Un anarchiste est mort. Un compagnon est mort. Un individu est mort. Le 22 mai 2009, à côté de l’Ecole de Gendarmerie de Santiago du Chili, l’engin qu’il transportait sur son vélo lui a ôté la vie. Il s’appelait Mauricio Morales.

Avoir prise sur le monde. Rendre des coups à ceux qui nous oppressent. Ceux qui font de notre existence un enfer. Se battre sans attendre. Pour la liberté. Pas par impatience d’on ne sait quels lendemains radieux. Simplement parce notre vie c’est ici, et maintenant. Parce que nous n’en avons qu’une. Parce que personne d’autre ne le fera à notre place. Parce que les fers qui nous enchaînent –Etat, religion, famille, exploitation, marchandise, ainsi que leurs défenseurs et leurs faux critiques– ne disparaîtront pas tous seuls.

Attaquer, donc. Briser la résignation. Refuser de marcher vers l’abattoir. Ne pas se contenter de résister. Transformer les rapports. Scier les barreaux de la prison sociale. Seul ou à plusieurs. De jour comme de nuit. Encore et encore. Le souffle court et la main sûre. Avec toutes les armes de la critique. Sans hiérarchies. Le feu, le blasphème, la pince-monseigneur, l’ironie, la poudre noire, le pamphlet, l’expropriation, le blocage, le grain de sable, l’affiche, le flingue, l’émeute, le bras et le cœur. Le cerveau et les tripes. Visant juste. A chaque coin de rue.

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« Ce n’est pas le moment. Nous ne sommes pas assez. Ça fait le jeu de l’ennemi. C’est de l’auto-destruction. »

Chœurs d’esclaves mûs par la trouille. Foule de spectateurs blindés de cynisme. Prêches de citoyens soudés par des miettes.

Le bon moment, ne serait-ce pas lorsqu’on est vivant ? Lorsqu’on peut se lancer à l’assaut de l’Existant, même au risque de tout perdre ? A moins que ce ne soit lorsqu’un stratège visionnaire le décidera. Un jour. Oui, peut-être. Lorsque nos chairs grises seront déjà à moitié rongées par les vers. Ou jamais.

Le nombre suffisant pour se battre, il ne sera jamais assez élevé. Même si la guerre sociale est déjà là, qu’il ne tient qu’à chacun de l’approfondir et de la diffuser. Mieux vaut alors faire un trait sur toutes les possibilités qu’offrent les individus, leurs affinités et leur détermination. Mieux vaut confier son sort aux grands nombres, à de futures majorités. A ces fossoyeurs de la liberté qui se nomment aussi bien fascisme que stalinisme, théocratie que démocratie. Attendre la masse, tâter le peuple, espérer le prolétariat ou n’importe quelle autre chimère qui viendra sonner le gong final. Avoir une calculette à la place du cœur.

L’ennemi a beau être parfois machiavélique, il y a bien longtemps déjà qu’il a abattu ses cartes : toute personne qui refuse de se plier aux mécanismes de l’exploitation et de la domination est irrémédiablement broyée. Faut-il être devenu à ce point amnésique et insensible pour feindre de l’oublier ? Pour ne pas voir que le capitalisme élimine non seulement sans pitié ceux qui lui barrent la route, mais aussi tous ceux qui lui sont inutiles ? Faire le jeu de l’ennemi, ce n’est alors certes pas de l’attaquer. C’est de s’y soumettre et de s’y résigner. Par sa passivité comme par son silence.

Tout a été construit contre nous, et rien de ce qui fait ce monde n’est à préserver. Ni ses bâtiments, ni les rapports sociaux qui les meublent. Pas la moindre de ses institutions. Si brûler les commerces ou les écoles du quartier où on survit est de l’auto-destruction, comme beaucoup l’ont encore craché en novembre 2005, il devient logique que partir en combattant devient un luxe d’enfant gâté. C’est vrai ça, pourquoi s’acharner à vouloir tout démolir alors que ce système va jusqu’à proposer à ses rebelles des alternatives subventionnées, des paradis artificiels, et même des niches aménagées ? Pourquoi mourir pour des idées alors que tant de saloperies techno-industrielles nous proposent déjà de crever les yeux ouverts et sans rien faire ? Crever sans rien faire, justement.

Une « anarcho-libertaire » est morte. Une camarade est morte. Un individu est mort. Le 1er mai 2009, dans une usine désaffectée à côté de Chambéry, l’engin qu’elle fabriquait avec son compagnon lui a ôté la vie. Elle s’appelait Zoé.

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C’est à chaque fois le même creux au ventre. Douloureux. Qui nous travaille, se rappelle à nous. On est d’abord frappé, comme transpercé par la nouvelle. On imagine la scène. On ne veut pas l’imaginer. Mauricio. Zoé. On ne les connaît pas. Certains se cherchent des excuses, se bricolent un bouclier de pacotille. Sont-ils vraiment des camarades ? Faisaient-ils quelque chose qu’on partage totalement ? Cela vaut-il la peine ? Mais les morts ont souvent le grand défaut de se taire. De nous laisser seuls. On écoute les infos en boucle, on cherche leurs proches. Ou pas. On tente un coup de solidarité avec un texte, voire en continuant de fréquenter les lieux désormais sous pression policière. Ou pas.

Mais personne, non personne (ou presque), ne veut penser que ces deux-là, ça aurait pu être soi. Trop angoissant. Trop embarrassant surtout. Qu’on s’adonne à la chimie ou qu’on s’en désintéresse n’est pas la question. Des camarades, des compagnons sont morts. Et pas en regardant la télé, ni en refaisant une fois de plus le monde dans un canapé.

Se reconnaître en eux. Se reconnaître dans des idées anti-autoritaires. Dans ce rêve d’une liberté sans mesure. Un rêve éminemment pratique. Une pratique qui libère. Et si cette tension vers la liberté peut aussi abréger notre existence, ce n’est que parce que la vie est mortelle.

Alors ? Alors, tout continue, porté aussi par ceux qui trébuchent et ne se relèvent pas. Parce qu’il s’agit de bien plus que de corps disparus… parce que la lutte continue… parce que nous n’avons pas le culte de la charogne… parce que la solidarité c’est l’attaque… parce que l’attaque contre toutes les dominations élève le plaisir de vivre…

« Transformons notre douleur en rage, et notre rage en baril de poudre ».

Paris, 20 juillet 2009.

Urgent ! Un compagnon est mort alors qu’il transportait un engin explosif

Selon la presse, aujourd’hui vers 1h30 du matin, une forte explosion a été entendue à proximité de l’Ecole de Gendarmerie située dans l’Avenue Matta à Santiago. L’individu aurait été en train de transporter l’engin en bicyclette, quand il a explosé, provoquant sa mort.

Nous regrettons profondément ce qui s’est passé, pour la vie du compagnon, comme pour celles et ceux qui le connaissaient, mais nous comprenons aussi que c’est une des conséquences du fait de se positionner en conflit permanent avec l’autorité. Parce que le compagnon est tombé au combat, il est tombé dans un acte de courage et de conviction. Pour cela, nous nous solidarisons avec toute attaque contre le pouvoir et nous ressentons la mort du compagnon pour ce qu’elle est, la mort au combat d’un frère dont nous nous sentons proches, même si nous n’avons jamais partagé une seule minute de vie avec lui.

Beaucoup se réjouiront certainement de savoir que ce compagnon est mort en transportant un engin explosif, croyant que cela freinera les attaques contre les puissants. Mais qu’ils sachent que la solidarité et les désirs de détruire l’existant sont plus forts que toute adversité, plus forts que la prison ou la mort !

Solidarité et Insurrection !
Des anonymes solidaires, 22 mai 2009

Un guerrier est mort, mais le feu continue de brûler…

Mauricio Morales, notre frère est mort ce matin. Il transportait un engin explosif qui a éclaté dans son dos, le tuant sur le coup. On suppose que son attaque avait pour objectif la néfaste institution de la Gendarmerie. Il est mort en guerrier, affrontant toute forme de pouvoir sans peur et sans hésitation.

Il avait décidé de convertir la haine en action, transformant sa vie quotidienne en combat permanent contre l’existant. Des publications, le soutien direct aux compagnonNEs emprisonnéEs, la diffusion de littérature anarchiste et anti-autoritaire, des forums de diffusion d’idées font partie des couteaux qu’il a aiguisés au cours de sa vie. A travers tout cela, il a cherché à contribuer de différentes manières à la destruction de cette société basée sur le pouvoir et l’exploitation.

En ce moment, la douleur étreint nos cœurs, mais il est important de ne pas laisser fléchir notre moral, de ne pas tomber dans la léthargie que peut provoquer la perte d’un frère. Il ne faut pas oublier qu’il est mort le regard droit sur son objectif. Et cela doit nous secouer, cela doit nous aider à ouvrir les yeux.

Nous sommes en guerre, les coups seront nombreux, de diverses sortes, mais on devient un guerrier ou une guerrière lorsqu’on ne s’arrête pas, quand on n’abandonne pas, quand on fait de sa vie un dépassement continuel des obstacles.

La mort nous touche de plein fouet dans toute sa crudité, et c’est un tel tourbillon que nous avons par instant peine à croire ce qui se passe. La mort comme la prison ne se résume pas à un slogan. Aujourd’hui, c’est pour nous une phrase tatouée de feu et de sang.

Face à la désastreuse perte de Mauri, la police, les procureurs et la presse se frottent les mains et font preuve d’une grande diligence dans leurs démarches, perquisitionnant deux centres sociaux : Cueto con los Andes et La Idea (déjà perquisitionnée le 31 janvier dernier). La violence de ces opérations ne nous surprend pas, la guerre s’est déclenchée sans attendre et nous l’assumons ainsi.

Les maisons perquisitionnées se trouvent dans le même quartier que le nôtre, et en voyant le grand affairement des cortèges répressifs, nous avons compris que leur arrivée chez nous était imminente. En même temps, des compagnonNEs et amiEs solidaires se sont approchéEs de la maison et ont manifesté dans différents endroits du quartier –militarisé à ce moment là. Nous avons fait face, nous avons résisté et, contrairement à tous les pronostics, les forces répressives n’ont pas tenté de rentrer. Ils cachent leur jeu pour tenter de nous faire baisser la garde.

CompagnoNEs, nous sommes très clairs et conscients de ce qui va se passer maintenant. Nous savons que les jours et les mois qui viennent seront difficiles. Mais nous savons aussi que la douleur et la tristesse que cause la perte de notre frère ne peut nous paralyser. Nous rappelons avec insistance qu’il est mort au combat, que l’offensive peut prendre des formes variées, et qu’aucune ne vaut plus que d’autre. Nous appelons donc à ce que la magnifique flamme de son cœur anarchiste propage le désir irréductible d’anéantir cette réalité.

Son corps gît aujourd’hui aux mains de la police et de ses mercenaires, mais l’énergie de sa vie reste en nous, avec les compagnes et compagnons qui ont affronté avec lui et affrontent encore de différentes manières ce qui prétend nous transformer en esclaves.

Nous remercions avec émotion le sincère soutien des compagnonNEs solidaires et proches, tout comme nous crachons sur ceux qui ne font de leur vie qu’une critique statique en s’abritant derrière la commodité et la peur.

Courage, compagnonNEs, et en garde. Ils viendrons pour nous, tôt ou tard, ça ne fait aucun doute. Il n’en est que plus important que la critique impitoyable de l’ordre établi prenne vie et se propage comme la peste noire. [1]

Le feu vengeur de notre compagnon nous donne de la force pour alimenter un éternel combat. Pour toi, Mauri, une énorme accolade et ne doute pas que nous continuerons à viser à la destruction du pouvoir. Tu es avec nous, nous sentons ici ton sourire et ta force. Depuis le toit de la maison qui divise l’horizon… jamais vaincus, ni repentis.

Centre Social Occupé et Bibliothèque Sacco et Vanzetti,
le 22 mai 2009, Santiago du Chili

« Transformons notre douleur en rage et notre rage en poudre. »[2]

A propos de la mort du compagnon Mauri et en solidarité avec celles et ceux qu’ils sont en train d’enfermer

ça nous fait mal de devoir écrire ces lignes dans un moment comme celui-là, mais nous pensons nécessaire que tout cela ne tombe pas dans l’oubli. Cette fois, nous avons malheureusement perdu un compagnon, un frère, un guerrier. Qui sait quelle fut l’erreur qui a coûté la vie à Mauricio ? Pour nous qui sommes en guerre, c’est un coup dur, car la cruauté des événements nous a pris l’un des nôtres.

Mauricio Morales était notre compagnon, et nous ne craignons rien ni personne qui prétendrait par ce chapitre amer nous priver de nos forces ; pas plus les chiens de la bourgeoisie que les réformistes qui le condamneront certainement du confort tranquille que leur octroie leur putain de vie, et nous voudraient silencieux et immobiles. Mauricio est mort en osant tout donner, en risquant sa vie, comme meurent celles et ceux qui SENTENT que la guerre sociale est inévitable.

