre société ne prévoit pas (ou peu) d’autres vecteurs de reconnaissance sociale, de valorisation, de lien social, que le travail.

"Aujourd’hui la position dans le travail détermine tout le reste. En manquer implique derechef la non-participation à la vie sociale, politique, culturelle." (DM)

"Il ne faut pas négliger le lien originel, qui reste essentiel, entre le travail productif et la citoyenneté. Le citoyen acquiert sa dignité en travaillant." (DS)

Bref, "nous appartenons, que nous le regrettions ou non, à des sociétés organisées autour de la production de biens et de services." (DS)

Les racines de notre culture du travail sont d’autant plus solides qu’elles sont anciennes.

"Tu travailleras à la sueur de ton front." (Dieu à Adam, la Bible)

"L’Homme est né pour travailler comme l’oiseau est né pour voler." (Martin Luther, XVème siècle)

"Ceux qui ne sont pas occupés se livrent à toutes sortes de débauches" (dictionnaire la Furetière, XVIIème siècle)

"Un homme n’est pas pauvre parce qu’il n’a rien mais parce qu’il ne travaille pas." (Montesquieu, XVIIIème siècle)

"(Marx) adopte la pensée selon laquelle l’Homme devient lui-même dans et par son travail, et qu'on doit lui en donner les moyens, au lieu de l’aliéner." (DS)

"L’idéologie du travail est devenue le dénominateur commun des trois grands courants : chrétien, humaniste et marxiste." (Robert Solé)

La puissance et l’hégémonie de la culture du travail s’expriment aujourd’hui dans la fameuse et violente "culture d’entreprise".

"L’entreprise exige un engagement total, intellectuel et personnel, de ceux qu’elle emploie." (C. Golfinger)

"Il y a une génération de cela, les sociologues prédisaient que les ordinateurs accroîtraient la productivité au point d’offrir aux Etats-Unis un week-end de trois jours. Nous allions entrer dans "l’ère des loisirs". Au lieu de cela, les portables, (...) les messageries électroniques et autres gadgets du même type invitent les Américains à travailler partout où ils se trouvent." (Jodi Wilgoren)

"En fait les gens travaillent tout le temps. La culture d’entreprise ne permet pas de savoir quand il est possible de s’arrêter." (un employé américain cité par le Los Angeles Times)

"Une enquête récente réalisée par le Centre japonais de la productivité auprès des jeunes diplômés montre que ces derniers (75%) préfèrent annuler une soirée avec leur ami-e pour effectuer des heures supplémentaires." (quotidien Nihon Keizai Shimbun)

"Les gens sont de plus en plus nombreux à percevoir leur lieu de travail comme le centre vital de leur existence." (Jodi Wilgoren)

Ainsi, nous avons d’un côté une réalité du travail, une réalité économique qui fluctue, qui a des pics et des creux, et de l’autre, une culture du travail qui, elle, reste forte et constante. Il arrive donc, lors des crises, que le travail vienne à manquer, sans que sa valeur, son aura, dans la société et dans nos têtes, soit d’un minimum érodée. Et c’est là que ça fait mal.

"Une société basée sur le travail, qui supprime elle-même le travail, tout en le maintenant comme valeur suprême." (Assemblée Générale de Jussieu)

"J’ai observé combien les chômeurs étaient désocialisés et se sentaient atteints dans leur dignité personnelle. L’épreuve qu’ils traversaient révélait la prégnance de la norme du travail." (DS)

"La réduction séculaire du temps de travail ne s’est pas accompagnée d’un affaiblissement de la norme. (...) On travaille moins, mais le travail reste central, pour ceux qui travaillent comme pour ceux qui ne travaillent pas." (DS)

""Si chaque outil pouvait exercer lui-même sa fonction propre, si par exemple les navettes tissaient d’elles-mêmes, le chef d’atelier n’aurait plus besoin d’aides, ni le maître d’esclaves." (Aristote.) Aujourd’hui le rêve s’est réalisé, mais en cauchemar pour tous, parce que les relations sociales n’ont pas évolué aussi vite que la technique." (CH)

"Une société de travailleurs qui n’a plus assez de travail." (Hannah Arendt)

De quoi faut-il se débarrasser ? Du chômage ou du travail ? Faut-il remettre en cause la culture du travail ?

("non")

A travers son bouquin Contre la fin du travail (Textuel, 1997), Dominique Schnapper (DS) écrit un véritable réquisitoire en faveur du travail. Selon elle, il faut réfléchir à des moyens de soigner le travail, de l’aider à passer les transitions difficiles, d’aider les emplois à se déverser dans les nouveaux secteurs économiques.

