<em>Nous reprenons ici un commentaire publié sur un site "open-publishing" théophile (dont souvent les contributions les plus intéressantes sont à trouver dans les parties censurées) : Indymedia Nantes. Celles et ceux qui ont le cœur bien accroché pourront lire la prose du groupe politique derrière ce site à travers les commentaires signés "modo" ici (par exemple). Le commentaire a été trouvé en dessous de l’article (lui, validé) au titre évocateur (Nadine Morano inversée) : "Pourquoi en tant que blanche, je participe à la Marche de la dignité", publié originellement sur le site du rouge-brun Alain Gresh, compagnon de route historique des Frères Musulmans (par ailleurs compagnons de route de leur kamarade Hitler) et auteur de livres co-écrits avec Tariq Ramadan. Ce qui n’a pas échaudé le groupe politique "Indymedia Nantes". De droite comme de gauche, luttons contre toute forme de racisme et contre toutes les religions.</em>


Il n’y a pas de "religion des opprimés", seulement des religions qui oppriment. Il n’y a pas de races, seulement des racialistes.

Non Fides


Il y a plusieurs choses dans ce texte "Pourquoi en tant que blanche, je participe à la Marche de la dignité" qui devraient, à juste titre, soulever des questionnements de fond et de sérieux problèmes pour des individus qui se pensent un tant soi peu révolutionnaires, anarchistes, communistes ou tout autre étiquette que l’on veut bien s’accoler.

On ne vas pas se lancer dans une critique de la Marche de la Dignité, on pourra se contenter de relire ce texte. On ne vas pas non plus se lancer dans une critique de plus de ce qu’est le PIR, ni de tous les signataires de l’appel à la marche, ce serait trop fastidieux et d’autres ont déjà entrepris ce travail. On se contentera ici de reprendre quelques passages du texte pour les critiquer ainsi que leurs logiques sous-jacentes.

1. "Ils vont marcher pour exiger l’égalité concrète et la justice"

D’emblée, le cadre de cette manifestation est posé, on ne vas pas marcher dans une perspective un tant soi peu subversive, de renversement de l’État, du capitalisme, etc., mais tout simplement dans une logique réformiste. Pas besoin d’avoir tout lu pour comprendre que l’auteur exige, ou plutôt demande, à savoir que toutes les personnes vivants en France soient traités de manière égale par l’État et que la justice soit enfin impartiale, ce qui revient à demander au système en place de changer et non à ce qu’il disparaisse ou soit détruit.

Si on n’avait pas bien compris, cela devient encore plus limpide un peu plus loin dans le texte :

"On parle ici aussi d’emploi, de logement décent, d’accès à la prise de parole, au pouvoir médiatique, politique, économique."

Le problème n’est donc pas l’État en soi mais bien un pan de celui-ci et tout le paragraphe "Parce que la parole des non-blanc(s)-hes est confisquée, étouffée […]" résume bien le positionnement de l’auteur. C’est dégueulasse, les noirs et les maghrébins ne peuvent pas devenir grand patrons du CAC40, profs, députés, etc. Ainsi, la parole qui leur est confisquée est celle qui s’exprime par le biais de l’État et pour sa défense, sa perpétuation donc. On ne veut pas que le système qui depuis des millénaires nous opprime soit détruit mais que celui-ci opère une transformation pour mieux intégrer d’autres composantes sociales, en clair le réformer et le renforcer dans sa légitimité.

Petit exemple un peu provoc’ : il est difficile pour un noir de devenir flic, c’est un fait, mais qu’est-ce qui nous intéresse ? Qu’il soit noir et qu’il ait enfin "réussi" là où tant d’autres ont échoué ou qu’il soit flic et doive donc être traité comme tel, un garant de la paix sociale et de la stabilité économique ?

2. "Les structures sociales nous dépassent mais pour les combattre, pour les mettre à terre, il faut les comprendre et analyser notre propre position dans les rapports de domination. En attendant, concrètement, nous sommes les blancs. Nous devons nous penser enfin comme tels et agir dans ce cadre."

"Devenons des traitres. Dénonçons. Refusons, par tous les moyens à notre disposition, de participer à la reproduction de ce système. Nous n’y parviendrons qu’en redonnant la parole et la place aux « racisé-es », en accordant foi et soutien à leurs témoignages, actions et expériences autonomes. Nous devons nous taire pour leur faire enfin place. Marcher derrière, pour une fois (la première d’une longue série) mais marcher avec. Proposer un soutien, pas noyauter un mouvement, pas prendre des décisions à leur place. Les mouvements autonomes « racisés » ne nous excluent pas, ils nous interpellent. Nous pouvons et nous devons y participer. A notre juste place."

Prenons les choses dans l’ordre : si je suis blanc, je doit donc devenir un traître à ce système inégalitaire, le dénoncer puis enfin me taire (comment ces deux choses contradictoires s’articulent n’est pas précisé, ni non plus comment on peut marcher derrière mais avec).

On fait donc l’injonction aux blancs d’admettre leur position dans la société française, qu’ils participent au mouvement en dénonçant leur position dominante, mais surtout qu’ils se taisent. Ce n’est donc pas un appel à lutter ensemble qu’il faut voir ici mais une obligation à un soutien passif, puisque si l’on écarte d’emblée la possibilité de parler ("Nous devons nous taire pour leur faire enfin place") et d’agir véritablement ensemble ("Proposer un soutien"). Tout individu blanc étant donc relégué à la simple place de soutien de la contestation. On n’est pas acteur mais simple spectateur. On n’agit pas, on se contente de dénoncer et d’apporter un soutien acritique.

En guise de conclusion partielle

Au final, vouloir se battre contre le racisme ne peut passer par l’affirmation de son identité et de sa couleur de peau (blanc de classe moyenne, noir des banlieues, etc.), classes sociales et distinctions qui sont les produits de ce système, et donc par la séparation et la classification de chaque individu sous une étiquette. Vouloir au final faire à tout prix cette distinction ne mène qu’à nier toute individualité et toute l’importance des choix que chacun fait dans sa vie, sans nier l’importance et l’influence des conditions extérieures. Que l’on soit blanc ou noir, ce qui est vraiment important est de quel côté de la barrière on se situe : avec ou contre l’État.

En suivant ce raisonnement, on en finit par ne plus considérer tout un chacun selon ce qu’il fait mais selon ce qu’il est à la naissance (noir, blanc, jaune, etc.). Ce que propose l’auteur de ce texte n’est donc pas d’attaquer ce monde en entier mais seulement un pan de celui-ci, le racisme. Si ce dernier disparaît, est détruit, nous vivrons alors dans le meilleur des monde - capitaliste - où tous auront la possibilité de consommer, d’opprimer, sans aucune discrimination basée sur la race. Peu révolutionnaire comme finalité…

Les opprimés n’ont ni patrie ni race.