Aujourd’hui, le 22 mai, plusieurs centres sociaux du quartier Yungay ont été perquisitionnés et des compagnonNEs ont été arrêtéEs. Nous avons appris qu’à La Idea, ce sont 9 compagnonNes qui ont été emmenéEs on ne sait où par la PDI (Police d’Investigations). A Cueto con Los Andes, un nombre indéterminé de personnes sont enfermées dans leur propre maison en présence du GOPE (Groupe d’Opérations Spéciales). En ce moment même, les forces spéciales des carabiniers et des flics en civil, sans compter les journalistes, sont postés autour du squat Sacco et Vanzetti. On a signalé des incidents à proximité du centre social en solidarité avec les compagnes et compagnons qui résistent à l’intérieur. Ils et elles ont dit clairement qu’ils ne se rendront pas, et qu’ils n’attendront pas comme des animaux à l’abattoir les troupes de choc de la classe dominante. Ils et elles ont démontré clairement à toutes et tous qu’ils assument une position de combat jusqu’au bout. Et pour elles et eux, il est nécessaire d’exercer la solidarité effective et insurrectionnelle avec les compagnonNEs pris par l’Etat et le Capital. Quiconque fera silence sera complice de la stratégie répressive qu’ont préparée les puissants, et qui n’est clairement qu’une vile copie de ce qu’a été le procès Marini contre les compagnonNEs en Italie.

Nous lançons un appel à la solidarité internationale. Que le sentiment de fraternité prenne les rues du monde, que la rage et la haine de nos ennemis deviennent palpables. Rappelons notre compagnon tombé et celles et ceux qui sont sur le point de tomber dans les geôles du capital, en mettant toutes nos forces dans la lutte insurrectionnelle contre la société de classes.

Nous sommes rassembléEs devant la Sacco et Vanzetti, faisant sentir à nos compagnonNEs qu’elles et ils ne sont pas seulEs, que nous sommes avec elles et eux, et que nous voulons qu’ils restent dehors. Parce que nous les portons avec nous partout, parce que partir en ce moment, c’est avoir été vaincu, parce que fuir à ce moment, c’est être lâche, c’est parler de guerre mais ne pas la vivre comme l’a fait notre compagnon Mauricio jusqu’à la dernière minute de son existence, et comme le font touTEs les compagnonNEs qui n’abandonnent pas leur maison et montrent les dents à l’ennemi.

Compagnon Mauricio Morales, la vengeance sera notre réponse !
CompagnonNEs aux mains de l’Etat et du Capital, solidarité insurrectionnelle !

RUES POUR L’INSURRECTION !

Anonyme, posté sur Liberación Total, 23 mai 2009.

Un salut de liberté à Mauricio Morales

« La nuit est déjà avancée. Il ne fait pas si froid pour porter tous les vêtements qui dissimulent notre image, mais peu importe, le vent rafraîchit notre progression rapide. Nous sommes dans les temps. Pour le moment, tout va bien. Nous sommes seuls, seuls comme nulle part et jamais. Passant par les rues défoncées, nous faisons le tour de l’usine à matons. Nous nous approchons. Le prochain arrêt est pour bientôt. Je repasse mentalement le plan prévu.

(Etre ici n’est pas facile. En ce moment, toute discussion sur l’intérêt de dépasser le discours inerte et immobilisant de certains qui se prétendent des compagnons est vaine. Etre ici n’est pas facile. C’est la conséquence du fait ne pas accepter ce monde esclavagiste, le résultat de longues conversations clandestines et celui de prendre le temps de planifier nos actions… Ce n’est pas aussi facile que certains le croient.)

Je marche, heureux et agité. Dans nos dos voyage le rêve coléreux devenu réalité : interrompre le bien-être agressif des laquais de l’ordre de l’Etat entrepreunarial ; qu’ils entendent la voix d’hommes et de femmes qui refusent d’être des esclaves, qui ne veulent pas d’accords légitimant cet ordre assassin, qui connaissent une idée de liberté qui ne meurt pas.

Nous arrivons à notre but. Nous nous arrêtons. L’air est silencieux. Un moment de plus, un instant. Un mur, le sol, mes mains, la bicyclette, mon compagnon, la rue pierreuse, la ville polluée, l’ordre carcéral, la nuit, le silence…

Tout explose. »

Il n’y a pas de discussion possible, tout est accord. L’expérience de l’éternelle discussion théorique avec l’Etat et ses sbires a cessé d’être raisonnable depuis longtemps déjà pour ceux qui portent la liberté au coeur et pas sous le bras. Grâce à eux se sont écrites les histoires les plus incandescentes : celles de la lutte pour la liberté et la création d’un monde sans exploitation. Tout le reste n’a été que ruine.

Aujourd’hui, l’Etat, la police, la gestion économique et intellectuelle de ce pays font preuve de leur ineptie, attaquant des maisons, lançant des déclarations grossières, répétant les images de l’insolente persécution politique démocratique ou dictatoriale, cela revient au même. Ces jours-ci, ils abattent leur terreur toute-puissante sur le corps inerte du compagnon, sur sa vie insurgée et celle de ses compagnons : la chasse est une fois de plus ouverte, le moment demande donc une cohésion et une conviction absolue, de faire silence et de donner de la voix !

L’heure de l’engagement tant proclamé est à nouveau venue, c’est le moment de laisser agir nos convictions et où tout soutien est une exigence et une évidence !

Nous saluons Mauricio, son travail et sa cohérence, dans une rébellion qui traverse peu de personnes, mais que beaucoup critiquent. Nous saluons tous ses proches, ceux qui comprennent et estiment son engagement. Aux autres, rien ! Résistance Insurgée, Attaque Directe, Toujours !

Fuerzas Autónomas y Destructivas León Czolgosz
Columnas Armadas y Desalmadas Jean Marc Rouillan
Banda Antipatriota Severino Di Giovanni
, Santiago, le 23 mai 2009

Compagnon Mauricio Morales présent !

A l’offensive, détruisant toute trace du capital. Compagnon Mauri, avec ton courage et ton audace, d’autres cœurs insurgés s’allumeront et attaqueront…

Guerre sociale !

Assumer d’être en guerre contre le pouvoir, c’est s’assumer en guerre contre la société, prendre position d’un côté de la barricade et, le front et le moral hauts, affronter toutes les conséquences que peut entraîner le fait d’attaquer l’ennemi.

L’une des plus douloureuses est sans doute la mort au combat. Aujourd’hui, nous revendiquons l’action et les idées du compagnon Mauricio Morales.

Aujourd’hui nous revendiquons notre compagnon Mauri, parce que nous avons forgé des liens fraternels de confiance, d’entraide et de solidarité, parce que nous avons combattu dans le même camp, parce que nous avons lutté « coude à coude » contre le même ennemi, et parce que son action démontre l’audace et le courage qui nous habitent, la haine et la rage qui s’accumulent en nous jour et nuit, la valeur et le dévouement pour ce qui nous fait vivre : la destruction de tout ce qui nous empêche d’être libres, de toute la misère du capital, de toutes les prisons qui nous privent de la vie, de l’ensemble des engrenages qui font exister et fonctionner le système capitaliste.

Le compagnon Mauri ne restera pas seulement dans nos mémoires, il nous accompagnera dans chacune des actions qu’il nous plaira de mettre en oeuvre.

La flamme que tu as allumée prendra mille formes pour combattre le pouvoir, parce que nous ne voulons garder aucune trace de capitalisme dans nos vies et relations.

Nous dirigerons ton enthousiasme offensif contre les puissants et ceux qui entretiennent et défendent l’autorité partout, car ta mort a engendré plus de haine encore et plus d’envies d’en finir avec cette société. Ceci est une déclaration de guerre, guerre à laquelle nous prenons part depuis longtemps et dans laquelle il devient toujours plus tangible (ta mort l’a démontré) que se lancer à corps perdu dans la bataille a pour conséquences de sérieuses réponses du capital, mais qui ne nous feront pas plier.

Les veines pleines de rage sanglante, nous te disons : Ils ne nous arrêteront pas et nous ne nous rendrons pas car, dans cette lutte, nous sommes prêts à mourir pour ce que nous désirons. Tu nous accompagneras toujours, compagnon Mauricio Morales…

Pour la destruction de la société carcérale !

Pour la généralisation des attaques contre le pouvoir !

Jusqu’à en finir avec tout germe d’autorité !

Compagnon Mauricio, présent !

Posté sur Liberación Total, 23 mai 2009.

La bande fait ses adieux au corps du félin parti, mais sort ses griffes pour défendre sa mémoire

Le vendredi 22 mai reste suspendu dans nos mémoires.

Le jour s’est arrêté quand les informations ont montré la photo de notre frère Mauri. C’est lui qui est mort à cause de l’explosion inattendue de l’engin qu’il transportait. Il allait attaquer l’Ecole de Gendarmerie, des matons qui font de la torture un travail.

Il était près de trois heures de l’après-midi quand les voitures de presse sont arrivées à notre maison, pressées d’obtenir une image, espérant une larme de douleur ou une condamnation publique. Au même moment, deux autres squats du quartier, Cueto con los Andes et La Idea étaient perquisitionnés. L’opération est dantesque. Un groupe d’assaut, des francs-tireurs, des hélicoptères, tous les nouveaux gadgets pour le show, en plein centre de Santiago.

La Idea est détruite, et les compagnonNEs arrêtéEs, amenés dans un bâtiment de la police criminelle. Ils et elles sont filmés, déshabillés et menacés. S’ils ne coopèrent pas, on leur montrera les photos de l’état du corps de notre frère. Une technique supplémentaire et révélatrice de la morbidité du pouvoir. Cela ne nous surprend pas, et nous ne le regrettons pas, cela ne fait que renforcer notre profond mépris pour eux.

La police, avide d’obtenir des résultats, dépose un récipient contenant de la poudre noire dans la maison. Le cirque continue. Nous ne voulons pas crier au montage comme défense politique, mais il est indéniable, réel et indiscutable que la poudre noire a été introduite par la police. Les gardiens du pouvoir sont tellement nerveux que, malgré cela (juridiquement c’est la détention automatique), les compagnonNEs ont été relâchées au fil des heures, trois d’entre eux (argentinEs) devant aller pointer tous les jours, tandis que leur séjour dépend uniquement du bon vouloir des procureurs.

Parallèlement à cela, au milieu de toute cette tension, la police ferme notre rue avec des barrières de sécurité. Le secteur est bouclé, et ils se retranchent aux alentours. La perquisition de notre maison est imminente.

La poitrine lourde, le visage couvert, nous sommes en garde…

DécidéEs à faire face à la répression, nous nous sommes mutinéEs, assumant que nous ne pourrions peut-être faire qu’un seul geste. Le discours que nous portons depuis des années a pris tout son sens, sans aucun doute : les espaces se défendent, ils ne se cèdent pas, ils ne s’abandonnent pas. Nous assumons toutes les conséquences que notre acte pourraient avoir.

Arrêtons-nous un moment ici. Il est important de réfléchir sur ce que signifie affronter ou pas la répression, et comment le faire. La vie court vertigineusement, avec l’urgence de prendre position. Il est parfois facile de céder au tourbillon et de ne pas peser suffisamment les obstacles auxquels nous nous heurtons au quotidien. La conviction avec laquelle nous avons affronté cette journée, cela était clair pour nous, n’empêcherait pas un seul moment les forces répressives de rentrer. Mais qu’est-ce qui était réellement en jeu ? Rien de plus que notre éthique, rien de plus que le poids de nos positions face au monde, et la certitude que la manière dont nous allions affronter ce moment déterminerait la réponse de nos compagnoNes dehors.

L’option la plus sensée qu’imposerait la rationalité qui n’a d’autres principes et morale que le confort et la peur, était d’abandonner la maison. C’était de mettre notre intégrité, notre « liberté », nos vies à l’abri, mais nous ne l’avons pas fait. Si Mauri avait pris ce chemin, s’il s’était laissé séduire par la vie commode du capital, il serait vivant aujourd’hui, en train de se divertir, extatique grâce aux différents bonheurs éphémères à notre disposition. Mais il est mort. Il est mort en guerre contre l’existant, il a choisi le chemin le plus difficile, il a fait de chaque instant de sa vie un combat.

Il faut comprendre qu’aucune action en soi ne provoque la chute du capital : ni se barricader sur un toit, ni faire une bibliothèque, ni porter une charge dans un sac-à-dos. Là n’est pas la question. C’est le sens qui motive les actions qui provoque une rupture avec la société basée sur l’exploitation et le pouvoir. Nous ne vivons pas en espérant un avenir idéal où nous pourrons réaliser nos rêves et aspirations. Ici et maintenant, en chaque acte de révolte, petit ou spectaculaire, nous reprenons nos vies. L’ironie, c’est que nous les reprenons même quand nous y perdons la vie. Tandis que toute cette analyse se concentrait dans nos têtes, brûlantes à ce moment, des compagnonNEs solidaires sont venus nous soutenir de l’extérieur. Ils nous ont envoyé de la force en s’affrontant à la police et à la presse, alors qu’on annonçait les premières arrestations.

La nuit tombe, les gardiens du capital et leurs porte-paroles s’éloignent...

Les compagnonNEs s’approchent de la maison, reprenant la rue. Pour la première fois de la journée, nous pouvons être tous ensemble, nous pouvons converser et sentir les mains de nos complices. Avec une grande émotion, nous voyons du toit le grand nombre de compagnonNEs venuEs nous tenir compagnie, nous avons senti leur présence avec beaucoup de force. C’est à ce moment là que certainEs prennent vraiment conscience de la perte de notre frère Mauri. CertainEs pleurent, s’enlacent et nous crient quelque chose que nous avons touTEs très bien perçu : « VOUS N’ETES PAS SEULS ». Et non, nous ne nous sentions pas seulEs.