"Au lieu d’envisager la fin du travail, il faut penser les nouvelles formes de travail." (DS)

Elle part d’un point de vue très pragmatique. Les changements de culture, de mentalités, ne sont pas pour demain (la révolution non plus), et il ne sert à rien de dépenser de l’énergie là-dessus. Mettons plutôt du sparadrap sur la réalité.

"L’idée que l’on pourrait jeter tout ça par-dessus bord me paraît dangereuse et naïve, car elle dispense de faire l’effort de réfléchir aux moyens d’améliorer la réalité." (DS)

"Il faut réfléchir non pas contre le travail - c’est utopique donc ça n’aide personne - mais sur les moyens de l’aménager pour qu’il retrouve sa capacité d’intégrer [les citoyens] dans la vie collective." (DS)

Le bouquin "Contre la fin du travail" est intéressant parce qu’il rassemble et synthétise bien tous les discours capitalistes, classiques, centristes, sur le travail, tout ce que pourraient dire les pontes du P.S. ou du R.P.R. à ce sujet.

("oui")

" Combien de temps encore, à votre avis, nous faudra-t-il subir un discours officiel obsolète, évoquant la baisse du chômage, quand c’est de baisse du travail qu’il faudrait parler ?" (Arnaud Vincent)

Plusieurs livres sont sortis dans la dernière décennie pour relayer, au contraire, la vision minoritaire, et critique, du travail. Jeremy Rifkin lance le débat avec "La fin du travail" : il trouve urgent de réfléchir à ce qui remplacera le travail plutôt qu’à ce qui l’aidera à se maintenir (les écrits de Dominique Schnapper sont une réponse directe à cet ouvrage). André Gorz (AG) renchérit en affirmant qu’on ne peut soigner la précarité sans en combattre l’une des racines : le culte du travail.

"Un nouveau système s’est mis en place qui abolit massivement le travail. Il restaure les pires formes de domination, d’asservissement, d’exploitation, en contraignant tous à ce battre pour ce travail qu’elle abolit. Ce n’est pas cette abolition qu’il faut lui reprocher, c’est de prétendre perpétuer comme obligation, comme norme, comme fondement irremplaçable des droits et de la dignité de tous ce même travail dont il abolit les normes, la dignité et l’accessibilité. Il faut oser vouloir l’exode de la société du travail." (AG)

Dominique Méda (DM) rejoint ce propos.

"Toutes les solutions proposées aujourd’hui pour lutter contre le chômage - parfaitement compréhensibles dans le court-terme - ne font que renforcer l’emprise (du travail) donc ne permettent pas de traiter (le problème) en profondeur." (DM)

Elle fonde sa réflexion sur certains idéaux de la Grèce antique, où le travail, complètement dévalorisé, accaparait l’être humain et l’empêchait de se dédier à des activités plus "nobles".

"Au modèle actuel du partage du travail, où les jeunes, les plus de 55 ans, et bien d’autres, accèdent au travail avec de plus en plus de difficultés, pendant que les autres sont débordés (...) j’oppose un autre modèle. Celui où tous les individus auraient accès à la gamme diversifiée des activités humaines, celles qui rendent pleinement humains les Hommes et pleinement civilisée la société." (DM)

Elle propose une société où l’activité productive n’occuperait plus une place centrale et écrasante. Une société où l’activité productive ne solliciterait pas plus de temps et de valorisation que l’activité relationnelle, politique ou culturelle.

"Au lieu de créer des activités pour singer le travail, mieux vaudrait que chacun en ait un véritable, au temps plus réduit, mais exercé au sein de règles identiques pour tous, et qu’à côté se développent d’autres activités, non productives, mais extrêmement nécessaires à l’équilibre individuel et à la "cohésion sociale"." (DM)

Voyons un peu sur quels thèmes et quels arguments polémiquent les partisan-e-s et les adversaires de la société du travail.

L’ÉPANOUISSEMENT
("non")

Pour les un-e-s, le travail est essentiel pour l’individu.

