Depuis le blocage de la rencontre de l’OMC, à Seattle l’an dernier [fin novembre 1999], les autorités locales et fédérales ont changé de façon significative leur tactique à l’endroit des manifestations organisées par la dissidence politique. Quelques années plus tôt, la police se contentait encore de surveiller les manifestations à distance, s’assurant que les participantEs respectent la loi. Maintenant, chaque grande manifestation est accompagnée d’une force militaire, hautement organisée, et qui a pour objectif de supprimer toutes les activités qui n’ont pas été préalablement approuvées et orchestrées par la police. Les droits et libertés civiles sont suspendus, des couvre-feux arbitraires sont imposés, les rassemblements de foule non-autorisés sont dispersés, et des zones étanches de toutes manifestations sont temporairement créées, protégées par des grillages et du béton armé. Dans les dernières années, les services policiers ont dépensé des millions de dollars en équipements et armes chimiques, et ont fait suivre un entraînement sur le contrôle des foules à leurs troupes. D’ailleurs, de nombreux documents officiels de la police attestent de la double nécessité de prendre des mesures préventives pour garder les gens hors des rues, et dans le cas contraire, de répondre rapidement et avec force lorsque les choses tournent mal.

Ceci n’a rien de surprenant. C’est la réponse logique et toute simple au fait, pour la première fois depuis des décennies, qu’une menace sérieuse s’oppose au fonctionnement du capitalisme et de l’État. Nous assistons à l’émergence d’une nouvelle forme d’action. L’objectif n’est plus qu’une simple mise en scène pour les médias, mais vise surtout à perturber l’infrastructure capitaliste en bloquant les principales artères, en forçant les entreprises à fermer, en détruisant la propriété des corporations et de la police et en empêchant la tenue d’importantes rencontres. De nombreux-ses militantEs radicaux-ales en sont venuEs à la conclusion que la participation aux manifestations approuvées par l’État ne constituait pas en soi une forme de résistance. Un permis ne sera jamais émis pour une révolution. Dans le but de s’opposer fermement au capitalisme, au patriarcat et à l’État, nous devons avoir recours aux actions militantes combatives, comprendre, orchestrer des actions directes.

Nous avons franchi un pas important et nous ne pouvons aucunement laisser la répression policière nous faire reculer. La lutte dans laquelle nous nous sommes engagéEs n’est pas un jeu. Nous combattons pour nos vies, pour nos communautés, et ce, en solidarité avec des personnes qui font de même, partout. Nous devons comprendre que la police et l’armée n’existent que pour protéger et défendre le système actuel de relations socio-économiques, et que toutes les tentatives pour l’abolir feront face à une violence sans retenue. Les seules options qu’il nous restent sont soit la reddition et la soumission ou la préparation nécessaire pour faire face à cet assaut avec détermination et protéger nos camarades, amiEs et communautés par tous les moyens nécessaires. Ceci ne devrait pas être interprété comme étant un appel démesuré à la violence. Cela veut simplement dire que l’on doit être capable de répondre fermement et de résister à la violence physique et économique de l’État.

Développer l’intelligence tactique

L’un des points faibles de notre mouvement est notre inaptitude à penser "tactiquement" et à agir rapidement et efficacement aux manœuvres de la police. Nous avons tendance à employer comme stratégie la marche d’un point à un autre ou de tenir de multiples positions grâce à des barricades, assumant que la police sera, soit prise par surprise ou bien qu’elle nous laissera faire ce que l’on veut. Malheureusement, les autorités ont pu étudier ces stratégies et ont pu parfaire leurs tactiques à un point tel qu’ils nous font une faveur lorsqu’ils nous laissent se rassembler. Sous la direction et la supervision d’un poste de commandement central, supporté par des hélicoptères et des unités de reconnaissance, les unités policières nous encerclent rapidement, nous privant ainsi de toutes les voies de sortie. Ensuite, elles pénètrent nos rangs pour nous diviser et nous disperser. Ce scénario s’est produit à de nombreuses reprises dans les derniers mois, notamment à Eugene, Minneapolis, Philadelphie, Montréal, Los Angeles, Cincinnati, etc. Visiblement, nous n’avons pas appris de notre leçon.

La police est une force de frappe hautement militarisée et sophistiquée, et dans le contexte de manifestations de masse, nous sommes ses ennemiEs. Nous sommes engagéEs dans une espèce de guerre, dont l’objectif principal est le contrôle de la rue. Tant et aussi longtemps que nous n’aurons pas compris la nature de cette situation, nous continuerons de perdre. Si nous voulons réussir à perturber suffisamment les entreprises, à un point où elles doivent cesser leurs activités, nous devons être préparéEs à nous confronter à la police sur une base tactique.

Connaissance du terrain

Nous devons connaître mieux l’environnement géographique que les policiers. Avant l’action, il est nécessaire d’étudier le terrain avec des cartes géographiques et de faire des tournées de reconnaissance - du repérage en jargon militant. Regardez pour d’éventuels endroits où la police pourrait se positionner pour nous piéger ; barrières physiques (rivières, clôtures, murs, etc.) ; rues principales ; voies sans issue ; couloirs ; espaces ouverts ; caméras de surveillance ; etc. Planifiez plusieurs routes de mouvement vers le lieu de confrontation et pensez aux voies de sortie. Être dans une ville où vous n’avez jamais mis les pieds à la veille d’une action directe, et ce, sans préparation, n’est pas à conseiller.