La nuit avance, le froid gèle les os, la nourriture se partage. Les premiers feux sont allumés, et on écoute la musique que préférait Mauri. On nous apporte de la bouffe. Les murs du quartier sont déjà couverts de tags en solidarité avec notre frère.

Soudain, on nous prévient de l’arrivée de renforts de flics. Nos compagnonNEs à l’extérieur décident de ne pas attendre, des barricades sont érigées ; ils et elles jurent de ne pas nous abandonner, et tiennent pleinement leur promesse. Nous crions touTEs pour Mauri, et nous faisons de la profonde douleur qui nous détruit un appel contre l’autorité. Le feu se répand dans le quartier.

Nos yeux ne parviennent pas à distinguer ce qui se passe là dehors, nous entendons seulement des cris, le bruit des affrontements, et nous sentons la fumée.

La police lance sa charge d’eau et de gaz, mais ne décide pas d’attaquer directement la maison. Nous déchirons la nuit de nos cris, les os gelés et les yeux gonflés. La brise nocturne rend compte du nombre d’heures de tension que nous avons derrière nous, notre corps nous pèse comme un énorme sac-à-dos.

Les jours passant, nous avons pu analyser que si les carabiniers ont décidé de ne pas entrer dans notre maison, de ne pas la foutre en l’air et la détruire comme les autres, ce n’était qu’un coup stratégique… ils nous gardent sous le coude pour quelque chose de plus important. Mais la décision de ne pas nous attaquer n’a pas valu pour les compagnonNEs solidaires à l’extérieur. Ils les ont chargés avec tout leur arsenal. La bête policière voulait du sang. Elle a utilisé tout ce qu’elle avait sous la main. Mais même ainsi, nos compagnoNEs n’ont pas pris peur. Leur passage s’est fait sentir dans tout le quartier, montant des barricades, foutant des voitures au travers des rues, déchaînant leur furie.

Le cercle policier a été dépassé par la stratégie de se diviser en petits groupes et de répandre ainsi la révolte. Des institutions du capital ont été attaquées, tandis que le quartier subissait l’odieuse présence des différentes polices.

Dans la chasse aux compagnonNEs, ils n’ont pas ménagé leurs efforts. Les coups, les bousculades ou les tirs, rien n’a manqué… On a compté plus d’une dizaine de personnes arrêtées et dont les visages révélaient la dureté de l’affrontement. A elles toutes, une accolade fraternelle, un sincère salut pour leur aide, pour leur soutien et la force qu’elles nous ont envoyée. Nous ne pourrons jamais oublier tous les yeux étincelant à la clameur des feux et des barricades, ni les cris de soutien qui ne sont pas non plus prêts de s’éteindre. Dans cette nuit éternelle encore incandescente dans nos mémoires, Mauri était avec nous, courant et riant parmi tous et toutes, parfois en bas dans la rue en train de monter des barricades, ou sur le toit, le cœur en flammes.

Au matin, les carabiniers ont essayé de rentrer dans des maisons et des bâtiments voisins. Comme ils n’y parvenaient pas, le personnel de la SIP a photographié notre maison sous tous les angles.

Les premiers rayons de soleil nous ont permis d’observer dans quel état se trouvaient les abords de la maison. Nous avons vécu une matinée dont nous pensions qu’elle n’arriverait jamais… En ouvrant notre maison, nous avons pu la partager avec les compagnonNEs qui continuaient à nous accompagner. Les feux brûlaient encore.

Les adieux au corps de Mauri... seulement à son corps

Les adieux au compagnon anarchiste (ou à « l’aspirant anarchiste » comme il aimait dire en se moquant de lui-même) ont été nombreux, pleins d’émotion et de combativité. Des centaines de personnes cagoulées et vêtues de noir ont occupé les rues. La police nous surveillait sans trêve à distance, nous filmant postée sur des collines plus loin, et nous pointant avec des armes de guerre.

Nous sommes partiEs en manifestation de la maison de Mauri jusqu’au cimetière. Les bus qui avaient été loués ont cédé à la peur. La mère et le frère de Mauri se sont comportés de manière inégalable, à la hauteur des circonstances. Ils ont marché avec nous sans compter ni leur douleur ni leur fatigue.

Malgré le dispositif déployé pour nous intimider, nous avons affronté ce moment avec détermination. Nous voulions faire nos adieux et rendre honneur au corps d’un guerrier, tout en assumant que ce qui s’en est allé est seulement un corps, juste de la chair inerte. Son énergie, sa force créatrice et destructrice se mêle à nous aujourd’hui de mille autres formes.

Lors des adieux, des personnes ont pris la parole, certains ont lu des poèmes et des au-revoir intimes. D’autres, mûs par l’éternel besoin de se mettre en avant et de tirer parti d’un dur moment, ont haussé la voix pour rompre le silence avec leurs incohérences, avec de prétendues pensées de Mauri qui ne sont que tergiversations sur ses idées, et qui n’ont rien à voir avec ce que le compagnon pensait et faisait, ni ce pour quoi il est finalement mort.

Cela vaut également pour des saluts et des communiqués diffusés par internet, où il est plus question d’un prosélytisme politique que des idées auxquelles tenait notre compagnon.

Sur ce point, il nous faut être clairs et ne laisser aucune place au doute. Mauri était anti-social. On peut être d’accord ou pas, le critiquer ou le soutenir, mais toujours en gardant en perspective ses idées, et pas ce que nous croyons qu’il pensait ou qu’on en dit. C’est seulement ainsi qu’on respecte un compagnon et que sa mort a tout son sens. Le compagnon voyait cette société –et toute autre qu’on prétendrait construire– comme la matérialisation du pouvoir, comme la négation de l’affinité et de la libre association, comme l’annulation de l’autonomie individuelle. Il voulait la destruction de la civilisation et le retour à la vie sauvage. Il se définissait comme vegan et menait sa vie selon les principes de la libération animale, mais toujours avec un caractère révolutionnaire et non compassionnel. Il haïssait à mort les positions plateformistes et jaunes, les pompiers de la révolte et ceux qui croient à des étapes dans la lutte contre le capital.

Il ne centrait pas la lutte sur une fausse affinité avec d’autres exploitéEs. Son sens, ses actions et ses complicités généreraient la fraternisation et l’affinité.

Que la douleur n’éteigne pas la rage, qu’elle incendie tout germe d’autorité

Il était, il est notre compagnon, notre frère et nous n’accepterons pas davantage de boue sur ses idées, ses gestes et sa vie. Nous avons partagé avec lui des haines, des rages, des rencontres et des ruptures. C’est notre frère, pas un slogan, pas un visage froid derrière une dépêche de police. Il est encore en vie, nous n’acceptons pas sa mort, nous ne nous y résignons pas, même au prix de la stabilité émotionnelle. Mauri est là et nous donne des forces dans cette dure bataille, que nous avons cru tant de fois lointaine.

Les jours ont passé, et la tension permanente ne nous a pas laissé un moment d’intimité pour le pleurer comme il le mérite. Pèse sur nous le poids constant d’être perquisitionnéEs, arrêtéEs, torturéEs, écraséEs par des condamnations qui ne visent qu’à nous assécher en prison, ou dans la solitude de la désertion de la guerre.

La douleur nous brise le cœur comme un coup de fouet glacé, mais cela ne peut nous paralyser, car c’est ce qu’ils veulent. Ils auraient alors gagné, ils nous auraient alors vaincuEs. La mort frappe et embrasse notre réalité. Elle désarme par moments nos projets et déstabilise nos pas, mais elle nous donne en même temps et de manière schizophrénique de la force. Elle nous oblige à relever la tête pour ne pas trahir notre frère, pour ne pas nous trahir nous-mêmes. Pour rester loyaux vis-à vis de nous et de lui, même au prix de notre harmonie spirituelle.

La folie nous guette depuis le précipice, la prison nous attend avidement, la mort a pris un félin de notre bande. Le confort accompagne depuis quelques temps beaucoup de ceux que nous croyions avec nous. Tous ces chemins enflamment notre mépris et illuminent en même temps le sentier insurrectionnel que nous avons choisi. Oui, lisez-le bien, c’est comme ça que nous nous définissons.

Il y a quelques jours, Mauri nous avait parlé de réveiller le guerrier qui vivait en lui. Nous pensons que c’est ce que nous devons tous et toutes faire, chacunE attachéE à ses propres convictions et actions. Mais il faut le faire, sans se laisser asservir ni par les pleurs ni par la douleur, ni par la rage ni par les ennemis de tous poils. Nous nous solidarisons avec les personnes déjà arrêtées et celles qui viendront bientôt grossir les listes de prisonnierEs, otages de l’Etat et du Capital.

Nous envoyons un salut fraternel et complice à notre frère séquestré dans les geôles du pouvoir, ce frère qui a juré il y a des années de rester avec nous, coude à coude pour affronter un moment comme celui-ci : tu étais là, nous ne t’oublions pas. Axel Osorio, tu es là aussi : apparemment, certains d’entre nous pourrons bientôt enfin t’embrasser...

Compagnes, compagnons : soyons attentifs et ne baissons pas la garde. La guerre sociale est déchaînée et exige notre plus grand engagement.

« Quand je m’endors, mes actions prennent le chemin qui fera que demain, au réveil, je romprai avec la routine par l’action individuelle, la poitrine gonflée, pleine du désir de destruction de cette société comme de toute autre… Faites moi plaisir : faites en sorte que vive l’anarchie. » (Mauricio Morales)

Centre Social Occupé « perquisitionnable » et Bibliothèque Sacco et Vanzetti.
Santiago du Chili, mai 2009

A une semaine de la perquisition de La Idea et de la mort de Mauri

Aujourd’hui, nous sommes toujours là, résistant et dans l’attente des prochains événements. Ils n’ont pas manqué ces derniers jours. Nous sommes là, « les perquisitionnés du vendredi », « les poursuivis de la semaine », nous sommes là, certains pleins de sommeil à cause des longs jours et des longues nuits que nous avons vécus.

Aujourd’hui, nous avons coursé la presse. Comme tous les jours, ils reviennent avec insistance, et notre réponse est toujours : « Non ». Nous leur avons déjà fait savoir la haine que nous leur vouons. Ils continuent à chercher le scoop qu’ils n’auront jamais, mais qu’ils peuvent tout aussi bien en inventer, une fois de plus.

Aujourd’hui ils mentent, ils nous démonisent et nous nuisent. Mais ce n’est pas la raison pour laquelle nous nous déclarons leurs ennemis. Vu que de nos jours la réalité a cessé d’être ce qui est concret, les médias dictent la « réalité ». La « vérité », c’est-à-dire ce qui ne peut être remis en question, s’est transformée en ligne éditoriale d’un système qui nous domine et nous opprime. Au-delà du voile hypnotique de la télé en promo, jamais la vérité et le mensonge n’ont autant fraternisé. Installée dans le salon de chaque foyer et dans le kiosque à tous les coins de rue, cette « vérité » est imprimée et digitalisée, elle est celle à laquelle assistent des millions et des millions de personnes au quotidien, et à laquelle ils croient sans la moindre critique. C’est la justification de la société, une société où, associés de force, nous avons juré de ne rien posséder et de vendre notre existence pour le plus grand profit d’autres, une société où le travail salarié est une torture drappée de dignité, et où on sape les luttes avec la répression et les réformismes.

Jeudi 28 mai, un compagnon du squat La Idea a été remis en « liberté ». La veille, on le présentait comme un prétendu fournisseur d’engins explosifs, utilisant l’argument de la poudre noire qu’ils ont eux-mêmes placée dans le lieu. Le montage a été facilement découvert, et leurs affirmations sont tombées d’elles-mêmes : ni la supposée « bombe prête à l’usage », ni « le fournisseur d’explosifs », ni « le manuel pour faire des bombes » n’ont jamais existé.

Pourtant, nous ne désirons pas seulement dénoncer les montages. EnnemiEs de l’ordre social existant, nous assumons notre antagonisme. Nous savons que l’Etat, la police et les moyens de désinformation continueront à nous poursuivre comme ils le font aujourd’hui, et que nous continuerons à leur tenir tête. Nous ne mettons pas les mains en l’air en susurrant notre innocence, nous affirmons en gueulant et le poing levé : « guerre sociale ! », et sans baisser la garde. Nous ne serons pas les juges qu’ils aimeraient que nous devenions. Aucune forme de lutte n’a plus de valeur qu’une autre. Il ne dépend que de notre force individuelle de décider de quelle manière nous agirons contre le système que nous abhorrons. Nous avons confiance dans le fait que Mauricio Morales a su analyser son action selon ce qu’il estimait nécessaire. Son ennemi, le Capital, l’Etat et toute forme de domination, est aussi le nôtre. Nous fraternisons dans la lutte et nous admirons l’anarchiste conséquent qu’il a été.

Dans ce contexte, nous résistons à l’écrasement de la domination et de la marchandise en occupant, en niant la propriété privée, en approfondissant la critique de la société de classes et en luttant au quotidien. Ces derniers jours, il y a eu les poursuites policières, les montages médiatiques et la triste mort de quelqu’un qui luttait. Demain, ça sera peut-être notre expulsion ou de nouvelles incarcérations de compagnons de n’importe quel lieu.

La lutte n’est pas terminée.