"Un travail, c’est le moyen d’assurer la survie matérielle, de structurer le temps et l’espace, c’est le lieu d’expression de la dignité de soi et des échanges sociaux." (DS)

"Le travail est devenu une fin en soi. Il est ce que vous êtes. Il est la réponse aux questions sur l’identité et sur le sens." (Ben Hunnicut)

"Plus le travail perd son attrait, plus les grands maîtres de la société font valoir que non seulement (il) rend libre, mais que de surcroît il rend heureux." (Ulrich Beck)

("oui")

Pour les autres, le travail n’est pas un bien, le travail est une peine. La preuve, c’est qu’on nous rétribue pour le faire, et que ceux et celles qui en avaient les moyens, les riches et les puissant-e-s, s’en sont toujours tenu-e-s à l’écart.

Toute activité peut-être un véritable plaisir et un véritable enrichissement. Mais toute activité devient une peine quand elle monopolise l’énergie de l’individu trop longtemps, de manière exclusive et trop répétée.

"N’est-il pas étrange que des travailleurs agricoles peinent dans les champs pendant que leurs maîtres air conditionné rentrent chez eux pour se livrer aux joies du jardinage ?" (BB)[6]

"Même les activités qui recèlent quelque contenu ludique finissent par le perdre en étant réduites à des besognes que des gens formés à ces tâches, et uniquement ces gens-là, sont contraints d’exercer à l’exclusion de toute autre activité." (BB)

Or le travail dans notre société est de plus en plus spécialisé... difficile de s’y épanouir.

"La politique de l’emploi pour l’emploi finit par faire de chacun le spécialiste certifié d’une seule activité, incompétent, dépendant et irresponsable pour tout le reste." (AG)

"Les individus pourraient développer l’ensemble des activités dont ils sont doués." (Roger Sue)

Toute activité devient pénible, par ailleurs, quand elle n’est plus exercée pour elle-même, quand elle n’est plus gratuite. Quand l’activité n’est plus un but, mais un simple moyen, pour obtenir une récompense, ou pour satisfaire des contraintes, elle perd toute sa saveur, et se teinte de peur, d’angoisse.

"L’animal travaille lorsque la privation est le principal ressort de son activité, et il joue quand c’est la profusion de ses forces qui est ce ressort, quand la vie, par sa surabondance, stimule elle-même l’activité." (Friedrich Schiller)

"Ce qui pourrait être un jeu devient un travail s’il est effectué sous la contrainte - c’est l’évidence même." (BB)

Or, l’activité que reconnaît et rémunère notre société est toujours soumise à des contraintes, ne serait-ce que celle du gain, mais aussi, très souvent, celles de la hiérarchie et de la rentabilité.

"Quiconque échange son labeur contre de l’argent se vend lui-même, donc se place lui-même dans les rangs des esclaves." (Cicéron)

L’INSERTION
("non")

Pour les un-e-s, l’insertion c’est le mot magique, qui les précipite au chevet du travail et justifie tous les brancards du monde.

Dans notre société, le travail n’offre pas que des sous : il offre reconnaissance sociale et réseaux de connaissances. La preuve, c’est les nombreux cas de ce que les sociologues appellent "le chômage total" et caricaturent de la manière suivante : l’homme perd son travail, et du coup pas seulement de l’argent, mais aussi ses ami-e-s, son statut social, son estime de soi, sa femme, son logement, et devient un "exclu". La spirale est tellement puissante qu’à aucun moment l’individu ne retrouve le courage et la force de mettre une cravate pour passer des entretiens d’embauche. Le chômage total serait la preuve de la nécessité absolue de sauver le travail dans une société qui en a fait le ou l’un des principaux vecteurs de lien social.

"L’entreprise est un lieu de la socialisation, essentiel dans une société productiviste, aussi bien que la famille et l’école." (DS)

"Le travail est le principal créateur de lien social. Etre privé d’emploi, ce n’est pas seulement tomber dans la précarité économique, c’est aussi être privé de relations, de rôle, de fonction. Bref, d’utilité sociale reconnue." (Denis Clerc)

"On croyait pouvoir s’en passer, mais ce n’était qu’un rêve : la société sans travail, ou avec peu de travail, est peut-être techniquement possible, mais elle ne l’est pas socialement." (Denis Clerc)

("oui")

Mais justement, faire du travail le principal vecteur de lien social, voilà l’aberration ! Ou, dit d’une manière plus complète et plus savante par un savant,"dans une société où le travail devient précaire, il devient dangereux d’attribuer au seul travail la capacité de produire du lien social." (Robert Castel)

Le lien social, d’après Dominique Méda, pourrait aussi bien être assuré par l’activité relationnelle et l’activité politique, si elles n’étaient pas bridées par le travail, qui prend trop de temps et d’énergie. Ce n’est pas en privant l’être humain de travail qu’on lui ôte toute capacité et toute envie de s’intéresser à son voisin ou sa voisine, de se préoccuper de lui ou d’elle, bref, de développer des relations. Ou alors, on est tombé-e-s bien bas.