Décentralisation et groupes d’affinités

Chaque individu devrait faire partie de groupes d’affinités restreints. Ces derniers devraient ensuite s’organiser dans un regroupement plus large pour rendre l’encerclement et les arrestations difficiles, mais suffisamment petit pour permettre aux groupes de prendre des décisions et fonctionner rapidement. Il est important de ne pas adopter le genre de mentalité où tout émane de directives centralisées ou de l’avant de la marche. Plutôt, chaque regroupement devrait être préparé à se déployer et à agir de façon autonome, à la fois pour aider ceux et celles qui font face aux assauts de la police et/ou pour s’attaquer à des cibles spécifiques. Ce modèle d’action permet de préserver l’indépendance d’une multitude d’unités qui se supportent à la fois sur le terrain, contre la police.

C’est aussi une façon de garder notre stratégie secrète. À l’inverse des non-violentEs dogmatiques qui révèlent à l’avance toute leur tactique sous prétexte de transparence, nous devons sauvegarder les informations hors du milieu policier le plus longtemps possible. Ceci nous permet d’être davantage efficace, de prendre par surprise nos adversaires.

Communication

Chaque regroupement doit établir son système de communication, qui peut se former de messagers, radios CB, cellulaires, scanner, cyclistes, etc. L’objectif est de coordonner nos efforts et de demeurer informéEs de la localisation et des mouvements des flics.

Mobilité

La principale stratégie de la police est de limiter le plus possible nos mouvements. Que l’on se trouve dans une grande foule ou dans un petit groupe, il importe de toujours bouger, afin d’éviter d’être encercléEs, puis arrêtéEs. À moins d’être blesséEs ou souffrant d’une quelconque incapacité, les traînardEs devraient accélérer le pas au lieu de penser que tout le groupe va ralentir pour les attendre. En résumé, nous devons penser et agir rapidement.

Spontanéité

Nous devons être capable de répondre de manière créative et immédiate aux situations variées. Les forces policières prennent de l’ampleur au fur et à mesure que l’on attend pour agir. Il faut être prêtE à tout instant, à charger, se retirer, se disperser, changer de direction, se regrouper ou pour toute autre action qui n’est pas envisagée d’avance.

Tactiques pour éviter l’arrestation

Ne laissez pas la police se déplacer librement dans une foule. Demeurez toujours en rang serré. Vous devriez être entouréE de personnes que vous connaissez, et non par des flics déguisés. Comblez les trous. Protégez les voies de sortie. Si votre dernier point de fuite est susceptible d’être bloqué par les flics, rendez vous là avant eux ! Lorsque la police vous dit de demeurer sur le trottoir, ignorez-la. Lorsqu’elle commence à pousser, unissez-vous et poussez à votre tour. Si vous vous trouvez encercléEs, chargez la police au point où leur ligne est la plus faible. Si un groupe initie une charge, suivez-les. Une fois que la ligne est brisée, gardez la brèche ouverte en poussant les éléments résiduels. Si un autre groupe se retrouve encerclé, aidez-le à passer la ligne de la police en attaquant par derrière, lorsque c’est possible. Se faire frapper dessus à coups de bâton fait mal. Des morceaux de contre-plaqués, des couvercles de barils métalliques, de barils sciés en deux, etc. font d’excellents boucliers.

Lorsque les policiers attrapent quelqu’unE, empêchez l’arrestation en fonçant sur les flics et en tirant la victime vers nos camarades. Si les flics sont déterminés, soyez-le aussi et foutez le camp en courant aussi vite que vous pouvez. Si vous êtes poursuiviEs, vous pouvez ériger rapidement des barricades pour ralentir les flics. Des conteneurs à déchets en feu font peur aux chevaux, réduisent la visibilité et forcent la police à briser leur formation. L’arrière d’une voiture est beaucoup plus léger que l’avant. Une demi-douzaine de personnes peuvent facilement déplacer la Mercedes d’un PDG ou d’un avocat. Les boîtes à journaux, poubelles, barrières de construction ou celles utilisées par la police peuvent toujours être utiles. Les véhicules de la police ne peuvent plus se déplacer une fois que leurs pneus ont été crevés ou bien lorsqu’ils ont été mis à feu. Les autobus peuvent également bouger lorsque vous ouvrez le compartiment à moteur (à l’arrière) et coupez les fils.

N’utilisez aucune de ces tactiques à moins qu’il semble qu’elles soient efficaces et que les autres vont vous aider. Si vous êtes prisES, vous pourriez vous retrouver en prison pour un bon moment, ce que l’on ne souhaite nullement. Vous devez reconnaître une situation lorsqu’elle a du potentiel et lorsqu’elle n’en a pas. Si vous n’êtes pas en mesure d’affronter la police et de gagner, retournez à la maison. Vous aurez une autre chance. Si la police charge quand même, courez aussi vite que vous pouvez. Si vous voulez être efficace dans la rue, unissez-vous et entraînez-vous ! Si vous voulez être appuyéE, organisez des séances d’entraînement.

Assumez que la police a déjà lu ce petit manuel et développe des contre-tactiques. Arrivez avec de meilleures idées, mais réalisez qu’elles ne peuvent s’avérer efficaces qu’une seule fois. Ceci n’est pas un jeu. Surveillez vos arrières et rappelez vous que l’arme numéro un de la police est la peur. Un fois celle-ci détruite dans votre esprit, la police devient tellement facile à affronter.

Battez-vous, mais restez libres !