Squat La Idea,
Qui occupe, préoccupe !
29 mai 2009

Suites…

Mardi 9 juin, le compagnon Cristian Cancino, surnommé « Margarito » et habitant du squat La Idea, est incarcéré. Il avait été arrêté une première fois par la P.D.I le 27 mai, accusé d’avoir en sa possession une certaine quantité de poudre que la flicaille affirme avoir trouvé dans le squat (l’endroit précis a déjà varié à de nombreuses reprises) lors de la précédente perquisition (le 22 mai). Après quelques heures de détention, Cristian avait été relâché, le juge ne considérant pas la détention préventive comme nécessaire. Mais le Parquet a rapidement fait appel de sa remise en « liberté ». Convoqué au tribunal, Cristian a décidé de s’y rendre avec son avocat, entouré de ses compagnonNEs qui assument ce choix. Rassemblés devant le tribunal, ils et elles ont manifesté leur rage par des cris et des insultes contre les flics présents en force.

Le communiqué de La Idea daté du 10 juin se termine ainsi :

« Aujourd’hui, notre compagnon Margarito est prisonnier. Nous savons cependant que, de la manière dont se sont déroulées les choses, ce pourrait être n’importe lequel d’entre nous. Les services secrets veulent désarticuler l’antagonisme contre le pouvoir. Ils pensent que nous sommes une menace potentielle, et c’est à nous de faire en sorte de gêner et de harceler réellement ce système.

Ils manipulent la peur et, quand ils savent l’utiliser, nous nous immobilisons. Nous devons rester en éveil et être attentifs : ce n’est pas un jeu, et ça ne fait que commencer. Ils veulent faire pression sur nombre d’entre nous et voir si nous nous taisons. Nous, squat de La Idea, restons debout. L’Etat nous a pris un compagnon, rien n’est plus pareil et rien ne pourra plus être comme avant, mais nous ne nous rendons pas. Nous voulons que Margarito soit dehors avec nous, nous voulons abattre toutes les prisons parce que nous croyons et aspirons à la liberté, parce que l’Etat, le Capital et toutes les formes de domination nous en empêchent…

Nous sommes les ennemis éternels de l’Etat et du Pouvoir, et ils le savent, car nous assumons les conséquences de cette guerre, car nous restons fermes et debout. »

Cristian, après avoir été emmené à la B.I.P.E. (Brigade d’Investigations Spéciales de la Police), a été incarcéré à la prison de Santiago 1.

A propos des manipulations et tergiversations autour de notre compagnon Mauri

Désirant faire bonne figure et/ou se démarquer, de nombreux groupes ont écrit des communiqués sur Mauri, disant n’importe quoi sur lui, des communiqués que nous n’avons bien sûr pas publiés. Dans le texte suivant, il est question de la manipulation et des envies de se pâmer par rapport à la mort de notre frère Mauri. L’affinité avec ce communiqué est une simple coïncidence.

Communiqué :

Au-delà de l’image grossière qu’ont voulu donner les moyens de communication de la bourgeoisie, et qui ne nous intéresse guère, ce texte a pour but de marquer les différences avec des groupes qui ont exprimé dans des communiqués [3] certaines supercheries quant aux idées de Mauri, et au moteur qui l’a poussé à l’offensive directe contre le capital.

Premièrement, il est pour nous réellement choquant de voir comment, à peine parti, un compagnon, un frère, peut se transformer en slogan. Nous savons que les circonstances de sa mort rendent ce processus inévitable, et qu’il nous faut prendre le temps de digérer cette situation. Le problème, ce n’est pas qu’on en parle –c’est même nécessaire dans ces moments-là–, mais c’est plutôt les magouilles dégoûtantes auquel se livrent certains groupes avides de faire bonne figure. Ils se posent d’abord comme compagnons, puis se lancent dans des discours qui nous sont insupportables, et face auxquels Mauri n’aurait guère tardé à affirmer que « NOUS NE SOMMES PAS CAMARADES ! ».

On a dit de lui qu’il était un combattant social, qu’il aimait son peuple, qu’il voulait changer le monde. Eh bien, nous leur répondons qu’en réalité il haïssait cette société, et que son but était de la détruire. Nous ne prétendons pas parler pour lui, mais les raisons qui nous ont amenées à construire une affinité dans la vie et au quotidien avec lui ont précisément été des aspirations de liberté immédiate, loin de ceux qui prêchent l’attente de quelque changement dans cette société déjà pourrie par l’autoritarisme. C’est pour cela que nous déclarons avec fermeté que nous ne sommes pas « du même côté de la barricade » [4] : nous pensons que ceux qui tentent de contrôler les aspirations insurrectionnelles en les calmant avec les réformismes et en les canalisant vers l’éternel travail de conscientisation des masses travaillent directement pour le projet de la bourgeoisie.

Deuxièmement, nous croyons fermement dans l’affinité comme méthode d’action contre le Capital, et de relation réelle entre nous. Il ne nous intéresse ni de former des fédérations, ni des groupes avant-gardistes qui prétendent devenir des référents, dépassant le localisme pour se transformer en soutien d’un mouvement prolétaire mondial [5]. D’autre part, et parallèlement à cela, oui nous pensons que la révolte généralisée aura lieu comme conséquence imminente de l’évidente agressivité du capitalisme qui dévaste nos vies jusqu’à les réduire à néant. Nous savons que les instincts les plus animaux qui réclament la liberté vont se multiplier comme la peste noire, étendant la révolte partout, et que nous sentirons alors l’affinité avec toutes celles et ceux avec lesquels nous partageons le mépris de cette société. Et, complices, nous danserons ensemble sur son cadavre quand nous l’aurons détruite, sans avoir au préalable à diriger quoi que ce soit, ni à construire des relations fictives qui ne font que sublimer le pouvoir que chacun d’entre nous entretient.

Troisièmement, nous assumons la répression policière comme conséquence de l’affrontement direct et frontal que nous livrons au pouvoir bourgeois, de la même manière que nous assumons la mort de Mauri. Ni lui ni nous ne sommes des victimes. Il n’y a rien à attendre de l’Etat, et la posture de ceux qui rejettent la répression et la criminalisation du mouvement anarchiste nous semble illusoire. Qu’espèrent-ils ? Des fleurs ? Et bien, nous devons les informer qu’il ne s’agit pas ici du jeu romantique de la révolution, et que c’est une guerre qu’il nous faut livrer entièrement. Quiconque choisit le capitalisme comme ennemi doit avancer avec détermination, le pas assuré, pour ne pas trébucher sur la mort. Rappelons aussi que leur première ligne de bataille est formée par une police qui possède des armes, inutile ici d’énumérer tous les cas où ils les ont utilisées. Quiconque attaque le pouvoir doit en connaître les conséquences.

La répression a pour finalité la peur. Quand un être humain a peur, il peut potentiellement faire des choses qu’il n’imagine pas. C’est son instinct de survie qui prime. Affrontons la peur et transformons-la en action, ce n’est qu’ainsi que nous pourrons parvenir à une révolte générale qui dépasse leurs moyens répressifs. Face à eux, nous ne devons pas rester paralysés, ce serait la pire des déroutes. C’est pourquoi nous disons à ceux qui considèrent que les actions violentes contre les institutions sont contre-révolutionnaires (puisqu’elles ne feraient qu’accentuer la répression), que tout est répression, et qu’elle est aiguë depuis bien longtemps ; mais aussi que toute action, du fait de penser à la liberté jusqu’à s’arrêter de travailler, de squatter une maison jusqu’à poser une bombe, amène de la répression. Si vous la craignez, continuez à penser et à rêver l’utopie du grand soir, à élaborer une fausse critique et à rester de simples spectateurs de votre vie.

Enfin, nous saluons toutes les actions réalisées en différents endroits du monde par ceux qui ont aussi cette flamme au cœur, une flamme qui parcourt nos veines et qui nous dit chaque jour que nous sommes vivants. Que Mauri l’est aussi avec nous, puisque les morts sont ceux qui ont déjà perdu leur vie en en faisant l’offrande à cette machine appelée civilisation.

Groupe réduit d’individus sauvages

Même si tu bois la tasse, il faut continuer à nager si tu ne veux pas que le courant t’emporte…

Posté sur Liberación Total, le 3 juin 2009.

Appel à la solidarité internationale pour Cristian Cancino

Nous lançons un appel à la solidarité internationale pour notre compagnon Cristian Cancino qui, ce mercredi 24 juin, passera sous le coup de la loi antiterroriste. Ce sera le premier cas à Santiago du Chili. Notre compagnon, en plus d’être accusé de « transport et détention illégale de matériel pour la fabrication d’explosifs », risque de se voir ajouter la pose d’un engin devant une pharmacie le 27 mars dernier.

Nous appelons à manifester sa solidarité par des rassemblements devant les ambassades du Chili partout dans le monde, en saturant leurs lignes téléphoniques et fax, tout comme nous appuyons l’action directe de celles et ceux qui les font leurs.

Nous exigeons sa libération, mettant à nu le montage policier et médiatique qu’est en train de réaliser l’état chilien, avec l’aide de la presse du capital.

Cristian Cancino dehors !

C.S.O La Idea, 22 juin 2009

Communiqué face à la perquisition du Centre Social Autonome et Bibliothèque Libertaire Jhonny Cariqueo

Hier matin, mercredi 24 juin vers 10h, le domicile de la mère de Diego Rios González est perquisitionné par des effectifs du GOPE, accompagnés d’un des procureurs en charge de l’enquête sur les attaques à la bombe. Elle aurait donné l’alerte et dénoncé la présence d’un sac suspect. L’opération s’est terminée vers 15h par la saisie de matériel prétendument destiné à la fabrication d’engins explosifs.

La nuit tombant, vers 19h, 20 à 30 flics du GOPE (Groupe d’Opérations de Police Spéciales), Labocar (Police scientifique), SIP (Société Interaméricaine de Presse, espèce de garde du corps des grands médias) et des civils dont ne sait à quel service ils appartiennent, entrent dans le C.S.A et Bibliothèque Libertaire Jhonny Cariqueo avec des chiens et des appareils technologiques pour fouiller et contrôler notre lieu.

L’opération a duré deux heures, et leur préoccupation essentielle était de savoir où se trouvait Diego. Un nombre incalculable de questions ont été posées aux compagnonnes qui se trouvaient là, auxquelles elles ont refusé de répondre, gardant en permanence le silence. Voyant qu’il n’y avait et qu’il n’y aura jamais aucune volonté de collaborer, ils ont dû chercher les réponses par eux-mêmes. Une grande quantité de matériel écrit et de propagande a été saisi, avec une attention particulière portée à ce qui concernait le compagnon Mauricio Morales, ainsi que du matériel de sérigraphie, divers films, des outils de construction, une bonbonne de gaz, un appareil photo, une CSU [?] et trois vélos.

Face à ce que nous venons de signaler, nous faisons la déclaration suivante :

Nous rejetons et condamnons la position assumée par la « mère » de Diego. L’appel qu’elle a passé, sa collaboration avec l’enquête et sa croyance stupide dans le procureur et la Justice font d’elle notre ennemie déclarée.Nous assumons la fermeté de notre position : en guerre contre l’autorité et toute forme d’exploitation. Elle ne changera pas, ni parce que nous nous trouvons sous la surveillance de nos ennemis, ni à cause des conséquences que peuvent avoir nos décisions.

La solidarité des compagnes et compagnons qui nous ont soutenu hier nous EMPLIT d’énergie et de courage. Cela compense quelque peu la douleur que provoque en nous tous, antiautoritaires, anticapitalistes qui croyons en l’insurrection permanente, la perte physique du compagnon Mauricio Morales, et aujourd’hui l’absence et la possible incarcération de notre compagnon Diego Ríos.

Nous vivons des moments difficiles, nous savions que cela arriverait. Mais rester passifs ferait de nous des traîtres. C’est pourquoi, aujourd’hui, nous restons fermes, debout et le front haut, polissant chaque fois davantage nos relations et nos pratiques, tout en nous renforçant qualitativement pour qu’en des moments comme celui-ci, la tristesse et le goût de la déroute ne nous submergent pas.

A notre compagnon Diego : nous sentons ton absence, tu nous manques, nous t’aimons. Nous estimons ton audace, comme le sens de vouloir récupérer les vies que ce système nous a volées. C’est ce sens qui nous lie malgré les distances. Car, où que tu sois, nos convictions et nos rêves nous uniront toujours. Nous en connaissons déjà les conséquences : la prison, la cavale et, comme tu l’as dit, « jusqu’à la mort, compagnons ! »

En guerre contre toute forme de pouvoir, d’autorité et d’exploitation !

Quand le quotidien est une attaque, la solidarité est une arme nécessaire !

Centre Social Autonome et Bibliothèque Libertaire Jhonny Cariqueo,
Pudahuel, 26 juin 2009.

Pour celles et ceux qui sont tombés, qui ont été séquestrés ou poursuivis au cours de la guerre sociale, pas une seule minute de silence, mais toute une vie de combat

« Il est temps d’agir au quotidien et avec nos affinités, pour la destruction de la société carcérale et de chaque tentative sociale de réformer ce système de mort dégueulasse.

La solidarité ne doit jamais être un slogan vide, mais une action quotidienne d’affrontement avec le pouvoir et un soutien constant aux frères et sœurs enfermés dans cette guerre à mort. »

Mauricio Morales

La mort, le 22 mai, de notre frère Mauricio a provoqué une série de coups de la part des policiers chargés de l’enquête sur les attentats explosifs de ces deux dernières années. Quelques heures après sa mort, et alors que les médias avaient donné son nom, ont débuté des perquisitions dans différents lieux. Ce fut une longue journée, encore très présente pour certainEs d’entre nous.