L’Homme dont on libère le temps et l’énergie, en le libérant du travail, et en lui apprenant à être acteur, devient-il un loup pour l’Homme ? Provoque-t-il l’effondrement d’une société ? Ou au contraire, se défait-il de ses tensions et frustrations, de ses peurs et de sa violence ? Certain-e-s partent du principe qu’une société d’individus libres et épanouis est forcément une société équilibrée.

Notre misère, c'est :

"la priorité que des parents inquiets donnent à la socialisation par l’école sur l’éducation ; à la réussite scolaire sur l’épanouissement sensoriel et affectif ; à l’acquisition des "compétences sociales" sur le développement de facultés imaginatives et créatrices, de la capacité de se prendre en charge et d’accéder à l’estime de soi en dehors des sentiers tracés. La socialisation continuera à produire des individus frustrés, inadaptés, mutilés, déboussolés, aussi longtemps qu’elle persistera à tout miser sur "l’intégration sociale par l’emploi", sur l’intégration dans une "société de travailleurs", où toutes les activités sont considérées comme des moyens de gagner sa vie." (AG)

LA RECONNAISSANCE SOCIALE
("non")

Les un-e-s rappellent que le travail salarié est la seule activité reconnue par la société.

"L’Homme dans son activité professionnelle exprime sa capacité de faire, sa capacité d’être utile, sa capacité de montrer ses compétences." (DS)

Le sens de la vie, dans nos sociétés, est la réussite sociale, surtout dans des pays comme la France où l’esprit de compétition, la tradition élitiste et le sens de l’honneur sont intégrés dès l’école. Or cette réussite sociale s’obtient par le travail.

"Dans les sociétés modernes, plus on est important, plus on travaille" (DS)

Les cadres ont bien remarqué que la surcharge de travail est généralement perçue de façon positive. Alors que le temps partiel, lui, évoque l’inachèvement, dévalorise le travailleur ou la travailleuse, et bloque l’avancement de sa carrière.

Notre place dans la société est donc fortement liée au travail. Quel fut le principal moyen choisi par les femmes pour s’émanciper ? Se mettre à travailler. Quand juge-t-on qu’un enfant n’est plus un enfant mais un adulte ? Quand il commence à travailler.

("oui")

Pour les autres, il est dommage que la société ne reconnaisse que le travail d’un individu. Les aptitudes que l’on exprime dans son travail et les qualités qu’on y démontre ne sont qu’une partie de ces aptitudes et de ces qualités, et la société a vite fait d’oublier les autres. Un chômeur ou une chômeuse peut déployer ses aptitudes et ses qualités dans des tas d’activités qui ne sont pas salariées.

"Chômage est un mauvais mot. Un chômeur n’est qu’un travailleur sans travail. Ce qui ne dit rien de la personne comme poète, comme flâneur, comme chercheur, comme respirateur." (CH)

"Le besoin impérieux d’un revenu suffisant et stable est une chose ; le besoin d’agir, d’œuvrer, de se mesurer aux autres, d’être apprécié par eux est une chose distincte, qui ne se confond pas, ni ne coïncide avec la première." (AG)

Bref, il ne faut pas réduire l’individu à son travail.

LA RICHESSE
("non")

Les un-e-s invoquent le travail comme facteur de richesse.

"Quand, dans notre Histoire, on a diminué autoritairement et globalement le temps de travail, la production a baissé et nous nous sommes tous appauvris." (DS)

En effet, la réduction du temps de travail appauvrit non seulement l’individu (qui gagne moins, ce qui est d’autant plus handicapant dans une société de consommation, où l’argent est le sésame qui ouvre toutes les portes...) mais aussi la société dans son ensemble, qui consomme moins, et produit moins, ce qui peut être catastrophique dans une société libérale mondialisée.

"Il ne faut pas oublier que les non-européens travaillent plus que nous et que nous participons au même marché. Il faut rester compétitifs, c’est une nécessité. Sinon nous nous appauvrirons." (DS)

("oui")

Pour les autres, il faudrait remettre en cause cette obsession de la richesse et de la productivité.

Vicki Robin (VR) et d’autres proposent à l’individu un nouveau mode de vie : travailler moins, gagner moins, dépenser moins, vivre de manière plus simple, plus créative, plus délectée. Et si c’est un principe difficile à pratiquer dans la société de consommation, c’est qu’il faudrait peut-être songer à s’en émanciper... L’accumulation de biens qu’on nous vante ne sert pas plus qu’elle ne nous rend heureux et heureuses. Pour alimenter la consommation, la société nous invente des besoins à la pelle, des dépendances matérielles absurdes, qui ne nous auraient même pas effleuré l’esprit deux ans avant l’apparition de telle ou telle nouvelle technologie. On vit très bien sans télé, par exemple. Et puis, il est maintenant scientifiquement prouvé, d’après un article du New York Times, que l’argent ne fait pas le bonheur...

"Nous vivons dans une société qui prétend que plus est synonyme de mieux. Sur le plan psychologique, c’est une impasse absolue. On n’en a jamais assez." (VR)[7]

"Finalement tout l’argent du monde (ne sert à rien si vous n’avez pas le temps de le dépenser). C’est ça l’ironie du sort : vous n’avez rien si vous ne travaillez pas, et quand vous travaillez, vous ne profitez de rien." (une employée américaine citée par le Los Angeles Times)

Le lien entre productivité et richesse de toute la société n’est par ailleurs ni automatique ni évident. La preuve, c’est qu’au début des années 90, la productivité a augmenté de manière vertigineuse, et la précarité aussi. La question à poser est davantage celle de la répartition de la production et des richesses.

Enfin, notre surproduction n’a pas le moins du monde besoin d’aide : on est même obligés de détruire une partie de nos produits pour que le système fonctionne (quotas en agriculture, destruction des surplus...).

"Le grand problème du capitalisme n’est pas de trouver des producteurs et de récupérer leurs forces, mais de découvrir des consommateurs et de leur créer des besoins factices." (PL)

Et notre société produirait moins si l’on travaillait moins ? Tant mieux ! Il est temps d’en finir avec ce gaspillage et ce broyage de l’environnement. Il est temps de se poser la question de ce qu’il est vraiment utile et bon de produire.

"Une course à la production qui nous entraîne vers une fuite en avant sans fin." (Philippe Petit)

"Aujourd’hui, notre société est riche, elle n’a plus besoin d’autant de travail pour vivre, et même pour survivre. Pour atteindre le niveau de vie de 1967, il nous suffirait de travailler 2 heures par jour." (Alexandre Bergmann)

LE TEMPS
("non")

Pour les un-e-s, le travail est important parce qu’il nous occupe. Sans lui, l’individu se retrouverait face à un temps libre qu’il n’a jamais appris à gérer.

"Comment nos enfants vont-ils savoir profiter de leur temps de loisir, de détente et d’étude, si nous-mêmes, depuis longtemps, ne savons plus le faire ?" (Melissa Ben)

L’individu dont on a libéré le temps deviendra donc bien vite une loque livrée à la paresse et la déchéance, un légume planté devant la télé. Ou, plus poliment dit :

"Il n’est pas sûr que beaucoup de personnes profitent du non-travail pour lire Platon." (DS)

Le plus grand danger du temps libre, c’est que d’un coup on a le temps de penser, on se retrouve face à soi-même, face à des questionnements profonds, qui peuvent être trop angoissants.

"Les Hommes ont besoin de se donner une raison de vivre. (...) Lorsqu’ils sont soumis à la nécessité d’assurer leur survie quotidienne, ils se posent peut-être moins de questions sur leur destin" (DS)

"L’angoisse de la mort est un luxe qui touche beaucoup plus l’oisif que le travailleur." (Albert Camus)

Le travail est un bon moyen d’oublier tout ça.

("oui")

Pour les autres, il est urgent, justement, que l’Homme (ré)apprenne à assumer et profiter de son temps libre plutôt qu’à le fuir, à reprendre le contrôle de sa vie. La société ne l’aide pas dans ce sens-là. Elle a toujours essayé de remplir son temps, dès son plus jeune âge elle s’affole quand il "traîne" ou "joue", elle le gave de devoirs le soir pour faire la jonction entre l’école et le sommeil, c’est-à-dire pour le maintenir en sommeil. Difficile dans ces circonstances d’apprendre à être autonome et créative/créatif, difficile, plus tard, de ne pas se sentir perdu-e quand aucune autorité ne désigne une tâche à accomplir.

Difficile aussi d’être active/actif et créatif/créative durant son temps libre quand la journée de travail a été crevante au point d’exiger du repos et rien d’autre. Le travail n’accapare peut-être pas tout notre temps, mais il accapare toute notre énergie et notre concentration. Le temps libre n’est pas apprécié parce qu’on trouve enfin l’espace d’avoir des activités totalement gratuites et totalement choisies, il est apprécié parce qu’il nous offre du répit.