Le Squat La Idea a reçu la désagréable visite forcée de la police criminelle, leur lieu a été détruit et les compagnonNEs arrêtées. Ils les conduisent à une caserne pour être interrogés sur leurs liens avec Mauri. Ils cherchent avec zèle du matériel explosif et s’emparent des mêmes choses qu’ils ont prises lors d’autres perquisitions : des vêtements, des vélos, des bonbonnes de gaz, des outils, etc. N’obtenant aucun indice qui leur permettrait d’inculper qui que ce soit de quelque explosion, et sous la pression ministérielle qui les pousse à capturer les personnes impliquées, ils mettent de la poudre noire dans la maison. Elle est stratégiquement placée dans la chambre du compagnon Cristian Cancino, qui travaillait dans des installations minières.

Le scénario était parfait, ils présenteraient à la presse un coupable idéal qui ne pourrait être mis en doute, ils montreraient leur efficacité. Dans ce cas précis, les seuls indices dont ils disposent proviennent de la balance Gustavo Fuentes –le prétendu anarchiste qui a tenté d’assassiner sa femme (ce qui avait déclenché une vague de perquisitions de divers squats le 31 décembre dernier)– et du terrible accident qui leur a fourni une identité, celle de notre frère Mauri. C’est tout ce qu’ils ont, d’où leur désespoir. Il n’y a ici aucune habileté, seulement de la balance, de l’invention et un accident mortel.

La même journée du 22, les compagnes et compagnons de La Idea ont pu reprendre leur lieu, sans qu’il y ait de mandat d’arrêt. Mais tout change au fil des jours. Cristian est arrêté, accusé de détention de matériel explosif. Après avoir été brièvement relâché, il est de nouveau arrêté et, cette fois, réinculpé sous le coup de la Loi Antiterroriste, accusé de fournir de la poudre noire pour un attentat.

Ils ont enfin un trophée à montrer à tout le monde ! Ils s’acharneront sur lui pour se venger et prendre leur revanche sur toutes les attaques qu’ils ont reçues de la part de compagnoNEs anti-autoritaires pleins de défi. Avec l’application de cette loi, qui concrètement double toutes les peines, le panorama est plutôt désolé pour notre compagnon Cristian. Parallèlement à cela, les trois compagnonNEs argentinEs qui vivaient dans le squat reçoivent l’ordre d’expulsion du pays, dans le cadre d’une stratégie répressive destinée à créer la peur et à désarticuler la solidarité.

Quelques semaines passent, et la vie de beaucoup reprend son « cours » normal, tandis que d’autres paient au quotidien le prix de leur positionnement en guerre permanente, sans trêve ni jour fériés, sans relâche ni congés maladie. Le corps pèse, et la douleur se fond dans chacun de nos actes. Un mois sans notre frère, et l’oubli commence à amener Mauri vers ses terres lointaines. On observe le défilé d’images à la télé dans l’indifférence, on trouve et on adopte une position commode, on opte pour la passivité. Car, oui, c’est toujours une option. La mémoire active est une action, c’est la solidarité qui se traduit dans tout ce que notre imagination est capable de réaliser, les limites ne sont fixées que par chacunE, elles sont en nous. Chaque geste, aussi petit qu’il paraisse, revêt une importance primordiale dans des moments où la mort coupe le temps en mille petits morceaux.

Le souvenir de notre compagnon, de son action et de son courage ne peuvent rester sur le terrain de l’intimité, où nous pouvons rire ou pleurer à tout moment. Tomber là-dedans, c’est garder Mauri pour nous seuls, sans parvenir à ce qu’il se transcende. C’est là que l’agitation joue un rôle vital, qu’elle parvient à projeter un thème qui n’était que dans la mémoire de celles et ceux qui ont été ses proches.

La peur commence à s’installer comme un flic intérieur ; se souvenir de lui semble devenir en soi un acte de transgression. Dans un contexte où Mauri semble n’avoir jamais existé, on panique de parler de lui, de faire quelque chose en son nom ou en sa mémoire.

Le défi consiste pour nous à briser la peur, le silence et la passivité, en le rappelant par l’agitation dans toutes ses formes et possibilités. C’est une question d’éthique, de loyauté et d’honneur vis-à-vis de notre position de combat et de Mauri lui-même.

Mercredi 24 juin, sur dénonciation de sa mère, le domicile de Diego Rios est perquisitionné par différents services de carabiniers. On en sort un sac contenant soi-disant du matériel servant à fabriquer des explosifs. Suite à cela, s’ouvre un nouveau volet de l’enquête, de nouveaux acteurs apparaissent dans l’organigramme de la police, où les squats sont les premiers sur la liste des suspects.

Quelques heures après, le C.S.A et Bibliothèque Libertaire Jhonny Cariqueo, espace fréquenté par Diego, est perquisitionné. Ils le recherchent et retiennent à l’intérieur trois compagnonnes qu’ils tentent d’effrayer afin qu’elles fournissent quelque information qui implique Diego ou facilite sa capture. N’obtenant aucune collaboration de leur part, après trois heures de harcèlement (se traduisant comme d‘habitude par la destruction, la saisie de vêtements, de vélos, etc.), ils repartent avec tout leur arsenal et le show qu’ils avaient préparé au cas où ils trouveraient Diego.

La collaboration de la mère de Diego constitue un tragique précédent qui ramène en mémoire des centaines de cas dans différents endroits du monde, où des conjoints et des membres de la famille sont finalement ceux qui font enfermer celles et ceux qui se lèvent contre l’ordre existant.

Dans le contexte actuel, où l’absence des compagnons pèse sur chaque espace, il est urgent d’être à la hauteur des circonstances. Il faut changer la perspective qui consiste à ne se mobiliser qu’à travers des ressorts sentimentaux, sans assumer que les coups ne sont pas personnalisés. Les attaques sont dirigées contre une idée, contre la graine d’une idée insurrectionnelle.

Le pouvoir ne s’intéresse pas aux particularités de chacune des vies qui subissent aujourd’hui concrètement la répression. Ce à quoi nous devons réfléchir, c’est qu’ils cherchent à nous toucher à travers elles, nous tous et toutes qui jouons notre vie à donner un sens réel à la magnifique phrase sur l’insurrection permanente. On cherche à anéantir une idée. Leur but, c’est qu’après notre incarcération, notre mort ou notre fuite, il n’y ait plus personne pour mener un principe de guerre contre l’existant, d’attaque contre le pouvoir sous toutes ses formes.

Nous ne voulons pas tomber dans l’énumération interminable de l’offensive répressive, car ce qu’il faut comprendre, c’est que nous ne sommes pas en présence de faits isolés ou sans coordination. Bien au contraire, chacun d’entre eux est relié à l’autre, ils font partie du même jeu d’échec. Chaque mouvement de pièce a des conséquences pour nous tous et toutes et, ici, notre incapacité à répondre à la hauteur de la guerre ne contribue qu’à arrêter l’avance de l’insurrection. Ta passivité applaudit de fait chaque coup de l’ennemi et le grandit, alors que nous devons nous transformer en géants pour supporter ce moment, lui résister, l’attaquer et vaincre.

Il y a quelques semaines, nous écrivions que, dans cette guerre, nous grandirions ou nous mourrions, mais que même la mort n’éteindrait pas notre flamme, car le feu est contagieux et s’étend. Nous pensons que ceci doit se produire maintenant, doit s’étendre, dépasser les limites fictives du temps et de la géographie.

A travers chaque action solidaire, nous étreignons notre compagnon Mauri qui se fond dans les forces de la nature sauvage, Cristian pris dans les serres de la répression et Diego dans sa cavale insurgée. Il ne dépend que de nous que les sentiments affectueux et d’amour renforcent notre lutte. Nous sommes en train de vivre la guerre à l’instant même, Le conflit ne se présentera pas dans un moment lointain, il a lieu maintenant, sur ce territoire, même s’il ne se mesure pas selon un principe de masse. Ce qui compte, c’est la qualité de l’attaque.

La peur désarticule et laisse en plan, elle ne permet pas d’avancer. Au contraire, elle nuit autant au soutien concret qu’aux guerriers debout pleins de défi. Pour que tu sentes l’urgence de la vie, de la prise de position, nous ne pouvons guère faire plus que d’exposer ce que nous vivons ; l’action concrète ne dépend que de toi, de ton éthique, de ta conviction et de ton imagination.

« A celles et ceux qui se rebellent, ils appliqueront des mesures exemplaires, générant la peur et éliminant celles et ceux qui désirent subvertir l’ordre. On crée donc une prison en dehors des murs des prisons, où les barreaux et les verrous sont les peurs qu’ils alimentent au quotidien. »

Mauri

Que le feu de la révolte brûle la lâcheté et la peur…

Que le feu de la révolte brille dans les yeux de Mauri, Cristian et Diego.

Courage compagnonNEs, nous continuons sans plier… vole libre où tu veux aller…

Centre Social Occupé et Bibliothèque Sacco et Vanzetti
juin 2009, Chili

Communiqué du « Centre Social Autonome et Bibliothèque Jhonny Cariqueo »

Dans le cadre des poursuites de l’Etat et de ses appareils contre notre compagnon Diego Ríos, la réponse de l’ennemi s’est faite pressante. Depuis quelques années, l’Etat est en effet dans le collimateur de l’action insurrectionnelle, qui met à la fois en évidence la vulnérabilité du fonctionnement normal du système capitaliste, mais aussi l’existence réelle et concrète de compagnons capables de se lancer de toute leur vie dans le désir de détruire cette société. C’est ce qu’a fait notre compagnon Mauricio Morales, mais c’est aussi ce que nous entreprenons toutes et tous lorsque nous décidons de vivre à la minute et selon ce que nous pensons, quand nous ne nous sentons pas vaincus et restons debout, alors même que la douleur la plus profonde traverse nos corps et nos cœurs. Après la perquisition qui a eu lieu le 24 juin dernier au Centre Social Autonome et Bibliothèque Jhonny Cariqueo, nous souhaitons aujourd’hui partager quelques réflexions, critiques et autocritiques que nous pensons nécessaires.

Le manque de questionnement et d’étonnement face à la réalité de beaucoup de ceux qui se font appeler nos « compagnonNEs » nous interpelle (pour le moins).

C’est ce manque d’étonnement face à la mort, à l’incarcération, à la poursuite et à la cavale de compagnonNEs qui se lancent par l’action dans le rêve et l’idée de liberté, qui nous amène à questionner les relations que nous forgeons au quotidien, à l’intérieur comme à l’extérieur de notre lieu, qui se nomme depuis quelque temps déjà « Centre Social Autonome ».

Nous pensons que la réaction prévisible de certains, face aux événements que nous vivons aujourd’hui, relève d’une inertie incapable d’être créatrice, incapable de se traduire en action, mais dégoulinant à l’inverse de discours superflus, une inertie qui se cache derrière une interminable liste de symboles et une idéologie des plus grossières.

Il existe un nombre incalculable de manières de concrétiser la solidarité, un large spectre de possibilités. La matérialisation des idées face à un « fait ponctuel » (mal nommé, car aucun fait ne naît, n’est et ne s’achève, tous ont des conséquences importantes dans nos vies) ou en tant que pratique permanente cheminant et portant de nouvelles expériences, est une de nos aspirations essentielles.

La solidarité, comme nous l’avons déjà dit, ouvre une large palette de possibilités. Si nous avons fait part de ces interrogations à ceux qui nous ont d’abord « gentiment tapoté l’épaule » pour ensuite briller par leur absence, ce n’est pas seulement parce que « nous attendons quelque chose de ceux que nous estimons ». Certains d’ailleurs, ont cru qu’on peut être solidaire par son unique présence, se transformant par là-même en simples spectateurs, en figurants d’un « scénario bien connu »…

Ce que nous cherchons, c’est à créer la tension autour du réel « positionnement en guerre » dont on parle tant.

Nous nous sommes rendu compte que l’ennemi a de nombreuses manières de nous guetter et nous contrôler. La peur est une de ses meilleures armes, elle entraîne la paralysie de l’action, la mise sous silence et ainsi l’annihilation de l’idée, cherchant à normaliser ses coups.

L’isolement des espaces de rencontre et de dé-construction, dans lesquels nous affinons la qualité des relations que nous forgeons, et où nous développons les capacités de tous ceux qui font de cet espace un ESPACE VIVANT, nous fait penser que ceux qui les abandonnent, qui n’éprouvent rien ou ne font rien face à la mort, à la persécution, à l’incarcération et à toute autre conséquence de la guerre, se transforment en TRAITRES .

Pour cela, la pratique du discours nous rend forts.

Nous restons en guerre en nous épaulant à travers l’organisation informelle que nous sommes, car nous pensons que l’existence et la prolifération de groupes d’affinité est ce qui parvient à déstabiliser l’ennemi (les affinités naissant bien entendu de chacunE, c’est-à-dire de l’individu)… et que c’est là aussi que se forgent nos qualités. C’est pour tout cela que avons confiance en nous, que nous ne nous sentons pas vaincus, et que nous continuons à croire en la propagation des expériences et de l’attaque, comme au nécessaire lien entre quantité et qualité. C’est pour cela que nous plaidons en faveur de la multiplication des espaces et des relations dangereuses pour le capital, de toutes celles qui naissent et se concrétisent par un désir et une réelle volonté de les mettre en pratique, et pas « d’être pour être » ou « par peur qu’on pense que je suis moins engagéE ».