"(Le temps libre est vécu) comme temps de récupération et donc, paradoxalement, comme encore voué à l’entreprise." (Alain Tonnelé)

"Le temps libre est principalement consacré à se préparer pour le travail, à revenir du travail, à surmonter la fatigue du travail." (BB)

Evidemment l’industrie des loisirs s’en ravit, et nous vend un encadrement confortable entièrement adapté à cette passivité et cette fatigue : télé, voyages organisés, drogues en tout genre... C’est le couronnement de la société de la consommation : nous ne construisons pas notre temps libre, nous le consommons. Ce qui permet de créer des emplois...

Ce n’est donc pas le temps libre qui fait de nous des légumes, c’est le travail, qui nous rend passifs/passives pendant la journée et passifs/passives le soir. On pourrait inverser les termes, et appeler "inactifs" les gens qui travaillent...

"Le travail est ce que l’homme a trouvé de mieux pour ne rien faire de sa vie." (Raoul Vaneigem)

"La vie de travail n’est que l’existence abstraite de l’individu." (Marx jeune)

"Le projet d’un temps réellement vécu nous est bien plus passionnant que le temps vide ou mesuré, passé entre sa télévision, son boulot ou son bureau d’aide sociale." (Assemblée Générale de Jussieu)

Etre au chômage c’est donc peut-être l’occasion de prendre le temps d’être actifs et actives. Dans notre société, comme l’indique Paul Lafargue (PL), la seule période prévue où l’on peut le faire, c’est la retraite, c’est-à-dire la période où l’énergie manque le plus... Ne l’attendons pas !

"On peut définir notre but comme une reconquête du temps. Nous sommes donc tout sauf inactifs, alors que la soi-disant "population active" ne peut qu’obéir passivement au destin et aux ordres de supérieurs hiérarchiques. C’est bien parce que nous sommes actifs que nous n’avons pas le temps de travailler." (CH)

"Les gens sont beaucoup plus productifs hors du temps de travail que pendant, y compris en valeur marchande. C’est durant leur vie privée que les gens s’investissent, se forment, accumulent un capital culturel, social, relationnel." (Roger Sue)

Le chômage (et plus globalement la libération du travail) est donc parfois vécu comme une aubaine, on cesse de perdre sa vie à la gagner, on abandonne le métro-boulot-dodo, on peut enfin savourer vraiment sa vie et en choisir le sens.

LA POLITIQUE
("oui")

Pourquoi nos pseudo-démocraties soulèvent-elles si peu d’intérêt ? Parce qu’elles ne sont que des pseudo-démocraties, qu’elles sont lointaines, jacobines, enarquifiées, parce qu’elles ne donnent pas vraiment l’impression au "peuple" d’avoir une prise sur son sort et sa société. Mais aussi parce que les "citoyen-ne-s" n’ont pas le temps de s’intéresser aux questions de société, qu’ils et elles n’ont pas la moindre envie, en rentrant du boulot, de lire ou de débattre sur la manière dont elles et ils vont organiser leur vie collective.

"Socrate disait que les travailleurs manuels faisaient de piètres amis et de piètres citoyens, parce qu’ils n’avaient pas le temps de remplir les devoirs de l’amitié et de la citoyenneté." (BB)

Beaucoup choisissent ainsi de laisser la politique à ses spécialistes : les politicard-e-s, qui gagnent en pouvoir ce que leurs administré-e-s abandonnent en termes de conscience globale. Ainsi, Léo Richaud affirme que le travail et la démocratie sont en contradiction. Bob Black (BB) parle, lui, du travail comme de la plus redoutable des polices, celle qui nous ôte sans crier gare la force et le temps de réagir et de réfléchir à ce que les dirigeant-e-s prévoient pour nos vies.

L’avenir de la culture du travail

Le travail est dans notre société une valeur solide, consensuelle, voire oppressante. Si notre reconnaissance sociale se fonde sur le travail, c’est-à-dire sur l’idée de sacrifice et de douleur, c’est que nous avons une culture bien triste et malsaine... Il faut être sérieux ou sérieuse, souffrir, fatiguer, pour avoir de l’importance...

""Vous faites quoi dans la vie ?" est l’une des premières questions que vous posera un inconnu. Ne vous avisez pas de répondre "je m’amuse", même si c’est vrai, vous perdriez toute crédibilité. Pour être crédible, il faut ployer sous le travail, peu importe qu’il soit parfaitement inutile. Je travaille donc je suis." (Le Matin)

Et cette culture est d’autant plus répandue qu’elle supporte mal qu’on la contredise. Surtout en période de crise : "tu critiques le travail ? Tu devrais déjà être content d’en avoir un !"

"Il y a vingt ans, les ouvriers pouvaient encore mettre en question le travail en soi. Aujourd’hui, ils sont obligés de feindre d’être satisfaits, pour la simple raison qu’ils ont du travail. Il est désormais hors de question de critiquer le travail." (CH)

"Le vrai problème n’est pas le manque de travail, c’est le manque d’argent. Comme il ne faut pas le dire ouvertement, tout le monde doit prétendre vouloir un emploi, même absurde, pour ne pas manquer d’argent." (CH)

Deux exemples extrêmes prouvent la dureté et l’oppression de la norme du travail. Le premier est le fameux "chômage total" qui terrorise les sociologues évoqué-e-s plus haut. L’individu est tellement imprégné de la norme du travail que sa vie entière s’effondre quand il se retrouve au chômage, alors que cette étape pourrait être libératrice.

"Si le chômeur est malheureux, c’est aussi parce que le travail est la seule norme sociale qu’il connaisse. Il n’a rien à faire, il s’ennuie, il ne connaît personne, parce que le travail est souvent le seul lien social disponible. Il est bien clair que la cause d’une telle misère existentielle est à chercher dans le travail et non dans le chômage en lui-même." (CH)

C’est notre société et notre culture qui ont rendu le chômage insupportable.

"Le chômeur ne se sent pas le droit d’adopter des activités de vacances, il ne peut pas jouer aux boules comme le retraité, il doit être un "bon chômeur" qui cherche du travail. C’est d’ailleurs pourquoi le chômeur qui devient retraité est soulagé, même si (...) sa situation est objectivement la même. (...) Être retraité, c’est justifier d’un statut supérieur qui justifie le non-emploi." (DS)

Le deuxième exemple est le phénomène japonais grandissant du "karo-jisatsu" : le suicide par excès de travail. Un quotidien nippon citait en 1998 la lettre d’adieu d’un employé ainsi suicidé : il expliquait s’être tué parce qu’il se sentait incapable d’accomplir tout le travail qu’on attendait de lui.

Certain-e-s parlent donc de l’urgence de se débarrasser d’une pareille valeur dictatoriale.

"Ce serait une sorte de révolution culturelle que de passer de la valorisation de la production des objets à la valorisation des relations entre les Hommes." (DS)

"A l"aube du troisième millénaire, on s’efforce de dépasser le concept archaïque de revenu par habitant, au profit de celui de bonheur par habitant." (Rafael Jorba)

"Habituer les gens à penser que la vie est autre chose que le travail." (J. Robin)

Certain-e-s, sur cette éventualité, sont optimistes. D’après les sondages, par exemple, (et s’il faut les croire), en 1992 45% des Américain-e-s aspiraient à travailler moins, et en 1997 ce chiffre avait grimpé à 65 %.

"A Dresde, un tiers de la population active bénéficiaire de l’aide sociale a préféré renoncer aux prestations plutôt que de se voir imposer une activité."(Ulrich Beck)

D’autres sont plus sceptiques.

"(En 1980) de jeunes chômeurs, diplômés, participant à la contre-culture des années post-68, faisaient (...) joyeusement l’expérience du chômage, grâce auquel ils pouvaient retrouver les loisirs des étudiants sans soucis financiers immédiats, ou bien se livrer à leur "vocation", artistique ou intellectuelle. Condamnant les "40 heures" de travail de l’époque comme aliénantes, ils se déclaraient très heureux de pouvoir faire de la peinture ou écrire un livre, ou bien simplement de se promener dans la nature ou visiter les monuments historiques. J’avais alors parlé de chômage "inversé". Mais les enquêtes plus récentes ne retrouvent pas ce type d’expérience. (...) Les jeunes chômeurs aujourd’hui ne condamnent plus les obligations liées à l’emploi salarié, ils recherchent cet emploi." (DS)

Ouvertures

Ce dont cette brochure ne parle pas :

  • Les moyens concrets de s’éloigner du travail, à travers l’intervention de l’Etat : depuis le partage du travail jusqu’au revenu minimum universel, en passant par le temps partiel, et par la "semaine de 4 jours à la carte ".