Nous souhaitons affirmer clairement que « nous savons qui nous sommes », que nous sentons celles et ceux qui éprouvent réellement la nécessité de ne pas rester paralyséEs, parce que ce sont les mêmes rêves qui nous meuvent ; parce que rester debout nous rend conséquents avec ce que nous pensons, disons, pratiquons et ce que nous voulons parvenir à faire ; et parce que nous sentons vraiment en nous la bouleversante absence de ceux qui luttent coude à coude et aujourd’hui ne sont plus à nos côtés.

Aux compagnes et compagnons de la Sacco et Vanzetti :

Nous partageons le bilan que vous avez tiré de la douloureuse expérience dans laquelle nous avons été complices. Le chemin parcouru depuis longtemps nous a amené au même point : face à face avec l’ennemi, assumant les conséquences de nos actes, de nos positions et, comme le dit notre compagnon Diego, de « l’urgence de nos vies », ne nous laissant vaincre ni par les coups reçus ni par la passivité qu’ils cherchent à créer en nous.

Nous sentons l’absence de Diego, tout comme celle de Mauricio et de Cristian. Les passer sous silence revient à les nier et les éliminer d’un monde qu’ils se sont appliqués à détruire.

Aux compagnes et compagnons de La Idea :

Nous voyons que la déroute ne vous a pas paralysés, nous assumons notre absence aux actions réalisées en soutien au compagnon Cristian, mais nous voulons lancer d’ici un salut et un soutien aussi bien à lui qu’à vous.

Nos trois lieux sont liés par un quotidien douloureux, celui de sentir l’absence d’un frère. C’est pourquoi nous vous adressons une accolade fraternelle, sachant que les bouleversantes expériences que nous partageons doivent nous maintenir debout et, comme vous dites là-bas, « à la hauteur des circonstances »…

A notre frère :

Nous ne savons pas combien de temps nous passerons sans te voir, te prendre dans nos bras, t’emmerder et te regarder danser, et surtout nous alimenter réciproquement de tes qualités vitales. Tu es partout avec nous, car la valeur que nous donnons ensemble à nos vies nous unit, et nous unira toujours. Nous t’aimons et tu nous manques beaucoup.

Parce que la distance ne détruit pas nos liens…

HASTA LA MUERTE !

Centre Social Autonome et Bibliothèque Jhonny Cariqueo
5 juillet 2009

Bref aperçu de la situation avant la mort de Mauri

2008

  • Vilcún, 3 janvier – Aux environs d’une propriété du paramilitaire fasciste Jorge Luchsinger, un jeune étudiant Mapuche de 23 ans, Matías Catrileo, tombe sous les balles des flics. Il réalisait des récupérations de terre avec un groupe de comuneros.

  • Santiago, 6 février – Attaque explosive contre une caserne de carabiniers revendiquée par la Banda Antipatriota Severino di Giovanni.

  • Santiago, 13 mars – Découverte d’un tunnel de 85 mètres dans les environs de la prison de haute sécurité de Santiago. Il était muni d’un système d’éclairage et d’extraction d’air.

  • Providencia, 18 mars – Un engin explose devant le siège de la Banque de Crédit et d’Investissement (BCI), détruisant un distributeur de billet et le premier étage. L’attaque est revendiquée par les Columnas armadas y desalmadas Jean-Marc Rouillan, qui font un plaidoyer pour l’expropriation et rappellent la Commune de Paris de 1871.

  • Santiago, 26 mars – Un engin, constitué d’un extincteur contenant une charge explosive, éclate devant une succursale de la Banque Estado, provocant des dégâts à la porte et aux fenêtres. A l’extérieur se trouvent des tracts sur la commémoration de la Journée du Jeune Combattant.

  • Santiago, 29 mars – Lors des émeutes à l’occasion de la Journée du Jeune Combattant, un manifestant accusé d’être un flic infiltré est abattu et 9 carabiniers sont blessés (dont un par balles à la jambe en intervenant pour éviter un pillage de supermarché). Plus de 400 manifestants seront arrêtés en trois jours. A noter aussi que la ministre Gloria Ana Chevesich, prise avec son véhicule dans un blocage de rue, a évité de peu le lynchage tandis que sa voiture était défoncée par de jeunes cagoulés.

  • Santiago, 31 mars – Jhonny Cariqueo Yañez, un jeune anarchiste de Pudahuel, meurt d’un infarctus suite aux tabassages dans le commissariat. Il avait été arrêté deux jours plus tôt suite aux émeutes liées à la Journée du jeune combattant.

  • 25 avril – Mille étudiants manifestent dans divers endroits du pays contre la nouvelle loi sur l’éducation. Après un fort déploiement de force, plus de 500 manifestants sont arrêtés.

  • Las Condes (Santiago), 25 avril – Une bombe à bruit éclate dans le département des sciences de l’Université catholique Los Andes, liée à l’Opus Dei. Attaque revendiquée par la Federación Insurreccionalista contre « cet antre de l’opulence et de la merde catholique ».

  • Valparaiso, 30 avril – Un groupe de compagnons occupe le consulat d’Argentine, avec madame le consul à l’intérieur, demandant que les camarades chiliens incarcérés dans ce pays soient libérés et bénéficient de l’asile politique (accusés d’un braquage de banque à Santiago où un policier a trouvé la mort fin 2007, ils ont été arrêtés en Argentine en mars 2008 et sont en instance d’extradition vers le Chili).

  • Pudahuel (Santiago), 18 mai – Un tube de poudre noire muni d’un système d’horlogerie explose contre le commissariat n°26, précisément celui où Jhonny a été tabassé à mort. Attaque revendiquée par la Cellule antiautoritaire insurrectionnelle Jhonny Cariqueo Yañez : « Nous ne voulons rien de votre société malade, nous ne sommes ni marxistes ni des communistes plus ou moins radicaux. Nous ne cherchons pas une part du pouvoir, nous voulons le détruire ! ».

  • Concepción, 2 juin – Des individus cagoulés incendient un distributeur de billets de la banque espagnole Santander avec un molotov. Les baies vitrées de la Maison de la Culture située à côté sont en même temps brisées à coups de pierres. Des tracts sur place revendiquent l’attaque en solidarité avec les Mapuche en lutte.

  • Juin – L’Etat chilien crée un département spécial qui centralisera toutes les opérations et enquêtes contre les anarchistes, suite à une réunion au sommet des différents services de renseignement du pays.

  • 4 juin – Publication du très long communiqué en 16 points de la Seconde rencontre informelle internationaliste de l’Anarchisme révolutionnaire insurrectionaliste. Il est signé par la plupart des groupes anarchistes qui ont revendiqué des actions explosives, mais pas seulement, depuis 2006.

  • Farenolles, 11 août – Sur la route qui mène à la plus grande station de ski du pays, un pylône à haute tension est descendu à l’explosif. L’attaque se présente notamment comme « le sabotage d’un centre de divertissement des riches » et est dédiée à Jhonny Cariqueo.

  • La Reina, 13 août – Un engin composé de TNT et de gaz explose contre la banque Itaú. Attaque revendiquée par les Fuerzas insurreccionales internacionalistas Axel Osorio a la calle, et dédiée en particulier à Gabriel Pombo da Silva, compagnon incarcéré en Allemagne.

  • Providencia (Santiago), 10 septembre – Un engin (extincteur rempli de poudre noire) explose contre une banque BCI, au croisement des avenues Francisco Bilbao et Rodo. Des éclats de l’engin ont aussi endommagé la vitrine d’un concessionnaire Mitsubishi. Attaque anonyme dédiée à Claudia López, une compagnonne anarchiste assassinée par les flics le 11 septembre 1998 sur une barricade.

  • 11 septembre – Cette année, lors des affrontements liés à l’anniversaire du coup d’Etat de Pinochet en 1973, en plus des barricades, black out dans les quartiers, molotovs et coups de feu contre les flics, on compte 22 carabiniers blessés, mais aussi 577 interpellés et un manifestant de 18 ans très grièvement blessé (grenade lacrymogène en pleine tête à courte distance).

  • Santiago, 14 septembre – Le commissariat n°3, au centre-ville, subit une attaque (1 kg d’explosif) qui détruit ses vitres et une partie de sa porte d’entrée latérale. Action revendiquée par le Comando Jhonny Cariqueo, qui la dédie à tous les rebelles tombés sous les balles de la démocratie.

  • Santiago, 15 octobre – Un engin explose contre le Club social de la Police d’Investigation. Attaque revendiquée par la Fracción autónoma de ataque Leon Czolgosz, et dédiée notamment « aux assassinés par l’Etat ces derniers mois : Jhonny Cariqueo et Marcelo Gonzáles, morts respectivement suite aux coups reçus par les flics le 29 mars et le 11 septembre ».

  • Temuco, 11 décembre – Les bureaux judiciaires de la Defensoría Penal Pública sont attaqués à l’explosif (extincteur de 1 kg de poudre noire) par la Juventud Rebelde e Insurreccional Rodrigo Cisternas. Les auteurs soulignent notamment dans leur texte « ’cette justice putride n’est qu’une tentacule supplémentaire de l’Etat pour défendre les intérêts des grands patrons et propriétaires de terres ».

  • Santiago, 31 décembre – Quatre squats anti-autoritaires sont perquisitionnés : El Hogar, La Idea, La Malicia et La Escalera. Cette opération s’inscrit dans le cadre de l’enquête sur les nombreuses attaques explosives anarchistes de ces dernières années. « Si nous nous arrêtons en chemin maintenant, si nous courrons maintenant nous cacher ou si nous passons notre temps à redorer notre image, alors ils nous auront vaincus. ... Et cela jamais : jamais en déroute, orgueilleux que nous sommes du chemin insurrectionnel que nous avons choisi » (extrait du texte de la Sacco et Vanzetti, En el combate no claudicamos jamas, janvier 2009, suite à ces perquisitions).

2009

  • Janvier – Le journal Mercurio publie un long article sur les « anarcoterroristes », et les enquêtes à propos des 91 attaques souvent explosives depuis 2004 (dont 63 dans la seule région de Santiago), soit une vingtaine par année. Trois procureurs spéciaux mènent ces enquêtes (Xavier Armendáriz, Rodrigo Lazo et Francisco Jacir), où l’« anarcho-insurrectionnalisme » italien est encore une fois nommé, tout comme l’existence d’une « alliance » avec les communautés Mapuche en lutte pour récupérer des terres, mais aussi la présence d’une balance (Gustavo Fuentes, un squatter tox arrêté en janvier suite à la tentative de meurtre contre sa copine).

  • Providencia (Santiago), 5 janvier – Une première attaque explosive se produit contre les bureaux de la police judiciaire situés avenida Pedro de Valdivia. Elle est revendiquée par le Grupo Anarquista Anticarcelario et précise « un an après l’assassinat de Matías Catrileo, vengeance insurrectionaliste ! ». Une seconde attaque (450 grammes d’explosifs), anonyme, se produit en même temps devant l’ex-prison Capuchinos, devenue un Centre de Réinsertion surveillé par des carabiniers. Le texte de revendication est un plaidoyer contre toutes les prisons et de solidarité avec les prisonniers en lutte.

  • Caldera, 19 février – Trois pylônes à haute tension de 110 kv sont abattus à la dynamite dans une ville située à 10 kilomètres au sud de Copiapò, coupant l’électricité à une grande partie de la ville et du port de Caldera.

  • Providencia (Santiago), 10 mars – Un engin explose chez le concessionnaire automobile Atal Autos (concessionnaire Mercedes Benz) situé dans l’avenue Costanera Andrés Bello. Les vitrines sont détruites et de nombreuses voitures de luxe endommagées. Attaque revendiquée par les Bandas armadas y desalmadas Jean-Marc Rouillan.

  • Quilicura, 10 mars – Un engin explose sur la voie ferrée occupée par Ferrocarriles del Pacifico (propriété du groupe économique Sido Koppers). Revendiqué le Groupe de Sabotage Hermanos Vergara Toledopar : « L’objectif de cette action était également de perturber le fonctionnement normal des entreprises Cemento Bio Bio et KDM qui utilisent cette voie ferrée pour faire sortir la merde que produit Santiago. Bien sûr, ils n’auraient jamais pensé à installer une usine de recyclage de déchets dans un quelconque quartier de la bourgeoisie, mais le capitalisme n’a que faire de la santé et de la qualité de vie des habitants d’une commune populaire comme Quilicura, à moins qu’ils ne s’en servent comme esclaves salariés et consommateurs de marchandises. »

  • Santiago, 12 mars – Une trentaine de jeunes cagoulés coupe la circulation aux alentours de l’Université Métropolitaine de Sciences de l’Education (UMCE) pour rappeler que s’approche un nouveau 29 mars, Jour du Jeune Combattant, qui commémore la mort des frères Vergara Toledo et de tous ceux qui sont tombés au combat sous et après la dictature. Au cours du blocage de route, les forces spéciales sont intervenues et ont tenté de dégager la voie, grenades lacrymogènes à l’appui. Les manifestantEs ont répondu à coups de molotovs et de pierres, jusqu’à se faire repousser jusque dans l’enceinte de l’université. Deux personnes ont été arrêtées.