  • Les moyens concrets de s’éloigner du travail, sans l’intervention de l’Etat : depuis la construction de réseaux de lieux alternatifs, d’une société parallèle autonome, jusqu’à la pure et simple révolution.

  • L’abandon du travail et de la contrainte du gain comme acte militant, comme lutte sociale : depuis l’association des Chômeurs Heureux jusqu’à la fraude organisée, en passant par les squats et le mouvement Autonome en général.

  • Le débat sur la technologie. La fin du travail (ou presque) est aujourd’hui possible grâce à nos machines, qui pourraient assumer la charge des plus gros efforts. Mais certain-e-s critiquent le travail autant que la technologie, comme deux produits d’un même système de pensée et d’exploitation. Ils et elles proposent de revoir sérieusement nos besoins à la baisse plutôt que de chercher à les satisfaire par la technologie.

  • Les idées pour une organisation plus humaine du travail. On parle beaucoup de quantité de travail (et de sa baisse), mais peu de sa qualité. Pourtant il y en a des idées. Depuis les coopératives jusqu’aux unités de production autogérées.

  • La situation du Tiers-Monde. La réduction et la baisse du travail peuvent être facilement réalisables dans nos sociétés ultra-riches. Mais il faudrait considérer le partage des richesses entre Nord et Sud, avant que le luxe de la fin du travail dans le Nord ne s’avère être en réalité qu’un affront de plus financé par l’asservissement du Sud.

P.S.

Abréviations et lectures
  • AG = André Gorz. Auteur de Misère du présent, richesse du possible, éditions Galilée, 1997

  • CH = Association des Chômeurs Heureux. A écrit un manifeste.

  • DS = Dominique Schnapper.

  • DM = Dominique Méda. Auteure de Travail, une valeur en voie de disparition, éditions Alto, 1995

  • PL = Paul Lafargue. Auteur du Droit à la paresse, éditions Mille et une Nuits.

  • BB = Bob Black. Auteur de [[https://fr.theanarchistlibrary.org/library/bob-black-l-abolition-du-travail][Travailler, moi ? Jamais ! L’abolition du travail], éditions de l’Esprit Frappeur, 1997

  • VR = Vicki Robin. Auteure de La bourse ou la vie, 1993.


L’auteur de cette brochure s’est efforcé de produire ces textes par pur plaisir, hors de toute logique de travail. (Ça a pas été facile.) Il ne signe pas, non pas pour se déresponsabiliser de ses écrits, mais pour s’éloigner autant que possible des traditions de propriété intellectuelle. Il voudrait que les idées exprimées soient lues pour elles-mêmes et critiquées en elles-mêmes, sans que n’interviennent jamais des a priori (qu’ils soient négatifs ou positifs) quant à leur origine, et sans qu’elles soient jamais personnifiées ; il ne lui semble pas nécessaire de connaître l’auteur et le contexte de théories pour arriver à mieux se positionner par rapport à elles. D’ailleurs les théories qui flottent et se mêlent dans cette brochure sont le fruit de rencontres et de lectures tellement variées qu’elles ne peuvent pas avoir la prétention de provenir d’un individu précis, et à plus forte raison quand la brochure en question est émaillée de citations. L’auteur a pris le parti de mentionner le nom des productriceurs de ces citations, car cela correspond au degré de propriété intellectuelle (la réconnaissance morale) qu’il choisit de respecter, sans forcément vouloir en bénéficier lui-même. Par contre il n’ajoute à ces noms ni nationalité ni profession, car il ne voudrait pas réduire les producteurices correspondant-e-s à des caractéristiques absolument pas exhaustives de leur personne.

Cette brochure ne demande qu’à être photocopillée, modifiée, complétée, détournée. Son auteur serait ravi de recevoir une copie des versions ainsi transformées, s’il y en a, pour le plaisir du débat et pour continuer à recueillir des citations sur ce thème. Bises.

[1] AG = André Gorz. Auteur de Misère du présent, richesse du possible, éditions Galilée, 1997

[2] CH = Association des Chômeurs Heureux. A écrit un manifeste.

[3] DS = Dominique Schnapper.

[4] DM = Dominique Méda. Auteure de Travail, une valeur en voie de disparition, éditions Alto, 1995

[5] PL = Paul Lafargue. Auteur du Droit à la paresse, éditions Mille et une Nuits.

[6] BB = Bob Black. Auteur de Travailler, moi ? Jamais ! L’abolition du travail, éditions de l’Esprit Frappeur, 1997

[7] VR = Vicki Robin. Auteure de La bourse ou la vie, 1993.