  • Ercilla, 24 mars – Un camion de l’entreprise Cartes Hermanos servant à Forestal Mininco a été intercepté par plusieurs personnes et incendié au pont San Ramón de la localité du même nom. Cette action en refus de l’industrie forestière s’est déroulée à proximité du lieu où un camion du même genre avait été brûlé le 26 avril 2008.

  • Victoria, 27 mars – Des actions de sabotage ont visé des machines forestières en service pour l’entreprise Forestal Mininco dans la combe San Francisco, à 18 km de Victoria. Deux machines ont été détruites. Attaque revendiquée comme la précédente : « Ces actions ont pour objectif d’expulser les entreprises forestières du Territoire Mapuche et de soutenir le processus de récupération de terres de nos communautés en lutte. »

  • San Bernardo, 29 mars – Dans la nuit, près de 200 personnes ont attaqué la 14e caserne de Carabiniers, située au croisement des avenues Colon Sur et Balmaceda. Dans le quartier, des barricades avaient été montées, divers troubles ont eu lieu et des personnes se sont approchées du commissariat en le caillassant. 9 arrestations pour dégâts sur un véhicule de police et troubles à l’ordre public.

  • Pudahuel, 7 avril – Vers 1h30 du matin, un engin explose contre la Municipalité de Pudahuel où se trouve également un bureau de l’entreprise Telefonica, détruisant 7 baies vitrées et occasionnant de nombreux dégâts aux murs. Attaque anonyme revendiquée en mémoire de Jhonny Cariqueo : « Nous voyons dans la Municipalité de Pudahuel un exécutant de plus de la sainte inquisition démocratique. Les policiers, les gouvernants et ceux qui n’ont rien dit ni fait contre, en s’abritant derrière l’odeur fétide du citoyen putréfié, sont les assassins de Jhonny. »

  • Santiago, 17 avril – Un groupe de jeunes anarchistes détruit plusieurs commerces du centre au cours de la journée nationale de grève appelée par la Centrale Unitaire des Travailleurs (CUT). Selon les syndicats, au mois 12 000 personnes ont participé aux quatre cortèges qui ont convergé au Parque Almagro. Les anarchistes se sont introduits dans la manifestation des travailleurs et ont même tenté d’agresser le Président de la CUT, Arturo Martinez, qui a dû être protégé par d’autres dirigeants du même organe syndical.

  • Ercilla, 24 avril – Le secteur de Chequenco, près de la localité de Pidima, dans la commune de Ercilla a connu une vive tension, quand un groupe de 8 personnes cagoulées a commencé à installer des barricades au milieu de la route pour empêcher les camions des entreprises forestières de passer. Les flics, alertés, ont rapidement tenté d’intervenir, mais ils ont été reçus à coups de frondes et de fusils, ils ont dû reculer et les bloqueurs ont réussi à s’enfuir.

  • Puerto Montt, 6 mai – Le siège tout en bois de Salmón Chile est incendié. Attaque revendiquée par le Comando autónomo 3 de mayo, en souvenir de Rodrigo Cisternas (ouvrier forestier assassiné le 3 mai 2007 par les flics lors d’une grève) et contre cette multinationale qui empoisonne l’eau et l’air.

Chronologie partielle de la solidarité

• Paris, 24 mars 2009

« La nuit de lundi à mardi 24 mars, la Maison de l’Amérique Latine située boulevard St Germain à Paris a été bombardée de peinture rouge. Un tag sur place ajoutait : « Bachelet asesina ». Bachelet est la présidente du Chili, où comme ici de nombreux révoltés sont régulièrement assassinés par les flics. Solidarité avec les révoltés chiliens, à quelques jours du 29 mars. »

• Berlin, 29 mars

« La nuit du 29 mars, une Mercedes a été incendiée près de Treptower Park à Berlin, dans le district de Treptow. Il s’agit d’une petite contribution à la guerre sociale actuelle. Nous envoyons un salut cordial à tous les compagnons du Chili, qui ont maintenu vivante la mémoire de la lutte. Ici comme là-bas, il y a des coeurs rebelles contre la domination sous toutes ses formes. »

• Châtelet (Belgique), 2 avril

Vers 3 heures du matin, un incendie s’est déclaré au rez-de-chaussée du n°4 de la rue de Couillet, à Châtelet. Les pompiers sont parvenus à maîtriser l’incendie, qui n’a pas fait de victime. Le bâtiment abrite le consulat honoraire du Chili.

• Athènes/Thessalonique, 19 mai

Double explosions contre des commissariats de police en construction. Attaque revendiquée le 25 mai par la Conspiration des cellules de feu et la Fraction des nihilistes, et dédiée aussi bien à Zoé (morte le 1er mai à Chambéry en manipulant du chlorate) qu’au « camarade chilien Mauricio Morales Duarte, décédé le 22 mai alors qu’il tentait de poser des explosifs dans une caserne de la police à Santiago du Chili »

• Santiago du Chili, 25 mai

Hommage au compagnon Mauricio Morales, qui a perdu la vie le 22 mai dernier, au cours d’une action combative dans le quartier de Villa Francia. Des bougies ont été allumées, des tracts lancés, des slogans gueulés, des textes lus et la rue a été coupée par des pneus en flammes.

• Mexico, 26 mai

« La cellule du FLA-CPV (Front de libération animale-Conspiration pour la vengeance) revendique l’attaque incendiaire survenue à 5h30 du matin dans la colonie de Coyoaco (Etat de Mexico), visant une foire-expo de peaux du nom d’ « Exibipiel ». (…) Vive la subversion ! Vive la destruction ! Vive le feu qui libère !

Nous envoyons un salut éternel au compagnon du Chili Mauricio Morales mort au cours d’une action. Nous lui dédions cette action. Un salut cordial et une accolade aux cellules du FLA de Guadalajara.

Personne ne pourra arrêter notre cœur insurgé, même en nous incarcérant, en nous torturant ou nous assassinant, la lutte continue, latente. »

• Barcelone, 27 mai

« Le 27 Mai, vers 2h du matin, une grue a été attaquée à la Meridiana, à hauteur du chantier de la ligne 9 du métro. Nous en avons marre de votre ville de merde et de ses vitesses. Nous ne voulons pas continuer à courir pour aller nulle part.
Mauri : le feu de cette nuit a brillé pour toi.
Une accolade insurgée. »

• Mexico, 27 mai

« (…) Nous revendiquons l’attaque incendiaire dans un bâtiment de la police d’Etat, dans la municipalité de Coacalco, Etat de Mexico. Notre courage nous a permis de passer les murs, d’entrer par une fenêtre du deuxième étage. Nous avons vérifié qu’il n’y avait personne. Les bourreaux se préparaient à utiliser cet immeuble, nous avons décidé de mettre le feu à leurs chaises, fauteuils, uniformes, radios, outils de travail, etc. et de laisser des tags anarchistes contre ces crapules responsables de la destruction de la planète et des animaux, humains ou pas. Car pendant qu’ils protègent l’Etat et ses institutions putréfiées, voilà ce qui se passe sur la planète que nous habitons : l’expansion de la civilisation comme le système technologico-industriel dévaste les forêts, les prairies, les rivières et les lacs qui peu à peu se perdent à cause de l’inconscience humaine et des attitudes anthropocentrées. Et nous ne permettrons plus que cela se passe. Pour cela :

Guerre au système capitaliste qui détruit la planète ! Solidarité révolutionnaire avec les compagnonNEs du Chili dans ces moments difficiles !

Que la mort de Mauri fasse se dresser des barricades incendiaires ! Balles, bombes, feu et pierres pour l’Etat et ses complices !

Avec attention :</em> Commando d’Individus Libres, Dangereux, Sauvages et Incendiaires pour la Peste Noire (CILPSPN) »

• Iquique (Chili), 28 mai

Acte de commémoration pour Mauricio dans la rue, avec peinture des murs, lecture de textes, une place rebaptisée à son nom et la nuit passée aux bougies.

• Barcelone, le 29 mai

Au CSO La Farga, soirée de solidarité avec les compagnes et compagnons chiliens face aux événements récents, après la mort récente de Mauricio Morales et la marée répressive qui se déchaîne à présent. Cette soirée a pour objectif de soutenir économiquement le mouvement anarchiste chilien, ainsi que de connaître de première main ce qui se passe ces derniers temps. Discussion informative, projection et bouffe.

• Athènes, 29 mai

« Communiqué : suite à l’incendie des distributeurs automatiques de billets de l’Eurobank, dans le secteur industriel de Marinopoulos la nuit du 29 mai.

Une autre goutte de feu liquide dans l’océan qui noit la monstruosité urbaine. Un petit acte de solidarité avec tous les compagnons incarcérés pour avoir combattu directement les paysages les plus obscurs de cette monstruosité.

PS : la destruction totale de l’appareil n’a pas été ce qu’ont annoncé les médias.

Commando Mauricio Morales Duarte. Chile 22-5-09. »

• Barcelone, 30 mai

« Dans l’après-midi du 30 mai 2009, un nombre indéterminé de personnes cagoulées a coupé les rues Torrent de l’Olla et Travessera de Gracia avec du mobilier urbain et a ensuite mis le feu à ces barricades. Sur place ont été laissés une banderole et des tracts contre les prisons et en solidarité avec les prisonniers Amadeu Casellas et Joaquin Garcés. Le blocage de la route a provoqué des embouteillages jusqu’à Via Augusta, ainsi qu’une grande commotion chez les citoyens bien-pensant des alentours. Nous voulons enfin dédier cette action à un autre compagnon anarchiste chilien, Mauricio Morales, qui a infatigablement lutté contre ce monde de merde et ses prisons. Il est récemment mort à Santiago du Chili, alors qu’il posait un engin explosif contre une école de matons. Pour celles et ceux des nôtres qui sont tombés ou prisonniers, pour la fin des prisons et du monde qui les génère. Pour l’Anarchie. »

• Valparaiso (Chili), 30 mai

Journée de soutien pour les compagnes et compagnons de Santiago : Bouffe, projections, musique, discussion informative au Centre communautaire Los Lecheros.

• Mexico, 31 mai

« Dimanche dernier, le 31 mai, nous avons démontré notre pratique anticapitaliste, et malgré la présence policière, nous avons attaqué une agence bancaire de type Banamex : 6 cocktails molotov ont été lancés sur le distributeur, le panneau publicitaire et à l’intérieur de l’agence. Nous avons aussi essayé de laisser un tag en solidarité avec Amadeu et en mémoire de Mauri, mais cela n’a pas été possible dans le feu de l’action.

Nous ne cherchons pas par là à créer des idoles, ce n’est rien de plus que de la solidarité révolutionnaire que d’attaquer directement ceux qui asphyxient nos vies, ceux qui immergent partout dans le monde des millions de personnes dans la misère et l’attente d’un avenir incertain, attaquer ceux qui s’enrichissent par l’exploitation de la nature qu’on l’appelle flore ou faune. (…)

Mauri et Amadeu présents !

Pour la destruction de ce monde du capital, pour la construction d’un vrai monde de liberté !

Ni dialogues avec le pouvoir, ni médiations de l’Etat !

Pour l’extension du conflit contre l’autorité et l’ordre imposé !

Contre l’Etat et le capital… guerre sociale !  »

• Buenos-Aires, 31 mai

« La beauté de l’esprit humain, c’est la volonté de réaliser les rêves. En mémoire du compagnon chilien Mauricio Morales décédé la semaine dernière et en solidarité avec les compagnons révolutionnaires chiliens séquestrés dans les centres d’extermination chiliens et argentins, nous avons attaqué avec un engin artisanal le concessionnaire Chevrolet situé à l’angle des rues Juan B. Justo et Padilla, détruisant une voiture et les vitres. Nous avons mis en évidence la vulnérabilité des méthodes de contrôle social que l’Etat/Capital nous impose au quotidien. Nous lançons un appel à ne pas baisser les bras et à étendre le conflit social, à la tempête émancipatrice qui détruira les engrenages de ce système de misère et de faim.

La liberté ou la mort.

Cellules révolutionnaires. Brigade Andrea Salsedo »

• Chili, 3 juin

Communiqué de revendication suite à l’attaque avec un engin de l’Institut Pédagogique :

« Nous sommes entrés dans les cages de ce centre de production de marchandises idéologiques qui soutiennent le capital et reproduisent l’obéissance à l’autorité. (…) Nous revendiquons les idées qui ont mené le compagnon Mauricio à briser la peur et à attaquer le pouvoir avec courage et vaillance.

Ce n’était pas un combattant social, c’était un antisocial en guerre contre toute forme d’ordre qui prétendrait dominer l’individu. Il a donné sa vie en faisant la guerre à la société. Nous appelons à la multiplication des actions directes contre le capital et tout germe autoritaire. Aussi petites ou grandes soient-elles, c’est le contenu que nous mettons dans ces actions qui corrode le pouvoir.

L’objectif est à la fois simple et vaste : la destruction de l’existant. Une accolade affectueuse aux amiEs, proches et compagnonNEs du Punki Mauri. Des jours de tourmente s’approchent, mais qu’elles et ils sachent qu’ils ne sont pas seuls.

Pour la prolifération des actes de révolte. Que le chaos s’étende comme la peste noire. »

• Barcelone, 3 juin

« En souvenir du compagnon Mauricio Morales, nous lui dédions depuis Barcelone la plus belle poésie que nous avons pu rédiger : Le 3 juin au matin s’est produite l’explosion d’un engin artisanal composé d’essence et d’aérosols de gaz propane, actionné avec un retardateur, contre la porte du Consulat du Chili à Barcelone, le brûlant partiellement.

De même que pour la mort de Mauri, nous regrettons n’avoir pas causé plus de dégâts au bâtiment.

Contre toute autorité quelle que soit sa forme, contre ses défenseurs et ses faux critiques. Pour la destruction de ce monde, pour Mauri, pour l’anarchie ! »

• Espagne, 4 juin

Emission de Radio Bronka consacrée à « la mort de Mauri, et à sa lutte contre ce qui nous opprime. Pour comprendre comment cette lutte est vécue au Chili. Pour cela, nous ferons un bref voyage dans le temps, pour revoir ce que fut la transition démocratique, les dernières attaques, les coups répressifs, les perquisitions de squats, etc. » Sont également mentionnées les actions de solidarité dans différents endroits.

• Santiago, 4 juin

« Ceci n’est pas un jeu … La guerre sociale devient évidente ».

Santiago, jeudi 4 juin, de 19h à 20h. « Les rencontres libertaires se veulent un espace de conversation dans une ambiance chaude et fraternelle. Nous tous et toutes qui y participons donnons cours à la pratique, nous disons clairement qu’il ne s’agit pas d’un exposé et que nous ne prétendons arriver à aucun consensus. » Viens, nous t’attendons !

Journalistes et autres charognes… abstenez-vous de même penser tenter y assister.

Centre Social Occupé et Bibliothèque Sacco et Vanzetti.

• Madrid, 5 juin

« Vendredi, un groupe de personnes solidaires avec Amadeu Casellas et d’autres prisonniers et prisonnières en lutte, est entré au siège de la COPE lors d’une émission d’infos locales pour dénoncer la situation des compagnons emprisonnés. (…)

Nous souhaitions dire que nous savons que la situation d’Amadeu (et d’autres prisonnierEs) est très dure et compliquée, mais que nous ne pensons pas que cela doit nous amener à « collaborer » ou à tenter de nous rapprocher des médias en espérant qu’ils acceptent de se remplir de nos nouvelles et en acceptant leurs miettes, en espérant un article bien écrit après 100 autres où ils nous ont montré du doigt et dénoncés. Nous connaissons le potentiel de diffusion d’un simple article ou d’un programme de radio/TV, c’est pourquoi nous proposons de redoubler d’efforts, d’y mettre de l’imagination, et de profiter de ce potentiel de la manière la plus simple : en assaillant et en prenant les médias.

Liberté pour Amadeu Casellas, Antonio Porto et Joaquín Garcés ! Les prisonnierEs dehors !

Un salut aux compagnonNEs qui luttent sur le territoire appelé Chili. _ _ Celles et ceux qui meurent en luttant ne meurent jamais ! »

• Berlin, 6 juin

« Oaxaca est partout – les prisonnierEs dans la rue !

Pour marquer l’insistance de notre exigence, nous avons réveillé de manière enflammée la maison d’un fonctionnaire de justice et les bureaux de l’association des matons au n°38 de la Schubathstrasse dans le quartier de Tegel. L’arrière du front ne se tient pas tranquille, et ce ne sont pas seulement les flics et autres sbires de la sécurité et des polices municipales qui ne doivent plus s’imaginer à l’abri. Beaucoup d’autres participent aussi à la domination quotidienne et terroriser des êtres humains : les Jobcenter< [Pôles Emploi], les écoles, les foyers, les hôpitaux psychiatriques, les universités, les vigiles, les avocats, les juges, les procureurs, les assistants sociaux , les éducateurs … Nous nous réjouissons que le message du 1er mai soit bien passé, et que la conférence des ministres de l’Intérieur doive discuter de mesures contre les attaques permanentes contre les flics, les pompiers etc. Apparemment, de plus en plus de personnes ne sont plus disposées à accepter le monopole étatique de la violence et se défendent de manière offensive contre ce système capitaliste assassin.

Un salut de liberté à Mauricio Morales – aux autres, nada !

“ transformemos nuestro dolor en rabia y nuestra rabia en polvora” »

• Madrid, 14 juin

Journée sur la guerre sociale au Chili. Projections et bouffe au C.OK.O La Kondenata.

• Chili, 15 juin

« Nous avons attaqué le Centre d’Aide aux Victimes de la Délinquance “Général José Bernales”.

Le pouvoir est partout : symboles, images, structures, bâtiments, marchandises et personnes …

Aujourd’hui, le 15 juin, nous avons choisi d’attaquer (ce) centre qui porte le nom infâme qui nous rappelle les temps où il a dirigé les Carabiniers du Chili, institution répressive au service de l’Etat et du Capital, en charge de la violence de maintien de la paix sociale. Fier de son travail, Bernales est mort il y a presque un an comme l’indigne qu’il a toujours été, en se scratchant en hélicoptère au Panama, alors qu’il allait participer à une conférence sur le renseignement policier.

Nous avons fêté et goûté sa mort, tout comme vous vous êtes réjouis de la mort de notre compagnon Mauricio Morales. (…) Prisonniers et prisonnières de la guerre sociale au Chili et dans le monde, liberté immédiate,

Contre toute autorité,

Guerre sociale !

Individualidades Anárquicas En Guerra Contra La Sociedad »

• Buenos Aires, 16 juin

« Le mardi 16 juin, à une cinquantaine de compagnons de diverses organisations, nous avons manifesté devant les portes du consulat chilien, nous avons ensuite parcouru le centre ville en lançant des pétards, en diffant des tracts et en faisant des tags. Nous avons coupé les rues et gueulé bien fort notre solidarité avec nos compagnons chiliens, rappelant également Mauricio Morales, Mattias Catrileo, Freddy et Marcelo et tant d’autres combattants. Nous avons également diffusé des infos sur les montages qui sont mis en place dans la région chilienne, évoquant aussi bien les dernières perquisitions dans les centres sociaux et squats que les poursuites des appareils policiers, médias compris.

Manifestant clairement que nous faisons tous partie de cette guerre sociale, nous avons organisé cette modeste manifestation afin d’être actifs et combatifs, et pour nos idéaux et valeurs anarchistes. Liberté pour Cristian Cancino !

Saluts fraternels !

Que vive l’anarchie !

Parce que la solidarité n’est pas qu’un mot écrit. »

• Apumanque (Chili), 22 juin

« A travers ce mail, nous prenons la responsabilité de la pose d’une charge explosive contre la Banco Edwards-City Bank à Apumanque. L’engin était constitué d’une charge de 1 kilo d’explosifs activée par un système d’horlogerie qui activait à son tour une mèche à combustion lente pour éviter des accidents ou que quelqu’un soit touché, en tout cas chaque fois que l’objectif sera de provoquer des dégâts matériels à cette institution capitaliste putride. Malheureusement, un gardien s’est aperçu de l’existence du colis et a prévenu les gardes des riches, qui ont désamorcé le colis, nous privant des belles images d’une banque détruite.

Cette action manquée se voulait un hommage au frère mort il y a exactement un mois, en plus d’adhérer à une campagne internationale pour les prisonniers de la guerre sociale.

Pour Mauricio, pour tous ceux qui sont tombés, pour nos frères prisonniers et pour les inculpés, convertissons notre douleur en rage, et notre rage en poudre !

Nous continuerons, ils ne nous arrêteront pas !

Grupo Autónomo Mauricio Morales Duarte »

• Buenos Aires, 24 juin

« Le 24 juin dernier, en réponse à l’appel des compagnonNEs de La Idea, à un groupe d’anarchistes, nous nous sommes rassemblés devant la porte de l’ambassade du Chili avec des banderoles, des tracts, des grosses caisses et des chants pour exiger la libération de notre compagnon Cristian Cancino et de tous les prisonnierEs. Une fois encore, nous saluons les compagnes et compagnons du Chili, affirmant très clairement notre soutien et notre cri de guerre sociale globale.

Que la solidarité ne reste pas un mot écrit.

Liberté pour Cristian Cancino !

Pour la destruction de l’Etat et de toutes les prisons ! »

• Barcelone, 25 juin

Soirée destinée à approcher un peu plus la réalité chilienne jusqu’à nos jours.

Discussion, projections de films et bouffe solidaire. Los Blokes Fantasma.

• Quilpue (Chili), 25 juin

« Il était déjà minuit passé jeudi 25 quand, traversant un quartier de riches à Quilpue au Chili, nous avons arrosé d’essence et fait cramer deux voitures de luxe, en réduisant une en tas de ferraille. Ce n’est pas la première fois que nous réduisons en cendres les biens que la bourgeoisie a acquis par la prostitution involontaire de nos corps, leur permettant de les produire et d’en jouir. Et ce ne sera pas la dernière.

Cette nuit, nous avons transformé notre haine en feu, pensant à toutes les compagnes et compagnons emprisonnés et à notre Mauri récemment décédé.

La guerre sociale doit proliférer, les actions directes doivent s’étendre dans tous les coins du monde. En étant plus astucieux et en visant bien, faisons tomber les puissants avant qu’ils ne nous abattent.

Contre les riches et les puissants,

Contre toutes les prisons du monde,

Contre toute autorité,

Guerre sociale ! »

• Santiago du Chili, 28 juin

Un engin a explosé cette nuit vers 22h30 à la caserne de la Policia d’Investigaciones dans la commune de Ñuñoa à Santiago. Selon la presse, l’engin a été placé dans un mur séparant les installations policières et une maison particulière. Elle n’a pas fait de blessés mais des dégâts dans une conduite d’eau et le mur.

« Cette nuit, nous avons attaqué un étendard de l’Etat policier. Une démonstration supplémentaire de la vitalité insurgée. Nous saluons en cette nuit pluvieuse les pédophiles de la police criminelle. Nous espérons avoir interrompu leurs journées de bringue et d’abus de l’enfance marginale, celle qu’ils persécutent, criminalisent et enferment. De nouveau, il est évident qui sont les criminels. Nous en profitons de plus pour dire au revoir à Herrera, bourreau de la dictature recyclé par le socialisme capitaliste.

En cette nuit pluvieuse, nous rappelons aussi les combattants Heriberto Salazar Bello et Mauricio Morales.Nous leur dédions notre hommage le plus sincère et destructeur.

Ni la mort, ni les poursuites n’arrêtent les forces de démolition de la liberté !

Ceci est un nouveau début…

Caravanes iconoclastes pour le libre-arbitre »

• Grenoble, 1er juillet

« En ce mercredi 1er juillet, caniculaire, nous avons décidé de rajouter quelques degrés à une atmosphère chaude et enragée, en boutant le feu à un 4x4 Range Rover garé devant la façade d’une agence BNP, connue pour son zèle délateur et fidèle à la machine à expulser. Il s’agissait là d’illuminer le ciel d’un feu vengeur, pour que se répandent les feux de la révolte, et pour que ceux-ci en appellent d’autres. Ce geste se veut un hommage aux deux compagnons que nous avons perdus il y a peu : Zoé, décédée lors de la confection d’une bombe à Chambery, et Mauricio Morales, mort avant d’avoir pu poser la sienne sur une école de gendarmerie à Santiago de Chile (Chili).

Si votre corps n’est plus, nous entendons bien continuer à faire vivre votre revolte, en actes comme en pensée.

Ni justice ni paix, insurrection.

Commando démocratie=pyromanie »

• Providencia (Chili), 7 juillet

« Nous n’avons pas répondu à l’appel à la solidarité, car nous considérons ces actions comme quotidiennes dans nos pratiques, la nuit et les étoiles sont nos uniques complices. Nous avons décidé de faire crier les murailles du quartier bourgeois de Providencia, où le cri pour la liberté du compagnon Cristian se fait entendre. Les murs et les arrêts de transport de bétail humain disent "Cristian Cancino dehors !". (…)

Saluts fraternels et rebelles.</em>

Biblioteca callejera Semillas Libertarias. »

• Valparaiso (Chili), 9 et 10 juillet

Journée contre le terrorisme d’Etat, avec la participation des compagnons du centre d’études sociales La Idea de Santiago.

• Santiago, 10 juillet

Rassemblement et diff de tracts devant le centre pénitentiaire Santiago 1 où est enfermé Cristian. Les tracts étaient à destination des personnes venues au parloir, et demandant la libération de Cristian ainsi que la liberté pour tous les prisonniers et toutes les prisonnières.

• Rovereto (Italie), 12 juillet (?)

Un journal local rapporte que les vitrines d’une agence immobilière et d’une agence de travail temporaire ont été fracassées. Sur place ont été laissés les tags suivants : « Le G8 est fini, la révolte continue », « Mauricio Morales vive », « Liberté pour les compagnons, liberté pour tous ».

[1] Peste noire devait être le nom de la future édition menée par notre frère Mauri.

[2] Tag écrit par des compagnons solidaires.

[3] Nous en citerons certains, mais ces lignes s’adressent également à qui se sentira concerné sans être nommé.

[4] Communiqué du Frente de Estudiantes Libertarios (FEL), 28 mai 2009.

[5] Idée défendue par le Círculo Internacional de Comunistas Antibolcheviques, auteur le 31 mai 2009 d’un texte intitulé « Communiqué par rapport à la mort de Mauricio Morales et à la campagne répressive contre le mouvement social radical à Santiago du Chili ».